‹ Hygiène de la première enfance (volume 2)Chapitre 95 sur 143 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

DENTITION, SES RAPPORTS AVEC L'ALUITEMENT, ET DES AGCU)ENTS AUXQUELS ELLE PEUT DONNER LIEU.

Pendant la vie de la mamelle, les enfants préparent les organes qui doivent assurer leur vie indépendante. Les viscères acquièrent chaque jour une activité plus considérable, et Ton voit dans la bouche les mâchoires s'armer de dents pour faciliter la mastication. Ce travail naturel ne se fait pas toujours sans douleur. 11 irrite ces pauvres

(I) Annates médicales de la Flandre occiJenlale^ 17® livraîlOD» t»56.

petits êtres, les empêche plus ou moins de teter et leur occasionne souvent de graves complications. La dentition est la plus sérieuse crise du premier âge, et beaucoup d'enfants sont emportés par elle.

Il est rare de voir les enfants naître avec des dents. Elles ne paraissent ordinairement que du cinquième au septième mois chez les enfants en bonne santé, et le retard au delà de cette époque annonce toujours un état maladif, tel qu'un commencement de rachitisme auquel il faut remédier promptement : retard de dentition, grandes fontanelles, marche tardive, tout cela se tient et dépend d'un vice de nutrition du système osseux.

Les deux dents incisives inférieures médianes sortent ordinairement les premières , elles apparaissent successivement ; puis viennent Tune après l'autre aussi les deux incisives médianes de la mâchoire supérieure. On voit ensuite apparaître les incisives latérales supérieures ou inférieures indistinctement, formant les huit premières dents. A la même époque, ou après un court repos, vers la fin de la première année, sortent successivement les quatre premières petites molaires, et, après un nouvel instant de repos, les quatre canines : ce qui forme seize dents dans le cours de la seconde année. Alors paraissent peu à peu quatre autres

molaires, et la première dentition, composée de vingt dents, dites dents de lait, est terminée.

Phénomènes de la dentition. — Dès le troisième mois de la vie à la mamelle, le jeune enfant salive abondamment et mâchonne tout ce qui est à sa portée. Les gencives, encore roses et pales, sont bordées d'un bourrelet mince de la muqueuse qui annonce que la première dent est encore loin de paraître. Peu à peu cependant ce bourrelet s'affaisse sur lui-même et disparaît, la dent fait saillie sur la gencive, qui s'amincit et qui bientôt lui livre passage. Il en est chaque fois ainsi ; mais de temps à autre, avec ces phénomènes, il se produit de la rougeur et de la chaleur dans la bouche, une salivation abondante, un agacement et une irritabilité considérables, de l'insomnie, des cris et un état fort inquiétant qiû ne tarde pas à se dissiper.

Accidents de la première dentition. — En même temps que s'accomplit le travail de la première dentition, il se produit chez les enfants des accidents locaux inflammatoires et des phénomènes généraux gastriques, cutanés, pulmonaires ou nerveux, plus ou moins graves. Ces troubles ne sont pas constants, ils peuvent manquer chez un grand nombre d'enfants ; mais leur manifestation

est souvent de nature à exciter une juste inquiétude. Je vais en dire quelques mots (1).

1*" Accidents locaux de la première dentition. — Les troubles locaux de la première dentition s'observent dans la bouche. Ce sont :

A. Le gonflement considérable des gencives^ qui sont molles, douloureuses au moindre contact; ce qui oblige quelquefois les jeunes enfants à rester la bouche ouverte, béante, à laisser écouler la salive qui s'accumule au-dessus de la lèvre inférieure.

B. La tension des gencives^ qui engage quelquefois le médecin à faire le débridement de ces parties au moyen de la lancette.

C. Les aphthes^ qui se produisent dans l'angle formé par la gencive et la lèvre, à la face interne des joues, sur la langue. Ce sont de petites ulcérations à fond grisâtre, pseudo-membraneuses, douloureuses, qui, à une époque plus avancée de la vie, engendrent la stomatite ulcéro-membraneuse. On les guérit par le miel rosat, Talun, le chlorate de potasse ou les cautérisations.

D. La stomatite simple , ou inflammation de

(1) Voyez, pour plus de détails, E. Bouchai, Traité des malik' di$s des fiùUMathnéSf des enfants à la mamelle et de Un tnAmOf, 4«édit.,p. 433.

toute la bouche , qui cause une souiirance très pénible aux jeunes enfants, les empêche de dormir, et les rend désagréables et inconsolables.

E. V adénite cerwica/e, c'est-à-dire la formation de glandes sous le cou, qui peuvent donner lieu à des abcès sous-maxillaires d'autant plus fâcheux qu'ils peuvent dégénérer en scrofule.

Ces différents troubles locaux peuvent être combattus par les moyens que je viens d'indiquer ; mais on peut essayer de les prévenir en donnant aux enfants un hochet à mordre , un morceau de racine de guimauve à sucer, ou leur frottant les gencives avec du miel laudanisé ou du sirop de karabé.

2* Accidents généraux de la première denti^ tiofi. — Quand la dentition n'occasionne qu'une inflammation locale des gencives ou de la bouche, de la douleur et un obstacle à l'allaitement, il ne faut pas trop se plaindre; mais, dans quelques circonstances, elle produit des troubles plus sérieux. On voit apparaître des accidents sympathiques sur la peau, sur la muqueuse digestive pulmonaire, et dans le système nerveux.

A. A la peaUy il se produit sur le visage ou sur le corps, de l'urticaire, de la foséole, de l'çczéma et surtout de l'impétigo * Ces deux dernières ma-

ladies paraissent comme accidents fébriles critiques , puis se perpétuent à Tétat d'affection cutanée, souvent assez difficile à guérir, et pour laquelle les lotions ou les bains de son et de sublimé sont nécessaires.

B. La laryngite et la bronchite sont souvent la cause du travail de la dentition; mais, dans ce cas, rinflammation de la muqueuse du larynx et des bronches est toujours très superficielle, et n'entraîne aucun accident grave. Les enfants toussent plus ou moins souvent, et leur indisposition ne réclame que l'emploi de préparations calmantes.

C. Les vomissements sont chose très fréquente au moment de la sortie des premières dents.

L'enfant, irrité, agacé, souffrant et dormant 1res mal, devient dyspeptique. Ses digestions sont mauvaises, et le lait l'indigèrc au point qu'il rejette souvent en abondance tout ce qu'il a teté.

D. La diarrhée est bien plus fréquente que les vomissements, c'est l'accident le plus ordinaire. On constate un bien plus grand nombre d'évacuations que dans l'état habituel, et comme l'accident se reproduit chaque fois qu'une dent se prépare à sortir, il n'y a pas lieu de douter de la cause du mal. Les matières, rendues très fréquemment, sont

jaunâtres, glaireuses, mêlées de mucus filant comme du blanc d'œuf, et quelquefois de matières vertes avec grumeaux blancs de lait coagulé et non digéré. Les enfants ont de violentes coliques, quelquefois telles qu'on ne peut calmer leurs cris ; ils se tordent, rendent des vents et paraissent dans un grand état de soufirance. Si l'état se prolonge, ils pâlissent; leurs chairs deviennent molles, flasques, et il se déclare une véritable inflammation d'entrailles qui peut les faire périr. Donner moins à teter, supprimer les potages ; administrer des lavements laudanisés, de l'eau de son, de riz, de gomme, d'albumine, du sirop de gomme suffisamment bismuthé; appliquer des cataplasmes sur le ventre, etc.: tels sont, en abrégé, les moyens à employer dans cette circonstance.

E. Les convulsions^ la syncope^ sont les accidents sympathiques les plus graves de la première dentition. Ils résultent d'une modification inconnue du système nerveux qui, sans désordre matériel, trouble violemment son action. L'enfant perd subitement connaissance et reste immobile avec de faibles mouvements convulsifs dans les yeux ou dans la bouche. Ce sont des convulsions internes. Ailleurs, avec la perte de l'intelligence, se manifestent de fortes convulsions dans la face et dans

los membres. Les yeux sont fixes, déviés de leur axe ; les paupières tremblent, la bouche se contourne, et le visage offre une expression horrible à voir. Un état convulsif analogue existe dans les membres, qui sont roides et s'agitent violemment. Tout cela dure quelques secondes à peine et disparait jusqu'à la sortie d'une nouvelle dent. Chez quelques enfants, ces désordres se reproduisent conune une sorte de mauvaise habitude du système nerveux, sous forme d'attaques convulsives intermittentes, pouvant dégénérer en épilepsie. C'est souvent ainsi que commence cette névrose. Ailleurs, la convulsion est si forte et la perte de connaissance consécutive si prolongée, qu'il y a lieu de craindre la mort. Ainsi) je connais un enfant de dix ans, aujourd'hui en parfaite santé, qui, au moment de sa dentition, eut ainsi une . violente convulsion subite aux Tuileries. On le crut mort, et, comme je l'ai rapporté ailleurs (1), sa bonne, qui était seule, toute désolée ^ le rapportait ches ses parents dans son tabUer relevé devant elle, comme lorsqu'on porte quelque part un paquet qu'on ne veut pas laisser voir. En chemin, l'enfant reprit connaissance^ et il rentra chez lui en aussi bon état

(i) TraUé des maladies des nouveau-nés^ dis enfants à la mamelie et de la monde enfcmoe^ é* édic, p. 141.

que s'il n'eût rien éprouvé. Dans quelques cas, les choses n'ont pas un aussi heureux dénoûment. La convulsion entraîne une perte de connaissance irrémédiable, promptement suivie de mort. C'est l'afiFaire de quelques minutes.

Dans l'état convulsif occasionné par la dentition, les enfants doivent être déshabillés complètement et exposés au frais; il faut leur souffler de l'air dans les narines, et leur faire respirer du vinaigre ou de l'ammoniaque affaiblie. On doit les frictionndr vivement sur tout le corps, leur frapper la paume des mains, fouetter leurs fesses et leur faire prendre du sirop de fleurs de tiUeuly ou d'éther par petites cuillerées, quelques gouttQs d'eau de laurier-oerise ou de teinture de musc dans une cuillerée à café d'eau sucrée. En outre, pour prévenir le retour de ces accidents, il faut donner des bains de tilleul, des lavements d'asa fœtida, de chloroforme, et l'on peut faire prendra aux enfants chaque jour quelques milligrammes de valérianate de zinc, de valérianate d'ammoniaque, d'oxyde de zinc ou du sirop d'éther en petite quantité.

256 UYGIËNE Dï. LA PREMIÈRE ENFANCE.

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