LIVRE II
DE f/iNFLUENGE DES MALADIES DE l'eNFANT SUR LA SANTÉ DES NOURRICES.
Si le nouveau-né peut recevoir d'une nourrice étrangère le germe de différentes maladies contagieuses, il peut aussi, par réciprocité, lui transmettre quelques-unes de ses maladies. Les accidents de cette nature sont relativement plus rares, mais ils existent encore en assez grand nombre. Seulement, ici, Tallaitement n'est plus pour rien dans leur manifestation. La transmission des maladies de Tenfant à la nourrice s'opère en vertu des lois pathogéniques ordinaires de l'adulte : cette transmission est plus directe que celle qui vient de la nourrice au nouveau-né, puisque le lait n'a plus ici d'influence ; elle est le résultat ou de Yinfection ou de la contagion.
C'est par contagion que la gale, le favus, Therpës circiné, le muguet, les opbtbalmies et la syphilis constitutionnelle héréditaire peuvent remonter de l'enfant à la nourrice ; mais c'est généralement par l'infection que la variole, la varicelle, la rougeole, la scarlatine, le choléra, la diphtbérite, etc. , se transmettent des nouveau-nés à celles qui sont chargées de les nourrir. Il y a peu de
contestations à cet égard : on ne diffère que sur le nombre des maladies à ranger dans le tableau, et le principe de la transmissibilité est admis par tout le monde.
Parmi les affections de Tenfant que je considère comme transmissibles à la nourrice^ il en est une sur laquelle on n'est pas d'accord : c'est la syphilis constitutionnelle héréditaire. C'est là une question qui intéresse autant l'hygiène et la médecine légale que la médecine des enfants. 11 importe de chercher à la résoudre dans l'intérêt des nourrices mercenaires qu'on va chercher dans les bureaux de location, afln de faire indemniser justement les femmes qui ont été bien réellement infectées de la syphilis par l'intermédiaire des enfants.
Déjà nos plus anciens syphiliographes avaient signalé la possibilité de ce mode d'infection de la nourrice par les enfants ; mais la question n'était pas résolue de la même manière dans l'esprit des médecins. L'opinion générale était même contraire à cette idée, lorsque je publiai, en 1850, un mémoire spécial sur ce sujet. Depuis lors, grâce à mes efforts, une réaction s'est opérée, et personne ne doute plus de la possibilité du fait dont on trouvera les preuves (1) .
[i) Bouchut, Traité prali(^ de$ maJadiet dn nouveau-nés^ de la marche de la sMontfe enfance, 5« édition» Pwb» 1866, art. Syphilis infantile.
Maintenant on n'oserait plus confier un enfant atteint de syphilis congénitale à une nourrice saine, dans la crainte de Tinfecter. Ce serait encourir une grave responsabilité, et les nouveaunés qui se trouvent dans cette condition doivent être nourris par leur mère, ou allaités au biberon ou enfin allaités par un animal. En même temps qu'on les allaite on leur prescrit un traitement convenable et en deux mois ils sont très-bien guéris.