‹ Hygiène de la première enfance (volume 2)Chapitre 22 sur 143 · mois · texte numérisé non relu

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Les modifications du sang de la femme enceinte sont donc, pour lessix premiers mois, augmentation de la masse du sang avec conservation, accroissement ou diminution du chiffre des globules

rouges, et maintien de la proportion normale de fibrine; pour les trois derniers, au contraire, augmenta tion de la masse du sang, conservation, accroissement ou diminution des globules et augmentation du chiffre de la fibrine.

Quand il y a vraie pléthore ^ ce que Ton reconnaît aux signes extérieurs fournis par la constitution, et aux accidents de congestion sanguine de la tête ou des différents organes, la saignée est absolument nécessaire, mais il ne faut pas la pra« tiquer à la légère, et on doit attendre que des malaises bien caractérisés aient rendu l'opération indispensable.

S'il y a fausse pléthore y ou pléthore séreuse ^ il faut éloigner l'idée de la saignée et détruire les accidents de gastralgie, d'étourdissements , de tintements d'oreille par les préparations de fer et de quinquina, par le séjour à la campagne, etc. Si les phénomènes de congestion vers la tête ou sur les viscères sont trop considérables, on est quelquefois obligé de recourir à la saignée qui produit un soulagement momentané, mais il faut peu après revenir immédiatement aux préparations ferrugineuses et au quinquina.

Les accidents qui, dans le cours de la grossesse, peuvent altérer la santé de l'enfant et même occa*

sionner sa niT)rt sont : la syphilis^ les coups sur le ventre et les chutes sur le siége^ la pléthore^ les impressions morales trop vives éprouvées par la mèrcj et les diverses maladies donl elle est affectée.

Coups sur le Tentre.

La mort de l'enfant est souvent le résultat de coups sur le ventre, ou des chutes que peuvent faire les femmes. C'est un fait généralement admis et sur lequel il est inutile d'insister davantage. Si la grossesse est avancée et que l'enfant ait manifesté sa présence ^ar des mouvements intérieurs actifs, ces mouvements cessent, et au bout de quelques jours l'avortement a lieu.

Effets de la plf^lhorc sur les enrants.

Les médecins reconnaissent volontiers les accidents de pléthore qui surviennent dans le cours de la grossesse. Celte disposition est d'ailleurs caractérisée par des symptômes de lourdeur de tête, de somnolence, d'étourdissements, etc., tellement évidents, qu'il est souvent impossible de la méconnaître^ mais ce qui est moins connu, c'est l'influence de la pléthore sur le produit de la conception. Dans cel étal, l'utérus est fortement contracté et pressé davantage sur le produit de la conception,

BOUCHOT. «- HTQ. l'REII. ERF. 6

os HYÔIÈNE DE LA PREMIÈRE ENFANCE.

dont les membres sont quelquefois, en raison de cetle contraction, maintenus dans une position vicieuse. De là résultent peut-être un certain nombre de difformités congénitales qu'il est facile de prévenir par la saignée. En effet, les femmes accusent presque toujours, après cette petite opération, un bien-être particulier; et la plupart assurent que, sous son influence, les mouvements de renfant sont devenus plus fréquents, plus vifs, et en quelque sorte plus faciles. S'il en est ainsi, il faut convenir que la pléthore a, non-seulement des inconvénients pour les mères, mais encore pour l'enfant qui est renfermé dans leur sein.

Impressions morales.

Les impressions morales vives que peuvent éprouver les femmes sont plus fâcheuses pour elles que pour leur enfant. 11 y a dans la grossesse une telle exaltation de la sensibilité, que des causes morales sérieuses peuvent amener un état d'irritation fort extraordinaire et quelquefois très dangereux. Quelques femmes tombent véritablement dans un complet état d'aliénation mentale et se portent aux actions les plus extravagantes. Quant aux en-* vies de femmes grosses, comme on le dit vulgai' rement, il n'y a aucun inconvénient à les satisfaire

quand elles ne sont pas déraisonnables, mais on ne doit pas hésiter à les combattre dès que ce sont des fantaisies inconvenantes ou ridicules. On n'a rien à craindre de cette mesure ; la femme se confie et prend son parti quand elle voit qu'il est impossible de satisfaire à ses désirs, et l'enfant ne saurait être rendu sérieusement malade par cette contrariété de la mère.

Il paraît certain, cependant, qu'il y a entre l'innervation maternelle et celle du fœtus un rapport tel que les impressions de Tune se transmettent à l'autre. La communication visible n'existe pas et personne ne songerait à l'affirmer; mais la simultanéité d'impression révélée parles mouvements actifs du fœtus est incontestable. J'ai connu plusieurs femmes grosses qui, ayant le désir de manger une friandise ou d'avoir quelque chose qui leur plaise, sans pouvoir y arriver, voyaient cette contrariété se traduire par des mouvements tumul- ^ tueux de l'enfant renfermé dans leur sein. J'en ai connu d'autres, au contraire, qui, après avoir éprouvé l'impérieux besoin de se mettre à table pour contenter leur appétit, ont ressenti en satisfaisant leur goût des mouvements inaccoutumés très actifs de leur enfant, qui, selon elles, semblaient témoigner de sa part un contentement réel.

Comment expliquer ce fait? Cela est difficile, et je n'y essayerai pas. Il me suffit de l'avoir constaté pour faire comprendre comment autrefois on croyait si fermement à l'influence des impressions morales de la mère sur la production des maladies et des difformités dii fœtus.

Il ne faut pas s'effrayer de ce mode d'action de l'influence maternelle, car toutes les fables qu'on a débitées au sujet des maladies du fœtus occasionnées par les envies de la mère sont controuvées par l'observation attentive des faits. Les envies non satisfaites de la mère n'ont pas le danger qu'on leur attribue encore si généralement. Les taches de naissance, les vices de conformation des enfants, qu'on rapportait jadis à cette cause, dépendent de circonstances différentes. Il n'est pas une femme grosse qui n'ait eu ses caprices ou quelque désir non satisfait, cependant le terme de la grossesse arrive, et l'enfant vient au monde sans apporter sur lui la difformité qui devait témoigner du mécompte moral de sa mère. Lorsque, au contraire, un enfant est difforme, et le nombre en est petit relativement au nombre des naissances, on cherche, on interroge, et l'on finit par trouver après coup, qu'un jour ou un autre, on a subi tel regard ou éprouvé telle envie extraordinaire.

Comment ne serait-ce pas vrai, puisque notre vie se passe à désirer ce que nous n'avons point, et qu'il n'y a pas de jour où nous ne puissions nous reprocher d'avoir envié quelque chose d'impossible? C'est, en général, ainsi que se forment ces histoires merveilleuses auxquelles personne aujourd'hui ne saurait ajouter foi, et qui ne sont souvent qu'un résultat de coïncidences inexplicables. Tel est le cas suivant du docteur Kohler :

€ Dans la nuit du 21 septembre, j'ai été appelé dans la commune d'Uberstrass pour accoucher la femme d'Antoine KofT. A mon arrivée, voici l'état ^ans lequel je l'ai trouvée : Agée de vingt-sept à vingt-huit ans, bien constituée, moyenne taille ; ventre peu développé; en travail depuis quinze heures ; peu de douleurs ou presque point, depuis le commencement. Cependant la tête est au détroit inférieur. Au toucher, je constate une présentation de la face mento-pubienne ; en cherchant les fontanelles, je constate quelque chose d'anormal à la place de la région crânienne, une surface molle et lisse. Je fais part à la sage-femme de mon observation; alors elle me dit que cette femme, dans un accouchement précédent (un an auparavant), avait mis au monde un monstre, un enfant

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ànencéphale^ et qu'elle craint que la même chose ^n'arrive encore. Sans partager les craintes de la sage-femme, je lui dis que je croyais qu'il y avait ^juelque chose d'anormal. Le travail n'ayançait pas, malgré l'administration du seigle ergoté ; je voulus terminer l'accouchement. Je fis une apr ■plication de forceps, et j'amenai par la face un enfant anencéphale^ tout semblable au premier, selon le dire de la sage-femme et du mari. Quand ce dernier a vu l'enfant, il s'est écrié aussitôt : . « C'est fini, ma pauvre femme, il faut y renoncer, tu n'en auras plus. > Je le fis taire el mettre ren^fant dans un coin de la chambre, pour que l'accouchée ne l'aperçût pas. J'annonçai à cette derr nière que l'enfant était mort parce qu'il était resté trop longtemps au passage. Elle me répondit : < Je m'en doute bien,, monsieur le docteur, c'est la .même chose que la dernière fois. > Le mari, en m'accompagnant, m'a dit que sa femme, pendant tout le temps de sa grossesse, avait toujours eu peur de mettre au monde un enfant semblable au premier. Cette femme a un enfant bien portant et bien conformé de l'âge de quatre ans.

» n me semble qu'il serait assez difficile d'çxpli- -quer physiologiquement ou mécaniquement ce •fait. Il est palpable et patent. Je crois qu'il y a peu

ACCIDENTS ù% U GROSSESëfi. 1(^

d'exemples qu'une femme soit accouchée de deux enfants anenoépbales à un an de distance. Il est assez difficile de nier ici le rôle qu'a joué l'imagioation vivement frappée de la mère. Je suis donc avec ceux qui croient que l'on ne doit pas trop dédaigner les erreurs de l'antiquité, et que, dans ce cas, la Bcience des physiologistes modernes pourrait bien être en défaut (1). b

Les maladies de la mère pendant la grossesse sont bien plus redoutables, car elles ont chacune leur influence sur le produit de la conception. Ce sujet sera traité dans un chapitre spécial, en même temps que ce qui a rapport à l'influence de la nourriture sur la santé des enfants. Contentonsnous de dire que parmi ces maladies, les unes dér terminent l'avortement : tels sont le choléra (2), la variole confluente, la fièvre typhoïde grave, la syphilis, certaines fongosités non syphilitiques du col de la matrice accompagnées de pertes blanches abondantes, etc.; les autres altèrent la santé du fœtus : ce sont la variole discrète, la syphilis, les scrofules et quelques maladies chroniques; et enfin qu'un petit nombre, dans lequel il faut placer la

(1} Union medtca/e, octobre 1861.

(2) E. Boachut, Du choléra dans la grossesse {Gazelle nuidi- 4ia1e, 1849).

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pneumonie, ne paraissent avoir qu'une médiocre influence sur la santé des enfants. '

On a dit, mais à tort, que le traitement mercu' riel était une cause d'arortement, c'est une grave erreur; il en est, au contraire, le meilleur préservatif, du moment où il guérit la syphilis, sa cause occasionnelle la plus fréquente.

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