INSTRUCTION ET ÉDUCATION DES AVEUGLES
vont dans le monde entier : le Valentin Haùy qui, imprimé en caractères ordinaires, donne aux voyants des nouvelles des aveugles ; le Louis Braille, destiné aux non-voyants et imprimé conséquemment en relief.
« Mais c'est surtout à sa bibliothèque qu'il consacre maintenant tous ses soins. Il est fier de pouvoir mettre à la disposition de ses frères les chefs-d'œuvre de notre littérature, — Bossuet et La Bruyère, Victor Hugo et de Vigny, — un millier d'ouvrages en tout.
« Il est vrai que chacun s'est empressé d'offrir son concours à l'ami des aveugles. Le papier de ces volumes qui occupent une place considérable, à cause du relief de l'écriture, est fourni gracieusement par MM. Montgolfier, Blanchet frères et Kleber (de Rives), Vieilhomme (de Domaine). Les ouvrages sont reliés gratuitement par les petits infirmes de la maison des frères de Saint-Jean-de-Dieu .
« Rien n'est plus intéressant que de voir, le mardi, jour où l'on communique les livres, les aveugles de tout âge et de toute profession venir chercher dans la bibliothèque un peu de pâture Braille intellectuelle. Celui-ci désire se récréer, celui-là compléter son éducation, très bien commencée dans les écoles spéciales. »
C'est donc à la bibliothèque de M. de La Sizeranne, située au boulevard des Invalides, qu'il faut adresser les aveugles, qui pourront s'y ins-
truire et y puiser les éléments de leur culture intellectuelle.
Peut-être même pourra- t-on un jour arriver à utiliser la perception lumineuse quantitative conservée dans un œil, si minime qu'elle soit, pour imaginer une espèce d'alphabet, au moyen du nombre d'impressions lumineuses successivement répétées.
§ IL — Travail et occupations des Aveugles.
Une autre condition importante dans l'existence des aveugles, c'est de ne jamais les laisser dans l'inaction et l'isolement. En général, les malades atteints de cécité ne sont pas tristes ; leurs idées et leur caractère sont empreints de douceur, de gaîté, de bienveillance, et ils ne révèlent presque jamais des dispositions à la misanthropie, à la lypémanie, au désespoir ou au suicide. Cette heureuse disposition d'esprit provient de la faculté qui leur reste de pouvoir communiquer et échanger leurs impressions et leurs émotions. La vie de relation, si restreinte et si précaire pour eux, subsiste encore dans une de ses parties agréables; aussi faut-il organiser leur existence de façon à ce qu'ils puissent jouir le plus possible de ce grand bienfait moral. Lorsque les aveugles sont seuls et inoccupés, ils pensent à leur infirmité, à leur existence perdue et désormais sans but, sans intérêt et sans utilité ;