‹ Hygiène sociale de l'enfanceChapitre 194 sur 212 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

SOMMAIRE. — Insuffisance des institutions actuelles. Assistance du nourrisson malade dans sa famille. Mortalité dans les crèches hospitalières. Nécessité de la création d'hôpitaux ou de pavillons spéciaux pour les nourrissons.

I. Principes généraux de l'assistance et de l'hospitalisation des nourrissons malades. — 1° Le nourrisson au sein ne doit pas être séparé de sa mère. — 2° Le nourrisson malade a souvent besoin d'aliments spéciaux. - 3° Le nourrisson contracte facilement les infections. — i° Le nourrisson a besoin de soins attentifs et constants. — 5° Le nourrisson malade doit être séparé des enfants plus âgés. — Application des principes généraux : milieu ; nature et gravité des maladies.

II. Réalisation de l'assistance et de l'hospitalisation des nourrissons malades. — 1° Traitement éi domicile. Distribution des secours. Consultations spéciales pour nourrissons malades. Surveillance à domicile. — 2° Hôpitaux et pavillons de nourrissons. Organisation d'une section indépendante de nourrissons dans un hôpital d'enfants. Isolement individuel. Boxes. Ameublement; lits. Couveuses. Jardin, galeries de cures d'air et d'héliothérapie. Cuisine, office, salles frigorifiques. Vacherie. Hospitalisation des mères avec leurs enfants. Personnel. Nourrices au sein. Indications de l'admission des malades. Séjour à l'hôpital. — 3" Pouponnières de plein air. — Placement familial à la campagne. — Sanatoria marins.

L'assistance et l'hospitalisation des nourrissons malades constituent un des objets les plus importants de l'hygiène sociale, car la mort frappe d'une façon toute particulière les enfants du premier âge (p. 26). Quoique le fait soit universellement reconnu, les institutions destinées à secourir les enfants très jeunes, qui ont besoin de soins médicaux, laissent singulièrement à désirer *.

1. G. SciiREiBEit, L'Assistance au nourrisson, Rapport à la Li(jue contre la mortalité infantile, 17 décembre i()i3, et Presse médicale, 20 février 191^. —La Protection des nourrissons et des enfants à Berlin, La Presse médicale, 191 1, n°s 89, 93, 94 0198.

L'assistance au nourrison malade dans sa famille comporte d'énormes lacunes. Entre la crèche-asile (du type Marbeau) et la crèche hospitalière, il manque un organisme indispensable, la crèche-infirmerie, destinée a recueillir temporairement l'enfant, au besoin jour et nuit, alors qu'on n'en veut plus à la crèche ordinaire, parce que malade, et qu'on n'en veut pas encore à l'hôpital, parce qu'insuf- Tisamment atteint (p. 1 35).

Dans bien des cas le nourrisson malade pourrait avantageusement être soigné au domicile des parents, mais, dans la population ouvrière et chez les pauvres, le travail des mères, le défaut de ressources, l'insuffisance et l'insalubrité des logements, l'ignorance ne le permettent pas toujours. Pour instituer le traitement à domicile, il est nécessaire d'organiser, comme nous l'avons indiqué dans le précédent chapitre, la surveillance médicale, avec un service à' infirmières visiteuses, et de distribuer largement des secours de traitement en nature et en espèces. Dans l'état actuel, le médecin rencontre de grandes difficultés pour faire exécuter ses prescriptions et sauvegarder la santé ou l'existence des bébés malades soignés par leurs parents.

Cependant malgré les défectuosités de l'assistance, le traitement à domicile est encore préférable dans beaucoup de cas, pour l'enfant du premier âge, à l'hospitalisation. Il suffit, pour s'en rendre compte, de consulter les statistiques.

À l'hôpital des Enfants-malades, pour une période de sept années, de 1897 à 1904, la mortalité delà crècheHusson, relevée parMéry1, était comprise entre 23,39 pour 100, chiffre minimum (1904) et /)2,3o pour 100, chiffre maximum (1898). A la grande crèche du mêmeétablissement, les résultats étaient encore plus mauvais elle nombre des décès variait entre ^1,90 pour 100 (igo3j et 59, 55 pour 100 (1900), dépassant en moyenne 5o pour îoo.

Les statistiques récentes ne sont guère plus favorables. Des discussions qui ont eu lieu en 1 9 1 3, devant laSociélé de pédiatrie'2, il ressort que la mortalité actuelle dans les crèches hospitalières parisiennes oscille en été entre 4o et 5o pour 100.

Toutefois Barbier 3 a noté un abaissement progressif de la mortalité dans le service des nourrissons qu'il dirige à l'hôpital Hérold ; alors que la mortalité y était de /Ji pour 100 de igo5 à 19 1 3, elle est descendue à 29,0 pour 100 de 191:4 à 1916. Ce chiffre est néanmoins encore très élevé et ne porte que sur deux années.

1. II. Méky, Les crèches de nourrissons dans les hôpitaux d'enfants, La Presse médicale, 6 janvier 1906, p. 10.

2. II. Tkiboulet, Rapport sur les améliorations à apporter au fonctionnement des crèches d hôpital, Soc. de pédiatrie de Paris, mars 1913. Discussion : Nobécourt, Weill Halle, Marfan, Guinon, Méry, Barbier.

3. Barbier, Les conditions de l'hospitalisation des enfants. Prophylaxie de la contagion hospitalière spécialement dans les salles de nourrissons, Bull, de la Soc. méd. des hôp., 2 juin 1916, p. 8q3.

Les résultais obtenus dans les hôpitaux (le province et de l'étranger ne sont pas plus encourageants. D'après Ramu ' , à la crèche de la clinique médicale infantile, à l'hôpital de Nancy, la mortalité en 19 ro était de ''4 pour 100 -.elle atteignait encore \S pour 100 en 1918. malgré des améliorations apportées à l'aménagement et au fonctionnement du service.

Au dire d'IIeuhner la mortalité des services de nourrissons serait considérable, au point d'atteindre le chiffre de 80 pour 100 il n'y a pas longtemps encore.

Selon Escherisch, la mortalité des nourrissons dans les établissements hospitaliers de A ienne, dépassait récemment 60 pour 100.

Aux Etats-Unis, d'après IL D. Cliapin *, la mortalité est de '10 à G5 pour 100 pour les enfants hospitalisés âgés de moins de deux ans atteints d'affections aiguës.

Aussi, en 1 g 1 3, l'opinion générale des membres delà Société de pédiatrie de Paris répondait à celle cpie formulait l'un de nous; jusqu'à nouvel ordre, c'est-à-dire 0 jusqu'à une mise en état normale et rationnelle des crèches, il y aurait lieu de ne pas recevoir les nourrissons à l'hôpital ». Dans une de ses leçons :i, Hutinel disait de son côté : « Aujourd'hui, il serait peut-être plus sage de n'en pas recevoir que de les placer dans les conditions où ils se trouvent ».

Les dangers que comporte l'hôpital pour les nourrissons tiennent, d'une part, à ce que les hôpitaux d'enfants ne sont ni construits ni organisés pour cette catégorie d'enfants et. d'autre part, au fait que, le plus souvent, ils entraînent la séparation de la mère et de l'enfant.

Lorsqu'on eut créé à Paris, en 1802. l'hôpital des Enfants-malades, C.lavereau 4 écrivait : « Cette ligne de démarcation établie entre les maladies de l'enfance et celles de l'âge mûr est sans contredit un avantage pour l'avancement de l'art de guérir ». Or actuellement une démarcation aussi nette s'impose entre les maladies de l'enfant et celles du nourrisson : la création de services spéciaux entièrement indépendants est la condition nécessaire d'une amélioration de l'état de choses actuel.

Pour donner au nourrisson les soins convenables et lui assurer l'alimentation choisie qui lui est nécessaire; pour le placer sous la surveillance d'un personnel spécialement éduqué ; pour faciliterenfin l'enseignement 5 et les recherches scientifiques que comportent la

1. G. J. Ra.uu, La Pouponnière de la clinique médicale infantile à l'hôpital de Nancy, Thèse de Nancy, 191 !\.

2. II. D. Chapin, cité par Armand Delille, Le placement familial des nourrissons débiles à la campagne, Le Nourrisson, mai 19 19, p. 16G.

3. V. Hutinel, La pédiatrie française. Son enseignement à la Faculté de Paris. Bulletin médical, i3 novembre 1912, p. 1020.

l\. Clavereau, cité par Sigvret, loc. cit.

5. Marfan, L'enseignement de l'hygiène et des maladies de nourrissons dans les facultés de médecine, Communication à l'Assemblée générale de la Ligue contre la mortalité infantile, 19 juin 191 2.

pathologie et l'hygiène du premier âge, il est indispensable de construire des établissements ou des pavillons réservés exclusivement au traitement des nourrissons malades.

Les règles, qui doivent présider à l'assistance et à l'hospitalisation des nourrissons malades, sont actuellement bien précises. Il convient de les formuler tout d'abord. .

I. PRINCIPES GÉNÉRAUX DE L'ASSISTANCE ET DE L'HOSPITALISATION DES NOURRISSONS MALADES *.

Pour être efficaces l'assistance et l'hospitalisation des nourrissons malades doivent observer un certain nombre de principes généraux.

i° Le nourrisson au sein ne doit pas être séparé de sa mère. — L'allaitement maternel constitue, en effet, sa meilleure sauvegarde; non seulement elle peut lui éviter des maladies, mais encore elle lui donne de plus grandes chances de guérison cpjand il est malade.

Un enfant allaité par sa mère sera donc, autant que possible, soigné à la maison. Si la gravité de son état ou une impossibilité matérielle nécessitent son transport à l'hôpital, sa mère sera admise avec lui.

2° Le nourrisson malade a souvent besoin d'aliments spéciaux. — Certains de ces aliments sont difficiles à préparer ou coûteux; la mère ne peut pas se les procurer ou ne se les procure que difficilement.

Aussi une cuisine laiterie convenablement installée doit être annexée aux consultations etaux services hospitaliers de nourrissons malades et organisée pour assurer la préparation et la distribution des produits de régime les plus courants.

Les cuisines ont pour le traitement des nourrissons la même importance que les salles d'opérations et de stérilisation pour les services de chirurgie. De même que la surveillance de ces dernières est confiée à un personnel choisi et exercé, de même les cuisines-laiteries doivent être dirigées par des femmes compétentes.

Il importe que ce personnel choisi ait suivi au préalable des cours d'instruction pour apprendre à stériliser le lait et à préparer les aliments.

Aux cuisines doivent être annexées des salles de réfrigération, indispensables, surtout en été, pour conserver frais des aliments qui ne sont pas stérilisés.

i. P. Nobécourt et G. Schreiber, Principes généraux de l'assistance et de 1 hospitalisation des nourrissons malades, La Presse médicale, G octobre 1920.

PlilNCIPES GENERAUX DE L'ASSISTANCE 557

3° Le nourrisson contracte facilement les infections- —

Nous ne reviendrons pas sur l'influence néfaste pour lui du milieu hospitalier (p. 4qo). Les affections gastro-intestinales, les bronchopneumonies, les affections à pneumocoques d, les suppurations diverses! parfois aussi les fièvres éruptives, la coqueluche, la diphtérie, peuvent se transmettre d'un bébé à un autre ; il arrive qu'au cours des maladies les plus bénignes se développent des infections secondaires qui entraînent la mort.

L'isolement est donc nécessaire. L'hôpital doit être construit el aménagé de telle manière que les risques d'infection soient réduits au minimum : les salles doivent être divisées en boxes.

f\° Le nourrisson a besoin de soins attentifs et constants- — Le change des linges souillés, l'administration de repas fréquents, les promenades à bras qui sont indispensables demandent beaucoup de temps. Quand la mère est hospitalisée avec son enfant, elle s'en occupe continuellement pour son plus grand bien. Sinon, ces devoirs incombent aux infirmières. Celles-ci doivent être suffisamment nombreuses pour qu'aucun détail d'hygiène ne soit négligé. Elles doivent avoir reçu non seulement une instruction technique spéciale mais encore une éducation morale, qui les rendent dignes de soigner des petits êtres délicats et sans défense.

5° Le nourrisson malade doit être séparé des enfants plus âgés. — Les soins et l'alimentation particulière dont il a besoin sont déjà des raisons suffisantes de celte séparation.

En outre la pathologie du premier âge diffère de celle des autres enfants; certaines maladies contagieuses, les fièvres éruptives, la coqueluche, la diphtérie l'atteignent d'une façon relativement rare et la séparation contribue à éviter l'apparition de ces affections chez les bébés.

A l'heure actuelle, des salles spéciales sont réservées aux nourrissons dans nos hôpitaux d'enfants. Mais elles ne sont pas suffisamment indépendantes; il arrive même, surtout en été, en raison de l'encombrement, que des bébés soient placés dans des services de médecine générale. C'est là une fâcheuse éventualité, car ils y sont exposés à des contacts dangereux, et, d'autre part, ni l'installation, ni le matériel, ni le personnel ne sont adaptés aux soins qui leur conviennent.

Tels sont les principes généraux qui doivent guider le médecin dans l'assistance et le traitement des nourrissons malades. Il est évi-

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