‹ Hyperthermie et Système Neuro-VégétatifChapitre 18 sur 27 · TO RE · texte numérisé non relu

TO RE

Pilcher, Ebbecke, Spor, Schenk, Lewis et Grant, Heubner, Krogh, Roussy et Mosinger, Bettmann.

C'est aux travaux de Lewis que nous devons la première description de cette réaction cutanée locale : à la suite de l'injection, on observe les trois phénomènes suivants qui constituent la « triade réactionnelle » de Lewis :

— Rougeur locale plus ou moins étendue qui apparaît au lieu de la piqûre, dix à vingt secondes après celle-ci.

— Réaction érythémateuse réflexe, aérole rouge de 3 à 7 cm., à limites irrégulières, entourée de taches érythémateuses aberrantes et souvent, comme l'ont montré le Professeur Roussv et M. Mosinger, de taches anémiques. Cette aréole rouge peut attendre d'emblée son maximum, mais s'étend souvent par bonds successifs, ou s’installe progressivement et excentriquement à partir de la zone centrale.

— Boule d’œdème qui se forme au point d'injection au bout de deux à trois minutes, plus ou moins saillante, arrondie, avec souvent des prolongements périphériques qui semblent suivre les voies lymphatiques.

Les divers éléments de la triade de Lewis ne relèvent pas du même mécanisme :

— La rougeur locale est due sans aucun doute, à la réaction directe des petits vaisseaux cutanés; son intensité plus grande dans les régions anesthésiées, et en particulier dans le territoire anesthésique d’un zona, montre que le système . nerveux exerce une influence continue sur les petits vaisseaux cutanés (Roussy et Mosinger).

— L'œdème histaminique semble dù à une augmentation de la perméabilité capillaire, augmentation qui est, dans une certaine mesure, indépendante de la vaso-dilatation.

— L'érythème réflexe est dû manifestement à l’intervention d’un facieur nerveux, ainsi qu'en témoignent son apparition el son extension brusques, ses profondes modifications en cas de lésions nerveuses centrales ou périphériques, l'impossibilité de le produire en territoire anesthésique. Tous ces faits plaident contre la conception purement

A ip

humorale des réactions vasculaires, défendue par Demoor (Roussy).

Par contre, ia nature de la réaction nerveuse en cause est difficile à élucider :

1° D’après la théorie de Lewis, l'aréole rouge est provoquée par un réflexe d’axone. Les recherches de Woollard semblent bien montrer que les nerfs sensitifs se terminent en donnant : une branche qui aboutit à l'organe sensitif de la peau (collatéral sensitif), une branche qui se rend aux artérioles (collatéral artériel). L’histamine injectée dans le derme irrite les terminaisons sensitives, irritation transmise en amont par le collatéral sensitif et qui, retournant par le collatéral artériel, détermine une vaso-dilatation. Pour Dale, ce collatéral artériel n’a qu'une action indirecte, provoquant une libération d’acétylcholine qui détermine la vaso-dilatation;

2° Krogh, au contraire, se base sur les travaux de Goltz et Stricker qui, par excitation du bout périphérique des racines postérieures, provoquent une vaso-dilatation. Il pense que certaines fibres des racines postérieures, les fibres de la « sensibilité douloureuse », ou plutôt pour Lewis de la « sensibilité prurigineuse », interviennent en provoquant l'érythème par un mécanisme antidromique, le courant nerveux devenant centrifuge dans des fibres normalement centripètes. Cette hypothèse expliquerait l'absence . d’érythème dans les zones anesthésiques;

3° MM. Roussy et Mosinger, cependant, constatent qu'il est impossible d'établir un rapport constant entre l'intensité de la réaction érythémateuse et les troubles de la sensibilité, si bien qu'ils mettent en doute, le rôle des nerfs sensitifs. Les fibres en jeu dans l’érythème réflexe seraient d'origine végétalive, et à l'appui de cette hypothèse ils fournissent divers arguments : modifications parallèles de Férvthème réflexe et de divers autres phénomènes sympathiques en cas de lésion centrale... caractère amphotonique des réactions locales, l'érythème réflexe dû à une vaso-dilatalion active étant entouré d’une zone de vaso-constriction. .

MT TEE

diffusion plus ou moins étendue des réactions, selon les circonstances, pour l'excitation des mêmes terminaisons sensitives.. tous faits qui cadrent avec l'hypothèse de l’existence d’un réseau nerveux continu de fibres végétatives.

Ils furent ainsi amenés à penser que l'étude de la réaction cutanée locale à l'histamine permet d’étudier le fonctionnement du système vaso-moteur périphérique.

Ce sont ces travaux qui nous ont suggéré l'idée d'étudier les modalités diverses des réactions cutanées au cours de l'hyperthermie.

Nous avons utilisé dans ce but 3 corps différents : la bétaimidazoléthylamine (histamine) en solution à 1 pour 1.000, le chlorure d'acétylcholine à 10%, le chlorhydrate d’adrénaline à 1 pour 1.000. Lewis et Grant déposent sur la peau une goutte de ces solutions, et ponctionnent ensuite l'épiderme à travers cette goutte au moyen d'une aiguille à intraveineuse, mais on n'est jamais certain d'introduire ainsi exactement la même quantité de liquide. Par contre, Ebbecke préconise l'ionisation, Roussy et Mosinger l'injection intra-dermique de 1/10 cmc. de la solution ; c’est cette dernière technique que nous avons utilisée.

Les réactions cutanées locales n'étant pas les mêmes sur la totalité des téguments, nous avons toujours pratiqué nos injections dans la même région : face antérieure de l’avantbras. Nous avons eu soin, au cours de chaque examen, de placer Je bras en position de repos, la réaction étant influencée par la position du membre.

Aucun de nos sujets ne présentait d’altérations pathologiques susceptibles de modifier les réactions : désordres locaux cicatriciels ou inflammatoires, lésions nerveuses, œdèmes. troubles généraux tels que cachexie, cardiopathie, néphropathie. Un d'entre eux présentait des lésions cutanées (sclérodermie) ; chez lui, nos réactions ont été praliquées en peau normale et se sont montrées semblables en tous points à celles observées chez des sujets dont le revêtement cutané était normal.

Pour apprécier le degré de la réaction cutanée locale,

J. Lemant 6

Er CR

nous avons tenu compte de ses dimensions, non de son intensité ; d'accord sur ce point avec Delherm et Gajdos, nous avons constaté que « chez le même individu, et au même endroit, à plusieures heures d’intervaile, l’intensité de la réaction peut être très différente, tandis que son étendue ne varie que dans de faibles proportions ».

Nous avons, à chaque examen, pris un calque des contours des diverses réactions lorsqu'elles atteignaient leur maximum. Mesurant les dimensions des principaux diamètres de ce calque, nous en avons calculé aisément la superficie, en négligeant délibérément les petites irrégularités, saillies ou encoches, qui marquent le contour de la réaction. Procédant de cette façon, nous ne risquons pas de méconnaitre des modifications importantes (comme celles qu'observèrent Roussy et Mosinger en cas de lésions nerveuses, où l’érythème est diminué de plus de moitié), et qui sont les seules dont on puisse tenir compte.

On peut évidemment recourir à des mesures plus précises de la superficie des réactions, comme l'ont fait Ernsteine et Snyder d’une part, en découpant puis pesant le calque ainsi obtenu, Dicker d’autre part, à l’aide du planimètre. Il nous semble cependant, que ces méthodes ne sont pas aussi précises qu'elles le paraissent : si en effet l’'œdème, et à la rigueur la vaso-constriction ont des limites relativement précises, la zone érythémateuse par contre se termine en s'estompant, et il est impossible de fixer (avec exactitude ses limites. Partant d'une telle imprécision de base, il nous semble illusoire de recourir secondairement à des méthodes très précises.

Une telle précision d’ailleurs, nous parait inutile : les minimes différences que ces méthodes permettraient d’apprécier nous paraissent être sans signification : il suflit que l'injection soit faite un tant soit peu plus superficiellement ou profondément (et nul expérimentateur si entraîné soit-il, ne peut affirmer que toutes ses injections sont pratiquées à une profondeur rigoureusement identique), il suffit qu'il reste dans la seringue un peu de la solution à injecter, pour que des différences de 1 à 2 mm. soient constatées.

EE VRN) ees

De fait, pratiquant simultanément chez un sujet normal la même injection en des points symétriques des deux avant-bras, ou les répétant plusieurs jours de suite, nous avons constaté des réactions de dimensions légèrement différentes. Delherm fit les mêmes constatations en pratiquant deux injections au même endroit à plusieurs heures d'intervalle.

Comme précédemment, nous avons répété nos expériences cinq à six fois chez le même sujet.

10 Réactions cutanées locales à l’histamine.

Nous avons plus particulièrement étudié deux éléments de la triade de Lewis, la réaction érythémateuse et la réaction œdémateuse. Nous avons noté leur délai d'apparition, le moment de leur intensité maxima, et leurs dimensions, sans tenir compte de leur intensité qui est des plus variables.

Les résultats sont consignés dans les 5 tableaux suivants : chaque expérience est représentée par 3 chiffres : le délai d'apparition, en secondes, le moment du maximum de la réaction, en minutes, et la superficie de la réaction en centimètres carrés. C’est ainsi que nous notons, comme premier résultat du premier tableau, les chiffres suivants : 100, 5, 1,5 ; c'est-à-dire que l’œdème paraît à la centième seconde, a son maximum après cinq minutes, sa surface étant alors de 1 cim? 5 (V. tableau, page suivante).

ie

a) L'Œdème histaminique.

Cas Avant H.T. Pendant H. T. . Après H.T D) 100! 80/' 1904 10) 90’ 5! 10’ Gi 10’ 40’ ME 1,9 1 ® 2 3 115 140% 90!’ 105 1407 11! 12! 116 cé 10° DD DNS 42 12 1025 4 140/! 100 Je" 120!’ 100!

20/ 54 20’ 10! 15° 3 { JE [A 3 5 85'! 1MIO M 80’ 100/’ QE" 10’ S" 10’ 10’ Et 102 EE AS 35 3 7 90" 7 1454 120! EXT 10’ 20 10! 10’ 20’ 3 2 DO 6 3 9 DO 100! 650 AA QU 120/’ 10! 5! 5! 5! 10!

3 Due 3 6,25 6 12 140 1504 1200 120/! 180! 150% 10! 5" 10’ 10’ 45! 10 6 6 6 6,25 A 6 13 AS 10 ASE 12.04 100!

Gi 10! 5! 5! 5! 10° 1,10 0,9 0,5 125 1,5 LE 17 100”! 95/! 4450 110! 100!’ El 10! 3! 5! gi 4,5 A 6 A 5 18 1054 140/' 450!! 130!! 170!

Page 1