UO ARTIFICIERS
plus inflammable que la poudre au salpêtre, détone sous l'influence du choc, mais seulement d'un choc violent, sec, appliqué d'une certaine manière. L'explosion des magasins Fontaine, fabricant de produits chimiques, place de la Sorbonne, à Paris, est restée jusqu'ici inexpliquée. — D en est de même de celle qui eut lieu à l'école de pyrotechnie de la marine, à Toulon (1869).
En faisant réagir l'acide nitrique sur la glycérine, on convertit ce liquide incapable de bruit et de mal, employé dans la parfumerie et dans les pansements des malades, en une huile jaunâtl'e, corrosive, extrêmement vénéneuse et douée d'une force explosive prodigieuse. Il n'y a peutêtre pas de substance qui ait donné lieu à plus d'accidents. — La terrible tendance de la nitroglycérine à se décomposer, et la difficulté presque invincible de la manier sans danger, auraient engagé à y renoncer tout à fait, si l'on n'avait trouvé le moyen de supprimer tous ces inconvénients en mélangeant la nitroglycérine avec une matière inerte absorbant facilement le liquide (la silice, par exemple). — Le nouvel agent ainsi obtenu, appelé dynamite, a été introduit en France à l'occasion des événements de 1870. — Il est susceptible d'application dans les travaux de la paix aussi bien que dans ceux de la guerre. Les exploitations des mines, le percement des tunnels, les travaux sous-marins n'ont point eu jusqu'ici d'agent destructeur aussi efficace. Citons enfin les dangers auxquels sont exposés les artificiers en mettant le. feu aux pièces d'artifice. Ce sont, en général, des brûlures plus ou moins profondes, surtout à la face.
Hygiène préservatrice. — Pour prévenir tout acccident
et explosion dans les ateliers d'artifice, on évitera avant
.tout l'emploi du fer, particulièrement dans les planchers,
les bancs et les tables. — On se servira spécialement
ÂRTlFiaERS. lit
d'une substance mélallique qui, parle frottement et le choc, ne produira pas d'étincelle; le cuivre, par exemple. — Si l'on est obligé de manier des artifices dans des Mtiments où il y a des clous en fer, il faut noyer la tête de ces clous dans le bois et les recouvrir de mastic, ou bien coller dessus plusieurs bandes de papier, de manière à ce qu'ils ne paraissent plus. — Les planchers seront arrosés et balayés avec soin et souvent, surtout dans les temps chauds. Ils seront largement aérés, et rafraîchis à l'extérieur, si c'est possible, par le système des projections d'eau. (Voy. Hygiène GÉNÉRALE, p. 60.) Les carreaux des fenêtres seront complètement recouverts de rideaux. — Les ouvriers, en pénétrant dans les ateliers, mettront des sandales ; il ne faut paSy en marchant, traîner les pieds ni en frapper, et n'avoir sur soi rien qui puisse produire du feu (allumettes, couteau, boucles en acier, etc.). Tout objet qui doit changer de place dans l'atelier sera pris et déposé doucement, san le faire rouler ni glisser. On ne doit avoir dans la main que la quantité de poudre absolument nécessaire ; tout artifice confectionné sera immédiatement enlevé. Si l'on a des fourneaux à allumer, on se servira de briquet de pierre. Toutes les manipulations qui exigent des chocs seront faites dans un local particulier, loin de la poudre de guerre ou des compositions fulminantes. — Dans les manufactureSy toute fabrication doit reposer sur ce double principe : 1** composer le mélange explosible sous la forme pâteuse, et l'appliquer à un état d'humidité tel qu'aucune explosion ne puisse survenir; 2° diviser la matière par fractions en quelque sorte infiniment petites, pendant toutes les manipulations ultérieures, afm que si une explosion a lieu, elle soit graduelle ou" successive au lieu d'être instantanée, de façon qu'en place d'un choc violent on ait un coup très-allongé, sans
danger aucun pour la sécurité (Ch. de Freyciuet). En résumé, les soins et les précautions qu'on apporte au travail des produits explosibles, le perfectionnement graduel des procédés de préparation, car beaucoup d'ac^ cidents sont dus à l'impureté des matières, feront disparaître de plus en plus les causes et les occasions de péril.
Barruel et Gaultier de Claubry, Rapport fait au conseil de salubrité sur la préparation des poudres fulminantes (Ann. d*hyg. publ., 1838). — H. Gaultier de Claubry, De remploi de ralcool et de raction sur Téconomic animale des liquides éthérés provenant de la préparation des fulminates (Ann. d'hyg. publ., 1839, t. XXII, p. 305). — Des améliorations apportées dans les amorces fulmimantes (Ann. d*hyg. publ., 1848, t. XL, p. 333). — A. Chevallier, Sur la santé des ouvriers qui manipulent le fulminate de mercure (Ann. d'hyg:. publ., 1844). — Ch. de Freycinet, Rapports sur l'assainissement industriel en France et à Tétranger (Ann. des mines, 1865-66-67). — Chevaluer, Note sur les accidents observés dans les fabriques d'artifices (Journal de chimie, 1867). — Fernand Papillon, Des nouvelles matières explosibles (Revue des Deux-Mondes, 1873). — Nouveau questionnaire à l'usage des artificiers et élèves de l'école centrale de pyrotechnie maritime, Toulon, in-8»,
ARTISTES ET GENS DE LETTRES. — Si nous réunissons sous ce titre commun les artistes, les littérateurs, les savants, les philosophes, les jurisconsultes, etc., ce n'est point que nous ne reconnaissions à chacun de ces groupes des différences notables dans la manière d'être professionnelle de leur tempérament et de leurs habitudes; mais c'est parce que nous trouvons chez tous une cause identique de maladies : la prédominance extrême et continue du système nerveux sur l'ensemble des fonctions organiques. Mais tandis que chez les poètes et les artistes ce défaut d'équilibration organique est la
conséquence d'une prédisposition nerveuse originelle, caractérisée par une impression nabilité, une irritabilité excessives (genus irritabile ratum)\ chez les savants comme chez les philosophes nous nous trouvons en présence d'une suractivité extrême des centres nerveux, soutenue et réglée par la volonté et le travail assidu.
La sensibilité nerveuse organique chez les premiers, et chez les seconds Texcitabilité cérébrale professionnelle, ce sont ià deux causes pathogéniques différentes au point de vue de Torigine, mais équivalentes comme résultat, parce qu'elles entraînent à leur suite Firrégularité et les troubles dans les rapports organiques nécessaires au maintien de la santé.
Le cerveau est donc Torgane qui doit être et qui esfc en effet le plus souvent atteint chez les hommes livrés aux travaux de l'esprit. C'est une loi en physiologie que tout ce qui dépense a besoin de se nourrir; l'activité de la fonction entraîne l'activité circulatoire de l'organe qui fonctionne; de là un afllux de sang vers le cerveau chez les penseurs. Mais, par suite de la prédominance d'action des fonctions intellectuelles sur les fonctions végétatives ou de nutrition, il y a en même temps diminution de la contractilité vasculaire, d'où dilatation des vaisseaux encéphaliques et congestion consécutive. Ce n'est donc pas tant à Vafflux exagéré de sang vers le cerveaUj que dans le défaut d'innervation vasculaire encéphalique, qu'il faut rechercher la cause des troubles cérébraux si fréquents chez tous les hommes qui se livrent à la méditation et à l'étude.
De même que lorsqu'on gravit une montagne, les membres deviennent lourds et pesants par suite de la surcharge de principes excrémentiels que le sang reçoit des muscles; de même, à la suite d'un travail intellectuel
m ARTISTES ET GENS DE LETTRES.
excessif, le cerveau tombe dans une torpeur douloureuse. Dans Tun et l'autre cas, le repos permet au courant sanguin d'entraîner les produits destinés à être éliminés et d'en débarrasser l'organe en souffrance. Hais combien peu de savants et de penseurs prennent ce repos nécessaire! — Ainsi donc, d'une part, fatigue et épuisement de la substance nerveuse cérébrale; et de, l'autre, désordres artériels et circulatoires : telles sont les causes qui amènent tôt ou tard, chez les uns le ramollissement, et chez les autres l'embolie et l'hémorrhagie du cerveau, d'où apoplexie. Copernic, Malpighi, Linné, Spallanzani, la Bruyère, Daubenton, Monge, Cabanis, Corvisart et bien d'autres ont été frappés d'apoplexie. Ces affections, toutefois, sont plutôt le triste apanage de ceux qui, comme les savants, impriment à leur esprit une tension continue, le violentent et le surmènent; tandis que chez les artistes et hîs poètes, l'extrême irritabilité nerveuse développe le plus souvent une instabilité de caractère qui est leur sauvegarde. Ils sentent passionnément et vite; et c'est pour cela que leurs passions touchent souvent à la folie. L'hallucination et la mélancolie, telles sont les deux formes de l'aliénation mentale que l'on rencontre communément chez eux. Pendant que la statistique, en effet, donne un rapport de 960 cas d'aliénation mentale sur 1000 pour les artistes, elle ne fournit plus que le chiffre de 370 pour les professeurs, les médecins et les savants; la moyenne relevée dans l'ensemble des professions dites libérales étant de 310 seulement sur 1000 individus.
Le Tasse, le Camoens, Ribeira, Hoffmann, Edgard Poe sont des hallucinés; le Dante, Rousseau, Beethoven, Byron sont des mélancoliques. Quelquefois l'excès de sentiment pousse au suicide; témoins Chatterton, Gilbert, Escousse.
D'autres causes de maladies, bien que secondaires, n'en ont pas moins une importance extrême au point de vue surtout de la localisation morbide ; la vie sédentaire, la station assise habituelle, en amenant le ralentissement des échanges organiques, agissent par-dessus tout sur les fonctions d'élimination. C'est ainsi que les reins sont le plus souvent aiïectés. Civiale a dressé un tableau curieux des personnages graveleux ou calculeux de tous les temps. On y voit figurer Amyot, Erasme, Ilarvey, (lalvin. Bacon, Leibnitz, Bossuet, Newton, d'Alembert, Buiïon, Voltaire, etc. (Civiale, Traité de raffection calcnleusCy 1838.) Après les calculs et la gravelle, le catarrhe chronique de la vessie, dit Réveillé-Parisc, est peut-être l'affection la plus commune parmi les hommes méditatifs. L'irrégularité dans les repas, les abus de boissons slinmlantes, entre autres le café, les veilles prolongées, la solitude, sont autant de causes qui viennent agir dans le sens de l'influence déprimante de la suractivité fonctionnelle du cerveau. L'innervation végétative, avons-nous dit, est sacrifiée; les fonctions d'assimilation sont lentes. L'homme qui pense le plus, a dit Tissot, est celui qui digère le moins. De là une torpeur ou plénitude du système veineux abdominal ; de là, par suite, une constipation opiniâtre, des hémorrhoïdes et des congestions fréquentes du foie. L'ictère est une affection des plus communes chez les hommes de cabinet.
La plupart des maladies que nous venons de citer peuvent se rapporter, si l'on veut, à l'attitude et au mouvement pcofessionnels. Un cerveau qui fonctionne se meut ; et l'observation a démontré qu'après un travail intellectuel assidu, la quantité d'urée éliminée est équivalente à celle que produit un exercice musculaire prolongé. — L'application soutenue des yeux, le travail de nuit à la
^iitif/nv' artificielle viennent s'ajouter, à un moment donné, V; {)) Ili^Hteur de la circulation cérébrale, pour localiser la (««^Mbace congeslive. La vue est une des fonctions qui ^>ft$^»t et se fatiguent le plus promptement dans les con- Wallons de Tesprit. Milton, Montesquieu, Beethoven, Augustin Thierry, moururent aveugles. — Chez quelquesuns enfin la fatigue d'écrire entraîne le spasme fonctionnel des doigts dit des écrivains. (Voy. Névrose coordiM' Irice des professions, Path. génér.)
Réveillé-Parise a insisté particulièrement sur les modifications qu'une pareille intempérie nerveuse, pour nous servir de son expression, imprime aux maladies qui viennent atteindre les hommes dont nous parlons. Si pendant l'état de santé ils ne sont que trop portés à la migraine, aux névralgies de toutes sortes, pendant l'état de maladie, on comprendra facilement combien les complicalionfi de délire, d'agitation et de contraction spasmodique doivent être fréquentes. — Chez eux, la tète se prt*iul ttVftc une étonnante facilité. — D'un autre côté, In niHlTlie de lu maladie n'est plus régulière; il y aune rttpUIlli^ de Mynïpalhies extraordinaire entre les organes et leH fonctions; c'est comme une diffusion de la souffrance dans tout leur ôlre.
Le fond de tout cela est une faiblesse irritative ; une xjrilable asthénie de la fibre organique se manifestant 9e^titul dans la convalosconcc par la prostration et l'épui- ^t^^ul lies forces, et par le retour lent à la santé.
l>i^»s-le tout de suite ; le traitement doit toujours être tonique. Les amers et le quinquina, les antispasmodiques et l'hydrothérapie, tels en seront les éléments. Pour ralimenlalion et l'usage du vin, on tiendra compte surtout des habitudes et de l'état des voies dîgestives. Mais on n'oubliera pas que la thérapeutique morale est, pour
tout homme qui pense et médite, celle qui convient par excellence. Les voyages, les distractions, la vie à la campagne, le travail physique, le séjour aux eaux et les bains de mer seront tour à tour favorables.
Deux moyens de traitement doivent être particulièrement redoutés : les narcotiques et la saignée. Gui Patin nous apprend que le philosophe Gassendi s'afï^iiblit après deux saignées, au point que rien ne put le' rétablir. 11 en fut de même de Mirabeau. Combien d^aulres pourrionsnous citer à qui les émissions sanguines ont été funestes.
Si maintenant nous consultons les statistiques sur la vie moyenne des gens de lettres, artistes, savants, etc., nous nous trouvons en présence de chiffres Irès-élevés. C'est ainsi qu'en Angleterre, Madden donne comme ùgc moyen celui de soixante-dix ans ; Uenoiston de Châteauneuf, en France, soixante-neuf ans; et Lombard, à Genève, soixante-cinq ans. Cette moyenne, prise seulement parmi les célébrités, est-elle l'expression réelle de la vérité? Nous en doutons. Combien se sont-ils éteints avant de laisser un nom, tués par le rude labeur de la pensée, et, disonsle aussi, par les privations physiques !
Hygiène. — Dans l'hygiène générale préventive, nous considérerons trois éléments importants et solidaires : l'élément intellectuel, l'élément physi(|ue, et l'élément moral. — L'hygiène intellectuelle comprend la modération dans le fonctionnement du cerveau, le soin apporté à lui procurer un repos favorable et proportionné, en évitant les veilles prolongées, l'abus des boissons excitantes et du tabac, et l'entraînement de la pensée elle-même. — L'hygiène physique doit assurer à l'activité de l'âme l'activité et la santé du corps. Mens sana in corpore sano, tel est le but que l'on doit se proposer. Pour cela, on travaillera dans une chambre suffisamment aérée, à la