HYGIÈNE
L’influence du régime des établissements d’instruction sur la santé des écoliers a, surtout depuis la fin du siècle dernier, attiré l’attention des médecins et de tous ceux qui s’occupent de l’éducation de la jeunesse. Quel que soit le sens dans lequel les recherches aient été dirigées, il est évident que les travaux sur ce sujet sont très-superficiels et n’ont aucun cachet scientifique. Le mémoire de Lorinzer luimême'^),, qui eut un grand retentissement, traite de la myopie, de la phlhisie pulmonaire si fréquentes chez les jeunes gens des écoles savantes, comme d’une chose parfaitement connue, et l’on voit ses contradicteurs, Ebermaier par exemple, sans sortir du même cercle, contester ses assertions avec aussi peu d’autorité. Certaines affirmations, certains faits que l’on tint alors comme prouvés, passèrent peu
(1) Ce travail est le résultat d’une mission confiée à l’illustre savant par le ministre des cultes et de l’instruction publique de Prusse. Le sujet est plein d’actualité ; l’on sait avec quel zèle M. Duruy s’est occupe dans ces derniers temps de l’hygiène des maisons d’éducation, et nos lecteurs ont encore présent à la mémoire le beau rapport de M. Vernois, sur l'IIygiène des lycées et collèges de l’Empire {Annales d'hygiène , t. XXX, p. 273). Nous espérons qu’ils liront aussi avec intérêt le mémoire de M. Virchow.
(2) Lorinzer, Preuss. med. Vereinszeilung , 1836, n° 1.
llUD. VIRCHOW.
peu dans les livres el le langage des gens instruits, mais il ne fallait demander ni sur quoi ils étaient basés, ni aucune preuve d’aucune sorte. A diverses époques cependant on a tenté par des recherches sérieuses d’établir des bases réelles qui permissent de porter un jugement, et ces essais de statistique sur l’influence du régime des écoles sur la santé des écoliers doivent être regardés comme un grand progrès dans la question qui nous occupe.
Disons-le, ce n’est que par une statistique étendue, comparée et rigoureusement scientifique qu’on pourra éclairer la question et trouver le remède à opposer au mal. Là où manque cette base, nous savons bien qu’il y a encore certaines règles générales et pratiques utiles à l’hygiène des écoles et autres établissements analogues, mais quand on arrive à l’application, on voit combien il faut compter avec les circonstances particulières au sujet.
Ce travail cherchera à établir une ligne de démarcation entre les maladies qui proviennent du fait des établissements scolaires et celles où leur influence ne joue qu’un rôle secondaire.
Par rapport à la certitude des faits établis, il faut placer en première ligne :
I. Les maladies des yeux, surtout la myopie. — Les premiers essais de statistique ayant pour but d’établir l’influence de l’école sur le développement de la myopie sont dus à l’anglais Waze et datent du commencement de ce siècle. Depuis cette époque, on trouve quelques recherches sur ce sujet presque toujours isolées et ne concluant pas. Il faut faire une exception pour celles du docteur Hermann Cohn, de Breslau, qui, par la méthode et la ligueur des observations, répondent parfaitement aux exigences de la science actuelle. C’est là un travail fort impor-
tant et dont les conclusions doivent jusqu’à un certain point faire autorité.
Colin a pris pour base de son travail les résultats de l’examen des élèves de 5 écoles de village de Langenbielau, de 20 écoles élémentaires, de 2 écoles de jeunes filles, de 2 écoles moyennes, de 2 Realschulen (écoles supérieures du commerce et de l’industrie) et de 2 collèges de Breslau.
Sur 10 060 élèves, il en a examiné lui-môme 6059, les autres l’étaient d’après ses indications par les maîtres. Cohn. a^encore dernièrement examiné les yeux des MO étudiants de l’Université de Breslau.
On a établi en même temps l’âge de l’élève, le temps qu’il a passé à l’école, le momentoù il l’a quittée ; on a noté avec soin les maladies des yeux à ces différentes époques, et tous ces détails ont fourni à l’examen scientifique une base tellement sûre, qu’il serait à notre sens fort difiicile d’en établir une semblable sur le même sujet.
Comme résultat, on trouve que parmi ces 10 060 élèves, 17,1 pour 100 n’avaient pas la vue normale, mais que ce nombre se divisait fort inégalement et de la manière suivante :
Pour 100.
Dans les écoles de village 5,2
— élémentaires des villes lé, 7
— moyennes 19,2
— supérieures de filles 21,9
— supérieures du commerce .. . 2é,l
Dans les collèges 31,7
Parmi les 410 étudiants, on en trouvait 68 pour 100 qui n’avaient pas la vue normale (amétropiques). Si on laisse de côté l’hyperopie, l’astigmatisme et les maladies des yeux réelles comme étant moins importantes, et que l’on ne tienne compte que de la myopie, on trouve 10 pour 100 de myopes parmi les enfants se dédoublant ainsi ;
fi