FIN DE LA TABLE DBS MATIÈRES
HYGIÈNE
INTRODUCTION
On a mis quelquefois en doute l'utilité de la médecine ; on s'est demandé si, compensation faite entre le bien et le mal, l'humanité, en somme, ne gagnerait pas à être délivrée de cet art problématique, difficile à exercer, sujet à l'erreur, souvent entraîné dans une fausse voie, et s'il n'y aurait pas bénéfice pour le genre humain à être abandonné aux seules ressources de la nature ?
Mais si l'utilité de la médecine proprement dite à pu être contestée, il n'en est pas de même de ces principes et de ces règles dictées par l'expérience, ayant pour but la conservation de la santé, et constituant ce qu'on appelle Y hygiène. Les bases de cette science sont admises, ses prescriptions sont respectées. Or, on serait ingrat envers la médecine, si on
Doififi, Hyg. G. M, *
ne se souvenait pas qae non-sealement Thygiène est une de ses branches les plus importantes, mais que les préceptes hygiéniques les mieux établis et les plus répandus, que toutes ces notions vulgaires qui dirigent les hommes sensés dans la conduite de leur vie, dans les soins de leur santé, qui font de la mère le premier médecin de son enfant ; que toutes les améliorations qui ont assaini les conditions de la vie et prolongé la moyenne de l'existence humaine chez les nations civilisées, sont en déQnitive des conquêtes de la médecine, le meilleur fruit de ses acquisitions, le résumé le plus précieux de ses découvertes, mis à la portée et à la disposition du public.
Telle pratique généralement adoptée aujourd'hui et qui parait bien simple, comme d'observer la diète et de garder le repos, de se tenir chaudement quand on se sent du malaise et de la faiblesse, de ne pas chercher à relever les forces par de la nourriture prise intempestivement, est le résultat de l'observation la plus attentive des phénomènes de la vie, des lois de la physiologie, et cette notion vulgaire a été pendant longtemps une notion scientifique du domaine des savants de profession ; les populations ignorantes des campagnes sont encore loin de la connaître et de la suivre.
Il en sera un jour de même du précepte plus hardi
INTRODUCTION
qui prescrit la saignée comme le plus sûr remède d'une hémorragie foudroyante.
Nous ne dissimulons donc pas l'importance de l'œuvre que nous présentons au public sous une forme en apparence légère : entreprendre de populariser les vrais principes et les saines doctrines de l'hygiène, de donner sous forme d'axiomes ou de récits les préceptes les plus sûrs pour diriger la santé et pour éviter les maladies, c'est exprimer la quintessence de la science médicale pour la mettre à la disposition du public.
Ce n'est pas une collection de recettes qu'il s'agit de donner ici, c'est le résumé le plus concret de la médecine, lé résultat le plus clair et le plus pratique de l'observation, la philosophie même de la science.
Si je voulais attaquer la médecine, ce ne serait pas, à l'exemple des critiques auxquels je faisais allusion plus haut, en prenant à partie ses inconvénients au point de vue physique ; je lui reprocherais d'amollir les âmes, par les soins trop minutieux qu'elle impose et par les craintes qu^elIe inspire. Je ne sais, en vérité, ce que deviendront les générations futures, si on continue à les affaiblir dans leur source, par l'excès de soins et de précautions dont on environne l'enfance ! Heureusement nous avons, pour nous retremper, les classes ignorantes et livrées aux rudes
travaux, car il n'y aura bientôt plus que les enfants mal élevés capables de devenir des hommes.
Nous prévenons le lecteur que les principes d'hygiène que nous exposerons ne seront pas inspirés par une philosophie timide et craintive à l'excès ; nous avouons même que la vie ne nous semble pas valoir toutes les précautions qu'une médecine méticuleuse et timorée pourrait en prendre ; d'ailleurs nous sommes persuadé qu'un excès de précautions et de soins tourne précisément contre le but qu'on se propose, et qu'en détruisant, chez les enfants surtout, par trop de délicatesses et de recherches, l'équilibre entre les différents systèmes, on exalte le système ner- •veux aux dépens de l'ordre général, et que l'on crée la source la plus abondante d'infirmités et quelquelois de maladies incurables. On tourne dans un cercle vicieux, quand on oublie que, pour éviter le mal, il faut surtout fortifier le corps contre les causes du mal ; et comme nous ne sommes pas seulement matière, il n'est pas moins nécessaire de fortifier l'esprit contre les terreurs de la maladie (l).
Un enfant auquel on apprend à s'occuper de luimême est à jamais compromis, quant à la bonne hygiène et à l'équilibre de la santé ; et c'est ce que Ton
(1) Voy. Feuchtersleben, Hygiène de rame, trad. de l'allemand. 2« édition. Paris, 1860.
INTRODUCTION
fait tous les jours en demandant aux enfants^ sans nécessité, s'ils n'ont pas mal ici ou là, en les regardant, comme on dit, dans le blanc des yeux ; on ne sait pas tout le mal qu'on produit, tout le ravage qu'on détermine par ces témoignages d'intérêt et de tendresse mal entendue.
— Smm^tlmr, — Février.
Hippocrate (i ) a dit : a Les maladies accrues par lliîver cessent en été, accrues par l'été cessent en hiver,
(( Les maladies engendrées au printemps, on en attendra la solution à l'automne ; les maladies automnales, le printemps en amènera forcément la guérison. »
L'hiver, au point de vue hygiénique, comprend, dans notre climat de France, les mois de décembre,, janvier et février.
L'hiver est mauvais pour les faibles, bon pour les forts, fatal aux vieillards, favorable aux jeunes gen»»
Moins de maladies, plus de mortalité qu'aux autres époques de l'année.
Les dispositions morbides et les maladies de Thiver sont de l'ordre inflammatoire (2).
(1) Hippocrate, Œuvres complètes j trad. Littré, Paris, 1840, t. VI, p. 51.
(2) Ribes, Traité d'hygiène thérapeutique, Paris, 18C0, p. 217.
C'est la saison des rhumes et des affections de poitrine^ des catarrhes et des rhumatismes, surtout si l'hiver est humide. La peau, crispée par le froid, remplit mal ses fonctions ; les membranes muqueuses du nez, de la«gorge, des bronches et de la vessie s'entreprennent facilement; delà les précautions hygiéniques que doivent prendre les personnes délicates, affaiblies par Tâge ou par les maladies, et les convalescents. Les personnes fortes et bien portantes peuvent seules avec avantage braver les rigueurs de cette saison. Pour celles-ci, trop de précaution est nuisible et ne sert qu'à développer une susceptibilité contraire à l'équilibre des fonctions et à la résistance des organes.
« L'hiver est favorable au traitement des états morbides que l'automne et Tété ont laissés après eux, tels que : les névf oses et les affections spasmodiques avec atonie; les maladies muqueuses, les scrofules, les fièvres intermittentes rebelles. — Il est contraire aux maladies inflammatoires, surtout aux maladies fluxionnaires qui aboutissent aux poumons. » (Ribes.) Pour les délicats et les faibles, les précautions sont diverses, suivant les conditions de fortune et de position sociale ; tous ne peuvent malheureusement pas prendre de leur santé les soins qu'elle exigerait. Que servirait de dire à un pauvre portier de Paris :
8" HYGIÈNE. DES SAISOiNS.
« Mon ami, vous êtes sujet aux rhumatismes, le froid humide vous est contraire, le rez-de-chaossée nevous convient pas; il faut habiter un étage élevé^ sec et exposé au soleil? » Ou bien à une pauvre ouvrière gagnant quinze sous par jour à broder ou à coudre des gants et logeant dans une mansarde au sixième : (( Mon enfant, vous avez des palpitations, votre haleine est courte, il ne faut pas monter; logez- vous au premier et promenez -vous doucement au soleil du Luxembourg ou des Tuileries ? »
A^oilà, parmi tant d'autres, les grands écueils de la médecine, bien plus que Tinsuffisance de la science, ou rinefficacité des remèdes que Ton entend chaque jour reprocher aux médecins.
A la vérité, il y a des compensations ; si les pauvres souffrent trop souvent par défaut de soins et de confortable, les riches souffrent peut-être davantage par les excès de précautions qui les débilitent et les énervent.
Mais enfin, quoique nos conseils ne semblent pouvoir s'adresser qu'aux heureux en état d'en profiter, nous espérops les rendre utiles aux plus médiocres fortunes, èt^ous ferons en sorte que chacun y puisse prendre la part qui lui convient.
A ceux que rien ne retient et ne rive à une existence fatale, qui n'ont à calculer ni avec la fortune,
ni avec les obligations d'un état, ni avec les devoirs d'une fonction, ni avec les obstacles d'une nombreuse famille, qui peuvent se placer dans les condi<^ lions les plus favorables à leur constitution et à leur isanté, nous dirons d'abord : « Avez-vous la poitrine délicate, la gorge susceptible, la vessie malade? ètesvous envabi par les douleurs rhumatismales, épuisé ou convalescent? avez-vous enfin, par une cause ou par une autre, tout juste le degré de force nécessaire pour entretenir votre vie pendant les douces saisons où le corps n'a pas à lutter contre les intempéries? c'est le cas de fuir le Nord, le séjour des grandes villes et les brouillards pendant la mauvaise saison, et d'aller demander aux régions tempérées, des conditions d'existence plus faciles et plus saines. »
Mais oh aller, à quel climat, à quel pays donner la préférence?
Si l'on ne veut pas quitter le continent, Montpellier, malgré les imperfections de son climat, avec les ressources de son illustre Faculté et les agréments d'une ville élégante et lettrée, pourvue de bons bôtels, est ce qu'il y a de mieux en France. Perpignan, Ilyères, Cannes ont des sites doux et agréables, favorables aux poitrines menacées et aux valétudinaires.
Les îles de la Méditerranée, la Corse, Ajaccio sur-
«0 IIYGIËNE DES SAISONS.
tout, abrité, au fond de son beau golfe» des vents du nord et de l'Italie, et, mieux encore, Alger avec sa vie pittoresque et animée, son délicieux Sahel, seraient préférables, et enfin TËgypte, avec laquelle nous nous mettons en communication chaque jour davantage et qui n'est plus un voyage capable d'effrayer les imaginations. Nul doute que, grâce aux chemins de fer et aux bateaux à vapeur, de nouvelles localités médicales, propres à toutes les constitutions, en harmonie avec les différents tempéraments, ne soient mises commodément un jour à la disposition de toutes les santés délabrées. Et en partant de ce principe que, pour les maladies chroniques, le meilleur et le plus puissant agent curatif est un milieu approprié au genre d'infirmité dont on est affecté, on verra bientôt les différents climats du monde civilisé faire échange de leurs malades : le Midi envoyer au Nord les constitutions bilieuses, fatiguées des ardeurs du soleil, les foies engorgés, les estomacs et les intestins frappés d*atonie, les systèmes nerveux imprégnés de principes fiévreux, ébranlés par des secousses répétées d'accès intermittents, pour donner lui-môme asile aux poitrines délicates, aux muqueuses impressionnables, aux constitutions lymphatiques ; et de cet échange résultera le plus précieux concours, l'aide la plus efficace pour les méthodes et
les remèdes de la médecine ordinaire. II n'y aurait pour ainsi dire plus de maladies chroniques, si chacun pouvait être placé et vivre dans le milieu ]e plus convenable à son tempérament. Les Anglais, épuisés par un long séjour dans l'Inde, au milieu de la chaleur étouffante et humide de Bombay et de Calcutta, ne sont-ils pas à moitié guéris, dès qu'ils rentrent en Europe ? ne voient-ils pas leurs fonctions digeslives inertes reprendre leur activité, leurs foies hypertrophiés revenir à leur proportion 'normale sous la tonique influence d'un ch'mat plus froid et plus sec, aidée de l'action de quelques eaux minérales telles que celles de Carlsbad ou de Vichy ?
Laënnec dit que : « de tous les moyens tentés jusqu'ici contre la phthisie^ il n'en est pas qui ait été plus souvent suivi de la suspension^ ou même de la cessation totale de cette affection, que le changement de pays ou de lieu. » Mais c'est surtout dans la jeunesse et dans l'enfance que le changement de climat peut produire le plus merveilleux résultat. Malheureusement on s'y prend trop tard et on attend qu'une maladie grave, ayant mis les jours en danger, force à quitter l'atmosphère où de pauvres êtres débiles voués par leur naissance à la phlhisie,ne peuvent plus vivre. Mais alors il n'est plus temps, les organes sont envahis par le principe destructeur, des ravages sont produits,
trop profonds pour être réparés ; un climat plus doux, peut tout au plus prolonger la vie, il ne peut plus guérir et rendre la santé.
C'est avant toute explosion du mal, avant Téclosion du germe fatal qu'il faut fuir les régions inhospitalières pour s'établir, non pendant une saison, mais pendant des années, dans un climat favorable, jusqu'à ce que l'âge et la constitution développée, modifiée, fortifiée, aient pris le dessus. Ces expatriations sont, il est vrai, pénibles et difficiles, bien peu de mem bres privilégiés de la faiùille humaine en ont la liberté et les moyens ; mais, môme parmi ces heureux, libres de tout souci de fortune et de temps, uniquement préoccupés de la conservation de leurs enfants, combien peu prennent résolument ce parti, le seul propre à sauver des êtres chers et menacés ! On agit, à cet égard, comme pour les. consultations dans les maladies aiguës et graves ; on y a recours plutôt comme aune consolation m extremis^ et pour n'avoir rien à se reprocher, que comme à un moyen réellement efficace.
Mais aussi combien peu de médecins ont le courage de dire aux familles dont ils ont la confiance, longtemps d'avance, avant qu'aucun symptôme du mal redouté se soit manifesté, au milieu même des apparences de la plus brillante santé : « Votre en-
HIVER. i3
fant est né d'un père ou d'une mère phlbisique, » ou bien : « Il a perdu un frère ou une sœur de cette maladie, vous voulez et vous pouvez tout faire pour l'élever et le conserver ; eh bien, il faut, pendant qu'il se porte bien, qu'il est en pleine santé^ Téloigner de Paris ou même de la France, le confkier dans une région plus douce, sous un ciel plus chaud, l'élever au soleil, sur les bords de la mer, l'y laisser croître et s'y fortifier pendant dix ans, et ne lui permettre de revoir son pays que lorsqu'il aura modifié son tempérament, renouvelé pour ainsi dire sa constitution, expulsé le germe du mal. o
Et pourtant voilà comment il faudrait se comporter pour obtenir le bénéfice d'un changement de climat, et non attendre que la mort circule déjà dans les veines.
Il faudrait tenir ce langage, non-seulement aux familles riches décimées ou menacées par la phthisie, mais aux parents des enfants lymphatiques, scrofuleux, étiolés. Combien de pères et de mères, favorisés de la fortune, ayant des loisirs, ayant un nom à transmettre, accepteraient ces conditions, se résigneraient, courraient même avec joie au sacrifice, si on le leur proposait avec cette fermeté et cette confiance î Combien seraient heureux d'acheter à ce prix la vie et la santé d'êtres chéris, voués à une mort
presque certaine ou à une vie languissante, prête à s'éteindre dans une postérité dégénérée (i) I
Aux gens de fortune médiocre et aux pauvres, au grand nombre enfin que les nécessités ou les devoirs de leur condition enchaînent au lieu oii ils vivent, comme la chèvre broutant l'herbe autour du pieu oti elle est attachée, je dirai :
c( Garantissez- vous le mieux que vous pourrez des atteintes du froid et de Thumidité, mais sans exagérer les précautions. Ne vous constituez pas ma-
(1) Ayant la prétention de ne consigner dans ce livre que de» résultats acquis, confirmés, ce n'est pas le lieu de discuter les principes que j'avance. S'il s'agissait de donner des preuves, je pourrais citer l'exemple d'enfants pauvres, nés dans les vallées des Basses-Alpes, lymphatiques^ probablement tuberculeux, que j'ai vus revenir à la santé, à la force, à un sang pur et généreux, par deux ans d'existence sur les bords de la Méditerranée, ayant pour berceau le sable brûlant de la plage et respirant à pleins poumons l'air vivifiant et salin de cette chaude atmo* sphère. Le botaniste Aublet, dit Alibert, après avoir usé inutilement, pour guérir l'affection œdémateuse générale dont il était atteint, de toutes les ressources médicales que lui offrait Paris, alla en Provence, s'y exposa sur le sable brûlant aux rayons du soleil ; sous peu, non-seulement l'infiltration considérable dont il était atteint disparut, mais même ses organes, reprenant leur tonicité, acquirent cette sèche mais heureuse vigueur qui caractérise quelques habitants des tropiques, à tel point qu'il était méconnaissable.
« On rencontre peu de scrofuleux aux bords de la mer ; losmalades trouvent sur le littoral de la Méditerranée la réunion de toutes les bonnes influences thérapeutiques. » (Ribes.)
lade, si vous n'êtes que délicat. Ne vous enfermez pas avec trop de soin, ne vous privez ni d'air ni d'exercice. Portez de la flanelle, mais ne couchez pas dans des chambres trop échauffées, épuisées d'air respirable par une habitation trop prolongée pendant la journée et pendant la nuit. Couchez dans une chambre fraîche et sans feu, si tous disposez d'un appaHement suffisamment étendu. On ne saurait croire combien de nuits agitées et sans sommeil sont dues à un air étouffé et non renouvelé ! »
Aux vieillards je recommanderai la prudence. Combien sont frappés pour n'avoir pas écouté leur âge et s'être comportés en jeunes gens I pour s'être exposés au vent et au froid sous une porte cochère, afin d'éviter une averse, par une économie mal entendue, au lieu de prendre une voiture et de rentrer chez eux I
Qu'ils n'oublient pas ce mot d'un homme d'esprit : On ne meurt que de bêtise.
Fortifiez vos enfants par l'exercice en plein air, malgré la rigueur de la saison. Si vous n'avez pas de raison particulière de craindre pour leur poitrine, ne redoutez pas à l'excès un léger rhume, moins fâcheux que rétiolement, que la susceptibilité résultant d'une vie molle et dorlotée. Que les plus jeunes, que les enfants à la mamelle aillent tous les jours
40 UYGIÉN& DES SAISONS.
respirer Tair au dehors, au moment le plus propice : l'air est le meilleur calmant pour les petits enfants, à moins de maladie ou d'indisposition ; il n'y a pas six jours dans l'année où ils doivent, à cause du mauvais temps, être absolument privés de leur promenade et retenus à la chambre.
Aux femmes jeunes et languissantes, redoutez un repos prolongé, qui vous enlève le peu de force dont vous jouissez et vous rend impressionnables, comme une sensitive. On abuse beaucoup, depuis quelque temps, de la chaise longue ; ne vous y abandonnez pas sans nécessité absolue. Trois mois de ce régime sont pires qu'une maladie réelle, on s'en relève plus appauvrie que d'une fluxion de poitrine. Ne faites pas une maladie d'une simple incommodité ; mieux vaut braver un peu le mal que d'y céder toujours.
Si vous avez un léger mal de gorge, un enrouement, un rhume un peu prolongé, buvez un verre d^Eau-Bonne le matin, coupée d'un peu de lait et sucrée avec une cuillerée de sirop de gomme ou de violette ; faites usage d'un calmant, tel que le sirop de Clerambourg ; mais n'enrayez pas votre existence pour si peu de chose.
Combattez la faiblesse de l'estomac et des digestions, ranimez la circulation, rendez de l'énergie à
niVBR. «7
votre sang par Tusage de l'eau ferrée ou par quelques prises de sous-carbonate de fer, surtout à la suite de vos époques qui vous épuisent.
Aux maris, n'interdisez pas à vos femmes les distractions et les plaisirs du monde, sous prétexte de leur santé ; la danse est pour beaucoup de femmes ce que sont la chasse et l'équitation pour les bommes ; c'est leur véritable exercice.
Surtout donnez-leur^ autant qu'il est en vous, la satisfaction de l'esprit et du cœur. Combien de maladies n'ont d'autre origine que les troubles de l'âme, les agitations de la pensée et les mécomptes du sentiment ! Le bonheur et la paix dans le ménage sont les meilleures conditions de la santé, comme ils aident à supporter les épreuves de la vie.
Le baron Louis disait aux ministres, ses collègues : <( Faites-moi de bonne politique et je vous ferai de bonnes finances. » De combien de malades et surtout de femmes ne pburrait-on pas dire : «Donnezleur le contentement de l'esprit et du cœur, et vous leur donnerez la santé. »
A tous, prenez garde aux habitudes contraires aux lois spéciales de votre organisation et de votre tempérament ; étudiez-vous avec un peu d'intelligence sous ce rapport, et ne persévérez pas dans un régime en opposition avec votre nature. Certains
ébranlernenls du système nerveux, certaines afTeclions chroniques même ne sont dues qu'à un régime alimentaire mal entendu, qu'à l'usage de substances antipathiques à l'organisation, malgré le goût apparent, propres à entretenir la chaleur du sang et l'irritation du système nerveux. J^ai vu le café, adopté par une préférence que l'on croyait instinctive, déterminer la goutte, l'irritation des reins et de la vessie, ou d^autres états morbides que l'on faisait cesser dès que l'on renonçait à son usage. Le vin a le même effet sur certains tempéraments chez lesquels l'eau en abondance rétablit l'équilibre et l'intégrité des fonctions ; l'eau est bonne surtout le matin, les pléthoriques feraient bien de ne boire que de l'eau à déjeuner.
Ce n'est pas à diœ que le vin et le café ne soient d'excellents aliments pour le plus grand nombre ; mais il y a ce que l'on nomme en médecine des idiosyncrasieSf c'est-à-dire des dispositions paticulières auxquelles il faut obéir. J'ai connu une personne bien portante pour laquelle toute espèce de fromage était un véritable poison.
Je le répète, car cette vérité n'est pas assez connue, certains états maladifs ne sont entretenus que par un régime alimentaire ou un régime de vie, en général, non approprié aux dispositions individuelles.
De tous les écarts de régime, les plus dangereux, sans exception, sont les excès de table, surtout quand on y fait abus de vins et de liqueurs. La satiété ou rimpuissance mettent plus promptement une limite aux autres excès ; la table, comme on Ta dit, est le plaisir qui se renouvelle le plus souvent et qui dure le plus longtemps. Autant ce plaisir estlégitime, favorable même au bien-être et à l'expansion des organes, agréable quand il est pris avec modération, esprit et délicatesse, autant il peut être fatal quand on s'y livre au delà des limites des forces et de la raison. Bien des gens ne se sont pas relevés d'un seul excès de table poussé outre mesure.
Si vous êtes disposé à engraisser, levez-vous de bonne heure et prenez de Texercice ; fatiguez-vous, môme à jeun ; les personnes maigres agiront en sens inverse. Plusieurs feront bien de renoncer au café, non parce qu'il leur est contraire, mais uniquement dans le but de ne pas augmenter leur embonpoint. Ce n'est pas que le café soit par lui-môme un aliment excessivement nutritif, mais, favorisant éminemment la digestion et l'absorption, il opère l'assimilation complète des autres substances alimentaires. Certaines personnes engraissent à volonté ou se maintiennent dans leur état moyen, suivant qu'elles font usage ou qu'elles s'abstiennent de café
noir. Il peut produire chez d'autres un effet contraire par l'excès d'excitation qu'il entretient.
La théorie de l'inflammation et le système Broussais ont eu une immense influence sur la manière de vivre en général et sur le régime alimentaire en particulier ; on peut dire que l'art culinaire et les habitudes de la table ont été notablement modifiés.
Si ce système a du bon, en inspirant une certaine modération dans l'usage des excitants, il a été poussé à l'excès et a introduit des précautions, de véritables superstitions qui ne sont pas sans inconvénient pour la santé et la vigueur^des constitutions.
On redoute les irritants au point de proscrire toute espèce de condiment un peu relevé dans les aliments ; le poivre a disparu d'un grand nombre de tables, et c'est à peine si le sel se fait sentir.
Le monde se fait une idée si faussé de la structure des organes et de leurs fonctions, qu'il frémit à l'idée d'introduire dans l'estomac une substance acre et brûlante comme le poivre; un seul grain de cette substance sur les parois de cet organe lui semble un poison. Il ne sait pas qu'au moindre contact d'un agent irritant, toutes nos membranes intérieures (muqueuses) ont la merveilleuse propriété de sécréter une liqueur visqueuse qui enveloppe cette substance, la
DIVER. 21
rend pour ainsi dire inerte ou du moins inoffensive pour les parois de l'organe.
Ce ne sonl donc pas les substances solides, contenant un principe excitant mais non corrosif qui sont à craindre ; l'effet tout local en est éphémère et neutralisé, ou plutôt c'est un stimulant utile aux organes paresseux. Les véritables poisons de l'économie, ce sont ces liqueurs de feu promptement absorbées^ qui se mêlent directement au sang et vont avec lui frapper tous les organes, le cerveau, le cœur, etc., c'est ce qui rend si funestes les spiritueux, l'absinthe et les autres alcooliques.
Mais, qu'on le sache bien, la cuisine fade est mauvaise à Teslomac ; les organes digestifs ont besoin de stimulants, faute desquels ils tombent dans l'atonie ; de là tant d'estomacs délabrés. Mieux vaut terminer un repas par un morceau de fromage que par une sucrerie fade et une crème légère. Ce qu'il faut éviter bien plus que lea excitants, c'est de mettre une digestion sur une autre, de ne pas laisser à l'estomac le temps d'opérer cette grande fonction sans trouble et de se reposer ensuite. On croit qu'on peut impunément manger une chose légère, une friandise, datis l'intervalle des repas, avant que la digestion en soit bien faite ; c'est une erreur. Ce n'est pas la quantité d'aliments qui fait le mal en pareil cas^
c'est la fatigue qu'apporte à reslomac, au milieu de l'importante opération qu'il accomplit, le travail d'une autre digestion, même de choses légères ; on le dérange inutilement, si c'est pour peu de chose, et ce dérangement est aussi nuisible que s'il s'agissait d'un aliment plus substantiel ; cette règle est essentielle surtout pour les enfants, et pour les hommes après un copieux repas.