CHAPITRE II
A. Anatomie et physiologie.
1 . Par des instruments de physique divers, on trouve que la hauteur du son dépend du nombre de vibrations exécutées par le corps sonore dans une seconde. On nomme sons graves ceux qui sont produits par un petit nombre de vibrations, et sons aigus ceux qui sont le résultat d'un grand nombre de vibrations, dans le même espace de temps.
On ne représente pas les sons par le nombre absolu des vibrations, mais parle rapport que présentent les nombres des vibrations des deux sons, appelé intervalle; par exemple trois sons, correspondant au nombre de vibrations 72, 144, 288, sont dans le rapport de 1 à 2 à 4. Ces intervalles ont des noms particuliers, tels que octave, quinte, etc.
On nomme échelle musicale une série de sons , séparés les uns des autres par des intervalles déterminés qui se re* produisent dans le môme ordre, d'une octave à la suivante. Cette période est appelée gamme. Pour distinguer entre elles les différentes gammes, les physiciens ont pris comme point de départ \'ut, correspondant au son le plus grave du violoncelle, de 130 vibrations, et ont donné aux noies de cette gamme l'indice 1 ; les gammes plus élevées portent l'indice de 3; les gammes plus graves— i,— 2. Le la normal
du diapason , produit par 870 vibrations , correspond au /« 3.
Dans les instruments à cordes, le son est d'autant plus aigu que la corde est plus courte, plus tendue et plus mince. Dans les tuyaux à anche de l'oi^gue, la languette ou anche donne un son d'autant plus aigu qu'elle est plus courte. Un fil de fer, la rasette, permet d'allonger ou de raccourcir la paiiie vibrante de l'anche.
2. L'élément vibrant de l'instrument vocal est contenu dans le larynx.
Le larynx est siiMé (fîg. 2; comp. fig. 1) à la partie antérieure et moyenne du cou, où il produit la saillie communément appelée pomme d'Adam et que l'on reconnaît facilement au toucher et même à la simple vue, chez les hommes et chez les personnes maigres.
La forme du larynx est celle d'une boîte ou caisse solide, ti^iangulaire, presque cylindrique à son extrémité inférieure, ouverte par en haut pour communiquer avec le pharynx et par en bas pour la continuation avec la trachée. L'ouverture supérieure est protégée par un couvercle mobile, appelé épiglotte, située en arrière de la langue, à la partie antérieure du larynx (fig. 5, 10).
Cette béance peiwnente est assurée par des parois résistantes, formées par des cartilages qui
28 MANUEL DR L'lIY(;!f;NK DK LA VOIX.
constitiionl la charpcnlc du larynx, mais qui sont mobiles les uns sur les aulres.
Les cartilages du larynx sont formés , comme ceux de l'oreille, du nez , par un tissu élastique et flexible. Les
larynx. It, os hyoïde; lli, carlilage ll.yroide; a; cartilage cricoi ; l, gl, Jps thyroïde; (, trachée; b, bronches droite et gauche de la trachée.
LARYNX, ÉI.ÉMKNT VIBRANT, INTONATION. !2y
principaux cartilages sont le thyroïde, composé de deux lames réunies sous un-anglo , qui fait la saillie appelée la pomme d'Adam (fig. 2, th.). Au-dessous existe ua cartilage annulaire, le cricoide (lig. 2, cr.) , dont la portion postérieure a la forme d'un chaton, sur lequel sont placés deux petits cartilages, les arijthénoïdes, qui fonctionnent comme leviers des cordes vocales (fig. 3, /", e, le). Le cartilage de Vépiglotte (fig. 3, a, b, c) surmonte le tout. Le larynx est suspendu à l'os liyoide (fig. 2, h), auquel est attaché la langue , ce qui explique la dépendance de la position du larynx de celle de la langue (voy. p. 31 ).
A l'intérieur de la cavité laryngée, vers le milieu, existent deux replis saillants, dont l'inférieur, le plus saillant, est désigné habituellement sous le nom de corde vocale ou de vraie corde vocale et auquel nous donnons, par analogie de 2onformation avec d'autres parties, le nom de lèvre vocale (iig. 3, i). L'espace compiis entre les lèvres vocales constitue la glotle (fig. 5, cj), qu'il serait plus exact d'appeler orifice glotlique. La glotte peut être allongée, raccourcie, rétrécie, élargie par la tension, le relâchement, le rapprochement, l'éloignement deslèvres vocales. Ces configurations différentes déterminent la hauteur du son.
Aux détails qui précèdent et qui sont indispensables, nous en ajoutons quelques autres qui peuvent intéresser les personnes curieuses d'étudier l'admirable mécanisme de la production de la voix. On voit, dans la fig. 3, empruntée à noire Traité des maladies du larynx, l'intérieur du larynx ouvert et étalé. La glotte a nécessairement disparu, puisque les lèvres vocales sont éloignées l'une de
MANUEI- DK L'HYGIÈNE DE LA VOIX.
l'autre et qu'elles iio pouvoni, plus circonscrire un espace quelconque. Mais on voit les lovrcs vocales (i) qui se réunissent en avant au thyroïde , vers le milieu de la pomme
FiG. n. — Larynx ouvert en arrière et étalé, pour faire voir la face interne, a, h, c, épiglotte; i, lèvre vocale (corde vocale inférieure) ; /(, ventricule de Morgagui, surmonte du repli supérieur (corde vocale supérieure ou fausse corde vocale] ; e, f, k, cartilage aryténoïde ; o, face interne de la trachée ouverte et étalée ; «, section du cricoide.
d'Adam, sous un angle (g), attachées en arrière aux arylcnoïdes (e, f, /(')■ Or, c'est le déplacement de ces cartilages , qui opèrent comme des leviers , qui produit la tension des lèvres vocales et la configuration diverse de la glotte vocale, suivant que par la contraction des muscles internes elles sont tirés en|avant, en arrière, en dehors ou en dedans. Au-dessus de la lèvre vocale se trouve une petite cavité, le ventricule de Morgagni (h), surmontée du repli supérieur {/misse corde vocale) qui joue un certain rôle dans la production de la voix de tête, dans le cri, etc.
En s'imaginant les bords p, n, accolés, pour reconstituer le larynx dans sa forme naturelle , on comprend que les lèvres vocales , dont la saillie n'est pas suffisante pour se toucher, laissent entre elles un espace vide , la glotte , limitée par les bords minces des lèvres vocales (voyez fig. 5, 8, 9).
En dehors de ces déplacements pa?'tiels qui se passent à l'intérieur du larynx, cet organe peut aussi éprouver, par les muscles, un déplacement dans sa totalité. En plaçant le doigt sur le larynx au moment de la déglutition, on le sentira d'abord s'élever, puis s'abaisser; c'est un déplacement total du larynx, exécuté par les muscles fixés à sa surface externe. Toutes les fois que la langue se retire le larynx s'abaisse, tandis que la projection de la langue le fait remonter. Ce fait, signalé par nous pour la première fois (dans notre Traité des maladies du larynx, p. 255, 265), prouve que la position du larynx est indépendante de la hauteur du son.
L'intérieur de la cavité laryngée est tapissée d'une
membrane muqueuse qui se continue en haut avec celle du pharynx et en has avec celle de la traclice. Elle est de couleur rose , un peu plus foncée sur les cartilages arylliénoïdes et tout à fait claire sur les lèvres vocales. Cette muqueuse est le siège de glandes nomhreuses qui sécrètent le mucus, lequel entretient l'humidité etlasouplesse de la membrane.
3. Lorsqu'on veut connaître à fond le mécanisme d'un travail accompli par une machine dont on connaît le rouage, on y arrive de la manière la plus prompte, en la voyant fonctionner sous ses yeux. Il en est de même pour le larynx. Sa situation profonde rend impossible cette inspection immédiate, aussi a-t-on recours à quelques instruments d'optiques, dont l'ensemble est appelé laryngoscope.
La partie essentielle de cet appareil est un petit miroir carré ou rond, d'un diamètre de 1 à 2 centimètres , fixé à une tige et que l'on place sous la luette du malade ; la bouche doit être largement ouverte et la langue habituellement projetée en avant et maintenue au devant du menton. Le miroir donne l'image de l'épiglotte , de la cavité laryngée, des lèvres vocales, etc., à la condition d'être bien éclairé. Or l'éclairage peut se faire par la lumière solaire ou avec une lumière artificielle quelconque ; une bomie lampe à l'huile suffit, surtout si les rayons sont concentrés à l'aide d'une grosse lenlille placée devant la flamme et d'un miroir concave placé derrière. Cette lumière concentrée peut être dirigée directement sur le miroir laryngoscopique ou à l'aide d'un réflecteur, porté par l'observateur (fig. i). L'examen laryngoscopiqne n'est nullement dou-
LARYNX, ÉLÉMENT VlIiRANT, INTONATION. 33 loareux, toute appréhension à ce' sujet serait mal fondée.
Les études faites à l'aide du laryngoscope ont permis de constater sur le vivant les phénomènes
Fii;. i. — Exiimc'.i lnryiigosco;uq!ic. Sur hi lainjic est |iiiu'é fiippareil d'éclairage, composé d'une grosse lentille cl d'un réilccleur. La lumière ainsi concentrée est dirigée sur le miroir placé au front de Tobservateur, et de là réfléchie sur le miroir laryngoscopique, placé sous la luette du malade. •
qui s'accomplissent pendant la respiration et l'émission de la voix, et que nous allons décrire brièvement.
4. Dans l'acte de l'inspiration et de l'expiration tranquilles les lèvres vocales restent-presque immobiles et écartées l'une de l'autre à leur extrémité postérieure (fig. 5). Mais lorsque la respiration est précipitée, elles se rapprochent et s'élbignent rapidement l'une de l'autre ou restent immobiles et rapprochées.
Lorsqu'on fait un effort, l'expiralion est sus-' pendue ou du moins rendue difficile par le rapprochement des lèvres vocales, il y a occlusion plus ou moins complète de la glotte (iîg. 6). L'effort qui a lieu dans le type claviculaire (p. i6) explique pourquoi la respiration est finalement laborieuse. C'est ausi l'occlusion de la glotte qui produit le hoquet dramatique. L'artiste devient asthmatique.
Dans la toux, clans le ioussaillement , l'explosion de l'air
FiG. 5. — Glotte dans l'inspiration et Texpiralion tranquilles. a, épiglottc ; b, lèvre vocale ; c, repli supérieur (conip. fig. 7, 8, i>) : g, glotte; cl, cartilages aryténoïdes.
écarte les lèvres préalablement accolées. La voix, agitée par une passion violente, fait également explosion; elle est en effet précédée par l'occlusion de la glotte , laquelle est molivée par la contraction générale et par l'arrêt de l'expiration.
5. Lorsqu'on veut émettre un son, on voit à l'intérieur du larynx une double série de mouvements, dont kl première se rapporte aux dispositions préalables et la seconde à l'émission même.
Le larynx se dispose à émettre un son en fermant la glotte par l'accolement des lèvres vocales qui deviennent plus roides, plus saillantes, en même temps qu'elles 's'allong ent (fig. 7).
Nous savons (p. 3/i. ) que dans l'acte de l'inspiration et de l'expiration normales et tranquilles , les lèvres vocales restent presque immobiles. C'est cette position qui estabondonnée lorsque le larynx s'accommode à la phonation ; alors les extrémités postérieures des lèvres vocales se rapprochent et les bords internes s'accolent.
Au moment même de l'émission, on voit les lè-
rapprochiis au point de couvrir eiilièremeiit la glotte n; d, aryté-
MANUEL DE L'UYGIENE DE LA vAlX.
vres vocales s'écarlcr brusquement el vibrer par le clioc de l'air expiré : c'est le coup de glolle ; c'est un pliénomènc analogue à celui que présentent les lèvres de la bouelic lors(iu'on prononce la lettre p.
Après , les extrémilcs postérieures restent rapprochées et forment un angle , comme les extrémités antérieures ; l'écartement est le plus considérable au milieu de la glotte; les diamètres de la glotte maintenant ouverte sont variables, suivant l'intonation, comme nous allons le voir.
La hauteur du son dépend uniquement du nombre 'des vibrations des lèvres vocales, déterminé lui-même par la longueur et la tension de ces dernières.
La voix forme des séries de sons d'une hauteur différente en allant du grave cà l'aigu.
L'élévation ou l'abaissement du larynx n'exerce aucune
influence surlahauteur. Lessonsles plus élevés peuvent èlre donnés le larynx étant dans sa position la plus basse, de même que l'on peut émettre" tous les sons possibles en conservanlau larynx la position de repos qu'il occupe pendant la respiration tranquille, à la portion moyenne du cou. Nous savons en effet que ce déplacement est uniquement déterminé par la position de la langue (p. 31), très-variable suivant les habitudes prises.
En examinant la glotte à l'aide du laryngoscope, au moment de l'émission des sons graves qui forment le registre ou la voix de poitrine (appelé par nous registre inférieur), on voit la glotte ouverte dans toute sa longueur et les lèvres vocales vibrer dans toute leur longueur.
Dans les sons les plus graves, l'orifice glottique présente la forme d'un ellipsoïde très-allongé, se terminant en avant et en arrière en pointe (flg. 8). Au fur et à mesure que l'on monte dans l'échelle diatonique, les lèvres se rapprochent, kl glotte se rétrécit pom' devenir finalement presqire linéaire. Ce rétrécissement excessif ne peut s'opérer que par
Fie. 8. — Configuralion de la glotte dans le registre inférieur (voix de poitrine); g, glotte ouverte dans toute sa longueur; b, lèvres vocales; c, replis supérieurs; cl, arjlénoïdes; a, épiglotte.
une forte conslrictiou , ce qui explique la fatigue qui survient dans l'émission des sons les plus élevés de la poitrine, surtout lorsqu'ils sont émis pendant (jnelque temps et d'une manière suivie.
Dans l'émission des sons aigus, qui forment le registre ou Isivoix de tête (fig. 9), appelé par nous re(jistre supérieur, une portion seulement (l'antéricure) des lèvres vocales entre en vibration.
Toute la partie postérieure de la glotte est fermée par suite d'un mouvement particulier des cartilages arylénoïdes ,iue j'ai décrit pour la première fois {Traité des maladies du larijnx, p. 272). Dans les sons élevés de ce registre, j'ai vu aussi les replis supérieurs et la base de l'épiglolle s'appli(iuer sur les lèvres vocales et agir d'une manière analogue à la rasette, en diminuant la largeur et la longueur de la portion vibrante.
La constrictiou est beaucoup moins forte que dans les sons élevés du registre de poitrine, ce
y. — Glotte clans rémission de la voix d« Idto {va.
slro
snncncuD ; q, gloUc ouverte scidenient dans sa portion ante- Helux-Ï^cvJ^s vocales; c, replis supérieurs; a, ép.glolte ; rf, ary-
ténoïdes.
LARYNX, ÉLÉftlENT VIBUAMT, INTONATION. 39
qui explique la détente que l'ou éprouve en passaut du registre inférieur au supérieur.
La diflërence de hauteur du son, dans ses différents registres, s'explique par conséquent par la différenc3 de la longueur el d;^ la tension de la portion vibrante, comme on l'observe aussi dans les instruments à cordes.
Quelques sons , par leur inlonalion , apparlieuiicul aux deux regisU-es et peuvent être donnés en voix de poitrine ou voix de tète. Ou appelle voix mixte les sons les plus élevés de la voix de poitrine, adoucis et sonibrés, et chez les fennues , médium ou fausset le commencement du registre supérieur.
Lorsqu'on chuchote, les lèvres vocales ne vibrent pas ; l'orifice de la glotte est plus ou moins fermé , mais incomplètement, pour donner passage à l'air expiré, qui ne produit aucun son musical, mais seulement un frôlement, un mélange de bruits appelé souffle. L'absence de vibrations explique pourquoi le son chuchoté ne peut changer d'intonation.
La hauteur du son chuchoté dépend de celle de la voyelle, .qu'il est impossible d'émettre à des hauteurs différentes (voy. p. 57) sans le concours de la glotte.
L'ensemble de tous les sons que l^on peut étnet- Irc constitue Vétenclue de la voix, variable suivant l'âge, le sexe (voy. les articles coiTcspondanls)ctrorganisation, c;> qui forme les différences appelées basse, baryton, ténor, ou bien, riiez les femmes, contralto, mezzo soprano, soprano.
Il est inqtossible de classer les voix iruiie manière exacte,
uniquemeiil par l'exanien laryngoscopique. Los dUIërences relatives de longueur et de largeur des lèvres vocales sont d'autant plus difiiciles à déterminer exactennent que l'on ne possède aucun moyen précis de mensuration, que le plan d'inclinaison des lèvres vocales est variable, qu'il y a par conséquent parallaxe, que les dimensions générales du corps exercent probablement une influence encore inconnue, etc., toutes circonstances fort importantes, lorsqu'il s'agit de diftërences de quelques millimètres.
6. La voix qui n'a pas été assouplie par les exercices est souvent rude, inégale, mal assurée et pcuélendiie; l'étude peu tfaire disparaître toutes ces irnperfections, fixer l'étendue et donner à la voix tout son éclat, pourvu que l'organe soit sain et l'oreille juste.
Les exercices, dont le choix artistique est en dehors de notre compétence, doivent donner tout d'abord de l'agilité par l'étude de la vocalisation. Vocaliser signifie chanter sur des voyelles. Par les vocalises, on donnera aux muscles du larynx toute leur élasticité et leur souplesse et on les rend capables d'obéir cà toutes les intentions du futur artiste ; elles assouplissent les muscles du larynx, comme l'éducation spéciale le iîait pour les muscles du corps chez les acrobates, ou pour ceux du pied chez les danseurs. Daus l'ancienne école italienne on faisait faire l'étude de la vocalisation pendant deux ans aux élèves avant de leur ai)prendrc un seul morceau de chanl.
L'exercire ne donne pas seulement de l'agililé, mais il apprend aussi à tenir et à fder un son.
On sait <dîmr un son loi'sque, pendant tout le temps de son émission, on sait conserver le même deuré de tension aux lèvres vocales. Si cette tension diminue ou augmente à la fin de l'expiration, le son change d'intonation, il baisse ou il hausse. Lorscjue la tension est inégale pendant l'émission, alors la voix chevrote. C'est malheureusement un des défauts les plus fréc|uents et que l'on veut faire passer, pnr ignorance ou par indulgence, comme vibration naturelle de la voix, produite par l'émotion, la chaleur des sentiments, etc.
Il y a plusieurs degrés de ctievrolemeul , de roulement, de tremblement, etc., quêtes physiciens comprennent sous la désignation générale de battements et qui correspondent à la fatigue plus ou moins prononcée. On peut facilement mesurer le degré de ce défaut, en faisant chanter la même note que donne un diapason lixé sur une boîte di.sposée •en résonnateur. Si la voix est bonne, les deux sons se confondent; sinon, on entendra la moindre défaillance de la voix, parce que celle-ci se confond tantôt avec le diapason, tantôt s'en écarte plus ou moins.
En sachant filer un son, sans changer d'intonalion, on donne la preuve que l'on est complètement maître des mouvements qui s'exécutent à l'intérieur du larynx. C'est la voix déshabillée, mise à nu. Quelquefois le son filé se termine par un son plus élevé, qui peut atteindre l'intervalle
12 MANUliL l)K i;ilVr.lf;îsK l)K l-A VOIX.
de quinlo ; les arlislps (iissiiniilfnl ceU^' impiuroction, dans certains cas, par la voix mixte.
On chante faw, le larynx étaut normalement constitué et l'oreille juste, lorsque les muscles du larynx ne sont pas suffisamment exercés pour prendre la .tension voulue pour chaque son de l'échelle vocale. Dès que l'on possède cette (acuité, on chante juste.
Il ne suffit pas de s'exercer dans vm ou d( ux registres, il faut encore savoir les unir, c'est-àdire favoir passer de l'un à l'autre sans laisser apercevoh- le changement. L'union des registres est un des exercices des plus difficiles pour l'élève, mais aussi des plus importants pour égaliser la voix. Lorsque ce passage ne s'effectue pas insensihlement, il existe ce que l'on appelle un Iran dans la voix.
B. De la fatigue du larynx.
Nous avons dit (p. 35) que lorsqu'on veut donner un son, les lèvres vocales abandonnent la position écartée qui leur est assignée pendant la respiration, qu'elles se rapprochent au point de fermer la glotte et qu'en même temps elles éprouvent des changements dans leurs diamètres par suite de la tension opérée qui doit répondre au son que l'on vcul émettre.
LAUViNX, liLÉMEiNT VIBIIANT, INTONA TIOiN. 13
L'occlusion préalable de la glotte dansl'émmiow du sou a pour but d'cuipêchcr la perte d'une parlie de l'air inspiré avant que les lèvres vocales entrent en vibration, c'est-à-dire sans que le son soit produit. Si cette perte a lieu, la respiration foit défaut par sa durée et son intensité et la voix émise est mal posée.
Lorsqu'au contraire l'occlusion préalable des cordes vocales est complète, le son est émis parle coup de glotte (p. 36). Produit avec exagération et répété trop fréquemment, il rend la voix désagréable par ces explosions dures et peu harmonieuses ; les muscles perdent leur force par cet abus du travail ; les voix deviennent dures dans certaines notes, ou même analogue au son que donne une crécelle, ou certains sifflets, ou la prononciation prolongée de la lettre r; c'est ce qu'on appelle un roulement dslavoix(voy. p. M).
2. Dans la voIk parlée ou déclamée les hommes emploient d'habitude le registre inférieur, les femmes et les enfants le supérieur, avec des varialions peu marquées dans l'in/owahow; les variations ne dépassent guère en général une demi-octave et la succession a lieu sans intervalles limités.
Cependant beaucoup de personnes, lorsqu'elles parlent en public, sont tentées, pour donner plus de retentissement à la vois, d'élever ou d'abaisser V intonation habituelle ; on change parfois même-
44 MANUEL l)K L'HYGIÈNE DE LA VOIX.
de registre. Ainsi on voit cerlaincs personnes faire leurs allociilions en voix inixle ou en voix de tête, tandis que d'autres, en adoptant le timbre sombré, abaissent leur voix naturelle et parlent avec les sons les plus graves qu'il leur est permis de produire.
Ce procédé est une erreur, puisqu'il est inutile et nuisible. Il est inutile, ou pour mieux dire, il manque complètement son but, car on n'est pas mieux entendu parce qu'on adopte un diapason étranger, et la hauteur du son ne contribue en rien à la puissance. D'autre part, par ces efforts, auxquels le pharynx et le larynx ne sont pas habitués, par ces contractions artificielles, ces organes éprouvent une fatigue qui est nécessairement nuisible à l'émission de la voix. En parlant sur un diapason trop élevé, qui se rapproche du registre de la tête, on risque de voir la voix s . casser et s'éteindre ; en faisant usage d'un diapason trop grave, la voix s'enroue et pert sa pureté primitive.
On évitera ce double écueil en conservant l'intonation habituelle. En procédant de cette manière, on agira non-seulement dans l'intérêt de sa voix, mais aussi dans celui de l'effet qu'on veut produire. Ceux qui changent de diapason posent devant le public. Or, tout ce qui est faux porte sa condamnation en soi-même, et le public finit tou-
LAUVNX, ÉLÉMENT VIBIUNT, INTONATIUN. 4ô
jours par se lasser de tout ce qui blesse la vérité.
Qu'il nous soitpermis, à celte occasion, de rappeler une anecdocte concernant Talma. Ce grand artiste se faisait donner, dans les coulisses, avant d'entrer en scène, le diapason convenable. « Mon-" sieur, voudriez-vous me dire l'heure qu'il est? » demandait-il, par exemple, au premier venu. Celui-ci répondait naturellement ; de même Talma lui disait : « Merci, monsieur. » Et, en entrant en scène, ses premières paroles étaient dites sur le ton dont il venait de prononcer le « Merci, monsieur » .
3. Nous venons de voir que dans la voix parlée on n'emploie qu'un petit nombre de sons, et que les intervalles ne sont pas nettement limitées. Il n'en est plus de même pour la voix chantée, où les intervalles entre les notes sont marquées, où l'individualité de chaque son peut être appréciée. .
Vétendi/e de la voix peut être développée par l'exercice. Ceux qui s'adonnent au chant doivent exercer leur voix dans les deux registres et s'exercer indépendamment dans l'un et l'autre. Cet exercice développe la voix et finit par lui donner toute son étendue. Ici se présente parfois une illusion, partagée par le professeur ou l'élève et qui est relative aux limites naturelles de la voix. On veut dépasser celles-ci et transformer un baryton en ténor ou bien un mezzo-soprano en contre-alto.
46 MANUEL DIÎ L'HYGIËNK DK LA VOIX.
Or, CCS Icnlavives sont fort dangereuses cl inutiles; on ne relait pas l'organe , on le fatigue et on le détruit aux dépens de ses qualités naturelles. Sans doute, l'exercice, en développant la voix, peutfaire gagner quelques sons, mais il ne peut faire vibrer les cordes au delà ou en deçà de leur élasticité naturelle. Aussi, dès que l'on s'aperçoit que l'éclat se perd, que la fraîcheur et la pureté diminuent, on doit se hâter d'abandonner une méthode qui finirait par détruire les moyens naturels.
C'est surtout l'abus des sons aigus qui détruit la voix, et c'est là le danger le plus fréquent auxquels s'exposent les élèves dès leurs premières études. On pousse trop loin des sons de tête ou de poitrine ; dans le premier cas, on risque de casser la voix ; dans le dernier, on abîme le médium, qui reste fatigué, faible et couvert, lors même que la voix de tête ou de poitrine serait normale.