LIVRE VI
DE l'aLLAIÏEMERï ARTIFIQEL AU l'ETlJ POT ET AC BIBEBO.N.
Le nom S allaitement artificiel est résenY' à un mode particulier d*aUmentation des enfants dans lequel, à défaut du sein d'une mère ou d'une nourrice, on leur donne à boire du lait ou d'autres substances au moyen d'un verre ou d'une bouteille disposée à cet usage.
C'est ce qu'on appelle élever des enfants au biberon ou au petit pot.
Cette pratique, adoptée par un grand nombre de personnes de Paris ou de la province, est dangereuse, et, malgré les exemples de succès qu'on pourrait citer en sa faveur, il faut dire que les enfants nourris de cette manière sont plus difficiles à élever que les autres, qu'ils sont plus souvent malades, et enfin qu ils succombent pour la plupart aux suites de ce mode d'alimentation. Elle réussit plus souvent dans les campagnes qu'à la ville, en raison de l'influence du bon air et par les excellentes qualités du lait qu'on peut se procurer. Mais dans les villes, quelle compensation y a-t-il on faveur de ces enfants ainsi alimentés ? Presque tous sont i)etits, faibles» et le plu^. fjrand nombre
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finit dans un état de rachitisme, de phthisie pulmonaire ou au milieu de maladies intestinales tuberculeuses et inflammatoires qui amènent la mort. En peut-il être autrement ? Comment suppléer aux qualités d'un bon lait de femme, qui est en définitive l'aliment naturel des enfants? Comment obtenir cette température douce, toujours égale, de ce liquide, et de quelle manière espère-t-on remplacer la couvée de la mère sur le nourrisson, qui est suspendu à son sein? C'est assurément impossible. Quelles que soient les précautions qu'on mette en usage, la nourriture artificielle sera toujours inférieure à l'allaitement maternel et à l'allaitement par une bonne nourrice. Or, si l'on accepte qu'à Paris ce mode d'alimentation réussit moins que les autres, c'est déclarer qu'il est nuisible : il faut donc le bannir sans réserve.
C'est là une des causes les plus puissantes de l'excessive mortalité qui pèse sur les enfants trouvés élevés à l'hospice.
On devra donc toujours combattre les idées des jeunes mères qui, ne pouvant point nourrir leurs enfants, ne veulent pas davantage les confiera une nourrice étrangère, et comptent, dans une grande ville, pouvoir les élever dM petit pot ou au biberon^ deux procédés d'aliuientation essentiellement dangereux . Toutefois quelques circonstances exception -
nelles, la faiblesse, la maladie de la mère et l'impossibilité de louer une nourrice, peuvent autoriser la pratique dont il est question. A part cette position malheureuse, à coup sûr très-exceptionnelle, une femme bien portante, si elle est pauvre, peut nourrir son enfant et travailler en même temps ; ou, si elle travaille sans relâche, elle peut encore gagner de quoi louer une nourrice.
On ne peut blâmer au même degré l'allaitement artificiel entrepris après plusieurs mois d* allaitement par une nourrice. Uenfant est déjà plus robuste, ses organes sont accoutumés à digérer le lait et quelques aliments solides, et il souffre moins de ce mode d'alimentation, qui réussit alors trèssouvent. C'est un sevrage anticipé qu'autorisent une foule de circonstances : la pauvreté des mères qui ne peuvent payer les mois de nourrice, la difficulté de trouver de l'ouvrage lorsqu'on est dérangé une ou deux fois par jour pour nourrir un enfant, la maladie de la nourrice, etc.
Lorsque, par suite de ces diverses causes, l'allaitement artificiel est adopté, comment faut-il le diriger? Quels sont les aliments dont il faut faire usage et comment faut-il les prendre ?
Le lait de vache est le plus ordinairement eihployé, car c'est le moins dispendieux et celui qu'on peut se procurer le plus facilement. Chez les jeunes enfants, il faut le couper avec de l'eau d'orge, de
LAtiE LIBRARi, Zim^:^ \m
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gruau d'avoine, et avec de l'eau panée. On se sert aussi avec quelque avantage de l'eau de poulet, lorsque les enfants sont plus avancés en âge, mais alors on peut donner le lait dans son état de pureté.
Le mélange doit être sucré et préparé par l>etites quantités, à mesure que l'enfant a besoin de boire, pour éviter tout travail de fermentation qui altérerait les qualités du lait. Il faut que la température du liquide soit agréable et toujours à peu près la même, qu'elle ait environ 15 degrés en été et 20 degrés en hiver.
Le lait coupé suffit à la nourriture de l'enfant pendant les premiers temps ; mais à un âge plus avancé, vers quatre ou cinq mois, lorsque l'enfant manifeste le besoin d'une nourriture plus substantielle, on doit joindre à cette boisson des aliments à demi liquides. On peut donner deux fois par jour des bouillies claires faîtes avec la farine de froment ou avec de la mie de pain desséchée et réduite en farine.
Il est une foule d'autres substances qu'on emploie à cet usage, le tapioca, — la semoule, — la fécule de pommes de terre, — l'arrow-root, — la crème d*orge, — la crème de riss, — le racabout, — les biscottes de Bruxelles, — le gruau d'avoine et un grand nombre d'autres pâtes qui sont excellentes, mais inférieures à celles que nous venons d'indiquer*
A ces aliments , on pourra par la suite joindre successivement des panades préparées avec le • pain, du beurre et un jaune d'œuf, des potages faits avec de légers bouillons de viande, des œufs frais cuits à la mouillette, et de petits morceaux de pain. Plus tard, à l'époque naturelle du sevrage, on fera prendre à l'enfant les aliments qui, par la suite, doivent composer sa nourriture.
Les enfants prennent facilement les boissons k la cuiller et au verre; mais cela ne leur donne aucune peine et n'exerce pas leurs muscles comme la succion, par exemple, qui exige le concours des muscles spéciaux et l'action simultanée des muscles de la respiration, (le motif seul doit faire adopter l'usage de biberons, sur l'orifice desquels l'enfant applique la bouche et fait des efforts de succion comme s'il était au sein de la mère.
C'est d'ailleurs un instrument indispensable si l'on craint la transmission d'une maladie héréditaire telle que la syphilis de l'enfant à sa nourrice (1) .
De tous les biberons, le plus simple, le moins dispendieux est le meilleur. On le fabrique soimême en prenant une fiole de verre de la conle-
(l) Yoyc?5 plus loin De Ut syphilis transmise aux nourrices*
llUlCHir. - llVGi l'KEM. EiNF. 18
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nance de i 50 grammes, pour la fermer iDcoinplétement avec un cylindre de vieux linge replié sur lui-même et roulé de manière que l'extrémité plucheuse soit au fond de la bouteille et l'extrémité libre au dehors, soit celle où l'étoffe est remployée. Ce cylindre, d'une longueur de 10 à 15 centimètres, ne doit pas être trop serré et ne doit pas remplir le goulot de la bouteille. Une fois imbibé de lait, les efforts de succion de l'enfant détermine un afflux modéré de lait suffisant pour la nourriture de l'enfant. Dans certains cas, on remplace le linge par un cylindre d'épongé fine taillée exprès, qui dépasse le goulot, de la bouteille d'un pouce, et l'on coiffe le tout avec un morceau de batiste ou de mousseline que l'on fixe au moyen d'un fil. Ce fil doit serrer modérément sur l'éponge pour ralentir l'écoulement du liquide. Il faut avoir soin de tenir les cylindres de linge ou d'épongé humides et de les bien laver deux fois par jour, pour que le lait ne s'altère pas dans leur intérieur, et ne donne pas mauvais goût à celui qui les traverse.
Il y a d'autres biberons plus élégants, mais non plus utiles. On en fabrique de toutes les formes et de toutes les dimensions, tels que les représentent les figures 22 à 3A. Celui qui est le plus convenable et le plus propre à mettre dans la bouche dçs enfants, c'est le biberon de M. Charrière. Le
ALLàlTEKarr AKTIFKIEI. Sl*^
bout, qui a la fcNmie da mameloo, est percé au centre par une petite oarertiire ; U est en ivoire, rendu flexible par une préparation particulière et soofie quand il est humide.
Fw. «. -Fi... 25.
Fie 82 à 25. — Ij^ |»arties liémuatées «lu biberoii CUiarrière. — Fk. 22, A. Bouchon enbob dn biberoo; T., Ouverture ioférièurv ilabonckoD. — Fig. 23, K, Ecrou se fixant également sur le bonobon A et :!inr le bout «le sein. — Fig. 24, D, Mamelon en ivoire ramolli se fixant sur l'êt>rou E. . — Ffe. 25, Bout lie sein fin hilteroii.
Fijr. 26.— Autre liouliie sein «lu biUnN»h Tharnère .
Kl».. 27. — Hilicroii Cliarriri C, Pas .h' vis
Fir.. 28. — RihiToii r.linnii'ii'.
Fluron iMi iMJHtul, mamelnii fii ivuii*»' n<*xil>l<' Hiir imi-.
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ALLAITEMENT ARTIFICIEL. Si 7
M. Galante a proposé pour remplacer le biberon un sein artificiel (fig. 35 et 36). Constitué par une
Fio. 35. — Sein artifificl iIp Galante ; a, bouchon destiné à fermer le tube pendant l'allaitement; 6, mamelon; ccc, développement successif de ra[)pai^il lorsqu'on y introduit un liquide par la partie écrasée du tube d'introduction.
Fio. 36. — Sein artificiel de Galante appliqué sur la poitrine delà nourrice. Le mamelon est logé dans l'enfoncement t^ue présente la partie inférieure de 1 appareil même dans son plus {çrand drvcloppemeut«
cavité (dont les parois en caoutchouc vulcanisé ne se dilatent que lorsqu'on y introduit du lait, il est très-peu volumineux lorsqu'il est vide ; roulé sur lui-même il représente à peine le volume de deux doigts de la main ; mais lorsqu'on le remplit de lait il prend un développement considérable et peut tenir facilement (3 à 800 grammes de liquide.
Les parois étant élastiques, il n'est pas sujet à se briser comme les biberons eu verre.
Le bout du sein ô, également en caoutchouc vulcanisé, parlicipo à rimperinénbilité de l'appa-
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reil; lavé à grande eau, il ne donne jamais lieu à Tacidité du lait que nous avons signalée plus haut.
Dans la figure 35, la partie dessinée en relief représente le sein vide de lait. Pour introduire commodément le lait dans l'appareil, il faut avoir soin de tenir la partie évasée du tube plus haut que le niveau du haut du sein.
Le sein artificiel présente une disposition nouvelle qui ne manquera pas d'être appréciée. Sa partie inférieure présente au centre, même dans le plus grand développement deT appareil, un enfoncement destiné à loger le mamelon, dans le cas où la nourrice voudrait appliquer le sein artificiel sur sa poitrine, position la plus naturelle pour la mère et la plus commode pour l'enfant.
On donne à boire à l'enfant toutes les deux heures pendant le jour, ou une fois pendant la nuit, et quand vient le moment de l'alimenter d'une manière plus substantielle , on lui fait prendre d'abord une fois, puis deux fois par jour, les potages dont nous avons parlé. Après son repas, oh lui redonne son biberon, le liquide sert à délayer sa nourriture et en facilite la digestion.