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LA SEMELLE

La semelle devant reproduire exactement la forme du pied, les cordonniers sur mesure ont l'habitude de déterminer son dessin en faisant appliquer le pied sur une feuille de papier et en traçant son contour.

Mais, comme ils prennent le contour sur un pied déjà déformé et emprisonné dans une chaussette qui maintient les orteils dans la position vicieuse à

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laquelle ils sont depuis longtemps condamnés, le tracé ainsi obtenu n'est pas le contour normal du pied. De plus, ils ont toujours tendance à tailler leur semelle trop étroite pour respecter l'élégance et la finesse de la Chaussure, ce qui est illogique, car le pied, pendant la marche, subit un étalement assez notable.

D’autre part, le pied subissant un allongement qui peut aller jusqu’à deux centimètres à la suite de l’appui sur le sol, la semelle doit être plus longue que le pied. La longueur la plus importante est la distance séparant l’emplacement du gros orteil du sommet au talon, aussi sur les semelles réserverons-nous un emplacement destiné à creuser le point d'appui du pilier externe.

La semelle ne doit pas être symétrique, car le gros orteil dans ce cas est toujours rejeté en dehors. Celui-ci, en effet, présente un long bras de levier qui donne beaucoup de prise aux pressions latérales ; il en résulte un renversement en dehors. C'est une demi-luxation au niveau de l'articulation métatarsophalangienne — l’ongle du gros orteil, déjeté par la pression qu’il subit, s'incarne dans les chairs. Le deuxième et le troisième orteils, comprimés latérale ment, sont alors chassés en haut ; ils se chevauchent et sont en butte aux traumatismes répétés occasionnés par le frottement contre l’empeigne, d’où cors et oignons très douloureux, se développant sur les parties saillantes. Ces mêmes orteils, pressés les uns

contre les autres, s’atrophient et se déforment, et au

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lieu de leur forme arrondie normale ils présentent des arêtes prismatiques, se rétractent et prennent la forme dite « en marteau », qui est la cause de vives douleurs lorsque la déformation est suffisamment prononcée pour obliger l'individu à marcher sur l’ongle. Le bord interne de la semelle sera donc figuré par une ligne droite. Ainsi sera respectée la direction normale du gros orteil, qui doit être dans le prolongement du premier métatarsien. |

La semelle première doit-elle être droite ou carnbrée ? À cette question les physiologistes opposent l’action de l’abaissement de la voûte plantaire qui facilite la marche. Si on met un support rigide pour maintenir la voûte, cette fonction physiologique ne pourra se produire ; il en résultera une contracture du pied et une gêne très sensible à la marche. Cependant, certains fabricants de chaussures allémands et américains ont lancé sur le marché des chaussures dans lesquelles la semelle première est fortement catnbrée, ou même doublée d’un support de la voûte en métal.

Nous répondrons par des données empiriques en cilant des faits. Chaque année, la course Paris- Strasbourg qui est, comme chacun sait, une épreuve de marche, est gagnée par des individus chaussés d’espadrilles ayant une semelle de corde, et une empeigne et des quartiers de cuir. Cette semelle est complètement plate. D'autre part, nous savons que les Basques, qui sont de grands marcheurs, sont chaussés également d’espadrillés à semelles de corde.

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