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Aération

L'aération constitue dans l'hygiène de l'habitation une partie très importante et souvent très défectueuse.

Proust à calculé que, pour disposer d’une atmosphère suffisamment pure, l’homme a besoin de 50 mètres cubes d'air frais par tête et par heure. Une pièce de dimension moyenne, 4 mètres de longueur, 4 mètres de largeur et 3 m, 50 de haut pourrait donc au plus servir au séjour d'une seule personne pendant un peu moins d’une heure, si l’air n’y était pas renouvelé,

Sans doute les premiers accidents produits par une aération insuffisante sont de simples malaises : pesanteur de tête, vertiges, somnolences. Mais, à la longue, ce défaut d'air produit une anémie profonde, une faiblesse générale et altère gravement la santé.

Les accidents peuvent même avoir une allure plus brutale et plus rapide. On peut décrire deux degrés dans leur évolution. Au premier degré, ce sont de simples malaises : lourdeur de tête, étourdissement, anxiété, gêne respiratoire, parfois nausées et vomissements. Ce premier degré peut déjà aller jusqu’à la syncope, et celle-ci est fréquente chaque fois qu’un grand nombre de personnes sont réunies dans un espace clos et mal ventilé (mal des théâtres, des églises, des réunions publiques). — Si le défaut d’air persiste, les symptômes au deuxième degré deviennent plus graves: sueurs visqueuses, froides ettrès abondantes, soif ardente, angoisse respiratoire, agitation excessive,

délire furieux, et bientôt la mort. De nombreux exemples historiques montrent la gravité possible des accidents. Après Austerlitz, sur trois cents prisonniers autrichiens enfermés dans une cave, deux cent soixante moururent, en quelques heures, par défaut d’air. Pendant la révolte des Indes, cent quarante-six prisonniers anglais enfermés par les cipayes dans un souterrain succombèrent presque tous. Leur soif d’air était telle qu'ils se battirent furieusement et se massacrèrent pour approcher des orifices. Après huit jours, vingt-trois seulement avaient survécu.

Une première aération s'effectue déjà par es fissures des portes et des fenêtres. Il suffit de mettre la main devant les rainures d’ajustage, pour se rendre compte de l'importance qu'a ce renouvellement de l'air. C’est surtout quand une cheminée est allumée dans la pièce qu'un véritable tirage se produit à ce niveau. Un encastrement trop hermétique, des bourrelets trop bien appliqués sont donc, à certains égards, nuisibles. On constate souvent qu’une cheminée qui brûlait parfaitement avant la pose de bourrelets, cesse, une fois ceux-ci posés, de tirer suffisamment, qu’elle fume et s'allume mal.

Une deuxième aération, plus importante encore que la précédente, est constituée par les cheminées. Médiocre instrument de chauffage, les cheminées sont un excellent moyen pour renouveler l’air. Quand le feu est allumé, le tirage constitue un appel d’air très puissant. Mais, même sans feu, le corps de la cheminée forme un conduit permanent d'aération. L’air des pièces sans cheminée paraît toujours lourd et un peu étouffant. Cette remarque est souvent faite par les habitants du Nord qui voyagent dans le Midi. Dans le Midi, beaucoup de chambres n’ont pas de cheminée. Le séjour, en dehors de toute question de froid, y est assez désagréable. En été, on a souvent le tort de baisser complètement la trappe des cheminées.

Parfois même, surtout à la campagne, on ferme l’ouverture par un paravent qui s’y adapte. On s’aperçoit vite

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que l'air devient moins respirable, S'il s'agit d’une chambre à coucher, on se réveille le matin, fatigué et la tête lourde, Il suffit souvent de rouvrir la cheminée pour faire disparaître ces malaises dus au défaut d'aération.

Les parois mêmes des maisons sont faites en matériaux poreux, permettant un renouvellement insensible, mais continuel de l’air. Cette respiration des murs n’est pas sans importance pour la salubrité. Les murs absolument

Fig. 12. — Vitre perforéc. Fig. 13. — Vitre double avec espace pour l’aération.

imperméables (vernis, ciment vernissé, pierre de verre) protégent merveilleusement contre la chaleur et le froid, mais diminuent beaucoup l’aération.

Une aération plus complète est souvent amenée par di- Aers dispositifs, Les plus usités sont :

1° Les ventouses munies ou non d’appareils à ailettes tournantes ;

2° Les vitres perforées de trous nombreux, mais minuscules, tamisant l’air en filets imperceptibles ;

3° Les vitres doubles, mais incomplètes, La vitre extérieure laisse en bas un espace libre de deux centimètres environ. La vitre extérieure laisse en haut le même espace. Un flot d’air perpétuel monte ainsi dans l’intervalle entre les deux vitres.

Tous ces systèmes sont bons. Il est toutefois utile de

les compléter par un dispositif qui permette, par les temps irès froids, de supprimer cette aération permanente et d'assurer leur occlusion.

Un moyen peu élégant, mais très pratique, consiste à remplacer un des carreaux de la fenêtre par une toile un peu épaisse. On a ainsi un renouvellement d'air très puissant, sans le moindre courant d’air désagréable. En été, ce procédé rendra de grands services aux personnes qui dorment mal par suite de la chaleur, mais craignent, malgré tout, de laisser leur fenêtre ouverte pendant la nuit.

La pratique des sanatoriums a rendu plus familière cette dernière coutume de dormir la fenêtre ouverte pendant la nuit et de vivre, dans le jour, la fenêtre presque constamment ouverte ou entre-bâillée. On se rapproche ainsi des conditions de la vie naturelle. L'homme, comme tous les animaux, est fait pour vivre en plein air. Beaucoup d’explorateurs ont remarqué, non sans surprise, avec quelle facilité ils avaient pris l'habitude de camper jour et nuit sous des abris très imparfaits, ou même sans s"cun abri. Le manque d’air est bien plus dangereux que l'excès d'air.

On doit cependantreconnaître que certains organismes très susceptibles supportent mal l’aération permanente par les fenêtres ouvertes. Ils contractent des névralgies, des bronchites, des maux de gorge. Souvent cette intolérance est due à quelque lacune dans la technique de Paération, à un courant d'air mal dirigé.

Dans un règlement sanitaire récent, destiné à la commune de Saint-Arnoult, M. le docteur Poupinel a pris des dispositions intéressantes pour assurer aux maisons nou= vellement construites une parfaite aération.

1° Le nombre des étages d’une maison ne pourra jamais être supérieur à deux au-dessus du rez-de-chaussée, entresol compris, tant dans la hauteur du mur de face que dans celle du comble ;

La hauteur du rez-de-chaussée ne pourra jamais être

inférieure à 2 m. 80. Celle des sous-sols ou des caves et des autres étages, jamais inférieure à 2 mètres mesurés sous plafond. Pour les étages dans les combles, cette hauteur s'applique à la partie la plus élevée du rampant;

2° Les cours, sur lesquelles prendront jour et air les pièces pouvant servir à l'habitation, n'auront pas moins de 30 mètres de surface avec une largeur moyenne qui ne pourra pas être inférieure à la hauteur de la maison.

Toute courette qui servira à aérer et à éclairer des cuisines devra avoir au moins 20 mètres de surface et la largeur moyenne ne pourra être inférieure à 4 mètres ;

Toute courette sur laquelle seront exclusivement éclairés et aérés des cabinets d’aisances, vestibules ou couloirs, devra avoir au moins 16 mètres de surface avec une largeur qui ne pourra en aucun point être moindre de 3 mètres.

Il estinterdit d'établir des combles vitrés dans les cours et courettes.

Dans aucun cas, les surfaces de deux ou plusieurs courettes de dimension inférieure à la dimension réglementaire ne pourront être réunies pour former soit une courette, soit une cour de dimension réglementaire ;

Toutes les mesures des cours et courettes seront prises dans œuvre ;

3° Toute pièce de surface supérieure à 2 mètres carrés devra être munie au moins d’une fenêtre à châssis ouvrant et d’une cheminée destinée autant à l’aération qu’au chauffage ;

Les cuisines, cabinets d’aisances, vestibules ou couloirs pourront seuls prendre air et jour sur les courettes. Toutes les autres pièces devront prendre air et jour sur la rue ou sur une cour ayant une largeur et une longueur égales à la hauteur de la maison.

Le chauffage est un des problèmes les plus difficiles et

encore les plus imparfaitement résolus de l’économie domestique. Un bon chauffage devrait réunir les conditions suivantes :

Assurer une chaleur suffisante facile à modérer ou à augmenter, facile à obtenir rapidement ;

N'entraîner qu’une dépense raisonnable de combustible;

Ne pas vicier l'air des appartements par les produits de la combustion, échauffer plutôt les parties inférieures que les parties supérieures de l'appartement.

Aucun des modes de chauffage usuel : cheminées, poêles, calorifères à air chaud, à eau chaude ou à vapeur, poêles-calorifères à alcool ou à pétrole, chauffage au gaz, ne réalise bien toutes ces conditions.

La cheminée constitue un mode de chauffage très agréable, mais très dispendieux. Ne chauffant guère que par rayonnement, elle utilise à peine le dixième de la chaleur produite. La dépense, quel que soit le combustible, houille, coke, et surtout bois ou gaz, est donc considérable. La cheminée, quand elle tire bien, ne vicie pas l'air; mais beaucoup de cheminées fument. La fumée de bois. plus désagréable que nuisible, avertit facilement par son âcreté piquante ; les vapeurs de la houille et du coke peuvent être plus redoutables, Enfin la cheminée chaufle irrégulièrement et par poussées. Par les grands froids, il est fréquent, devant une cheminée bien flambante, de griller d'un côté et de geler de l’autre. La cheminée a surtout pour elle l’action suggestionnante de la flamme, la vue de la flambée qui égaye et réchauffe,

Les poëles chauffent un peu par rayonnement, beaucoup par conductibilité et par l’ensemble de leur masse. La chaleur produite se trouve donc beaucoup mieux utilisée que dans la cheminée, où elle échauffe à peu près inutilement les paroïs. Les poëles sont peut-être le mode de chauffage le plus économique.

Les poêles à grand tirage vicient peu l'atmosphère :

pour cela, ils doivent réaliser les quatre conditions suivantes :

1° Parois suffisamment hermétiques sans fentes, sans fissures ;

2° Ajustage direct, hermétique et ascendant dans la conduite de tirage. Tous les tuyaux formant des coudes

Fig. 14. — Tirage d’un poêle renversé par l’appel d’une cheminée située en face, dans la pièce voisine.

descendants risquent de mal fonctionner, de ne donner qu'un tirage défectueux ;

3° Pour les poêles de fonte, chauffage suffisamment modéré pour ne jamais porter la paroi au rouge. En effet, la fonte rougie laisse filtrer l’oxyde de carbone.

4° Clefs de réglage bien ajustées, ne risquant pas de se ermer seules ou sous l'influence d’un choc. En aucun cas, l'appareil de réglage ne doit obstruer complètement le tuyau. Il doit diminuer, mais non supprimer

tout à fait le tirage. Les clefs, permettant une suppression complète, amènent des accidents graves à la moindre faute dans leur maniement.

Les poëles de faïence donnent une chaleur plus douce, plus régulière que les poêles de fonte. Ils n'exposent pas, comme la fonte rougie, à la filtration de l'oxyde de carbone. Mais, lents à s’échauffer, ils ne permettent pas un chauffage rapide. Il est vrai qu’inversement ils conservent bien la chaleur une fois produite.

Dans les contrées du Nord, on voit souvent d'énormes poêles de faïence encastrés dans la muraille et faisant saillie dans la pièce à chauffer. Ces poêles s’allument et se chargent du dehors, dans un couloir extérieur.C’est un système très propre ettrès hygiénique n'amenant pas de poussières dans la pièce, n’exposant pas à y avoir de fumée.

Les poëles et les très nombreux appareils de chauffage à combustion lente sont très économiques. Ils sont, en outre, d’une grande commodité, car, brülant peu de charbon, ils permettent d’avoir un feu continu, marchant jour et nuit; mais ils sont doublement dangereux.

Par le seul fait de leur combustion lente, ces appareils produisent énormément d’oxyde de carbone, gaz infiniment plus toxique que le gaz carbonique. La moindre fissure devient alors une cause d’asphyxie.

Leur faible tirage expose ces poêles à un risque très grave : le renversement du tirage. [l suffit d’une bourrasque de vent, de l'appel même produit par une cheminée ou par un poêle à grand tirage dans une pièce voisine pour déterminer ce renversement. Les combustibles étant, en général, choisis pour donner très peu de fumée, rien n’avertit des torrents de gaz carbonique et d'oxyde de carbone qui se déversent alors dans la pièce.

Enfin, quand ces poêles sont déplacés fréquemment et transportés d’une pièce dans une autre (poêles mobiles), quelque faute dans le placement du tuyau finit toujours par survenir. Ces poêles mobiles sont une des causes les plus fréquentes d’asphyxie.

Les calorifères à air chaud sont économiques. Neufs, ils fonctionnent, en général, de façon satisfaisante, mais plus tard les fissures, les dégradations dans les conduites, si difficiles à surveiller, les rendent toujours dangereux. Outre le risque d'asphyxie, ces calorifères font courir un risque sérieux d'incendie,

Les caloriières à eau chaude exigent des tuyaux très solides, coûteux, exigeant des réparations fréquentes. Ils donnent toute sécurité pour éviter les risques d'asphysie et d'incendie.

Les calorifères utilisant la vapeur à haute pression chauffent énergiquement et économiquement; mais la moindre négligence peut entraîner des explosions très dangereuses.

Avec la vapeur à basse pression, ce danger disparaît, Ce dernier mode de calorifère est aujourd'hui le plus usité. [l est de construction un peu coûteuse, de maniement assez délicat pour bien régler la terapérature. Les radiateurs, une fois refroidis, s’échauflent très lentement; on doit donctâächer d’avoir un débit modéré, mais continu.

Les poêles calorifères à alcool ou à pétrole sont, en réalité, de simples lampes chauffant une paroi métallique. Par suite, leurs produits de combustion se déversent dans la pièce. Ces produits, formés surtout, au moins dans les bons appareils, de vapeur d’eau, sont peu dangereux, Utilisables pour de très grands espaces largement aérés, ces appareils sont touiours suspects et exigent une grande surveillance. Ils chauffent beaucoup, en dépensant peu.

Le chauffage au gaz est, quels que soient les appareils employés, très coûteux; mais il est d’une extrême commodité. Le danger est le dégagement de gaz, si l'appareil vient à s’éleindre. On ferme souvent un compteur sans réfléchir qu’une cheminée est allumée à distance. Puis, quand on rouvre le compteur, le gaz se dégage et emplit la pièce.

Le chauffage à l'électricité est extrêmement coûteux. Ilest très commode, quoique n’écartant pas tout danger d'incendie. Mais c'est encore une curiosité scientifique, sauf dans certaines régions où le voisinage de chutes d’eau permet de produire l'électricité à très bas prix.

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