‹ Hygiène des baigneursChapitre 54 sur 57 · NATATION. — ART DE NAGER · texte numérisé non relu

NATATION. — ART DE NAGER

Cet art, qui, chez les Grecs et chez les Romains, faisait partie obligée de l'éducation corporelle, n'a point les difficultés qu'on lui suppose. Deux ou trois leçons suffiraient, si la crainte de tomber au fond de l’eau ne paralysait l’enseignement du maitre et la bonne volonté de l'élève. — IT faut bien se convaincre de cette vérité, qu'un peu d’air dans les poumons, et quelques légers mouvements des bras et des jambes sont plus que suffisants pour maintenir le corps à la surface de l’eau. Mais aussi, on ne doit point roidir le corps, ni précipiter les mouvements des bras et des jambes, parce que cette précipitation et ce roïdissement, en faisant perdre haleine, prive le poumon de la quantité

d’air nécessaire et occasionne la chute au fond de l'eau. — L'élève n’oubliera done point que la. souplesse du corps et la cadence mesurée des membres sont les premiers éléments de l’art de nager ; il bannira toute crainte et exécutera avec confiance les mouvements que nous allons décrire.

Arrivé sur le bord de la rivière ou de la mer, l'élève attendra quelques minutes pour donner le temps à la transpiration cutanée de se dissiper. Après quelques frictions prélimmaires, faites sur le tronc et les membres, il trempera ses mains dans l’eau et se mouillera le front et la poitrine pour briser le premier saisissement: puis 1l s’avancera dans l’eau jusqu’à la ceinture. Alors, la tête étant un peu fléchie en arrière, il penchera le corps en avant et les mains jointes, c’est-à-dire les doigts d’une main opposée à ceux de l’autre main, il s’élancera sur l’eau en la frappant de ses deux pieds à la fois. Pour bien faire comprendre au lecteur le mécanisme de la natation, nous décomposerons ainsi les divers mouvements :

1° Les deux mains sont placées sur le devant de la poitrine, les doigts de chaque main opposés l’un

à l’autre, comme nous venons de le dire, et la paume des mains un peu écartée, de manière à former un angle aigu ;

2° Les jarrets sont pliés et les talons rapprochés l’un de l’autre ;

9° On lance vigoureusement les jambes en arrière en les écartant, et simultanément les mains sont lancées en avant, toujours jointes, afin de fendre l’eau comme la proue d’un navire. La séparation des mains ne doit s'effectuer qu’au moment où l’impuision donnée par le coup des pieds ne fait plus avancer le corps sur l’eau; alors on sépare les mains, en décrivant lentement un demi-cercle pour les ramener devant la poitrine, et en même temps on plie les jarrets pour rapprocher les talons. De nouveau on lance les pieds en arrière et les mains jointes en avant; et tou- Jours ainsi, sans Jamais se presser. |

Tel est le mécanisme des mouvements de natation, mécanisme tellement simple que l’élève qui exécuterait avec confiance et sans crainte ces mouvements nagerait à son premier coup d'essai.

L’artde nager embrasse les différentes manières de se tenir en équilibre sur la surface de l’eau, de

fendre le flot ou la vague, de s’avancer en ligne droite ou oblique, de se retourner sur le dos etde nager dans cette position, de rester immobile sans mouvement, etc., etc., d’où sont venues les expressions techniques : pratiquer la brasse, — la coupe, — la demi-coupe, — la planche, — lu chaise, — nager sur le dos, — nager entre deux eaux, — faire le mort, — tourner, — plonger, etc. Ces diverses manières de nager exigent des exercices répétés, et on ne peut se familiariser avec elles qu’en les pratiquant très-fréquemment.

L'art de plonger exige une grande provision d'air dans le poumon; cette provision étant faite par une forte inspiration, on se dresse sur les pieds, on appuie le menton sur la poitrine, on roidit le corps, puis on s’élance, la tête la première, les bras tendus en avant et les mains jointes pour protéger la tête et fendre l’eau. Lorsqu'on est arrivé au fond de l’eau, on fait un mouvement de bascule, on frappe violemment du pied le sol. Si l'endroit où l’on se baigne ést trop profond et que Jon n'ait pu arriver jusqu’au sol, on pliera le corps en deux en ramenant les bras, puis on frappera l’eau avec les mains et l’on donnera un. vi-

goureux coup de pied au moment où l’on sentira que le corps a exécuté le mouvement de bascule; alors on revient promptement à la surface.

Se retourner sur le dos, faire la planche, peut s’exécuter de deux manières :

1° Pour se tourner et nager sur le dos, l'élève pratiquera une brasse oblique, en étendant vivement le bras droit et ramenant vers sa poitrine la main gauche recourbée : en même temps, il imprimera à Son Corps un mouvement de demi-rotation qui le placera infailliblement sur le dos. Une fois dans cette position, l’élève pliera les deux jambes de manière à ramener les talons l’un contre l'autre, puis chassera fortement les jambes, comme dans la natation ordinaire. Ses bras auront les coudes plés, et, de chaque côté du corps, exécuteront des mouvements circulaires qui le soutien- . dront parfaitement sur l’eau.

2° L'autre manière de se tourner sur le dos consiste à laisser arriver le corps dans une posiion perpendiculaire, en se soutenant sur l’eau par des mouvements circulaires de bras ; puis on renverse Loul à COup Son Corps en arrière en lançant les pieds en avant.

L'élève une fois placé sur le dos, fera très-facilement la planche en aspirant une certaine quanlité d'air et pratiquant avec ses bras seulement les mouvements circulaires dont nous venons de parler. Dans la position de la planche, le corps doit rester immobile, il n’y a que les bras qui agissent.

Telles sont, en résumé, les pratiques enseignées par les meilleurs professeurs de natation; nous ne nous étendrons pas davantage sur ce sujet, parce que nous sommes persuadé que l'élève apprendra plus facilement et beaucoup plus vite dans une école ou un gymnase de natation qu’en lisant les descriptions dans un livre. Nous conscillons done aux jeunes gens des deux sexes de fréquenter les écoles de natation, comme le moyen le plus sûr de savoir nager en peu de temps.

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