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BLESSURES

On entend par blessure (qui vient d'un mot grec signifiant frapper) une lésion produite sur nos organes par le

(1) Nous ne sommes plus au temps où l'on croyait à l'existence des esprits malins, dont le rôle imaginaire était de tourmenter les hommes de mille manières différentes, mais, au commencement du xvme siècle, on aurait rangé parmi les causes d'accidents dans les mines l'existence de ces êtres fantastiques. Voici ce qu'écrit Ramazzini en 1700, dans son Traité sur les maladies des artisans, trad. deFourcroy. Paris, 1777, p. 1 6.

«» Il y a encore dans les mines d'autres maux plus terribles que ceux-là (blessures, ulcères, etc.) : ce sont des pestes animées qui tourmentent et font périr les misérables mineur?. Il y a aussi des esprits, des spectres, qui épouvantent et attaquent les ouvriers, et qui, au rap-

choc d'un corps quelconque et d'une gravité qui varie avec la cause produite.

Nous allons passer en revue les divers genres de blessures auxquelles sont sujets les houilleurs.

Contusions.

La contusion (du mot latin contundere qui veut dire meurtrir) peut se définir ainsi : une lésion produite dans les tissus vivants, par le choc de corps orbes ou à large surface, sans solution de continuité à la peau.

Dans ses différents degrés, la contusion comprendles blessures les plus légères et les plus graves, depuis la rupture de quelques vaisseaux capillaires jusqu'à la mortification des organes lésés.

Dans le premier degré, c'est-à-dire quand il existe seulement un peu de gonflement, de douleur et un épanchement de sang peu considérable, l'application de quelques compresses imbibées d'une liqueur astringente telle que : eau de Goulard, eau -de-vie camphrée, teinture d'arnica, etc., suffira pour hâter la résolution de l'engorgement.

port d'Agricola, ne sont mis en fuite que par des prières et des jeûnes. Kirker, dans son Monde souterrain, en parle longuement aussi.

» J'ai d'abord cru très fabuleux tout ce qu'on rapportait de ces esprits habitants des mines ; mais un habile métallurgiste, chargé du soin d'examiner les mines des montagnes de Modène, m'a assuré que dans celles de Hanovre, assez célèbres dans l'Allemagne, il n'était pas rare de voir des mineurs frappés de ces esprits, qu'ils appellent Knauff-Kricgen, mourir deux ou trois jours après cet accident, ou guérir facilement, s'ils sont assez heureux pour vivre au delà de ce terme. » Dans les Actes philosophiques de la Société royale de Londres (novembre 1 669, t. II), il est fait mention de ces esprits.

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La plupart du temps, pour des cas aussi simples, les ouvriers bouilleurs endurcis par les rudes travaux de leur métier négligent de consulter le médecin, s'ils peuvent continuer de travailler.

Cependant, si le coup a porté sur un corps glanduleux, comme le testicule, la parotide (glande située près de la joue), une négligence pourrait avoir dans la suite des conséquences fâcheuses. Car, a après une contusion légère il n'est pas rare de voir persister dans ces organes une induration qui est quelquefois le point de départ d'une dégénérescence de mauvaise nature (1). »

Les contusions qui ont leur siège dans les tissus qui avoisinent une articulation doivent être aussi l'objet de soins et de précautions.

Les contusions revêtent souvent des caractères beaucoup plus sérieux que dans les cas dont nous venons de parler, et dont la gravité varie avec les causes qui les produisent, mais elles réclament toutes les mêmes soins au moment de l'accident. On se bornera à appliquer sur le siège du mal des compresses imbibées d'une liqueur résolutive, ou même simplement d'eau fraîche, et l'on réservera au médecin l'initiative d'un traitement plus énergique. Le blessé devra laisser en repos le membre où siège la contusion, car l'exercice, dans ces cas, outre la douleur qu'il occasionne, peut aggraver les désordres qui existent déjà.

Sans doute je suis loin d'avoir tout dit sur ces contusions et sur les moyens de traitement qui leur sont applicables.

Je n'ai pas parlé des compressions méthodiques prati-

(1) Nélaton, Éléments (h: pathologie chirurgicale.

quées sur la partie tuméfiée, qui forcent le sang encore fluide à s'épancher dans le tissu cellulaire voisin et facilitent par là même son absorption ; ni de la nécessité, quand le sang n'est pas résorbé, quand il forme un kyste sujet à s'enflammer, de lui ouvrir une issue, en évitant l'introduction de l'air, pour prévenir de vastes décollements.

C'est que ces soins et d'autres encore concernent le médecin seul, et que les ouvriers doivent se borner, pour différents motifs qu'ils comprendront dans la suite, à la conduite que je leur ai indiquée.

Contusions des organes internes. — Tous les hommes , quel ({lie soit leur métier, peuvent être atteints de lésions semblables à celles dont nous venons de parler et qui n'offrent, le plus souvent, que peu de gravité ; mais il n'en est pas de même des contusions des organes internes, contusions du foie, des intestins, des poumons, du cœur, du cerveau, qui semblent être le triste apanage de l'état du bouilleur, ou tout au moins beaucoup plus fréquentes chez lui que chez toute autre classe d'artisans.

Rien n'est plus facile à expliquer que cette fâcheuse prédisposition, si l'on réfléchit que le houilleur est, parla nature même de son travail, exposé aux éboulements de charbon (qu'il les provoque par l'entaillage ou qu'ils aient lieu spontanément), aux chutes de lieux élevés, à des chocs puissants soit par les bennes, soit par les wagons, soit enfin par des blocs de pierre ou de charbon lancés par la poudre, etc.

L'histoire des contusions internes est fort obscure tant au point de vue du diagnostic et du pronostic que du traitement. Les faits que je vais citer sont malheureuse-

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ment de nature, non à dissiper les ténèbres qui l'entourent, mais à prouver au contraire la vérité de ce que j'avance. 11 arrive souvent, lorsque des organes situés dans les cavités de l'abdomen, du thorax ou du crâne, sont contus, que les téguments ou les os qui ont été directement frappés, ne présentent aucune trace de lésions; ils transmettent les ébranlements qu'ils ont reçus aux organes avec lesquels ils sont en contact, dont la texture est molle et vasculaire, et y déterminent des déchirures profondes de véritables contusions qui ont lieu par contre-coup.

Obs. I. — J'ai f;iit en 1855 l'autopsie d'un homme qui était tombé dans un puits profond. Le crâne était fracturé et la substance cérébrale affreusement meurtrie; mais aucun autre os n'avait été brisé, et cependant la rate, le foie, le cœur lui-même étaient profondément déchirés.

Obs. II. — Un ouvrier piqueur, âgé d'une cinquantaine d'années environ, fut pris sous un éboulement de charbon menu. Les travaux nécessaires pour le dégager durèrent très longtemps, une heure et demie ou deux heures. Pendant ce temps, il causait avec ses camarades et manifestait plus d'impatience que de douleur. Une t'ois délivré et sorti de cette lâcheuse situation, il put se rendre chez lui à pied, en s'appuyant légèrement sur le bras d'un de ses camarades; il prétendait n'avoir aucun mal. Il respirait bien, et cependant il mourut dans la nuit suivante. — L'autopsie me fut refusée.

La mort ne peut guère s'expliquer, dans ce cas, que par une lésion d'un organe important à la vie. Mais cet organe, quel est-il?

Obs. III. — Au mois de mars 1856, un ouvrier remblayeur travaillant à la tranchée de la mine de Doyet (Allier), est pressé

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entre deux wagons allant à la rencontre l'un de l'autre. Il se plaint, après l'accident, d'une douleur très violente dans le ventre; on n'observe rien aux téguments. La pression est douloureuse. On applique trente sangsues au siège du mal, et ensuite on y maintient des compresses d'eau froide. Je prescris la diète, etc. Tout alla bien pendant cinq jours; aucun symptôme alarmant ne s'était produit. Le ventre était un peu tendu; mais rien, du reste, n'indiquait des désordres graves. Je commençais à bien augurer sur le sort de mon malade, qui lui, au contraire, était profondément triste ; il me répétait souvent qu'il avait reçu un mauvais coup et qu'il ne s'en relèverait pas. Le lendemain, (sixième jour) il rendit à plusieurs reprises,- par le haut et par le bas, des flots d'un sang noir ; mes efforts pour arrêter cette hémorrhagie furent vains, et quelques heures après il expira.

Ici cette triste anxiété, ce pressentiment d'une fin prochaine qu'on ne saurait confondre avec la pusillanimité d'un homme faible et peu courageux, étaient de nature à faire croire à l'existence d'une lésion profonde et grave; et ce symptôme, quoique vague, quoique n'ayant pas de signification précise, surtout lorsqu'il n'est accompagné d'aucun autre, a cependant une grande valeur, parce qu'il indique l'état des forces vitales, et que c'est sur cet état de forces vitales que nous devons le plus souvent fonder notre pronostic, et quelquefois aussi notre diagnostic.

L'homme qui fait le sujet de l'observation n°2 se plaignait d'être fatigué. Les forces étaient déprimées. On n'y fit pas grande attention parce que la pression qu'il avait subie pendant près de deux heures semblait rendre compte de cette lassitude qu'il disait ressentir.

A part cette indication fournie par l'état des forces vitales, indication vague, je le reconnais, il n'y a aucun

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signe clans ces deux observations qui ait pu mettre le médecin sur la voie d'une lésion grave. Et la proposition que j'ai émise au commencement de cet alinéa, à savoir que rien n'est plus obscur que l'histoire des contusions des organes internes est jusqu'ici pleinement justifiée.

Quand la contusion porte sur des organes enfermés dans la cavité thoracique, le diagnostic est d'ordinaire plus aisé, à cause du crachement de sang qui survient au moment môme de l'accident et à cause des moyens dont nous pouvons disposer pour explorer ces organes. On verra cependant, par le fait suivant, que l'erreur n'est pas toujours facile à éviter, et qu'il faut être réservé quant au pronostic.

Obs. IV. — Un ouvrier remblayeur, monté sur un petit wagon à remblais, descendait avec une grande vitesse une pente rapide ; le wagon déraille et est précipité au fond de la tranchée. L'ouvrier n'avait pas lâché prise, et l'homme et le wagon roulèrent l'un sur l'autre presque jusqu'au terme de leur course, de telle sorte que cet homme avait eu à supporter plusieurs l'ois le poids du wagon qui s'appuyait sur sa poitrine. Il s'ensuivit d'abord une hémoptysie peu abondante. J'ordonnai une saignée, la diète, etc. — Il n'y avait aucune fracture.

D'une part, j'avais toujours vu guérir les pneumonies de cause traumatique avec une rapidité infiniment plus grande que les pneumonies qui reconnaissent d'autres causes, et revêtir, toutes choses égales d'ailleurs, un caractère plus bénin ; d'autre part, l'état de l'organe, l'état des forces vitales chez ce blessé, me permettaient d'espérer une issue favorable. Je me crus en droit de rassurer la famille.

Cependant, cinq jours après, l'hémorrhagie se renouvela et fut très intense ; les crachats prirent l'odeur caractéristique de la gangrène, et après quelques alternatives de bien et de mal, la mort survint.

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Pour terminer ce qui a trait aux contusions des organes internes, je vais citer une observation qui n'a pas été recueillie chez un mineur; elle présente un exemple de contusions du cerveau indépendantes de toute fracture des os du crâne.

Obs.V. — Au mois d'octobre 1859, je fis à l'Hôtel-Dieu de Saint- Étienne en présence de MM. les docteurs Dayral et Million, l'autopsie d'un homme qui avait reçu un coup de manche de fouet sur le sommet de la tête, un pen à gauche, où il y avait une légère solution de continuité. Cet homme, à plusieurs reprises, avait ressenti dans tout le côté droit de la gêne dans les mouvements, une véritable paralysie qui disparaissait pendant quelque temps pour revenir de nouveau. Quelques jours avant sa mort, il s'était levé, s'était promené et semblait en pleine convalescence. Il mourut subitement.

A Y autopsie, les os du crâne furent trouvés intacts. A la partie supérieure du lobe gauche du cerveau, clans le point correspondant à la solution de continuité du cuir chevelu, il existait une vaste cavité qui aurait pu contenir un petit œuf de dinde, et qui était remplie par un sang noir.

On voit ici que l'ébranlement communiqué aux os fut transmis à la substance cérébrale, sans les avoir lésés, et que des désordres considérables ne s'étaient pas manifestés par des symptômes en rapport avec leur gravité, puisqu'au moment de la mort cet homme passait pour être hors de danger.

De tous les faits que je connais relatifs aux contusions des organes contenus dans les trois grandes cavités de l'abdomen, du thorax et du crâne, j'ai choisi avec intention ceux qui ont eu une issue malheureuse, d'abord parce que ce sont de beaucoup les plus nombreux, et ensuite

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pour montrer combien on doit être circonspect au sujet du pronostic, et combien le traitement demande une minutieuse attention et une active surveillance.

Ces blessures, quand elles ne sont pas compliquées de commotion cérébrale, de syncope, etc. (accidents dont nous parlerons tout à l'heure), ne demandent sur le moment aucun soin spécial. On placera le patient clans les meilleures conditions possibles pour lui procurer du repos. On lui fera prendre du thé, de l'eau sucrée, etc., et on attendra le médecin.

Commotion cérébrale. — Les causes puissantes qui ont déterminé les contusions dont il vient d'être question occasionnent souvent et en même temps un ébranlement général de l'économie avec commotion des centres nerveux, qui se traduit, selon le degré plus ou moins grave qu'elle affecte, pardesétourdissements,deséblouissements de la perturbation dans les idées, ou par la perte de la connaissance et du mouvement volontaire.

Dans ces circonstances, on doit, avant tout, chercher à ranimer la vie par des excitants. On fera respirer au blessé les vapeurs du vinaigre, de l'éther, de l'ammoniaque, etc.; on pratiquera sur toute la surface du corps des frictions sèches ou aromatiques; on projettera avec force de l'eau froide sur le visage; on promènera des sinapismes sur lesjambes et les pieds.

Si la commotion n'est pas intense, ces moyens suffiront pour en combattre et dissiper les effets. Mais, alors même que le blessé ne reprendrait pas l'usage de ses sens, les ouvriers doivent se borner aux soins que je viens de décrire , les continuer avec persévérance, mais ne pas aller

au delà. Car clans les cas difficiles, c'est au médecin seul qu'il appartient de décider ce qu'il convient de faire.

De la saignée dans les contusions. — A propos de la saignée, bien qu'elle ne doive être pratiquée que par le médecin et jamais par les ouvriers, je dirai quelques mots.

Chez un ouvrier jeune, robuste, atteint de contusions violentes ne présentant pas les symptômes de la commotion cérébrale, la saignée pratiquée au moment de l'accident ou peu après, est d'une sage pratique. Elle diminue la masse du sang, atténue ainsi la quantité de fibrine et de matière colorante, et le rend moins stimulant, moins susceptible de produire l'inflammation.

En outre, on combat par ce moyen mieux que par tout autre la fluxion sanguine qui se fait sur l'organe contus. En effet, la nouvelle fluxion qu'on détermine sur le bras vient contrarier la première et la fait rétrograder sur un point d'où elle tendait à s'éloigner. Enfin ou obtient par la saignée une sédation immédiate de l'économie.

Sans doute, il y a des cas particuliers qui doivent faire exception et que le médecin instruit saura toujours discerner; maison peut dire d'une manière générale que dans ces cas la saignée est d'une sage pratique.

On aura recours aux saignées locales principalement lorsque les vaisseaux sanguins de l'organe contus devront fournir eux-mêmes le sang des sangsues ou des ventouses on obtiendra ainsi une déplétion immédiate. Mais il faut qu'elles soient suffisamment abondantes pour taire cesser la congestion; autrement, elles seraient plus nuisibles qu'utiles.

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