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ARTICLE II

§ Ier. — Qualités visuelles nécessaires

Les conditions visuelles exigées pour la marine sont avec raison plus rigoureuses que pour l'armée de terre. « Pour les inscrits maritimes, dit l'instruction de 1879, l'acuité de la vision ne doit pas s'abaisser au-dessous de 1/2, limite minimum adoptée pour les élèves de l'école navale. » Le marin doit pouvoir manœuvrer librement sur les vergues, distinguer nettement la position et la place des cordages qui se croisent dans tous les sens et les détails innombrables de la mâture qui dans les frégates de guerre atteint jusqu'à 40 mètres de haut. Il faut pour faire le service de vigie, de guetteur ou de timonnier, qu'il puisse signaler tout ce qui passe à l'horizon : les objets flottants, les pavillons, les navires, les signaux, les bords terrestres ; et il est indispensable qu'il puisse distinguer les objets de très loin, afin que les mesures de précaution soient prises en temps utile pour éviter une avarie

quelconque, un choc ou un abordage. Toute erreur d'appréciation sur les distances ou sur la position des objets peut être la cause de dangers sérieux pour l'équipage.

Acuité. — L'acuité de 1/2 est juste suffisante pour remplir le but cherché, et Barthélémy1 voudrait qu'on éloignât encore cette limite, calculant qu'un amblyope de 1/2 ne verra qu'à 2,000 mètres une barque ordinaire qu'il y aurait urgence à apercevoir au moins à trois ou quatre mille mètres, étant donnée la vitesse de marche d'une frégate. « Le chiffre de V = 1/2, dit Barthélémy, n'est donc qu'un minimun. Le marin agit isolément, et sur une vergue, dans une manœuvre, dans un canot, en vigie, il a besoin de toute son acuité. »

Les officiers de marine ayant une responsabilité très grave et remplissant un rôle duquel dépendent la vie et le salut des hommes et du navire, il était naturel de leur imposer des épreuves visuelles d'une grande sévérité. C'est pourquoi les candidats à l'école navale ont à subir un examen dont tous les détails sont fixés réglementairement, de façon que les conditions de l'épreuve soient constantes et les mêmes pour tous.

Les élèves admis à l'école navale sont soumis à leur arrivée à la visite médicale : « L'épreuve opto-

1 . Barthélémy, Examen de la vision dans la Marine et l'Armée. Paris, 1889, 1 vol. in-16 (Bibliothèque scientifique contemporaine) .

métrique, dit le règlement, consiste dans la lecture à une distance de deux mètres, des lettres numéro 12 de l'échelle de Snellen ou numéro 4 de l'échelle métrique, présentées une à une à travers une ouverture de 12 millimètres, et éclairées par une bougie stéarique de 10 au kilo, placée à 50 centimètres de ces lettres et cachée par un écran. »

Myopie. — Quant à la myopie, elle rend impropre au service sur mer, lorsqu'elle est supérieure à 1/24, degré qui laisse encore en général une acuité de 1/2 à distance. La différence entre 1/24 pour la marine et 1/6 pour l'armée de terre, provient de ce que le marin ne peut porter des lunettes. La nature de ses fonctions, les manœuvres de gymnastique qu'il exécute dans la mâture et sur les vergues, les mouvements du navire, les lames... tout en un mot s'oppose au port de verres correcteurs, sauf pour les officiers devenus myopes ou dont la myopie a augmenté depuis leur entrée au service. A ces derniers, nous conseillons de ne faire usage en mer que de verres en cristal de roche, qui ont sur les verres de crown-glass les avantages de ne pas se rayer aussi facilement et surtout de ne pas se ternir sous l'influence de l'humidité. C'est dans la marine, où les spécialités sont nombreuses, que le classement d'après les qualités visuelles acquiert de l'importance. Pour les matelots chargés du service général du bord (caliers, soutiers, chauffeurs, mécaniciens), les conditions ordinaires

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suffisent; mais pour les artilleurs et les fusiliers, les pilotes, les vigies, les guetteurs de sémaphore, les timoniers, il est indispensable de jouir d'une intégrité parfaite et même d'une certaine supériorité du sens lumineux et chromatique, comme le prouve savamment Barthélémy1.

L'Instruction de 1879 prescrit que les apprentis fusiliers et canonniers doivent être choisis parmi les hommes bien constitués, exempts de toute infirmité même légère, et doués d'une vue complètement normale. Cette donnée est assez vague et l'instruction ne précise nullement quelles épreuves on devra faire subir aux candidats pour s'assurer qu'ils ont une vue complètement normale. Pour la marine encore plus que pour l'armée, il serait donc nécessaire d'établir dans le dossier de chaque homme un article spécial relatif à la vue, et dont les indications serviraient pour le classement dans tel ou tel service. Barthélémy demande avec raison que des épreuves soient faites à certains intervalles, et que les hommes ne remplissant plus telles ou telles conditions soient changés de services.

Hypermétropie et astigmatisme. — Les conditions concernant l'hypermétropie et l'astigmatisme sont les mêmes que pour l'armée, mais toujours

1 . Barthélémy, L'Examen de la vision dans les services publics, la marine et V armée. Paris, 1889, 1 vol. in-16. (Bibliothèque scientifique contemporaine.')

avec cette différence que l'acuité ne doit jamais être inférieure à 1/2.

Daltonisme. — Le service des signaux a une importance capitale, car la sécurité du navire et de tous ceux qu'il porte dépend des marins qui ont mission de veiller, de guetter ou de conduire, et de la faculté qu'ils possèdent de distinguer nettement les couleurs et les nuances à travers l'éloignement, la brume et les nuages. D'après les statistiques de Féris, sur 100 individus, il y en a en moyenne 8 à 9 qui sont atteints de daltonisme. Il faut donc faire un sérieux examen de la vision des couleurs chez les marins. Et cependant cet examen n'est réglementaire que pour les candidats à l'école navale1; il est prescrit pour les guetteurs et gardiens de sémaphore, et l'on se demande pour quelle raison il n'est pas exigé également pour les timon-

niers, vigies, pilotes et pour tous ceux qui

à un titre quelconque sont appelés à faire le service des signaux. Le règlement ne fixe pas la nature des épreuves à faire subir aux élèves de l'école navale et aux marins. Il y a là une lacune qui sera certainement comblée et il sera avantageux de bien détailler la méthode suivant laquelle l'examen sera pratiqué, ainsi qu'on l'a fait pour l'acuité; de façon que cette méthode soit fixe, invariable et place les sujets examinés dans des conditions à peu près

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