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Voici donc deux tableaux comprenant, pour une période de vingt ans, 1839-1869, la mortalité des enfants assistés portés à l'hospice, et la mortalité des enfants de la classe moyenne envoyés en nourrice à la campagne. Ils donnent avec toute Texac* titude possible les résultats cherchés, mais, dans l'un comme dans l'autre , ces chiffres laissent encore un peu à désirer.
En effet, sur le nombre d'enfants assistés, dé* posés à l'hospice, il y en a quelques-uns, vers la fin de la première année, qui, étant reconnus par les parents, rentrent dans leurs familles, et sont perdus pour la statistique ; de même que parmi les enfants placés en nourrice par l'administration, il y en a quelques-uns, en petit nombre, qui sont ramenés avant l'expiration du douzième mois.
Il en résulte :
1* Que la colonne de mortalité de un à dix jours peut être considérée comme exacte, aucun enfant n'étant repris avant cette époque.
2** Que la mortalité de jour à un an est peutêtre un peu moins forte qu'elle ne devrait être, si tous les enfants, étant restés à la campagne au lieu d'être repris par leurs parents, eussent été soumis aux chances d'une mortalité considérée désormais comme un peu plus forte chez les
enfants de cette classe que chez les autres.
A part ces observations critiques, les tableaux que je viens de publier peuvent être considérés comme ayant une précision plus grande que ceux qui ont été produits jusqu'à ce jour. Ils démontrent :
l"" Que la mortalité des enfants assistés ou abandonnés (ceux qu'on appelait jadis les enfants trouvés) est beaucoup moindre qu'elle n'était autrefois, mais qu'elle ne diffère pas énormément de la mortalité constatée dans les années 1820, 1821, 1822, 1823 et 1824 ; elle est de 11 centièmes dans les dix premiers jours de la vie, de 55 centièmes dans la première année, et de 63 centièmes jusqu'à Tiige de deux ans.
2° Que cette mortalité est plus considérable chez les enfants assistés que sur les enfants de la classe moyenne envoyés en nourrice à la campagne, sous la surveillance désintéressée de l'administration, puisqu'elle est seulement de 2 centièmes dans les dix premiers jours (1) , et de 29 centièmes dans la première année de la vie.
(I) Ce chiffre ne représente pas Texacte vérité, car les enfants qu*on emmène en nourrice ont déjà trois à six jours et quelquefois plus; par conséquent, de ceux qu*on eût aroené.<, quelques-uns ont pu mourir dans leur famille.
Maintenant, quelle est la eause de cette mortalité considérable persistante des enfants trouvés pendant la première année d'âge ? Elle est presque le double de celle des enfants de la classe moyenne envoyés en nourrice par l'administration, et elle est triple de celle des enfants considérés en général pour toute la France. Sans rien affirmer d'une manière positive, je crois qu'il faut l'attribuer au défaut de soins après la naissance, à l'influence de la température extérieure, au mode d'allaitement par des nourrices insuffisantes, ce qui oblige à recourir au biberon ; enfin aux maladies syphilitiques héréditaires, plus communes chez les enfants trouvés que chez les enfants légitimes.
J'ai montré précédemment quelle était Tinfluence de la température basse sur la mortalité des enfants. C'est un point acquis à la science. Il en est de même du défaut de soins après la naissance chez les petits êtres que leurs parents ont d'avance condamnés aux gémonies du hasard ; mal vêtus, privés d'aliments, ils sont confiés à des mercenaires qui les promènent à l'air en guettant la nuit un instant favorable pour les déposer sans surprise aux environs d'un tour surveillé par la police, et où on peut les prendre.
Quant au mode d'allaitement artificiel, son in-
3r,l HYGIÈNE DE LA PREMIÈRE ENFANCE.
fluence sur la mortalité est incontestable. C'est un fait reconnu de tous les médecins, et sur lequel on a d'ailleurs, de l'abbé Gaillard (1) et de M. Villermé (2), des relevés statistiques importants.
Ces deux savants ont insisté avec grande raison sur l'influence fâcheuse de la suppression des tours et de l'allaitement artificiel sur la mortalité des nouveau-nés qu*on abandonne aux hasards de la charité publique. L'un et l'autre ont démontré par des chiffres péremptoires que là où Tallaitement au biberon et au petit pot était en usage , il y avait une mortalité plus considérable.
Ainsi, on voit dans le livre de l'abbé Gaillard que, dans un hospice qui n'est pas autrement désigné que par la lettre X..., et oti l'allaitement au biberon est la régie générale , la mortalité est de 80 pour 100 dans la première année.
De son côté, M. Villermé rapporte qu'à Reims , lorsque les enfants étaient nourris au biberon ou au petit pot, dans la période décennale comprise entre 1826 et 1886, les décès ont été dans la pro-
(1) Recherches sur les enfanli trouvés, les enfants naturels et ht orphelins en France et dans plusieurs paye de l'Europe, 1 8S6, p. 165.
(2) De la mortalité des enfants trouvés dans ses rapports avec le mode d'allaitement {Annales d'hygièney 1838, p. 47),
MOUTALITt DES ENFANTS ABANDONNÉS. 355
portion de 639 sur 1000 au bout de Tannée, c'està-dire en moyenne, de 68,00 pour 100, Aujourd'hui c'est le maximum du chiffre qu'on observe exceptionnellement à Paris, car la moyenne est de 8 pour 100 plus inférieure.
Quant à l'influence de la syphilis contractée dans la débauche et apportée parles enfants qu'on jette ensuite à tous les hasards de l'exposition dans un hospice, elle ne saurait être contestée que sous le rapport de sa forme et de sa fréquence. Pour beaucoup d'enfants , c'est la mort pendant la vie intra-utérine ou au moment de la naissance; et pour d'autres, ce qui est plus malheureux, c'est une diathése congénitale innée, ou ne se manifes* tant qu'au bout de dix, vingt ou quarante jours. Le fait est malheureusement si certain, que les enfants atteints de syphilis héréditaire constitutionnelle peuvent la transmettre à leur noumce, ainsi que je crois l'avoir démontré dans plusieurs mémoires (i) et dans mon Traité des maladies de l'enfance (2), contrairement aux doctrines régnantes de l'époque sur la syphilis. C'est même
( I ) MMoire tur la Irantmission de la syphilis des nouveau^ fi4M à leurs nourrices {Gageiie médicaie^ 1 850) .
(2) Traité des maladies des nouveau-nés, des enfants à la mamelle et de la seconde enfance, 4* édition, p. 979.
cette crainte exagérée de la syphilis chez tous les enfants trouvés, qui a fait adopter dans quelques hospices la coutume absolue si funeste de Mlaitement artificiel au biberon et au petit pot. On voulait ainsi préserver de la syphilis les nourrices que rindigence pousse à l'hospice pour y trafiquer de leur lait, ou prendre la charge des enfants qu'on leur confie. Quelque louable que soit cette mesure appliquée isolément à des enfants syphilitiques, il est clair qu'elle ne saurait être acceptée comme règle générale, et qu'on ne peut faire souffrir les enfants sains sur le simple soupçon du mal contagieux qu'ils pourraient avoir. La syphilophobie poussée à un tel degré devient évidemment blâmable.