D’APRÈS UN MANUSCRIT GREC
Ou sait que, depuis longtemps, M. A. Debay a consacré sa plume à la plus belle moi-
tié du genre humain, LES FEMMES; les amis du beau sexe lui doivent des éloges. L’année dernière, cet auteur enrichissait la bibliothèque des dames de plusieurs ouvrages fort utiles sur C Hygiène de la beauté ; hier, c’était la Physiologie des beautés de la femme ; aujourd’hui c’est Laïs de Corinthe qu’il publie. Laïs, ce délicieux type de la beauté féminine relevée par l’attrait des grâces et de l’esprit.
L’ouvrage en question est d’autant plus remarquable que Fauteur entre dans des considérations historiques tout à fait neuves. On avait confondu jusqu’ici dans la classe des courtisanes, plusieurs femmes célèbres de l’antiquité; M. Debay, l’histoire à la main, rectifie cette erreur, et prouve qu’Aspasie, Laïs et autres ne furent nullement considérées, par leurs contemporains, comme des courtisanes. On leur donnait le nom de Hétères, terme qui n’a point d’analogue dans notre langue et qui ne peut se
rendre que par les mots amie , compagne.
Les femmes grecques qui ne voulaient pas s’emprisonner dans le gynécée , se faisaient hétères, dans le noble but de fréquenter le Lycée et l’Académie, pour s’instruire aux leçons des philosophes. La plupart des Hétères étaient philosophes, poètes ou artistes ; plusieurs d’entre elles jouèrent un rôle dans les affaires publiques, Aspasie, par exemple, à qui l’on est redevable du beau siècle de Périclès. On les citait, Laïs, pour l’esprit et l’élégance des manières; Aspasie, pour ses profondes connaissances en politique. Les plus hauts personnages de la nation fréquentaient leurs maisons et se félicitaient d’être leurs amis.
L’auteur déroule fort habilement ja vie de cette célèbre Corinthienne, qui se lie à une foule de curieux détails sur les mœurs de ces temps. Le lecteur assiste aux délicieux soupers que Laïs donnait aux Eupatrides, aux philosophes, poètes et artistes. 11 est initié aux toilettes et aux mystères des boudoirs ; il voit, dans une série d’in-
téressants épisodes, passer devant lui les grands noms de cette époque : Périclès, Phidias, Socrate, Platon, Xénocrate, Euripide, Myrou, Scopas, Aristippe, Diogène et tant d’autres personnages illustres. Après avoir lu ce livre, on est pins à même d’apprécier toutes les magnificences architecturales qui nous servent encore de modèles; alors, on peut se former une idée complète du luxe qu’ Athènes et Corinthe déployèrent dans les arts.
La seconde partie de l’ouvrage de M. Debay se compose d’une charmante biographie de Ninon de Lenclos , parsemée d’anecdotes inédites et inconnues. L’ingénieux parallèle de ces deux femmes justement célèbres offre mille traits de ressemblance ; seulement l’avantage de l’esprit reste tout entier à la Française.