‹ Hygiène de la première enfanceChapitre 63 sur 171 · SELS · texte numérisé non relu

SELS

1,59 1,79 1,45 2,41 2,00 1,23 3,38 J,GO 1,57 [,33 1. 11 1,50 1,29 1,26 1,18 1,19 1,23 1,22 1,38 1,32 1,33

Quelques nioyanneî de Vinfltience dû Vàgo du lait sur sa çomposiiion .

De i à 5 jours.

De 5 à 15 jours De 1 j, à 1 mois

I22,S0 130/ïl 127,16

III. Modifications du lait par le séjour dans les mamelles. — Voici ce que nous apprend Tob-

â02 L'ALLAiTEMENt.

servation à cet égard ; viendront ensuite les interprétations.

1° Dans la même traite, le lait est d'autant plus riche qu'il a été tiré plus tard ; le plus pauvre est celui qui vient le premier.

2° Le lait est d'autant plus séreux qu'on met plus d'intervalle entre deux traites consécutives.

Ainsi, contrairement à tout ce qu'on sait pour les autres humeurs de sécrétion, le lait devient de plus en plus aqueux à mesure que se prolonge son séjour dans les mamelles ; ce sont ses parties les plus grossières qui se trouvent d'abord résorbées.

Il n'a fallu rien moins que de nombreuses analyses pour faire ajouter foi à ce résultat paradoxal annoncé par M. Peligot (1) , résultat qui d'ailleurs contredisait, en partie, l'observation de Deyeux et Parmentier, lesquels nous ont appris que le lait d'une vache est moins abondant et plus riche en beurre quand on ne le tire qu'une fois en vingtquatre heures.

Néanmoins je pense que Tétonncment doit cesser un peu, quand on réfléchit sur la nature et les usages du lait, qui sont bien différents de ceux des autres sécrétions.

En effet, la sécrétion du lait n* est qu'éventuelle,

(1) Peligot, Mémoire sur la composition chimique du lait d'dnesse {Annales de chimie cl de physique, 2« série, t. LXH, p. 432).

et elle ne se fait qu'à la condition que T organe charge de l'opérer reçoive à chaque instant une nouvelle excitation : il entrait dans le plan de la nature de tarir la sécrétion laiteuse dès qu'elle serait devenue inutile.

> Or, quand le jeune animal n'exerce plus la succion accoutumée, ou bien quand on n'emploie plus aucun stimulus artificiel, le lait devient inutile ; non-seulement il ne s'en fait pas désormais, mais même celui qui distendait la mamelle, lors de la dernière montée, ne tarde pas à disparaître.

Pour les autres sécrétions, telles que celle de l'urine et de la bile, les choses ne sauraient se passer ainsi, attendu que leurs usages commencent avec la vie et ne doivent finir qu'avec elle.

Au reste, il ne serait pas indifférent que les principes de l'urine ou de la bile fussent reportés dans le sang aussi rapidement que peut l'être le lait; tandis que celui-ci a une nature si voisine de celle du sang lui-même, qu'en y rentrant il ne peut apporter aucun trouble dans l'économie; loin de là, son caséum pourra faire de la fibrine, et sa matière grasse se brûler, ainsi que son sucre de lait, comme le feraient les principes analogues du fluide sanguin.

IV. Modifications du lait par le régime alimentaire. — Le lait de femme est assez profondément modifié dans la quantité de ses matériaux

solides par une nourriture insuffisante. Cette diminution porte presque exclusivement sur la densité et sur le chiffre du beurre et du caséum. D'après des observations faites par F. Simon, sur une femme indigente, on a trouvé :

11 novembre. maUèiis

Résidu extractives

Femme faible , sécrétion Eau, solide. Beurre. Cast^inc. et sels.

abondante 9U 86 8 35,5 39,5

18 novembre.

Après une nourriture animale abondante 880 119,4 34 37,5 45,4

1er décembre.

Privations pénibles 920 98 8 39 49

4 janvier.

Après deux jours d'une nourriture animale abondante... 873,6 126,4 37 40 46

Des résultats analogues ont été trouvés jmr M. Doyère :

Nourrice très-bien nourrie Beurre. Caséine. Albumioc. Sucre. Sels.

pendant trois jours... 76,00 8,50 4 73,10 1,50 La même nourrice, nourrie pendant trois jours avec du pain et des légumes en quantité insuffisante 50,90 4,10 11 70,50 0,18

Ici le fait curieux est, comme précédemment, la diminution du beurre et de. la caséine ; mais, chose extraordinaire, il y a une augmentation de

MOWnCATIONS PHYSIOLOGIQUES DU LAIT. 205

Talbumine, telle que la somme des deux éléments azotés dépasse de 2,50 la somme des deux éléments dans le premier cas. C'est encore là un lait nutritif, mais de qualité inférieure à celui de la femme bien nourrie.

On sait d'ailleurs que, chez les vaches et chez les animaux, la différence des aliments modifie profondément les qualités du lait, et Young rapporte qu'ayant nourri une chienne avec des aliments végétaux pendant huit jours seulement, son lait se coagulait spontanément, et par l'addition des moyens coagulants ordinaires, qu'il a offert une proportion plus considérable de crème et de matière caséeuse que dans le lait de chèvre. Le lait de cette chienne paraissait donc avoir pris les caractères du lait des ruminants. La même chienne ayant ensuite été nourrie de viande crue, le lait a diminué de quantité, ne s'est plus coagulé spontanément et a présenté des propriétés alcalescentes.

M. Peligot (1) reconnaît que la nourriture a de rinfluçnce sur les porportions solides des principes du lait; il serait porté à conclure que, pour les ânesses du moins, les betteraves donnent le lait le plus riche, puis viendraient la luzerne et le froment mélangés, et en dernier lieu les carottes.

(1) Peligot, Mémoire sur la composition chimique du lait d*dnesse {Annales do cWmie, 2« série, t. LXII, p. 432).

206 L'ALUITEMENT.

Voici comment se sont exprimés depuis MM. Boussingault et Lebel (1) :

« En définitive, ce travail nous permet d'établir » que la nature des aliments consommés n'exerce » pas une influence bien marquée sur la quantité

> et la constitution chimique du lait (nous ne

> disons pas sur la qualité) , si les vaches reçoi- » vent les équivalents nutritifs de ces divers ali- » ments. »

Disons cependant que certaines matières passent dans le lait, et que d'autres s'y développent sous l'influence d'une nourriture déterminée. Ces faits trouveront mieux leur place dans un autre chapitre.

V. Modifications du lait par les fonctiom génitales. — 1° Réapparition des règles. — Après le retour des règles chez une mère qui nourrit son enfant et pendant son époque menstruelle, la sécrétion laiteuse est souvent moins abondante et le lait un peu altéré dans sa composition. 11 en est de même chez les nourrices mercenaires. On avait cru jusqu'ici que ce liquide devenait plus séreux sous l'influence de la menstruation, mais s'il faut en croire les recherches de Becquerel, faites sur trois nourrices seulement, le Idt deviendrait, au

(i) Boussingault, Ânalytes du îail de iiacheobtenn sous Vin* fluence de divers régimes alimentaires {Comptes rendus de V Académie des sciences, 10 décembre 1838). — Boussingault et Lcbel^ Annales de physique e( de chimie, 1839, t. LXXl.

contraire, un peu plus dense et un peu plus riche en principes solides, ce qui le rend nuisible aux enfants, aina que le prouve une observation minutieuse et attentive.

Au reste, si l'analyse du lait ne peut servir de guide au médecin pour la conduite à suivre en cas de retour prématuré des règles chez une nourrice, l'expérience de l'éducation des enfants y supplée fort bien. Quelques enfants ne sont point influencés par le lait qu'ils prennent à l'époque menstraelle ; d'autres en sont malades, ils ont des insomnies, des coliques et de la diarrhée, un peu avant et durant la période menstruelle ; ils pâlissent, leurs chairs deviennent molles, ils deviennent anémiques, et il faut les changer de nourrice ou les sevrer pour les conserver à la vie.

Présence Suspension Réapparition actuelle

des règles. des régies. des règles. État normal.

Densité 4032,24 1031,94 1031,98 1032,67

Eau 889,54 886,44 881,42 889,08

Parties solides 410,49 413,56 418,58 110,92

Sucre 43,88 41,68 40,49 43,64

Bearre 26,54 26,98 29,15 26,66

Gaséum 38,69 43,58 47,49 39,24

Sels 4,38 4,32 4,45 4,38

2** Grossesse. — La grossesse, en général, fait cesser ou altère la sécrétion du lait, qui tend à repasser par Tétatde colostrum et devient nuisible.

Il y a cependant des exemples, mais ils sont bien rares, de femmes enceintes qui ont continué d'allaiter leur enfant jusqu'au terme d'une seconde grossesse, et je dirai même jusqu'à leur accouchement, comme je l'ai vu à l'Hôtel-Dieu, et cela sans que le nourrisson ait paru souffrir de cette déplorable pratique. Ce sont là des exceptions qui ne peuvent détruire les résultats multipliés de l'observation sur les mauvais effets de l'allaitement continué dans cette circonstance spéciale.

3*» Rapprochements sexuels. — On ne sait rien de positif sur l'influence exercée par le coït ou rapprochement des sexes, sur la composition des divers éléments du lait, car aucune analyse n'a été faite à cet égard, et toute recherche de ce genre est impossible. On sait seulement que si le coït est suivi de grossesse, alors le lait diminue, s'altère, peut devenir nuisible à l'enfant et qu'il faut changer de nourrice.

4° Grossesses antérieures. — Les grossesses antérieures ont une influence marquée sur les qualités du lait : les femmes qui ont déjà eu des enfants (un ou deux, par exemple) sont meilleures nourrices que les primipares. Outre qu'elles ont l'expérience des enfants, leur lait est à la fois plus abondant et plus riche : il s'appauvrit, au contraire, à la suite de grossesses trop répétées, lorsque la femme est très-affaiblie.

VL Modifications du lait par la constitution^ le tempérament et Vâge. — Ce que nous savons sur ce sujet se réduit à dire que les nourrices les plus vigoureuses sont en général préférables aux nourrices plus chétives, et que les femmes d'un tempérament lymphatique ont un lait plus abondant et plus riche que celui des femmes d'un tempérament sanguin ou bilioso-sanguin. Quant aux âges, le meilleur lait appartient aux femmes formées, ni trop jeunes ni trop vieilles, âgées de vingt à trente-cinq ans.

Je rapporte ici un tableau de Becquerel, où l'on peut apprécier l'influence de la constitution des nourrices sur la composition du lait. Chose curieuse, ce sont les femmes qui sont signalées comme ayant une faible constitution qui présentent le lait le plus riche et qui se rapproche le plus du lait à l'état normal. Mais si l'on se rappelle ce que j'ai dit des qualités spécifiques, vitales du lait, indépendantes de ses qualités chimiques, de manière à subordonner les résultats de l'analyse moléculaire aux résultats de l'observation clinique et rationnelle, on verra qu'ici j'ai eu raison de donner la préférence aux nourrices de forte constitution plutôt que de prendre les noumces lymphatiques sur la foi d'une analyse chimique, car, dans le premier cas, les enfants profiteront de leur nourriture, tandis que dans le

second, au contraire, ils ont toute chance de dépérir.

Constitution forte. Conititntioa faible. ÉUt normal.

Densité 4 032,97 4 034,90 4 032,67

Eau 944,49 887,59 889,08

Parties solides.. 88,84 442,44 440,92

Sucre 32,66 4Î,88 43,64

Beurre 25,96 28,78 26,66

Gaséum 28,98- .39,24 39,24

Sels 4,32 4,54 4,38

Voici maintenant, pour l'influence des âges, ce qui motive la préférence qu'on doit donner aux nourrices de vingt à trente-cinq ans :

DelSàSOans. 20à25. S5 ft 30. S0à35. 35à40.

Densité.. 4032,24 4033,08 4032,20 4032,42 4032,74

Eau 869,85 886,91 892,96 888,06 894,94

Parties solides. . 430,46 443,09 407,04 444,94 405,06 Sucre.... 35,23 44,72 45,77 39,53 39,60 Beurre... 37,38 28,24 23,48 28,64 22,33 Gaséum.. 55,74 38,73 36,53 43,33 42,07 Sels 4,80 4,43 4,26 4,44 4,06

De toutes ces analyses qui représentent autant de moyennes tirées d'observations particulières, il résulte que, dans l'état physiologique de la nourrice, le lait est plus ou moins modifié dans la proportion de ses éléments, sans s'écai-ter beaucoup des limites fixées par les moyennes normales. Cependant, par la comparaison des différentes analyses et à l'aide d'un peu de réflexion, on peut

arriver à déduire certaines propositions qui constituent autant de lois dans les changements relatifs des éléments du lait par rapport les uns aux autres. C'est ce qu'a entrepris de faire Becquerel. Ainsi : « Quand le chiffre des éléments du lait s* élève l'augmentation porte principalement sur l'eau, le sucre et la caséine.

> Quand, au contraire, le chiffre des éléments du lait s'abaisse^ la diminution porte particulièrement sur les sels et sur le beurre.

» Quand le sucre ou les sels augmentent ou diminuent, la densité ne varie pas.

» Quand le beurre et l'eau augmentent, la densité s^abaissey et quand ces deux éléments diminuent, elle s'élève sensiblement.

» L'augmentation du chiffre de la caséine aiigmente aussi le chiffre de la densité ; sa diminution le fait très'peu fléchir.

» Quand la totalité des parties solides du lait augmente comparativement au fait contraire, le chiffre de la densité est plus élevé.

» Toutes les fois que les quatre éléments constitutifs solides du lait ont augmenté de proportion, l'eau a diminué de quantité et réciproquement, » Les éléments du lait ne sont pas solidaires entre eux, et il n'existe pas de proportionnalité absolue, régulière et constante dans leur développement en plus ou en moins. On doit chercher à établir quel

MODinCATIONS DU LAIT PAR LES MEDICAMENTS. 213

Page 1