I. — JEUX
Les jeux constituent un excellent mode d'exercice physique. « Le grand intérêt que les enfants prennent à leurs jeux, dit H. Spencer, la joie bruyante avec laquelle ils font leurs cabrioles ont autant d'importance que leurs mouvements... Pour les filles comme pour les garçons, l'activité instinctive du jeu est essentielle au bien-être du corps. Quiconque les interdit interdit les moyens divinement appropriésau développement physique. »
Aux Conurès internalio/iau.e d' hygiène scolaire et au Congrès international de l'éducation physique, tenu à Paris en mars 191 3, tous les auteurs ont insisté sur l'importance des jeux pour le développement de l'enfant '. « Le jeu n'est pas seulement utile à l'enfant, déclare le commandant Converset -, il lui est absolument indispensable, comme une condition, aussi bien de son développement intellectuel que de son développement physique. Le jeu, en effet, n'est pas simplement pour l'enfant un exercice gymnastique propre à favoriser un développement corporel, il constitue aussi un exercice intellectuel, une école d'initiative, de décisiou et de volonté. »
Certains jeux réalisent de véritables leçons de solidarité ; quand ils mettent en présence des équipes, ils apprennent aux enfants à mettre leur individualité au service d'une collectivité et à se discipliner pour assurer la réalisation du but qu'elle cherche à atteindre.
Les jeux scolaires utilisent principalement la course et le saut. La plupart d'entre eux ne contribuent pas seulement à fortifier les muscles et à activer la fonction respiratoire ; ils développent en outre l'adresse et éduquent les sens.
Les jeux praticables à l'école sont extrêmement variés. Les principaux d'entre eux peuvent être divisés en deux groupes : d'une part, les jeux français, tels que les barres, la crosse, la paume, le saut de
1. Folineau, De 1'étlucation physique dans les écoles primaires des grandes villes, Rapport présenté au Congrès international de l'éducation physique, Paris, i g 1 3, p. i~'i. — Méry, La part de la gymnastique., des jeux et du travail manuel dans renseignement secondaire, id., p. 1 53.
2. Commandait Convekset, Rapport sur l'utilité des terrains de jeu pour les écoliers, ///>-' Congrès inlernalioral d'hygiène scolaire, Paris, août igio, t. I, p. 19g.
mouton, les jeux de balles el ballons ; d'autre part, les jeux anglais, tels que le cricket, le (bot-bail, le tennis, etc.
Pour les filles, on choisira les jeux les plus tranquilles ; cependant on devra veiller à ce qu'elles déploient, en jouant, une activité suffisante. « Les couvents où les pensionnaires ont une nourriture grossière, dit J.-J. Rousseau, mais beaucoup d'ébats, de courses, de jeux en plein air et dans les jardins, sont à préférer à la maison paternelle, où une fille, délicatement nourrie, n'ose se lever, ni marcher, ni parler, ni souffler et n'a pas un moment de liberté pour jouer, sauter, courir, crier, se livrer à la pétulance naturelle à son âge. »
Les jeux peuvent être enseignés à l'école aussi bien que la gymnastique, mais ils ne constitueront un véritable délassement que si les écoliers sont libres déjouer à leur guise et de développer l'initiative compatible avec une bonne tenue.
L'habileté du maître consiste à se mêler aux jeux des élèves et à les diriger sans en avoir l'air. « Si on fait surveiller les enfants et les grands garçons, dit Weiss ', par un maître rogue. que celte besogne agace, qui se promène d'un air ennuyé, grognant sans cesse et réprimant toute velléité d'animation à coups de punitions, on aura pris la pire des mesures. Mais si le maître, affable tout en ayant de la main, se mêle de bonne grâce au jeu des élèves ou les dirige d'une façon intelligente, il n'y aura que profit pour son autorité et les élèves seront les premiers à faire appel à lui. Cela ressort nettement des essais faits dans quelques lycées, au dire des proviseurs, et de ce que chacun a pu voir dans les établissements d'enseignement libre, s'il a tant soit peu l'esprit observateur. »
Pour que les jeux s'effectuent avec ordre et profit, il est éminemment souhaitable que leur direction soit confiée au maître enseignant ou répétiteur ; certains éducateurs vont même jusqu'à désirer la création de professeurs de jeux. Cette fonction a été instituée àHolyoke, ville du Massachusetts (Etats-Unis) : le professeur qui préside auxébatsdes enfants fait alterner les jeux violents avec des exercices d'adresse et de véritables travaux manuels.
Quoi qu'il en soit, les jeux exigent de la place, et malheureusement, dans les grandes villes, celte place est presque partout trop limitée. Aussi est-il nécessaire de créer des terrains ou jardins de jeux réservés aux enfants.
i. Georges Weiss, La situation de l'éducation physique dans les établissements d'enseignement secondaire en France, Rapport au Ier congrès international de l'éducation physique , Paris, mars 1913, t. I, p. 109.