VERRIERS, TAILLEURS DE CRISTAL, POLISSEURS DE GLACES
Tobjet de l'exigence des patrons, dans les ateliers où Ton taille le cristal et dans les fabriques de verre mousseline. Les ouvriers devront se laver avec soin les mains, la bouche et les fosses nasales, avant les repas et après avoir quitté le travail. Des vêtements de travail spéciaux seront pris et déposés dans un vestiaire. On interdira surtout d'apporter des aliments dans les ateliers et d'y prendre les repas.
L'application de la poudre d'émail sur les feuilles de verre se fera dans une caisse close ; elles y seront introduites par le moyen de tiroirs, et la poussière ne sera mise en mouvement dans l'appareil qu'après leur introduction. On ne devra ouvrir les tiroirs et la porte de la caisse qu'avec les plus grandes précautions, et les plaques ne seront retirées que lorsque toute la poussière sera déposée.
Enfm, pendant le brossage à l'air libre des verres et des châssis, on fera bien de conseiller l'emploi du masque de Paris. (Voy. ëm ailleurs.)
D'une manière générale, l'anémie professionnelle s'affirme à la longue chez tous les ouvriers que nous venons de passer en revue ; elle est tantôt causée par les déperditions nombreuses qu'éprouve l'organisme devant les fours, tantôt elle est le résultat des troubles directs ou médiats de l'hématose pulmonaire ; d'autres fois elle est consécutive à une intoxication lente. — Un régime et une alimentation des plus toniques, des intervalles de repos prolongé devront donc être prescrits et ménagés aux ouvriers verriers. Dans tous les cas, la cessation momentanée ou définitive de tout travail nuisible sera conseillée à la moindre apparition de symptômes morbides sérieux. (Voy. Plomb.)
PUTÉGNAT, Quelques mots sur les maladies des verriers et des tailleurs de cristal (Journal de la Société des sciences médic et naturelles
de Bruxelles (Bulletin de rAcadémie de médecine, 1859). — Diday, Transmission de la syphilis chez les ouvriers souffleurs de verre (Gaz. médic. de Lyon, 1852). — Viennois, Syphilis contractée par les ou\Tiers verriers dans Texercice de leur profession. Prophylaxie (Congrès médico-chirurgical de Rouen, Paris, 1863). — Du MESNa, Étude sur Thygiène des ouvriers employés à la fabrication du verre mousseline, tht^e inaugurale, 1865. — Gallard, De la fabrication du verre mousseline (Ann. d*hyg. publ., t. XXV, 2« série, 1866). — Lasnier, Rapport général sur les travaux du conseil d*hygiène et de salubrité du département de la Seine, depuis 1862 jusqu'en 1866, Paris, 1870.
wiDANGEUBS. — Il y a une quarantaine d*années seulement, la profession de vidangeur pouvait justifier, jusqu'à un certain point, l'opinion pessimiste des auteurs sur son extrême insalubrité et sur les occasions de périls auxquels les ouvriers sont particulièrement exposés. Mais la transformation complète qui s'est opérée depuis lors dans le service des vidanges a fait disparaître en grande partie les causes principales d'inconvénients et de maladies.
La substitution des fosses mobiles aux fosses fixes, la ' méthode de canalisation souterraine et l'application d'appareils diviseurs ont singulièrement assaini cette profession, tant au point de vue de l'hygiène publique que de l'hygiène professionnelle.
Cependant, dans bien des endroits encore, et, disons-le, surtout en France, l'existence de fosses couvertes constitue un véritable danger pour les ouvriers appelés à les vider et à les réparer.
Des accidents graves d'asphyxie ou d'empoisonnement par les gaz délétères peuvent survenir dans de pareilles circonstances, et parfois avec une rapidité telle que tout* secours devient inutile.
Les matières fécales en putréfaction dans une fosse donnent naissance à trois gaz principaux dont l'absorption
est toujours plus ou moins funeste à l'organisme. Ce sont les gaz hydrogène sulfuré, sulfhydrale d'ammoniaque et azote. Les deux premiers sont délétères, le dernier est seulement impropre à la respiration.
Il s'y mêle, en outre, divers produit? organiques à l'état d'émanations gazeuses.
C'est principalement sous la croûte qui recouvre les matières, et dans les angles de la fosse, que ces gaz sont accumulés, Aussi e§l-çe, le plus souvent, au moment où les vidangeurs entament cette croûte que les accidents ont lieu par suite du dégagement abondant de ces gaz. Un malaise général, de la céphalalgie, des vertiges, une faiblesse extrême portée quelquefois jusqu'à la syncope : tels sont les symptômes qui Se manifestent lorsque l'air est vicié par la présence de l'azote ou de l'acide carbonique et par une faible quantité de gaz délétère*
Mais il arrive quelquefois que l'ouvrier tombe frappé de perte de connaissance; il y a de l'immobilité et de la roideur générale, remarquable surtout dans les muscles du thorax (grands pectoraux et grands dentelés) ; la respiration, sans être entièrement suspendue, est extrêmement rare, irrégulière et incomplète ; les pulsations artérielles ^ont à peine sensibles ; le visage et les mains sont pâles, livides et froids. — D'autres fois, il y a de la vultuosité de la face, de l'écume à la bouche et des agitations con- Hrulsives. Presque toujours, en revenant à eux, les hommes déclarent avoir éprouvé comme un poids très-fort qui comprime l'épigastre et serre fortement la tête. De là le nom de plomb donné par les ouvriers à ces accidents-
Une fos«e vidée peut asphyxier les ouvriers qui y descendent, avec la même rapidité qu'une fosse pleine. Il s'opère alors un dégagement de gaz délétères des murs qui ont été imprégnés de matières fécales; et ce n'est guère
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qu'après douze ou quinze jours que la fosse a été vidée^ que Fou peut impunément y descendre pour faire les réparations que la construction exige. Labarraque a cité le cas d*un ouvrier qui avait été asphyxié en remuant les plâtras provenant de la démolition d'une fosse d'aisances. Voici un exemple plus frappant, emprunté au BuUetin de thérapeutique y 1870.
L'observation en a été publiée par le docteur Lancereaux, et l'extrême intérêt qu'elle comporte, au point de vue des symptômes observés et du traitement employé, nous engage à la reproduire en entier :
« Le il juillet 1865, plusieurs ouvriers étaient occupés à travailler à une fosse, lorque l'un d'eux, venant à ouvrir une fissure, donna lieu à un échappement de gaz qui le renversa immédiatement. Ses camarades, placés à la partie supérieure de la fosse, Tentendant tomber, descendent pour le relever; mais, arrivés à un certain niveau, ils sont asphyxiés et tombent eux-mêmes dans la fosse. Arrivent deux pompiers qui parviennent à retirer, non sans peine, ces trois hommes. Les deux hommes qui étaient allés porter secours sont retirés mourants et succombent peu de temps ayrès.
» Quant à l'autre, celui qui travaillait dans la fosse, il peut encore être transporté à l'hôpital; mais il arrive à l'Hôtel- Dieu dans un état pour ainsi dire désespéré. Admis dans le service du professeur Grisolle, il a la face bleue, violacée, les joues et les membres glacés; il est sans connaissance et anesthésié à un tel point que l'ammoniaque reste tout d'abord sans action sur ses fosses nasales. Il jette des cris incessants; ses membres supérieurs,. roides, contractures, ont de la tendance à se porter en avant et à se croiser sur sa poitrine ; ses membres inférieurs sont au contraire plutôt en résolution ; son pouls est petit, sans
fréquence. Du vin et du café lui sont administrés pour combattre cet état; des sinapismes sont appliqués sur le tronc et les membres, mais ces moyens restent sans résultat: l'existence de ce malade paraissait toujours menacée, lorsque, vers dix heures et demie, le docteur Lancereaux pensa à lui faire respirer de V oxygène... Le malade, ayant respiré ce gaz pendant quelques minutes, se trouva immédiatement soulagé; on vil les spasmes thoraciques disparaître, la teinte violacée diminuer et la connaf^sance revenir ; puis, eu même temps, les membres se réchauffèrent peu à peu et la température reprit son état normal. Vers deux heures de Taprès-midi, la chaleur était plutôt élevée; il survint quelques crachements de sang qui furent combattus à l'aide de ventouses sèches sur la poitrine. On prescrivit en outre 20 centigrammes d'émétique qui furent suivis d'abondantes garde-robes. Le soir, le malade. était fatigué, courbaturé, mais dans un état qui offrait les meilleures espérances. Le lendemain, il existe 120 pulsations sanschaleur vive à la peau ; les paupières sont fermées; il y a une double conjonctivite. (Voy. plus bas, Mitte.) — A part cette affection et un léger abattement, le malade se trouve bien. Le 13, la conjonctivite persiste, le pouls est moins fréquent, la respiration presque normale. Le 44, 80 pulsations; toutes les fonctions s'accomplissent régulièrement. Le 17, la sortie est accordée; l'appétit est encore un peu faible, et le malade éprouve, dans la marche, des palpitations et de ressoufflement. Néanmoins il est considéré comme définitivement guéri. »
Suivant Chevallier, ces exhalaisons des fosses d'aisances seraient plus actives en été et en automne qu'en hiver et au printemps.
Parmi les gaz qui se dégagent ainsi des fosses d*aisances^ il en est qui sont inflammables et exposent les vidangeurs
à des brûlures souvent étendues. Ces explosions ne sont pas aussi rares qu'on le croit communément; elles se produisent, à peu près exclusivement, dans les fosses couvertes, et sont surtout à redouter au moment du soulèvement de la pierre d'extraction. Lorsque en effet la fosse est pleine et sans tuyau d'évent, les gaz accumulés peuvent prendre feu au contact d'un corps enflammé tel que lampe, allumettes, e\c. (Perrin).
Il est une affection professionnelle que Ton rencontre fréquemment chez les vidangeurs, mais qui n'a point le degré de gravité que l'on a dit; c'est la mitte.
On donne indifféremment le nom de mitte aux vapeurs ammoniacales qui s'échappent des fosses d'aisances et à certains accidents que ces vapeurs produisent sur les ouvriers occupés à vider ces fosses. Ces accidents consistent dans des picotements suivis de cuisson des yeux qui deviennent rapidement rouges^ en&ammés au point d'oblig^er les ouvriers à cesser leur travail et à se tenir loin de la lumière pendant un ou plusieurs jours, les yeux couverts de compresses imbibées d'eau froide. Une cécité momentanée peut être la suite de la mitte; mais, communémefiitj elle ne dure que quelques jours, souvent même que quelques heures.
Les vidangeurs distinguent plusieurs espèces de mitte : la mitte humide, la mitte grasse, sèche, la mitte grasse tardive; mais ce ne sont là que des degrés plus ou moins tranchés de Tophlbalmie professionnelle.
Il est curieux de placer en regard des maladies que nous venons de décrire, cette opinion de quelques auteurs (Bricheteau, Chevallier), que la profession de vidangeur,* loin d'être insalubre, préserverait d'un grand nombre d'affections, entre autres des maladies de peau; et que les vidangeurs seraient moins exposés, que la plupart des
autres ouvriers à contracter les maladies épidémiques.
Cette observation avait déjà été faite par Parent-Duchâtelet, au sujet des ouvriers travaillant' à la poudrette de Montfaucon. Il est pourtant un genre d'affections assez fréquemment observées chez les vidangeurs ; ce sont les fièvres bilieuses et les flux de venlre.
Hygiène préservatrice. — Les ouvriers prendront les précautions les plus minutieuses, au moment de l'ouverture des fosses. Ils n'y pénétreront qu'après s'être assurés que tout gaz délétère a disparu et que la désinfection en est complète. On arrive à ce résultat de deux manières, par les procédés chimiques et par les procédés mécaniques.
Les procédés chimiques de désinfection sont à peu près les mêmes partout : on projette dans la fosse, quelque temps avant le curage, une certaine quantité de substances réagissantes ou absorbantes ; mieux vaut un mélange des deux; et Ton brasse pour arrivera une destruction plus ou moins complète des émanations excrémentitielles. Ce brassage doit être pratiqué de la façon la plus sérieuse, et trois ou quatre jours sont nécessaires pour que la réaction soit complète. Malheureusement, cela n'a pas toujours lieu, et les menaces d'accidents sont loin d'être conjurées quand les ouvriers opèrent le curage des fosses.
Quant à la nature des substances, elle varie à l'infini. Les deux plus usuelles sont le sulfate de fer et le charbon. On emploie aussi des sels de zinc, de plomb, de manganèse; des acides, des cendres, delà chaux, des chlorures, du tan, de la tourbe, etc.
Un des agents chimiques qui, dans ces derniers temps, a fixé le plus l'attention, est le phosphate acide double de magnésie et de fer, de MM. Blanchard et Château. Le rôle de ce réactif est double comme sa composition : le phosphate de magnésie fixe l'ammoniaque à l'état de phosphate
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ammoniaco-magnésien, et le phosphate de fer est destiné à compléter la désinfection en précipitant le soufre à Tétai de sulfore de fer. .
Quand on veut désinfecter au moment de la vidange, on verse le réactif peu à peu et par intervalles, à une dose variable, suivant le degré de dilution des matières. Malheureuflenent, la désinfection la mieux conduite laisse toujours subsister des dangers pour les ouvriers, à cause des gaz qui sont retenus par les parois et qui se répandent dans la fosse, quand celle-ci est vidée.
On devra donc conseiller, dans ces cas-là, remploi de l'appareil Galibert (voy . Égoutiers), surtout quand il s'agira d'aller retirer de la fosse des ouvriers subitement asphyxiés. La vidange par les procédés mécaniques se pratique avec des appareils à pompe plus ou moins perfectionnés; mais les ouvriers sont presque toujours obligés d'entrer dans les fosses pour enlever les parties consistantes.
Parmi les procédés mécaniques de vidange, il est un système dit hydrobaromélrique, dont le principe consiste à faire le vide par avance dans des tonnes qu'on amène à proximité de la fosse, et aussitôt la communication établie avec celle-ci, les matières se précipitent dans les tonnes, sous riiifluence de la pression atmosphérique.
La supériorité de ce procédé, qui a d'abord fonctionné à Nimes, à Bordeaux, et dont l'application s'est généralisée depuis dans un grand nombre de villes, est aujourd'hui définitivement reconnue. Ort comprend combien il est préservatif de tout danger pour les ouvriers.
Le traitement des maladies auxquelles les vidangeurs sont exposés consistera, pour l'ophthalmie professionnelle, en lotions astringentes et toniques, collyre au sulfate de zinc et au sulfate de cuivre. Des évacuants, puis des toniques seront administrés dans les cas de fièvre bilieuse et
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gastrique. On appliquera enfin, dans les soins apportés aux asphyxiés, les principes de traitement exposés dans la pathologie générale. Il n'est pas besoin d'insister sur la nécessité des ablutions fréquentes, des lotions phéniquées et savonneuses, et sur les avantages incontestables d'une bonne hygiène privée. (Voy. Hygiène générale.)
Halle, Recherches sur la nature et les efifets du méphîtisme des fosses d'aisances. Traité d'hygiène. — Rricheteau, Chevallier et FuRNARi, Note sur les vidangeurs parisiens (Ann. d'hyg. publ., 1842).
— A. GuÉRARD, Observations sur le méphitisme et la désinfection <]es fosses d'aisances, 1844. — Mille, Mémoire à la municipalité de Paris sur le service des vidanges, 1854. — Grassi, Rapport au ministre de l'intérieur sur la construction et l'assainissement des latrines et des fosses d'aisances (Ann, d'hyg. publ., 1858, t. X). — Ch. de Freycinet, Traité d'assainissement industriel, Paris, 1870.
— Perrin, De l'inflammation des gaz produits dans les fosses d'aisances (Rapport de la commission des logements insalubres pendant les années 1862, 1863, 1864, 1865, Paris, 1866, p. 6^; et Ann. d'hyg. publ., 1867).
¥OiLiiERS. — Assis sur un escabeau, le corps fortement penché en avant, les membres supérieurs continuellement mis en mouvement par l'action de pousser et de retirer l'aiguille, tandis que les parties inférieures du corps restent dans le repos, les ouvriers voiliers vivent ainsi, de longues années, renfermés dans leur atelier, et plus que d'autres exposés à tous les inconvenients.de la vie sédentaire. Cette attitude professionnelle, essentiellement favorable à la stase sanguine des viscères abdominaux, les prédispose surtout aux affections gastro-intestinales. L'anémie, les dyspepsies et la diarrhée sont en effet très-fréquentes chez eux.
Mais les maladies qui forment un chiffre considérable dans le relevé de leur bilan pathologique sont les embarras gastriques fébriles et les fièvres muqueuses.