NEUFS
Ainsi la joie, le bonheur, les émotions vives et agréables, précipitent la circulation, dilatent, comme on dit, les poumons. Les gens joyeux ont la voix facile ; ils se mettent à chanter. Les passions dépressives, au contraire, comme la jalousie, l'amour contrarié , les impressions tristes, ralentissent la circulation et donnent lieu à un affaissement général .
Cependant les passions violentes, telles que les grandes joies, comme les grandes douleurs, frappent au cœur; c'est de ce côté que se porte la main de l'individu qui souffre ; la circulation pulmonaire se ralentit et l'émission de la voix est entravée. D'autres fois, comme dans une violente colère, la voix est étranglée, rauque, étouffée ; ce sont des cris qui s'échappent de la poitrine ; il existe là, comme dans l'effort, occlusion de la glotte plus ou moins complète, qui ne donne qu'un passage insuffisant à l'air expiré.
Lorsque ces perturbations nerveuses se répètent fréquemment, les altérations de la voix, d'abord passagères, peuvent devenir permanentes.
Beaucoup d'artistes éprouvent une vive émotion s'ils appréhendent le pubUc, un nouveau rôle, etc. Mais, indépendamment de ces conditions particuhères, j'ai vu des artistes expérimentés avouer une certaine émotion au moment d'entrer en scène. Le plus souvent cette émotion disparaît chez eux dès qu'ils se trouvent sur les planches ; il en est de même chez les débutants.
Fanuy Essler, la danseuse, ne descendait jamais de sa loge sans être prise d'un accès de spleen profond qui se dissipait de lui-même pour faire place à une sorte de gaieté fiévreuse au moment oîi l'orchestre se faisait entendre. Rosine Stoltz, au contraire, causait volontiers dans les coulisses avec les personnes qui l'entouraient. Elle fut toujours considérée comme une actrice des plus intrépides et résistant le mieux à l'émotion et à la crainte au moment d'affronter la rampe.
Si déjà la Iranquillilé de l'esprit est recommandée par l'hygiène générale dans l'intérêt de la santé, elle l'est autant aussi par l'hygiène vocale.
Aussi, ceux qui se livrent à l'exercice professionnel de la voix doivent-ils éviter cet écueil. On connaît les fâcheux effets produits sur la voix par l'émotion du premier début et, en général, par la timidité. Le public reste longtemps sous cette première impression, quelque bienveillant qu'il soit, et l'artiste lui-même éprouve un vif découragement par son échec. Aussi, faut-il de bonne heui^e s'habituer à parler, à chanter eu public, d'abord devant ses amis, ensuite en présence d'étrangers.
Par la même raison, l'artiste lyrique ou dramatique, l'avocat, tout orateur, ne doit jamais ressentir les émotions ou les passions qu'il est appelé à simuler, s'il veut éviter une fatigue générale et ménager ies organes de la voix. On raconte que Talma, au milieu des fureurs d'Oresle, adressait d'une voix tranquille à son confident des remarques
plaisantes. Sur la scène, l'artiste ne doit qu'imiter les gestes et les intonations, apprises par un travail d'imagination, sans éprouver les troubles de la circulation et de respiration que donnent, en réalité, ces sensations.
On doit donc modérer la sensibilité générale. Si toutefois un état nerveux s'est produit, il faut le combattre par un changement de régime, par le repos, des voyages, etc. C'est ici que l'hydropathie (voy. Formulaire) trouve une heureuse application, de même que le drap mouillé. Les bains tièdes, prolongés pendant deux à trois heures, rendent aussi de bons services, ainsi que les bains sulfureux ou alcalins, et enfin les bains entiers révulsifs (voy. Formulaire).
Un défaut tout opposé à la timidité, c'est la suffisance, qu'il suffit de signaler ici, plutôt au point de vue de l'art que de l'hygiène.
3. Les diverses facultés intellectuelles peuvent modifier les fonctions des organes de la voix par l'influence exercée sur la santé générale, ou par une influence directe.
Une attention soutenue, un travail exagéré de la mémoire, de Vintelligence, finissent par épuiser l'organisme; les digestions se font difficilement, des palpitations et des névralgies de diverses espèces sont des soufl'rances permanentes. La voix perd de sa force, de son éclat, et devient, par les
alléralions profondes de la santé, traînante, plaintive ; le diapason habituel de la parole peut également se modifier, de même que le timbre.
Le repos est le meilleur moyen hygiénique pour faire disparaître les suites d'un travail intellectuel excessif. Les vacances n'ont pas d'autre but. Le repos journalier est donné par le sommeil, par le temps consacré au repos, etc.
A: Les abus des fonctmis sexuelles peuvent épuiser le système nerveux et amener, par l'affaiblissement général de l'organisme, une profonde altération de la voix.
5. Le SOMMEIL est le grand moyen dont l'homme peut disposer pour se reposer de la fatigue causée parles travaux intellectuels et pour rétablir l'équilibre des forces vitales, rompu par la consommation active des tissus pendantla veille. Le sommeil, dont la durée moyenne est de sept à huit heures chez l'adulte , s'il est trop court, rend l'individu nerveux ; s'il esttrop prolongé, il alourditl'organisme. Des couvertures trop lourdes, des matelas trop mous, rendent le sommeil pénible et le privent de son pouvoir réparateur. Dansnoscontrées,lasj"esic, usitée après le repas dans les pays chauds, rend la digestion difficile et l'élaboration du chyme mcomplètc.
6. L'ensemble des facultés intellectuelles, partie intégrante du tempérament, conslituele CAR.iCTÈRE
MORAL de l'homme. Sans innucncc inslanlancc sur la voix, il en détermine cependant, le caracLère général. Quelques exemples suffiront pour nous faire comprendre. L'homme né pour le commandement a la voix courte, brève, impérative; ce sera un baryton ou une basse, jamais un ténor. La voix traînante, papelarde, insinueuse, trahit aussi bien le caractère que la voix joyeuse, facile, abondante. La voix criarde de la mégère est l'opposée de la voix argentine de la jeune fille, heureuse de vivre et d'aimer. On distingue le pleurer bête et le rire spirituel.
Aussi peut-on dire avec raison que la voix est le miroir de l'âme, à moins que volontairement on n'y jette un voile pour cacher sa pensée.
Ce que nous venons d'indiquer s'explique jusqu'à un certain point par les rapports intimes qui existent entre la structui^e de l'organisme général et des organes de la voix, d'une part, et le système nerveux d'autre part. La résonnance est toute autre dans un pharynx dont les muscles sont vigoureux que dans celui dont les chairs sont molles ; or ce développement, si nous faisons abstraction de modifications introduites par l'exercice local, est en rapport intime avec l'organisation générale, laquelle elle-même indique, sinon le caractère moral, dM moins les prédispositions apportées en naissant (voy. Tempérament).