II INTRODUCTION
lacilement contracter des affections qui troublent sa fonction régulière. Quelle est la personne qui n'a jamais été enrouée? Quel est l'avocat ou prédicateur qui n'a été forcé, à un moment donné, de s'imposer du repos parce que sa voix était mauvaise ? Pourvu qu'on ait un peu l'habitude de fréquenter les théâtres ou les concerts, on a vu assez souvent quelque artiste empêché de paraître, en donnant pour excuse un mal de gorge survenu inopinément.
Ce ne sont là que des accidents passagers. Mais d'autres fois on a pu constater, surtout chez les artistes, que la voix perdait peu à peu ses belles qualités, qu'elle devenait faible, couverte, criarde, tremblante, en un mot, qu'elle était fatiguée.
Nous avons alors sous les yeux le triste spectacle de la perte de la voix chez des artistes qui, pendant un espace de temps trop court, ont fait la gloire de nos scènes lyriques. Ils les quittent au bout de quelques années, les théâtres de leurs triomphes, au moment où l'expérience les a aguerris et que le public les a adoptés. Ils les quittent parce que leurs moyens les quittent, pai'Ce que la voix fait défaut. Ne voyons-nous pas, hélas ! trop souvent, même des jeunes gens, perdre leur voix au bout d'un ou deux ans d'étude?
INTRODUCTION. ni
D'où vient-elle, cette fatigue ; quelles sont les causes qui la font naître et sé développer? Quels sont les moyens qui peuvent enrayer ses progrès lents, mais incessants?
Quelques-uns veulent trouver la cause de cette dépréciation rapide dans les dimensions de la salle; d'autres dans la puissance de l'orchestre moderne ; souvent, très-souvent, dans la musique même, dans les prodiges exigés par la voix. « Pour composer le chant, m'a dit l'illustre auteur du Barbier, il faut savoir clianter ; quand on ne connaît pas par expérience ce dont le larynx est capable, il est impossible de lui tracer sur le papier des évolutions qu'il ne saurait exécuter à moins de s'épuiser. Aussi cette musique de barricades, qui chante toujours à l'assaut, est certes la ruine des voix les plus puissantes. »
On ne saurait, avec plus de justesse, signaler une des causes de la fatigue des voix adonnées à l'exécution d'une certaine musique moderne. Mais il le faut remarquer, nous voyons la même déperdition de la voix s'opérer, non-seulement sur les scènes lyriques ou dramatiques les plus modestes, mais même chez les avocats, les prédicateurs, en un mot chez tous ceux qui font un usage professionnel de la voix.