‹ Hypnotisme, double conscience, et altérations de la personnalitéChapitre 8 sur 51 · PHÉNOMÈNES OBSERVÉS · texte numérisé non relu

PHÉNOMÈNES OBSERVÉS

Sur deux sujets, deux femmes, j'ai observe un état singulier qui a succédé à la période' de catalepsie : c'est une résolution musculaire complète^ absolue, avec conservation entière de l'in»» telligence; j'ai vu ces personnes glisser de leur chaise, et leurs muscles relâchés et sans force: rappeler Tétat du cadavre. Cet état n'a jamais^duré plus de quatre ou cinq minutes, et s'esr terminé spontanément comme il était venu.

Je montrai ces expériences à un assez grand' nombre de médecins ; les uns n'y virent qu'une: mystification dont fêtais victime, d'autres réalisèrent de les voir. Quelques-uns, plus attenffii^, en comprirent toute l'importance et ifurent cocr^ vaincus, entre autres le professeur Elie Gintrac,. A. Bazin, Parchappe, qui en fut vivement frappé; Ernest Godard, de Paris; Albert Lemotne, professeur de philosophie à la Faculté ées lettres; M. Oré, professeur de physiologie: à Bordeaux, qui les répéta immédiatement sur plusieurs personnes de sa famille et sur un moine dominicain avec le même succès.

Six mois après, Bazin parla de Thypnotisme à la Société de médecine, et cita mes cxpé>-

riences, mais elles ne furent répétées par personne.

Cependant le continuais mes recherches sur d!autres personnes, et je réussissais souvent.

Xétais contraint, par la nature même du sujet, d'agir dans l'ombre comme un coupable, et dans un cercle restreint ; encore en transpirait-il quelque chose, et si mon caractère, heureusement bien connu, ne m'eût mis au-dessus du soupçon, le mot de charlatanisme eût été prononcé. Cependant, dans l'asile des femmes aliénées, j'avais expérimenté avec des succès divers, constatant, entre autres choses, qu'une des premières conditions est l'attention du sujçt, difficile à fixer chez les aliénés. J'avais constaté aussi que, chez les épileptiques et les hystériques à convulsions, l'attaque était immédiatement provoquée par le strabisme convergent ; ce fait s'est présenté assez souvent à moi, et j'ai dû renoncer à ces expériences, au moins inutiles sur des malades.

Je ferai à ce sujet une courte digression : je suis convaincu qu'il existe d'une part entre les phénomènes cérébraux de l'attaque d'épilepsie

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OU d'hystérie, et peut-être d'autres états purement physiologiques, et d'autre part le strabisme convergent supérieur, une relation particulière encore inconnue.

Voici sur quoi je me fonde : dans l'attaque d'épilepsie, si on ouvre de force les paupières des malades, les yeux sont convulsés en haut et en dedans ; de même dans l'attaque d'hystérie et dans les attaques convulsives des enfants, de même enfin dans le sommeil physiologique.

Or, on Ta vu, en faisant convulser artificiellement les yeux en haut et en dedans, on provoque Tattaque d'épilepsie, Tattaque d'hystérie; on produit aussi un sommeil non physiologique, il est vrai, mais enfin un sommeil.

Quel curieux sujet d'études ! Dans une séance de la Société médico-psychologique à laquelle j'ai assisté, en 1859, M. Baillarger, après que j'eus exposé ce que je savais sur Thypnotisme, nous a raconté les deux faits suivants :

Un enfant était atteint de vertiges épileptiques, et son père les reproduisait volontiers en lui faisant fixer de très près un objet quelconque. Ce fait s'est passé devant le savant aliéniste.

Il a donné de plus des soins à un jeune homme d'une éducation distinguée, qui ne pouvait fixer longuement un objet rapproché, les caractères d'un livre par exemple, sans voir se reproduire les attaques d'épilepsie auxquelles il était sujet.

Enfin nous avons eu â Tasile de Bordeaux une jeune épileptique des plus intéressantes, Henriette R..., qui nous venait de la Salpêtrière. Quand elle a eu une série d'attaques, elle devenait strabique; après quinze jours ou un mois de repos, ses yeux reprenaient leur position normale; rien qu'en la voyant de loin, nous savions qu'elle avait eu ses accès.

Je suis convaincu que la lecture de ces faits va réveiller les souvenirs d'un grand nombre de médecins qui ont observé des phénomènes analogues, et auxquels il ne manquait qu'un lien pour les réunir en faisceau.

Piorry a fait des remarques de ce genre, et adopté une théorie de l'attaque d'épilepsie basée sur les lésions de la rétine.

Mais revenons à nos expériences.

J'étudiai avec le plus grand soin ces phéno-

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mènes sur plusieurs personnes d'âge et de sexe différents, et |e pus me convaincre que, sur beaucoup de points, Braid avait dit la vérité ; que sur d'autr«s il Tavait singulièrement exagérée ; d'autre part, il me sembla, et la plupart des expérimentateurs sont aujourdMiui de cet avis, que la succession des périodes n^était pas rigoureusement celle que Tauteur anglais avait donnée ; enfin que tout était à vérifier par soU même.

Si j'ai donné plus haut l'observation qu^on a lue, c'est que je la considère comme un type qui réunit presque touts les phénomènes que j^ai observés; je ne doute pas qu'on ne puisse facilement en rencontrer de semblables, surtout en dirigeant convenablement les expériences sur des sujets qui auront été hypnotisés un assez grand nombre de fois. Il est donc évident que les sujets ne sont pas, surtout dans les premiers essais, affectés de la même manière.

En premier lieu, il est probable qu'on ne réussit pas aussi souvent sur les hommes que le dit Braid. Voici quelques-uns de ses chiffres : à Manchester, en séance publique, il réussit

10 fois sur 14 adultes ; à Rochester, 3o fois en une séance, 16 fois dans une autre, en présence de M. Herbert Mayo. Je dois dire que j'ai réussi, en petite proportion, sur les hommes adultes ; peut-être qu'avec de la patience et par d'autres procédés, on fera mieux que moi.

D'autre part, alors même que le sommeil est obtenu après un temps plus ou moins long, les phénomènes successifs varient en durée et en intensité. D'après Braid, il y aurait une succession presque constante dans Tordre suivant : excitation, anesthésie, et pendant les deux, catalepsie. J'ai observé le plus souvent Tordre contraire, et tous les médecins qui à Paris ont répété ces expériences l'ont observé comme moi. Cependant Trousseau (i), chez un petit garçon, a observé l'excitation d'emblée. Cette période existe du reste dans Tanesthésie chloroformique, et ne se montre pas toujours. Je crois que Tanesthésie, son intensité, sa durée même, sont en raison de Tintensité de la contraction des

(i) Trousseau, C//«/^Mg médicale de VHôteUDieu. 7* édition. Paris, i8éi5.

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