BE LA. LOI MORALE ET DE L EDUCATION
Notre tâche devient de plus en plus difficile, car ici nous n'avons point d'antécédents. H y a longtemps que l'on a dit qu'il fallait puiser dans la physiologie les principes qui doivent diriger l'homme dans sa conduite (i). Il n'y a pas longtemps que l'on a proclamé qu'à la phrénologie il appartenait d'opérer celte grande révolution , et cependant il reste à montrer , au milieu de tous les faits moraux , une loi qui leur soit commune à tous , qui les résume tous et s'impose à tous , comme une nécessité physiologique. Il manque à notre époque une lijgiène morale.
Ce n'est pas tout, en effet, d'explorer savamment le terrain de l'intelligence humaine, de lever le voile de l'origine de nos connaissances et de
(i) 11 est de notre devoir de rappeler ici le Cours d'éducation posilive du colonel Raticonrt, qui prend son point de départ dans des notions anatomiques et physiologiques , et qui , par là, mérite notre attention sérieuse et nos encouragements. La seule critique que nous ayons à lui adresser , c'est d'aroir demandé à une pli}siologie trop vieille, ce que la phrénologie seule pouvait lui donner.
rattacher les passions à l'organisation et à ses nriodificaleuts; ce tableau , vif , animé, poétique et réel tout à la fois de l'activité de l'organisme, nous instruit, nous éclaire, mais ne nous suffit pas. Plus il est beau , plus il est vrai , et plus aussi il appelle pour complément un critérium pour juger, une règle pour nous conduire.
Tout besoin physiologique, avons-nous dit, par cela seul qu'il existe, a droit d'exister et par conséquent d'être satisfait. Or, l'expérience la plus vulgaire nous prouve que toutes les erreurs, toutes les fautes dont l'homme a tous les jours à se repentir, se rattachent à l'exercice d'une faculté; que les plus grands écarts, les crimes les plus exécrables ne sont que le produit de cette activité qui cherchait, en assouvissant une passion, à satisfaire un besoin. La physiologie, en proclamant que tout besoin de l'organisme doit être satisfait , juslifie-t-elle de tels actes, contre la conscience universelle du genre humain ? ou trouve-t-elle , sans sortir de sa sphère , une loi qui les condamne et une règle pour diriger cette activité ?
C'est ici que les législateurs des nations ont, dès la plus haute antiquité, appelé les religions à leur secours. Voyons donc quelle est l'autorité des religions, du point de vue physiologique.
Toute religion se base sur le sentiment religieux qui a sa source dans la vénération ; elle se
sert du culte pour agir sur les masses et les individus, et promet une vie future, recompense du juste et punition du méchant. A la vénération se rattachis le sentiment religieux, à la merveillosité le cultes, à l'espérance la vie de l'autre monde ; n'oublions pas que chacune de ces facultés peut s'appliq'ier à d'autres objets, et voyons comment les applications dont nous nous occupons maintenant se justifient aux yeux de la physiologie.
Et d'abord, leur point de départ est tout organique ; la vénération est le produit de cette faculté cjui nous donne le sentiment de ce qui est supérieur à nos forces et à notre intelligence, et quoi de plus supérieur, si je puis ainsi dire , que la cause première de toute chose, de nous-méme et de l'univers , que le créateur de la nature entière? La vénération s'étend donc sur lui, comme sur son objet par excellence; mais, entendonsnous bien, elle en donne à l'homme le sentiment, rien que le senlimeni, non pas l'idée (i). Si l'homme veut aller au-delà de ce sentiment et se faire une idée de Dieu, il faut qu'il s'adresse à l'intelligence, et c'est ici que commence l'anthropomorphisme des religions; c'est ici qu'elles commencent à douer leur Dieu des cjualités de l'homme. Alors il y a plus que du sentiment religieux, il y a toute
(i) Voyez le Cours de plirénologie de M. Broussais.
une mythologie, ou toute une doctrine philosophique. INous verrons plus tard comment l'intelligence peut rattacher des idées au sentiment religieux ; pour le moment nous constatons l'existence physiologique de ce dernier.
Après lui, et comme pour le consacrer, arrive le culte, nouvel accomplissement d'un besoin physiologique, celui delà merveillosité. I.e culte, en effet, c'est un hommage d'admiration adressé à l'objet vénéré, c'est l'expression de la croyance à ce quelque chose de supérieur et d'incompréhensible. Ce n'est pas, fondamentalement, telle pratique plutôt que telle autre , c'est une pratique quelconque inspirée en particulier à chaque individu ou sympathiqiîement aux masses par la spontanéité de ce sentiment ; ce n'est pas surtout l'adoration du signe à la place de la chose signifiée. Tant que le culte n'est que l'expression pure et spontanée du sentiment d'admiration pour la cause première, il est avoué par le physiologiste; mais dès qu'il prend son image matérielle pour la cause elie-méme , dès qu'il devient un artifice de l'homme pour commander à son semblable , il manque à sa mission , il devient sacrilège , il est répudié par la physiologie.
Quant aux croyances à la vie future, leur fondement est dans ce sentiment de l'espérance que ce qui est mamtenant sera encore demain , peut-être
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tel qu'aujourd'hui, peut-être revêtu d'une autre forme par une destruction apparente; mais, comme pour la vénération, ce n'est ici qu un s eiiti ment , ce n'est pas une idée; et lorsque l'imagination nous représente un paradis ou un enfer , quels qu'ils soient, elle emprunte à l'intelligence ses images, et s'étend par conséquent au-d?là de la sphère du sentiment physiologique de l'espérance. Il resterait à rechercher jusqu'à quel point cette addition peut se justifier; mais ici, nous prenons acte de ce fait que la croyance à une vie future, tant qu'elle se borne au sentiment de l'existence survivant à la destruction, est un fait tout physiologique, ii'est que le résultat de l'exercice d'une faculté organique 5 tandis que Vidée de cette vie est quelque chose de complexe et a besoin d'être débrouillée par une sévère analyse de l'intelligence. Telle est l'origine de la question religieuse dans le domaine physiologique; réduite à toute sa simplicité et dégagée de tout ce qui la complique, c'est primitivement, fondamentalement, une question de sentiment; elle a sa raison dans la constitution de l'homme, et n'a besoin que d'être éclairée par l'intelligence, seul chef légitime de l'activité humaine.
Eh bien ! quel est le rôle de l'intelligence, c'està-dire des facultés perceptives et réflectives, dans la question religieuse ? C'est le même qu'en toute
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autre question : parles facultés perceptives , Fintelligence nous fait connaître les objets du monde externe dont Timpressicn excite en nous le sentiment de la vénération , de la merveillosité et de l'espérance; c'est-à-dire le sentiment religieux, le culte et la foi en une autre vie ; par les facultés réflectives, elle nous apprend à rattacher tous les phénomènes de la nature à leur cause première. Telles sont les conditioiiis auxquelles la physiologie soumet toute religion, pour en reconnaître l'autorité. En définitive, elle en vérifie l'origine et impose à son extension certaines lois qu'elle trouve dans la constitution même deThomme.
S'il en est ainsi (et l'organisme veut qu'il n'en soit pas autrement) une religion peut être bonne , peut être utile, petit être approuvée par la physiologie, quand elle réunit les conditions que nous venons de reconnaître ; nous voilà donc renvoyés à la physiologie pour connaître la loi de l'activité humaine.
On peut déjà présumer ce qu'elle doit être parce que nous avons exposé sur la direction ou l'éducation des facultés en particulier. Ce que nous avons dit de chacune d'elles, peutetdoits'appliquerà leur ensemble. Si toutes ont également le droit de se développer, aucune n'est autorisée à en étouffer une autre, chacune estapoelée à défendre son empire; et l'harmonie doit résulter de ce développement
de chacune et de toutes. Si l'organisation de l'homme était parfaite , c'est-à-dire si toutes les parties en étaient bien proportionnées, la direction de cette activité serait facile , et la loi physiologique ou morale serait !a constitution même de chaque individu. Mais il n'en est pas ainsi ; les organisations des hommes diffèrent infiniment les unes des autres; dans chaque homme les différentes parties de l'organisation sont très inégalement développées, et partant les différentes facultés sont fort inégalement distribuées à chacun. Ce sont là des faits d'observation bien antérieurs à la phrénologie, mais que la phrénologie seule a expliqués d'une manière satisfaisante ; les caractères varient à linfini , comme les talents , les penchants, les bonnes qualités et les défauts. L'homme ne saurait donc trouver en lui seul la loi de son activité , et il est encore moins autorisé à imposer aux autres celle qu'd aurait cru saisir dans son sentiment intime. Pour se convaincre de cette vérité, si sa conscience ne lui suffit pas, qu'il interroge son organisation , et il verra de suite que le développement de son cerveau pèche en quelque endroit , soit par excès , soit par défaut. Voilà de quoi diminuer so)i orgueil et le disposer à recevoir des conseils; vodà en même temps ime réponse aux philosophes qui prétendent tirer leur
loi morale des phénomènes de conscience , de la révélation de leur moi (i).
Que l'homme , au lieu de s'aveugler ainsi sur son propre mérite, étudie ses semblables, leurs organisations et leurs actes, autour de lui et dans l'histoire, et qu'il apprenne à lire dans ces tableaux, à y reconnaître toutes les facultés de l'homme, même celles qui lui manquent , et les organes auxquels elles se rattachent. Qu'il s'exerce à apprécier l'excès comme le défaut de chaque fiiculté , à saisir son développement au moment où il devient irrégulier , où il dévie de la route primitive , où il dépasse les limites et se change en abus; qu'il rapporte à chacun de ces modes d'activité le mode d'organisation qui y correspond. Alors , mais seulement alors, il connaîtra l'homme, il comprendra sa loi physiologique ou morale , et cette loi sera acceptée par tous les hommes , car elle ne sera pas un fait particulier, mais le résultat fourni par l'observation de tous les faits connus, résultat humain et physiologique.
Cette loi , je l'ai déjà dit, c'est Vharmo/iîe des fonctions.
Que l'homme obéisse donc aux impulsions de l'organisme, qu'il satisfasse ses besoins , qu'il dé-
(i) Voyez le Cours de plirénotogle de M. Bioussais.
veloppe ses Taciiltés, mais qu'il n'en sacrifie aucune; enfin qu'il limite le dévelojDpement de chaque faculté par celui des autres facultés. C'est donc avec raison que le physiologiste dit à l'homme : développe toutes tes facultés; toutes^ disons-nous , et non pas une ou plusieurs seulement ; toutes , afin que chacune ait la part qui lui revient , afin que les instincts n'oppriment point les sentiments, ni ceux-ci l'intelligence , ni cette dernière les sentiments ou les instincts.
Voilà un principe ; et je le proclame hautement, parce qu'il est l'expression d'un grand fait, parce qu'il a pour lui l'autorité de l'histoire et celle de l'organisation, parce qu'il est positif, simple, intelligible, large et fécond , parce qu'il me frappe comme la plus éclatante de toutes les vérités.
On voit combien ce princips est loin de l'égoïsme, puisque, parmi les facultrs dont il dérive, il y en a un grand nombre qui sont infiniment au-dessus de cette sphère instiuctive.
Peut-il se concilier avec la morale du dévouement ? Est-ce au nom d'une faculté organique , que l'on pourra prêcher à Ihonmie le sacrifice de cet organisme-là même?
Toute Iviculté de l'homme , quelle qu'elle soit , depuis la plus inférieure jusqu'à la plus relevée, tend à détruire l'organisation et conduit à cette destruction , quand on se livre à son
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développement exclusif. Si le besoin auquel on a satisfait aux dépens des autres, est de bas étage, s'il est instinctif , s'il s'agit par exemple de celui de la nutrition ou de la génération; si l'homme succombe à la gourmandise ou à la débauche , ce sacrifice de la vie à une jouissance purement sensuelle a quelque chose d'ignominieux , et la flétrissure s'en empare. Si le besoin dominateur, cause de la destruction , est plus haut placé dans l'échelle des facultés humaines , l'homme est plus excusable de s'y être laissé entraîner. Mais lorsque nous n'avons cédé qu'à l'exigence d'une faculté supérieure, de l'affection, de la bienveillance, de la justice, etc. , ce sacrifice de la vie est alors un noble dévouement. Dans tous les cas, nous avons obéi à une impulsion énergique de notre organisation; mais dans le premier, nous avons fait preuve d'instiiiCt aveugle et d'animalité ; dans le dernier, nous nous sommes montré, au suprême degré , être moral et intelligent.
Supposez l'harmonie parfaite en nous et hors de nous, et il n'y a pas lieu à dévouement; mais dans l'état d'imperfection où est actuellement la société, où se trouve l'univers entier, le dévouement est quelquefois la seule voie ouverte à l'homme qui ne veut pas trahir ses plus nobles facultés. Quand l'homme en est réduit à la nécessité, pour conserver sa vie, de manquer à quelques uns de ces be-
soins moraux que nous avons exposés, il en appelle à toutes ses facultés, et clans ce cas, comme dans tout autre, il ne doit rien faire qui soit condamnable aux yeux de sa raison et de sa conscience; il doit obéir aux injonctions de ce qu'il y a en lui de plus éclairé et de plus moral, et s'il faut un sacrifice, que ce sacrifice soit accompli.
Tels sont nos principes; ils sont faciles à comprendre, mais combien ne sont-ils pas difficiles à réaliser dans l'application? C'est ici que notre science, tout à l'heure si fière, avoue les difficultés de sa marche à travers d'innombrables obstacles, produits de la diversité même des organisations humaines et de l'irrégularité dans l'action de leurs modificateurs. Proclamez cette loi physiologique et morale de l'harmonie des fonctions, et vous serez diversement entendu de ceux auxquels vous vous adresserez; mais vous serez entendu de tous, à moins que vous n'ayez affaire à une organisation tellement incomplète que l'idiotisme n'en soit lerésultat forcé. Il suffit j)our cela que la tête ait moins de 18 pouces de circonférence. La justice humaine absout l'idiot. A moins encore que le cerveau ne soit malade; car nous savons (jue les altérations de cet organe entraînent l'aliénaiion mentale, et des recherches intéressantes (M. Etoc-Demazy, i833) nous ont appris que Tœdeme ou infil-
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tration du cerveau cause la stupidité chez les aliénés et probablement chez tous les hommes.
Hors de ces conditions;, tout homme est capable de comprendre notre loi physiologique. L'important est de bien saisir le caractère de chaque organisation, pour y adapter le mode d'enseignement le plus favorable.
Tirons encore nos principes de l'observation des faits.
Elle nous prouve que, dans le cerveau humain, les masses consacrées aux instincts, aux penchants, aux besoins les plus nécessaires à Texistence, ont un énorme volume et l'emportent de beaucoup sur les autres ; que celles consacrées à l'intelligence matérielle ou intuitive viennent ensuite avec celles propres aux sentiments plus excentriques; tandis que celles auxquelles tient l'intelligence supérieure ou la réflexion ne présentent qu'un très petit volume. En confirmation de ce grand fait général, viennent les faits particnliers, qui nous montrent que, dans l'irrégulière distribution de ces différentes masses aux différents individus, ce qu'on voit prédominer sur l'immense majorité, même au-delà des proportions que nous venons d'établir, ce sont les masses instinctives et intellectuelles inférieures; que chez un nombre encore assez grand d'individus, les sentiments ont une certaine pré-
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pondérance, mais qu'un très petit nombre d'élus seulement jouissent d'un grand développement des organes d'une haute raison. De ces faits incontestables, il découle, comme conséquence rigoureuse que, parmi les hommes, les masses obéiront aux impulsioias instinciives, un certain nombre seulement aux masses intellectuelles et morales, et très peu à la raison supérieure, et que par conséquent l'enseignement moral, pour être vraiment utile, doit s'a(h'esser encore plus aux instincts, aux affections, aux sentiments qu'à la raison, ou plutôt qu'il ne doit arriver à celle-ci que par ces intermédiaires obligés et par les connaissances positives. En d'autres termes, si vous voulez moraliser l'homme, donnez-lui d'abord la connaissance de la nature et des objets qui le frappent et apprenez-lui à les adaptera son service; puis montrez-lui le véritable but de ses besoins, de ses affeclions et de ses sentiments, le mal qui résulte toujours de leur direction vicieuse, le bien qui suit infailliblement leur développement harmonique. C'est alors seulement que vous vous efforcerez de l'élever jusqu'aux plus hautes conceptions de l'intelligence ; mais ne vous attendez pas à être compris jusque là par la foule. Les masses sentent mieux qu'elles ne comprennent, et de bonnes habitudes sont de plus surs garants de moralité chez elles que les plus subUmes principes. L'homme en effet, et cela
est une conséquence inévitable de son organisa-s tion , est entraîné à l'action beaucoup plus par ce qu'il y a en lui d'instinctif et d'aveugle, que par ce qui s'y trouve d'intellectuel et d'éclairé, et son intelligence entre pour beaucoup moins qu'on ne pense dans ses bonnes comme dans ses mauvaises actions. Quand il fait mal, c'est généralement beaucoup plus par ignorance, par entraînement irréfléchi ou par emportement passionné, que de propos délibéré et avec connaissance de cause ; il est, sans s'en douter, la première victime d'une mauvaise tendance ou d'une influence fâcheuse, car ce que 1 homme ignore le plus, ce sont ses penchants, ses qualités et ses défauts, ses vertus et ses vices, c'est-à-dire son organisation. Faites-lui connaître cette organisation avec les fonctions qui s'y rattachent, ainsi que les causes qui le poussent à l'action, et vous aurez fait un grand pas vers son amélioration morale; car la première condition pour que 1 homme se corrige, c'est d'avoir acquis la conviction non seulement qu'il a mal fait, mais qu'il était disposé à mal faire et que telles circonstances l'ont poussé à telle détermination. Alors il lui reste à lutter contre une disposition connue, incontestable, que tous les sophismes de l'amour-propre ne sauraient infirmer, et contre des modificateurs dont il peut braver les uns et écarter les autres. Mais il ne faut pas en rester là; il faut diriger
l'homme dans cette guerre qu'il va faire à ses penchants et à leurs stimulants projDres : c'est ce que nous entendons par son éducation. Son succès est fondé sur ce grand fait physiologique que l'activité de l'homme est en rapport , non seulement avec son organisation, mais aussi avec les modificateurs de cette organisation. A force de se développer dans nos organes, notre activité finit par en augmenter le volume ; mais elle produit de grands résultats long-temps avant que cet effet matériel arrive ou du moins soit sensible à nos yeux.
Vous connaissez l'influence du monde extérieur sur l'homme , celle des circonstances au milieu desquelles il vit; vous savez, par les faits nombreux de statistique que nous avons cités, qu'^V est autant le produit de son atmosphère physique et morale (/ue de son organisation(yi\\ermé)\ faites agirces influences de manière à ce que, s'adressant aux facultés dominantes, elles en tournent le développement vers le but que vous voulez atteindre. Nous avons donné assez d'exemples de cette utile tacticpie pour nous dispenser d'en citer ici de nouveaux. C'est par elle que vous obtiendrez de l'homme, pour ainsi dire, tout ce que vous voudrez. Combien d'hommes ne rappellerez-vous pas à la vertu, au nom de l'amour des enfants! combien d'autres nu nom de l'amour-propre, au nom de l'estime de soi, au nom de la bienfaisance, au
nom de la vénération ! Toutes les facultés sont bonnes, utiles , indispensables; quelles que soient celles qui prédominent, servez-vous-en comme du levier le plus puissant , pour obtenir la plus grande somme de résultats possibles.
Ce que je dis ici en termes physiologiques, ce que je donne comme l'expression dernière d'une science positive, est d'accord avec ce que de tout temps on s'est efforcé de faire , quand on a voulu agir sur l'homme pour former son moral : témoins les nombreux ouvrages des moralistes ; seulement, à leurs principes plus ou moins abstraits', plus ou moins arbitraires , je substitue une loi ■physiologique, et par là je mets un terme à toutes les divagations , à toutes les incrédulités , à toutes les contradictions. . . . . > Vous voyez jusqu'où va la physiologie : elle embrasse la théorie des instincts, des affections , des passions, des sentiments moraux, et comprend l'idéologie et même la métaphysique, ou plutôt elle donne à ces branches de nos connaissances des bases solides et en fait des sciences naturelles, c'est-à-dire des sciences qui, comme l'astronomie, la physique , etc. , observent des faits sensibles , notent leur succession régulière au milieu d'irrégidarités apparentes, et déduisent de cette génération de causes el d'effets les conditions de leur manifestation et la loi de leur existence.
Tel est l'œuvre que nous avons tâché d'accomplir pour les phénoîTièncs du moral de l'homme. En traçant leur histoire physiologique, nous pensons avoir trouvé les conditions de leur manifestation et la loi de leur existence.
C'est cette loi que nous imposons à l'homme au nom de son organisation dont elle est l'expression dernière , comme supérieure à chaque indivicki , puisqu'elle résulte de l'observation de tous.
Quant à la question du libre arbitre, elle se trouve résolue par les faits précédents. Le libre arbitre n'est point quelque chose d'absolu ; l'enfant dans le sein de sa mère, l'apoplectique, le frénétique, l'endormi, l'idiot n'ont point de libre arbitre; plus l'homme s'éloigne de l'idiot par le développement de son cerveau, plus son intelligence augmente, plus ses sentiments se perfectionnent, plus sa volonté est éclairée^ et plus aussi son libre arbitre est puissant ; de sorte que le plus haut degré de ce dernier suppose le développement le plus complet des organes et des facultés. Développez donc les facultés de l'homme, si vous voulez qu'il soit libre et qu'il fasse le bien par une volonté ferme et éclairée.
En résumé : ,
1° L'homme est doué d'une organisation qui entre en action sous l'influence d'une infinité d'agents qui font impression sur elle ^ et que l'on appelle ses modificateurs ;
2° Pour le connaître à fond, il faut connaître 1" cette organisation; a" le mode d'action de ses modificateurs;
3° Du rapport de l'organisation avec ses modificateurs résultent des besoins qui ont été divisés , d'après leur but, en instinctifs, moraux et intellectuels; '
4" De même que tous les hommes ont le même nombre d'organes, ils ont le même nombre de besoins primordiaux; mais ces derniers diffèrent dans leurs manifestations comme les organisations chez les différents hommes;
5" Chez les hommes, tels qu'ils se présentent à nous, prédominent tantôt les besoins instinctifs, tantôt les moraux, tantôt les intellectuels ; tantôt un ou plusieurs de Tune de ces trois catégories ; et ces prédominances se retrouvent dans les traits de l'organisation ;
6° On ne voit pas plus d'organisation parfaite que d'homme parfait ;
'7" Parmi les besoinsde l'homme, les uns lui sont communs avec les animaux les plus inférieurs,
d'autres avec les animaux supérieurs , et d'autres enfin lui sont propres;
8° Plus l'homme cède à des facultés relevées, plus il se relève lui-même, plus il est homme; au contraire, plus il obéit à des facultés inférieures, plus il s'abaisse , plus il est animal ;
9^ La loi d'activité de ces facultés n'est que l'expression résumée de leur histoire naturelle.
10° Toutes les facultés, par cela seul qu'elles existent, ont droit d'exister, et par conséquent de se développer; l'homme est donc appelé, par son organisation même, à satisfaire tous ses besoins ;
1 1" Le droit de chaque faculté est de se développer, et de là dérive tout droit; le devoir de chaque faculté est de respecter le développement des autres, et de là dérive tout devoir,
12° Aucune faculté n'a droit de dominer et d'anéantir les autres; mais les facultés intellectuelles sont chargées d'éclairer les instinctives et les morales qui ne savent pas choisir ;
i3" La seule limite légitime au développement d'une faculté est l'existence des autres facultés ;
14° De ce devoir, pour chaque faculté, de respecter les autres, résulte la loi de l'harmonie des fonctions -y
i5° Lorsque, par suite d'une circonstance quelconque, l'homme ne peut pas développer également toutes ses facultés, il ne doit point céder à
une seule aux dépens des autres; mais il doit les consulter toutes , et il sera d'autant plus moral qu'il aura obéi à des facultés plus relevées;
1 6" L'éducation ou l'hjgiène morale de l'homme est l'art de diriger l'action des modificateurs de l'organisation, de manière i° à développer les facultés, et par conséquent les organes qui pèchent par défaut; 2° à affaiblir les organes et les facultés qui pèchent par l'excès contraire ;
17" Cette éducation a pour résultat dernier: Le plus grand développement possible de i aclicit^é humaine suivant toutes les directions quillui est donné de parcourir. .,
JFIN.