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Morphine et opium

La morphine et l’opium produisent des accidents aussi dangereux que l'alcool.

La morphine est souvent utilisée au début pour son rôle thérapeutique, afin de calmer quelque douleur intense. Mais elle n’apaise pas seulement la douleur : elle amène un état spécial de béatitude, qui fait oublier tous les ennuis et tous les chagrins. On a tendance à revenir aux injections de morphine, au moindre malaise, non plus pour combattre une souffrance très supportable, mais pour retrouver cet enivrement qui paraît délicieux.

L’opium, qu’on le fume ou qu’on le mange, produit des effets analogues. En Chine, près de la moitié des habitants s’adonnent à l’opium ; ils perdent, à la longue, toute volonté et toute énergie.

Comme l’opium, la morphine amène vite un affaiblissement de tout le système nerveux. L'intelligence devient paresseuse et apathique ; la volonté est faible, capricieuse avec périodes d’indifférence entrecoupées de brusques périodes d’excitation ; l'insomnie est complète, très pénibie, anxieuse ; on n'obtient quelques heures de demi repos qu'en employant la morphine en injections de plus en plus fréquentes et à doses de plus en plus fortes.

Les morphinomanes s’affaiblissent peu à peu; ils ont un teint jaune et livide; ils peuvent à peine marcher ; souvent ils sont couverts d’abcès provoqués par les injections ; ils sont exposés à des syncopes graves. Ils finissent, s'ils ne se corrigent pas ou se corrigent trop tard, par succomber à un dépérissement progressif,

En dehors des intoxications chroniques, l’opium peut produire des accidents aigus. On enfermera toujours avec grande prudence, par crainte d'erreur et d'accident possible, tous les produits à base d’opium : laudanum, solution de morphine, teinture d'opium.

Les décoctions de têtes de pavot, dont on abuse parfois dans la médecine populaire, sont, elles aussi, dangereuses. On évitera avec grand soin d'en donner aux enfants. Dans un cas, deux cuillerées à soupe d’une décoction faite avec deux têtes vertes tuèrent, dans l’espace d'une heure, un enfant de douze mois.

Le haschich est parfois employé, comme l'opium et la morphine, pour produire un enivrement agréable. Jamais on ne se risquera, à doses si faibles que ce soit, à essayer par curiosité, le haschich. Chez certains sujets, il produit une ivresse furieuse, avec impulsions irrésistibles, et fait commettre, sans que la conscience soit en état d'intervenir, les plus périlleuses folies.

%. Cocaïne.

La cocaïne produit un empoisonnement aigu, en général, accidentel. — Certains sujets nerveux supportent fort mal les injections de cocaïne employées pour empêcher la douleur, par exemple pour arracher une dent. Ces injections semblent beaucoup plus dangereuses quand elles sont faites, le malade étant assis ou debout, que quand elles sont faites, le malade étant couché. Les premières doses employées seront toujours très faibles. Une dose de cinq milligrammes a suffi parfois à provoquer des troubles graves sur Le cœur, la vue, le système nerveux.

L’intoxication chronique est volontaire ; la cocaïnomanie existe comme la morphinomanie. Elle est fréquente dans l'Amérique du Sud, chez les grands mangeurs de coca. Elle produit, à la longue, un dépérissement progressif, avec amaigrissement, pâleur, fatigue extrême, faiblesse de la volonté.

En Europe, la cocaïnomanie est plutôt due aux injections sous-cutanées.

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