Voy. chapitre Écoles
emmétropes ou prédisposés à la myopie deviennent myopes, lorsqu'après une maladie ils reprennent trop vite leurs travaux.
Le système d'éducation exercera donc une grande influence pour empêcher le développement de la myopie chez les enfants chétifs, débilités ou atteints de maladies oculaires de nature lymphatique. La gymnastique, la natation, les exercices corporels, les toniques et les fortifiants, les promenades au grand air, etc seront très salutaires et les enfants ne reprendront leurs études que lorsqu'ils seront devenus plus aptes à supporter les fatigues de la vue.
Cette question de la prophylaxie de la myopie est du domaine de l'hygiène publique, et l'État ne saurait assez y veiller en instituant une surveillance technique spéciale sur la construction des écoles, sur leur aménagement et leur fonctionnement. L'école est une fabrique de myopes, a-t-on dit; c'est la vérité jusqu'à un certain point. Les récréations doivent avoir lieu à l'air libre et être réglées de façon à assurer un repos périodique à l'accommodation, repos qu'une judicieuse distribution du travail doit déjà lui assurer à plusieurs reprises pendant la durée même des classes.
La vue des enfants atteints de taies de la cornée ou légèrement amblyopes sera spécialement surveillée ; car l'affaiblissement de leur acuité visuelle les porte à regarder les objets de très près, ce qui
fatigue la vue et développe en outre des conjonctivites et des blépharites. Les vastes horizons et la vue au loin, voilà quelle est la vraie prophylaxie de la myopie, et c'est en vivant de la sorte qu'on en préviendra l'apparition et le développement. Malheureusement l'éducation et l'instruction ne peuvent pas se faire entièrement en dehors, et les écoles sont nécessaires. Aussi faut-il par tous les moyens possibles en rendre le séjour moins nuisible, et c'est vers ce but que doivent tendre tous les efforts des hygiénistes, en usant largement de tous les systèmes perfectionnés connus
(éclairage, mobilier scolaire ), pour permettre
le travail à 0,33 c. environ et empêcher que les élèves ne soient tentés de se rapprocher davantage.
Après avoir rempli dans la plus large mesure cette indication, il faut songer à enrayer le progrès de la myopie lorsqu'elle existe, à la maintenir stationnaire et à éviter les complications auxquelles elle est exposée. Cette indication consiste à neutraliser la myopie au moyen de verres correcteurs, de façon à empêcher les efforts de convergence.
Les verres concaves bien appropriés reportent le foyer principal sur la rétine (fig. 6) et permettent la vision à 40 centimètres à peu près. C'est là une révolution dans les habitudes des oculistes et aussi dans les préjugés du public, a dit Giraud-Teulon ; on s'imagine en effet que du moment où la vue
est bonne à course distance comme dans les myopies faibles , il y a danger à porter des verres correcteurs. C'est l'inverse qu'il faudrait dire, car il y a danger à ne pas agir comme nous le
Fig. 6. — Correction de la myopie par un verre concave*.
conseillons, et le port constant des lunettes est indispensable dans certains degrés, surtout si l'on veut arrêter les progrès de la myopie et prévenir toutes les conséquences de la myopie progressive. A l'exception des cas de myopie faible qui ne dépassent pas trois dioptries, on doit porter habi-' tuellement des verres concaves pour le travail, la lecture, l'écriture, le dessin et aussi pour la vision à distance. En règle générale, nous prescrivons le port de verres correcteurs dans tous les cas où la
* V, verre concave ;
R, rétine où le foyer se trouve reporté par le verre concave.
lecture n'est pas possible à 25 centimètres; car il est préférable pour le sujet de lire à 25 centimètres avec des lunettes et sans effort, que sans lunettes à 15 ou 20 centimètres seulement, avec l'aide de l'accommodation et de la convergence. Nous ne laissons les myopes sans lunettes pour le travail de près, que lorsque la lecture est possible à la distance de 25 centimètres sans le secours des verres, ce qui correspond à peu près à une myopie de trois dioptries. Quant au numéro du verre, nous cherchons simplement à permettre la lecture à cette distance sans essayer de neutraliser complètement le degré de myopie. Il y a un écueil sérieux à éviter dans le choix des verres concaves, c'est de ne pas s'arrêter au numéro le plus fort qui produit la vision à distance. Il faut toujours choisir le numéro le plus faible possible et cette recommandation est de la dernière importance. En effet, si le numéro est trop fort, le myope en corrigera l'excès par des efforts d'accommodation et de convergence, ce qu'il faut précisément éviter. Entre deux verres qui rendent la vision également distincte, le myope préférera le verre le plus fort qui lui donne des images rapetissées et plus fines pour lesquelles il. a une prédilection marquée, les distinguant plus nettement que les images agrandies. Mais c'est là que réside le danger, les petites . images nécessitant en retour l'action de l'accommodation.
Dans la myopie forte, c'est-à-dire dépassant six dioptries, deux sortes de verres sont indispensables, les uns pour voir de loin et les autres pour voir de près. La différence entre ces deux espèces de verres devient de moins en moins considérable au fur et à mesure que le degré de myopie est plus élevé. La diminution de l'acuité visuelle, qui est en général proportionnée au degré de la myopie, ne permet pas toujours de rendre la vision au loin bien distincte.
Dans les cas de myopie extrême, d'insuffisance musculaire ou d'asthénopie, il y a avantage à faire décentrer les verres. De cette façon la vision se fait non plus par la partie centrale de la lentille, mais par sa partie interne dont l'épaisseur est plus considérable, ce qui fait l'office d'un prisme à base interne. Les prismes à base en dedans agissent en reportant l'image du côté de leur sommet et en permettant sa perception sans qu'il soit fait des efforts de convergence. Ils constituent donc le traitement de l'insuffisance musculaire et de l'asthénopie. Les auteurs qui admettent que l'insuffisance originelle des droits internes est une cause de myopie, ont conseillé le port des prismes à base interne comme moyen préventif de la myopie. Lorsque l'insuffisance et l'asthénopie persistent malgré l'emploi des verres prismatiques, on peut recourir à la ténotomie et au reculement du droit externe (de Grasfe), dans
le but de rétablir l'équilibre musculaire rompu; mais ce moyen échoue bien souvent, c'est pourquoi nous ne le recommandons que dans des cas tout à fait exceptionnels. Lorsque la myopie est progressive et compliquée de lésions de la choroïde, il convient de suspendre tout travail pendant un temps plus ou moins long. Le repos de l'œil doit être absolu et de plus, il y a lieu de suivre un traitement médical approprié aux lésions existantes et aux différents symptômes d'inflammation.
La sclérotomie employée par Dransart dans le but de s'opposer h. la progression de la myopie, en diminuant l'excès de tension intra- oculaire auquel cet auteur attribue l'étiologie de la myopie, ne nous paraît pas avoir une grande utilité.
Certains auteurs préconisent encore les instillations d'atropine qui mettent l'œil au repos en paralysant l'accommodation, ou de préférence d'homatropine ou de duboisine, dont l'action est moins persistante que celle de l'atropine. Plusieurs médecins font sur les jeunes gens myopes des cures d'homatropine ou de duboisine dans le but d'empêcher le développement de leur amétropie, et profitent pour cela des jours de repos et de vacances. Cette mesure nous paraît très bonne, surtout en ce qu'elle corrige le spasme de l'accommodation qui est si fréquent dans le jeune âge et auquel il faut bien se garder
d'opposer Faction des verres concaves qui ne font que l'exagérer. En choisissant des lunettes aux jeunes gens qui accusent un degré très élevé de myopie, on aura quelquefois besoin de neutraliser l'accommodation par un mydriatique, afin de ne rester réellement en présence que de la myopie axile. Mais il conviendra alors de prolonger pendant un certain temps l'image du mydriatique.
Comme conclusion, la myopie est souvent due à une prédisposition héréditaire, et se développe grâce aux efforts de convergence nécessités par le travail à courte distance. La prophylaxie consiste à faire en sorte que le travail dans les écoles ait lieu dans des conditions hygiéniques favorables, à toujours porter des verres à partir d'un certain degré de myopie, afin que la vision ne s'exerce jamais à moins de 25 centimètres, enfin à éloigner les sujets fortement myopes des professions qui demandent une vision à courte distance.
§ II. — Hygiène de la vue dans l'hypermétropie.
Dans l'hypermétropie, à l'inverse de la myopie, les rayons lumineux parallèles viennent faire foyer en arrière de la rétine (fig. 7); et cette anomalie de réfraction provient de ce que l'axe antéro-postérieur de l'œil est plus court qu'à l'état normal (fig. 8).
HYPERMETROPIE
Etiologie de l'hypermétropie. — ; Ce raccourcissement de l'axe de l'œil est occasionné par un arrêt de développement congénital. Autrefois et pendant longtemps on a confondu l'hypermétropie avec la presbytie. En effet dans la presbytie, lorsqu'il s'agit de regarder un objet placé en deçà du punctum proximum, le foyer des rayons lumineux se fait en arrière de la rétine comme dans l'hypermétropie; seulement cela
Flg. 7.
Œil hypermétrope*.
tient à un défaut de réfraction dynamique par suite de l'affaiblissement de la puissance d'accommodation. L'hypermétropie au contraire, constitue un vice de réfraction congénital, dont le défaut de développement du globe oculaire et la brièveté de son axe sont les seuls facteurs étiologiques.
* R, rayons venant de l'infini qui dans l'œil hypermétrope viennent au delà de la rétine faire foyer en o.
50 VICES DE REFRACTION
A côté de cette hypermétropie axile congénitale, il existe, comme pour la myopie, une hypermétropie acquise qui tient : à l'absence du cristallin par suite d'extraction ou de résorption congénitale; à la tension intrà-oculaire modifiant la forme sphérique de l'œil, ou encore à des tumeurs de l'orbite refoulant en avant l'hémisphère postérieur...
L'hypermétropie axile tient donc à un arrêt de développement de la coque oculaire; et comme l'œil n'atteint son complet développement qu'à l'âge de 16 ans environ, il se trouve que dans le jeune âge, l'hypermétropie est pour ainsi dire l'état physiologique. On voit presque toujours l'image droite du fond de l'œil des jeunes enfants par l'examen au miroir, ce qui est on le sait, un des signes caractéristiques de l'hypermétropie.
La force de l'accommodation, qui à l'âge de i) à 20 ans peut être assimilée à une lentille de 6 dioptries, suffit souvent pour ramener sans fatigue l'image des objets sur la rétine, de sorte que la vision s'exerce sans aucun trouble : c'est le cas de l'hypermétropie latente (fig. 9). Lorsque la puissance contractile du cristallin est insuffisante pour une cause ou l'autre, une partie de l'hypermétropie devient manifeste, dans une proportion qui augmente avec l'âge, avec la diminution de l'énergie du muscle ciliaire et de l'élasticité du cristallin.
HYPERMÉTROPIE
Dans l'hypermétropie absolue, l'accommodation reste impuissante dans tous les cas et a toutes les
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