Hymne au Christ [microforme]
Est-il vrai que ta voix, d'âge en âge entendue, Pareille au bruit lointain qui meurt dans l'étendue, N'a pes pour nous guider que des suns impuissants ? t qu’une voix plus souveraine, La voix de la parole humaine, Etouffe à jamais tes accents ?
Mais la raison, c’est toi! Mais cette raison même Qu’était-elle avant l’heure où tu vins l’éclairer ? Nuage, obscurité, doute, combat, système, Fiambeau que notre orgueil portait pour s’égarer ! Le monde n'était que ténèbres, Les doctrines sans foi luttaient comme des flots, Et trompé, détrompé de leurs clartés funèbres, L'esprit humain flottait noyé dans le chaos!
L’espérance ou la peur, au gré de leurs caprices, Ravageaient tour-à-tour et repeuplaient les cieux ; La fourbe s’engraissait du sang des sacrifices ; Mille dieux attestaient l'ignorance des dieux ! Fouillez les cendres de Palmyre, Fouillez les limons d'Osiris.
Et ces panthéons où respire L'ombre fétide encor de tous ces dieux Proscrits ; Tirez de la fange ou de l'herbe, Tirez ces dieux moulés, fondus. taillés, péttis, . Ces monstres mutilés. ces symboles flétris, Et dites ce qu'était cette raison superbe Quand elle adorait ces débris !
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Ne sachant plus nammer les éxploits ou les crimes, Les noms tombaient du sort comme rù hasard jetés : La gloire suffisait aux âmes magnanime:, Et les vertus les plus sublimes N'étaient que des vices dorés!
Tu parais! ton verbe vole ; Comme autrefois la parole Qu’'entendit le noir chaos, De la nuit tira l’aurore,
Des cienx sépara les flots,
Et du nombre fit éclore L'harmonie et le repos ;
‘l'a parole créatrice
Sépare vertus et vice, Mensonges et vérité ;
Le maître apprend la justice, L'esclave la liberté ; L'’indigent le sacrifice,
Le riche la charité ;
Un Dieu créateur et père, En qui l'innocence espère, S’abaisse jusqu'aux mortels ; La prière qu'r} appelle S'élève à lui, libre et belle, Sans jamais souiller son aile Des holocaustes cruels !
Nos iniquités, nos crimes, Nos désirs illégitimes,
Voilà les seules victimes Qu'on immole à ses autels!
L’immortalité se lève
Et brille au-delà des temps ; L’espérance, divin rêve,
De l'exil que l’homme achève Abrège le- courts inssants ; L'amour céleste soulève Nos far deaux les plus pesants ; Le siècle éternel commence ; Le juste a sa conscience,
Le remords son innocence ; L'’huraule foi fait la science Ds sages et des enfants !
Et l’homme qu’elle console, Dans certe seule parole
Se repose deux mille ans!
D 11 D OO D — à.
Et l'esprit éclairé par tes lois immortelles,
Dans la sphère morale où tu guides nos yeux Découvrit tout-à-coup plus de vertus nouvelles, Que, le jour où d’ Herschell le verre audacieux Porta l’œil étonné dans les célestes routes,
Le regard qui des nuits interroge les voûtes,
Ne vit d’astres nouveaux pulluler dans les cieux !
Non, jamais de ces feux qui roulent sur nos têtes, Jamais de ce Sina qu'embrassaient les tempêtes, Jamais de cet Horeb, trône de Jéhova,
Aux yeux des siècles n’éclata
Uo foyer de clarté plus vive et plus féconde Que cette vérité qui faillit sur le monde Des collines de Golgotha !
L'astre qu’à ton berceau le mage vit éclore, L'étoile qui guida les bergers de l’aurore
Versle Dièu couronné d’indigence et d’affront, Répandit sur la terre un jour qui luit encore, Que chaque âge à son tour reçoit, bénit, adore, Qui dans la nuit des temps jamais ne s’évapore
Et ne s’éteindra pas quand les cieux s’éteindront !
Ils disent cependant que cet astre se voile,
Que les clartés du siècle ont vaincu cette étoile ; Que ce monde vieilli.n°’a plus besoin de toi !
Que la raison est seule immortelle et divine, Que la rouille des temps a rongé ta doctrine, : Et que de jour en jour, de ton temple en ruine, Quelque pierre en tombant déracine ta foi !
O Christ! il est trop vrai! ton éclipse est bien sombre ; La terre sur ton astre a projeté son-ombre ;
Nous marchons dans un siècle où tout tombe à grand bruit. Vingt siècles écroulés y mêlent leur poussière ;
Fables et vérités, ténèbres et lumière
Flottent confusément devant notre paupière,
Et l’un dit : C’est le jour ! et l’autre: C’est la nuit !
Comme un rayon du ciel qui perce les nuages, En traversant la fange et la nuit des vieux âges, La parole a subi nos profanations !
L'œil impur des mortels souillerait le jour même ! L'imposture a terni la vérité suprême,
Et les tyrans, prenant ta foi pour diadème,
Ont doré de ton nom le joug des nations !
Mais, pareil à l’éclair qui, tombant sur la terre, Remonte au firmament sans qu’une ombre l’altère ; 4 L'homme n’a pu souiller t4 lot de vérité!
L'ignorance a terni tes lumières sublimes,
La haine a confondu tes vertus et nos crimes ;
Le: flatteurs aux tyrans ont vendu tes maximes ;
Elle est encor justice, amour et liverté !
Et l'aveugle raison demande quels miracles
De cette loi vivillie attestent les oracles !
Ah! lemiracle est là permanent et sans fin!
Que cette vérité par ces flots d’impostures, Que ce flamb: au brillant par tant d'ombres obscures, 1 Que ce verhe incréé par nos lèvres impures
Ait passé deux mille ans et soit encor divin !
Que d'ombre, dites-vous ! Mais, à flambeau des âges,
Tu n'avais pas promis des astres sans nuages ! | L'œil humain n’est pas fait pour la pure clarté !
Point de jours ici-bas qu’un peu d'ombre n’altère :
De sa propre splendeur Dieu se voile à la terre,
Et ce n’est qu’à travers la nuit et le mystère
Que l'œil peut voir le jour, l’homme la vénté !
Un siècle naît et parle, un cri d’espoir s'élève ;
Le genre humain déçu voit lutter rêve et rêve, - Système, opinion, dogme, flux et reflux :
Cent ans passent, le temp; comme un nuage vide Les roule avec l'oubli sous son aile rapide ;
Quand il a balayé cette poussière aride,
Que reste-t-il du siècle ? un mensonge de plus ! Mais l'ère où tu naquis, toujours, toujours nouvelle, Luit au-dessus de nous comme une ère éternelle ; Une moitié des temps pâlit à ce flambleau,
L'autre moitié s’éclaire au jour de tes symboles ; Deux mille ans épuisant leurs sagesses frivoles, N'ont pas pu démentir une de tes paroles,
Et toute vérité date de ton berceau ! |
Et c'est en vain que l’homme ingrat, et las de croire, De ses autels brisés et de son souvenir,
Comme un songe importun, veut enfin te bannir ; | Tu règnes malgré lui jusque dans sa mémoire, E: du haut d’uri passé rayonnant de ta gloire, Tu jettes ta splendeur au dernier avenir!
Lumière des esprits, tu pâlis, ils pâlissent ; Fondement des états, tu fléchis, 1ls fléchissent ; Sève du genre humaio, il tarit si tu meurs.
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Racine de nos lois, dans le sol enfoncée, Partout où tu languis on voit languir les mœurs ; Chaque fibre à ton nom s'émeut dans tous les cœurs, Et tu revis partout, jusque dans la pensée, Jusque dans la haine insensée De tes ingrats blasphémateurs !
Phare élevé sur des rivages,
Que le temps n'a pu foudroyer, Leslumiè:es de tous les âges
Se concentrent dans ton foyer.
Consacrant l’humaine mémoire,
Tu guides les yeux de l’histoire, Jusqu'à la source d'où tu sors.
Les sept jours n’ont plus de mystère, Et l'homme sait pourquoi la terre Lutte entre la vie et la mort !
Ton pouvoir n’est plus le caprice
Des démagogues ou des rois ;
J1 est l’éternelle justice
Qui se réfléchit dans nos lois!
La vertu n’est plus ce prohlême,
Rêve qui se nourrit lui-même
D'orgueil et d’immortalité !
Elle est l’holocauste sublimé :
D'une volonté magnanime / A l'éternelle volonté. ù
La vérité n’est plus ce prisme
Où des temps chaque erreur a lui,
L'éclair qui jaillit du sophieme
Et s’évanouit avec lui !
Rayon de l'aurore. éternelle,
Pure, féconde, universelle, ,
Elle éclaire tous les vivants; . } Sublime égalité des âmes,
Pour les sages, foudres et flammes ;
Ombre et voile à l’œ1l des enfants !
Aliment qui contient la vie,
. Chaleur dont le foyer est Dieu, Germe qui croît et fructifie, Ton Verbe la sème en tout lieu !
Vérité palpable et pratique, L’amour divin la communique De l'œil à l’œil, du cœur au cœur !
Et sans proférer de paroles,
Des actions sont ses symboles,
Et des vertus sont sa splendeur !
Chaque instant à ton joug nous lie, L'homme naît, vit » meurt avec toi ; Chacun des anneaux de sa vie, O Christ, est rivé par ta foi !
uffrant, ses pleurs sont une offrande ; eureux, son bonheur te demande De bénir sa prospérité ; Et le mourant que tu consoles, Franchit, armé de tes paroles, L'ombre de l’immortalité !
Tu gardes, quand l’homme succombe, Sa mémoire après le trépas, Et tu rattaches à la tombe Les liens brisés ici-bas :
Les pleurs tombés de la paupière
e mouillent plus la froide pierre ; Mais de ces larmes s'abreuvant, La prière, union suprême, Porte la paix aux morts qu’elle aime, Kapporte l'espoir au vivant !
Prix divin de tout sacrifice,
Tout bien se nourrit de ta foi !
De quelque mal qu'elle gémisse, L'humanité se tourne à toi.
Si je demande à chaque obole,
À chaque larme qui console,
A chaque généreux pardon,
À chaque vertu qu’on me nomme,
En quel nom consolez-vous l’homme ?
Lis me répondent : en son nom !
C’est toi dont la pitié plus tendre Verse l’aumône à pleines mains.
Guide l’aveugle et vient attendre Le voyageur sur les chemins !
C’est toi qui, dans l'asile immonde Où les déshérités du monde Viennent pour pleurer et souffrir, Donne au viellard de saintes filles, A l'enfant sans nom des familles, Au malade un lit pour mourir !
Tu vis dans toutes les reliques :
Temple debout ou renversé, Autels, colonnes, basiliques, Tout est à toi dans le passé !
Tout ce que l'homme élève encore, Toute demeure où l’on adore
Tout est à toi dans l’avenir !
Les siècles n’ont pas de poussière, Les collines n’ont pas de pierre Qui ne porte ton souvenir !
Enfin, vaste et puissante idée,
Plus forte que l'esprit humain,
Toute âme est pleine, est obsédée
De ton nom qu’elle invoaue en vain!
Préférant ses doutes funèbres L’homwe amasse en vain les ténèbres ; Partout ta splendeur le poursuit !
Et, comme au jour qui nous éclaire, Le monde ne peut s’y soustraire Qu'en se replongeant dans la nuit !
Ettu meurs! Etta foi dans un litde nuages S'enfonce pour jamais sous l'horison des âges, -’omme un de ces soleils que le ciel a perdus,
Dont l'astronome dit : C'était là qu’il n'est plus!
Et les fils de nos fils dans les lointaines ères
Feraient aussi leur fable avec tes saints mystères !
Et parleraient un jour de l’homme de la croix Comme des dieux menteurs disparus à ta voix,
De ces porteurs de foudre ou du vil caducée,
Rêves dont au réveil a rougi la pensée !
Mais tous ces dieux, à Christ ! n'avaient rien rapporté Qu'’une ombre plus épaisse à notre obscurité !
Mais du délire humain lâche et honteux symbole, Ils cou èrent d'eux-même au bruit de ta parole : Mais tu venais asseoir sur le trône abattu
Le Dieu de vérité, de grâce et de vertu !
Leurs lois se trahissaient devant les lois chrétiennes ! V'ais où sont les vertus qui démentent les tiennes ? Pour éclpser ton jour quel jour nouveau paraît ? Toi qui les rempiaças, quite remplacerait ?
: Ah! qui sait si cette ombre où pâlit ta doctrine
Est une décadence—ou quelque nuit divine, Quelque nuage faux prêt à se déchirer,
Où1a foi va monter et se transfigurer,
Comme aux jours de ta vie humaine et méconnue Tu te cransfiguras toi-même dans la nue,
Quand ta divinité, reprenant son essor,
Un jour sortit de toi, revêtit le Thabor.
Dans ton vol glorieux te balança Eblouit les régards des discipies tid t, pour les consoler de ton prochain adieu,
Oui ! de quelque faux nom que l’avenir te nomme, ous te saluons Di »
homme n°eêt pas trouvé dans n l'immortalité,
1 douleur, l'humilité des cœufs,
le pardon dans loffense, Conde innocence !
1e pourrait s'égarer, vertus qui se font adorer !
Repos de notre ignorance, T'es dogmes mystérieux Sont un temple à l'espérance Montant de la terre aux cieux ! a morale chaste et sainte mbaume sa pure enceinte De paix, de grâce et d'amour, Et l’air que l’âme y respire f\ A le parfum du zéphire |} Qu’Eden exhalait un jour !
Dès que l'humaine nature Se plie au joug de ta foi, Elle s’élève et s’épure, Et se divinise en toi !
Toutes ses vaines pensées Montent du cœur, élancées Aussi haut que son destin ; ‘homme revient en arrière, Fils égaré de ja lumière ui retrouve son chernin !
Les troubles du cœur s’apaisent,
‘’âme n’est qu’un leng soupir :
Tous les vai
Du chrétien la vie entière "est qu'une longue prière, n fuve en action à l’immortalité !
tles vertus les plus rudes, u stoïque triomphant Sous les bumbles habitudes e la femme et de l’enfant !
Et la terre transformée "est qu'une route semée D'ombrages délicieux, Où l’homme en l’homme a son frère, Où l’homme à Dieu dit: mon pére !
Chaque pas mène aux cieux !
amour et liberté !
gne à jamais, 6 Christ, sur la raison humaine, Et de l’homme à son Di
Arrosera de pleurs sa terrestre vallée, tant que les vertus Sarderont leurs autels.
U n'auront pas chan
que je chéris, emple où j’ai tout reçu, temple où j'ai tout appris, nCor ta dernière colonne
ussé-je être écrasé sous tes sacrés débris !