DES BOUQUETS DITS A LA MAIN
Ce genre de bouquet qui, chez les Orientaux, établit une correspondance entre la personne qui l’offre et celle qui le reçoit, est susceptible de prendre mille formes. Tantôt il est mince, allongé; tantôt épais, massif et très-large. Quelquefois il est simple et naturel, mais, le plus souvent, étudié; l’art et le travail percent à travers la coquetterie de sa distribution.
Chaque classe de la société semble avoir adopté la forme et la composition d’un bouquet. Ainsi, les dames du grand monde affectionnent les bouquets formés d’une seule espèce de fleurs et garnis d’une galerie de verdure bien ménagée.
La classe bourgeoise recherche les bouquets symétriquement apprêtés et riches en couleurs.
La Lorette et la femme galante recherchent les énormes bouquets, n’importe le genre et la forme; ce
qu elles désirent, c'est d’attirer les yeux sur elles par l’énorme quantité de fleurs.
Le bon villageois, qui ignore l'art de composer coquettement ses bouquets, cueille au hasard des fleurs pour en orner le sein de sa fiancée ou la fenêtre de sa maison rustique; toutes les fleurs lui sont indifférentes, pourvu qu’elles aient de la couleur et du parfum.
Il nous reste encore à dire que les bouquets, selon l’usage auquel on les destine, peuvent se désigner en bouquet filial ou respectueux; — bouquet galant et dangereux ; — sincère ou menteur ; — simples ou vaniteux; — osé, timide, indifférent, tendre, amoureux, etc., etc. Il faudrait des volumes pour détailler les pensées et les désirs qui se trouvent cachés sous les fleurs des bouquets; ce qu’il y a de généralement vrai, c’est qu’il n’est peut-être pas d'homme qui, dans ses beaux jours de poésie et d’amour, n’ait offert un bouquet à la femme qui remplissait son cœur.
La distinction suivante a été établie par nos plus habiles fleuristes :
Bouquet royal ;
— à la duchesse ;
— à la vierge ;
— en gerbe ;
— en éventail ;
— pagode, etc. , etc.
La composition do ces divers bouquets exige l’art et le goût de la célèbre Glycère, bouquetière d’Athènes. En général, c’est toujours une large fleur, telle qu’un camélia, une rose ou une touffe de violettes, de petites roses en boutons, qui forme le centre du bouquet ; cette touffe est entourée d’une zone de verdure d’où s’échappent, par intervalles, quelques petits boutons de fleurs légères ; — vient ensuite une galerie de fleurs variées, dont il faut accorder fort habilement les délicates nuances. Ainsi, à côté d’une rose, on peut placer un œillet blanc; — des violettes à côté de l’œillet, et, du côté opposé, une branche de lilas; puis des géraniums écarlates ou des renoncules rouges, etc. ; — une nouvelle zone de verdure doit entourer cette première galerie de fleurs, et l'on commence à former la seconde galerie avec d’autres fleurs dont les couleurs se trouvent toujours en harmonie. 11 est très-important que de légères feuilles et quelques petits boutons dépassent toujours chaque galerie, afin de rompre la monotonie, donner de l'air et animer le bouquet. Le travail se termine par une dernière zone de feuillage de fougère, de bruyère, ou de tout autre non susceptible de se faner.
L’art de composer les bouquets demande beaucoup de goût et une certaine habitude Le manche ne doit pas être trop gros; les tiges ne seront point trop fortement pressées les unes contre les autres; on laissera
quelques vides pour favoriser l’absorption de 1 hu- J midité. Les bouquets se conservent très-bien pen- i dant plusieurs jours, en ayant le soin de tremper leur j manche dans l’eau, et le laissant ensuite égoutter, j Asperger les fleurs, ainsi que certaines personnes le pratiquent, c’est le moyen de les faire pourrir en peu de temps. ’j