Allaitement par les nourrices
L'allaitement par une nourrice mercenaire ne devra Jamais être tenté que si la mère se trouve dans l’impossi-
bilité absolue de nourrir son enfant. Nous avons vu plus haut que c’est le lait de la mère qui est capable de la digestion et de l’assimilation la plus parfaite et, par conséquent, même au point de vue physiologique, c'est lui qui convient le mieux à l'enfant.
Mais, en dehors de cela, il y a là une question d'ordre moral : « Il ne faut jamais oublier qu'en prenant une nourrice étrangère, on sépare ainsi deux enfants de leur mère ».(Marfan.)
« Si le lait de femme doit toujours être préféré dans l’allaitement, cela ne cesse pas d’être vrai pour le petit malheureux, aux dépens duquel l'enfant plus fortuné aura du lait de femme. En prenant une nourrice mercenaire, n’a-t-on jamais la vision de « l’autre » qu'on va priver du lait de sa mère et de ses soins, qu'on dépouille de l'unique bien du pauvre, la santé ?... Qu'importe! Il est sacrifié d'avance, même par ses propres parents. » {Thèse de madame Chadzynska.)
Toutefois, si, dans les cas rares où il est absolument impossible à la mère de nourrir son enfant, devant l'échec de l'allaitement artificiel, on est forcé d’avoir recours à une nourrice étrangère, les précautions à prendre sont les mêmes que pour l'allaitement maternel.
Mais, en plus, il y a quelques règles de l'hygiène de la nourrice qui prennent de l'importance, surtout si cette femme change complètement de conditions d’existence, en quittant la campagne et le travail au grand air, pour venir en ville et mener une vie oisive.
Aussi faudra-t-il lui rendre ce changement le moins sensible qu'il se pourra, en tâchant de l’occuper — sans trop la surmener — en lui faisant prendre de l’air et de l'exercice. — On lui fera prendre des bains fréquents et des soins de propreté.
Comme régime, il faudra surtout réduire la viande, insister sur les farineux, les légumes, les fruits cuits. Il faudra restreindre les boissons alcooliques : une demibouteille de vin et un litre de bière légère par jour, au
maximum. [1 y a souvent à cet égard de véritables abus. Si elle a soif, elle pourra boire du lait, des tisanes ou de l’eau pure. Même, s’il est possible de la contenter avec ces seules boissons, il sera préférable de supprimer complètement les boissons alcooliques. En effet, l'alcool, ingéré par la nourrice, est éliminé en grande partie avec le lait. Il est souvent une cause d’agitation nerveuse et d'insomnie chez le nourrisson.
En dehors de cette précaution importante, est-il nécessaire d'imposer un régime particulier ?
L'influence nuisible ou favorable de certains aliments sur le laït a été fort exagérée. Sans doute les principes odorants du chou, de l’asperge, de l’oignon passent dans le lait, mais leur inconvénient paraît bien faible. Les légumes verts, les fruits pris en trop grande quantité peuvent rendre le lait légèrement laxatif.
Quand le lait n’est pas assez abondant, les aliments les plus utiles pour augmenter la sécrétion lactée sont les œufs, les crèmes, les purées féculentes (pois, haricots, lentilles, marrons), la purée de carotte, la bière légère, le lait. Un bizarre préjugé populaire croit que le lait bu par la nourrice diminue la sécrétion lactée. Ce préjugé est tout à fait inexact.
Quant au choix même de la nourrice, il a naturellement une extrême importance. Mais seul le médecin de la famille peut utilement en être chargé.