FANTÔMES
On a vu, mais plus rarement et à la fin des meilleures séances, de véritables fantômes. Je note surtout, comme constatée par plusieurs
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témoins et répétée plusieurs fois, l'apparition du fils mort de Vassallo. Morselli me dit avoir vu sa mère lui apparaître, l'embrasser, lui essuyer les yeux, lui dire quelques mots et, pour prouver son identité, lui prendre la main et la porter au sourcil droit du médium.
J'ai eu moi-même une apparition bien émouvante. C'était à Gênes en 1882. Eusapia à demi ivre ne semblait pas devoir donner grand'chose. La priant, tout au début, de faire mouvoir en pleine lumière un lourd encrier, elle me répond dans son langage vulgaire : « A quoi bon ces bagatelles, je suis capable de te montrer ta mère. » Peu après, dans la demi-obscurité d'une lampe aux verres rouges, je vois se détacher du rideau une silhouette voilée, assez petite comme l'était ma pauvre mère. Elle fait le tour complet de la table jusqu'à moi, me souriant et me disant des paroles, que les autres entendent mais que je ne puis saisir à cause de ma surdité. Fortement ému, je la supplie de répéter, et elle dit : César, fio mio, ce qui, je l'avoue, me surprend assez, car elle avait plutôt coutume de dire, dans son langage vénitien : mio fiol. Puis, sur ma prière, elle refait le tour de la table et m'envoie un baiser. A ce moment Eusapia était bien tenue par ses deux voisins, et d'ailleurs sa taille dépassait d'au moins dix centimètres celle de ma mère. Celle-ci m'apparut encore, moins distinctement, m'envoyant des baisers et me parlant, dans
huit autres séances, en 1906 et 1907, à Milan et Turin.
Massaro, de Palerme, dans une séance à Milan, le 26 novembre 1906, vit apparaître son fils qui le saisit à pleins bras et l'embrassa.
Quelques mois avant sa mort, Cbiaia m'a fait voir des dessins en relief obtenus par Eusapia en trance. On mettait de la poudre de craie mouillée dans une boîte couverte d'une planche maintenue par une lourde pierre. Le médium y posait la main, et dès qu'il avait dit : « c'est fait », on ouvrait la boite et l'on trouvait des empreintes de mains et de figures. Je n'assistais pas à ses séances, mais les témoignages de Ghiaia et d'un illustre sculpteur napolitain sont plus que suffisants. D'après ce dernier, pour obtenir en quelques minutes ces empreintes qui, vues de près, disent peu de chose, mais de loi» sont d'une terrible et vraiment macabre expression, il faudrait plus de temps et bien des retouches, il faudrait supposer chez le médium une habileté artistique vraiment extraordinaire, tandis qu'il n'a aucune notion du dessin.
La preuve de ces faits est qu'ils ont été obtenus d'autres fois sous les yeux de Bozzano au cercle scientifique Minerva de Gênes, en France sous le contrôle de Flammarion à Montfort-l'Amaury, où fut reproduit le portrait d'Eusapia, et enfin sous mes yeux à Milan et à Turin.
Un soir, les fenêtres bien closes, nous tenions les mains du médium, soigneusement fouillé aupa-
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ravant sur sa demande. Nous sentons tous deux au bas du bras un corps étranger, et nous voyons une rose tout fraîchement coupée et intacte, chose d'autant plus inexplicable que le contact de nos manches aurait dû la froisser.
Une autre fois Schiaparelli apporte à la séance une main de papier. Eusapia, priée d'y écrire son nom, trace quelques caractères, et le nom se trouve écrit en violet, une première fois sur le dernier feuillet, une seconde au haut du rideau, à trois mètres de distance.
Le Bulletin de l'Institut Général Psychologique de décembre 1908 donne un rapport de Courtier sur les séances d'Eusapia en 1905-6-7-8 à Paris, sous le contrôle de MM. Curie, Courtier, Richet, d'Arsonval, Jourievitch, Dubierne. On y trouve mentionnées des lévitations de table de 25, 50, 60 centimètres au-dessus du sol, et d'une durée de 27 à 52 secondes. Dubierne disant que John (l'espritguide d'Eusapia) peut briser la table, aussitôt on entend se rompre le pied de celle-ci.
Pour enregistrer les lévitations, on munit les pieds de la table de contacts électriques fonctionnant dès que ces pieds quittent le sol. Pour vérifier si le poids de la table s'ajoute à celui du médium pendant la lévitation, on fixe la chaise d'Eusapia à une balance de Marey, et l'on note que, lorsque trois ou quatre pieds sont soulevés ensemble, l'appareil enregistre une augmentation de pression,
comme si le poids de la table lévitée s'ajoutait réellement à celui du médium, et comme si ce dernier était le point d'appui de la lévitation.
Eusapia augmente et diminue à volonté son poids et celui de la table. A la distance de 45 centimètres, elle peut provoquer la rupture d'un tube de caoutchouc et celle d'un crayon. Elle brise en trois morceaux une petite table de bois, posée derrière sa chaise, annonçant à l'avance le nombre des morceaux, chose incompréhensible, étant donné qu'elle est dans l'obscurité et tourne le dos à la table.
Au côté droit de son front on remarque des lueurs blanchâtres et phosphorescentes, aux pieds de la table une lueur ro6ée et large.
Eusapia tire d'une machine électrique, à deux mètres de distance, des étincelles que l'on aperçoit ensuite sur sa tête; elle en tire aussi des cheveux et des mains des assistants. Les doigts à deux centimètres d'un électroscope, elle le décharge lentement.
Elle peut produire des phénomènes en pleine lumière à la fin des séances, et même au début, lorsqu'elle met de la passion à montrer sa puissance.
Elle a de la sensibilité à distance. Elle annonce par exemple que de la terre à modeler située à deuxmètres est trop molle ou trop dure ; elle signale la viscosité d'un corps éloigné.
Elle possède ainsi l'extériorisation de la sensibilité tout comme de la motricité.