‹ Hypnotisme et spiritismeChapitre 19 sur 66 · PHY3I0PATH0L0GTE D'EUSAPIA · texte numérisé non relu

PHY3I0PATH0L0GTE D'EUSAPIA

La plaque une fois développée, on y trouva à la place correspondant à l'index de la main une trace assez informe du doigt. Ce fait, sans doute en rapport avec la radioactivité des médiums, peut être rapproché d'une autre anomalie d'Eusapia. Elle consiste en une diaphanéité autour des doigts, diaphanéité qui constitue comme un second contour déformé de ceux-ci. « Quand j'ai ce signe, affirmet-elle, je puis obtenir des choses merveilleuses. »

Les phénomènes hypnotiques, liés aux phénomènes spirites, au point de se confondre avec eux, sont fréquents chez Eusapia, pourtant insensible aux métaux et à l'aimant. Arullani a pu l'hypnotiser et la mettre très vite en catalepsie, rien qu'en lui effleurant le front avec la main. Morselli, au contraire, la trouva plus magnétisable qu'hypnotisable.

En effleurant sa tête avec la main, on peut lui enlever la céphalalgie et calmer ses accès furieux; avec les passes magnétiques ascendantes, lui donner de l'hémicatalepsie; avec les passes descendantes faire cesser ses contractures et sa parésie.,

La prémonition n'est pas très développée chez elle; on n'en cite que quelques cas assez peu probants. Ses antipathies sont plus justifiées. Elle reçut deux fois fort mal de prétendus admirateurs, les déclarant ses ennemis, et ils l'étaient en effet. Elle a un grand amour-propre : « Il y a, dit-elle, nombre de princes et de rois, mais une seule Eusapia ».

Sa culture est celle d'une femme du peuple. Elle manque souvent de bon sens, mais elle a une intuition qui contraste avec son ignorance, et qui lui permet d'apprécier le vrai mérite des hommes sans subir le faux prestige de la richesse et de l'autorité. Souvent naïve au point de se laisser mystifier par des intrigants, elle est aussi capable de fourberie et de mensonge.

Nombreux sont ses moyens de fraude en séance. Inconsciemment en trance, consciemment éveillée, elle dégage une main du contrôle pour remuer des objets et toucher les assistants ; à l'aide du genou elle soulève lentement les pieds de la table. Fafhofer l'a vue cueillir des fleurs pour simuler des apports en séance, en profitant de l'obscurité. On dit même qu'elle aurait appris de prestidigitateurs le moyen de simuler des figures humaines par le mouvement des deux mains enveloppées d'un foulard en forme de turban.

Et pourtant sa plus grande douleur est d'être accusée de fraude, soupçon d'ailleurs injuste d'ordinaire, car je me suis assuré que des membres médianimiques s'ajoutant à ses membres naturels ont été pris à tort pour eux et en accomplissent les fonctions.

Dans ses accès morbides, elle va jusqu'à la folie hystérique, passe rapidement de la joie à la tristesse, a d'étranges manies, par exemple de se maculer les mains, de craindre l'obscurité; elle

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est sujette aux rêves qui l'impressionnent fort, malgré son âge. Elle a parfois des hallucinations et voit son ombre; dans son enfance, elle croyait voir deux yeux la fixer de derrière les arbres et les haies. Lorsqu'on l'irrite, en l'attaquant dans sa réputation de médium, elle est violente et impulsive au point de malmener ses adversaires.

Ces tendances contrastent avec une singulière bonté d'âme. Elle dépense ses gains à soulager les misères des pauvres et des enfants, elle s'émeut pour les vieillards et les faibles à en perdre le sommeil, et pour les animaux au point de malmener ceux qui les maltraitent.

Au début d'une séance, elle prévoit ce qu'elle produira, bien qu'à la fin elle oublie si elle a obtenu ou non ce qu'elle a promis, et qu'elle ne réalise pas toujours ses promesses.

Au début de la trance sa voix se fait rauque, ses diverses sécrétions augmentent, son hyperesthésie devient anesthésie, elle a des tremblements et de la parésie, surtout à droite. Comme les fakirs, elle ralentit sa respiration pour entrer en trance, passant de 28 à 15 et même à 12 inspirations à la minute, pendant que son cœur passe de 70 à 90 et même à 120 pulsations; ses mains tremblent et frissonnent, ses articulations deviennent rigides.

Le passage de cet état au somnambulisme actif est marqué par des bâillements, des sanglots, de la

sueur au front et aux mains, d'étranges expressions de physionomie ; tantôt elle est dans une colère violente, qui se manifeste par des ordres impérieux et des sarcasmes contre ses critiques, tantôt dans un état d'extase voluptueuse.

Au début de la trance, elle pâlit, convulsé les yeux, branle la tête, puis entre en extase et, comme dan6 l'hystérie, rit spasmodiquement; elle a la vision à distance, parfois un langage recherché et même scientifique, ainsi qu'une idéation très rapide, qui lui permet de saisir la pensée, même inexprimée, des assistants.

Morselli a noté dans sa trance les caractères hystériques suivants : amnésie, confusion de sa personnalité avec celle de John King, au nom de qui elle parle, attouchements passionnels, obsessions, surtout de ne pas réussir ses séances, hallucinations.

A la fin de la trance, au moment des phénomènes les plus importants, elle éprouve une grande soif (polydypsie hystérique), entre en convulsions et crie comme une femme en couches ; enfin elle tombe dans un sommeil profond, pendant lequel on voit sortir de son corps un fluide chaud sensible au toucher.

Dans l'état de trance, de même qu'elle extériorise sa motricité, de même elle perçoit des sensations visuelles et tactiles sans les organes ordinaires des sens, voit ce qui se passe là où ne porte pas sa

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vue, montre des connaissances qu'elle n'a pas à l'état normal, ne cesse d'être en rapport avec les assistants, s'exprime tantôt nettement, tantôt d'une voix pâteuse comme dans -la paralysie progressive, en italien et même en langues qu'elle ignore, et aussi par des raps dans la table ou ailleurs.

Après la séance, on note chez elle hyperesthésie, photophobie, hallucinations etdélire, peurs diverses, troubles d'estomac et vomissements, et enfin parésie des jambes, au point qu'il faut la porter et la déshabiller. Jourevvitch remarque que son hyperesthésie se localise aux phalanges et au dos de la. main, à l'omoplate, au côté gauche de la tête.

Ces troubles s'aggravent si, par imprudence, on l'expose à une lumière soudaine pendant la séance ou après, ce qui rappelle la pythonisse de Delphes dont les oracles abrégeaient la vie, et aussi le cas de MIIe d'Espérance qui, pour avoir été exposée tout à coup à une lumière vive en séance, devint paralytique pour des années.

Autre fait découvert par le docteur Imoda. A l'état normal, Eusapia n'a aucune influence sur l'électroscope, tandis qu'en trance elle provoque l'abaissement des feuilles d'or en tenant les mains quelques minutes au-dessus d"elles. Ceci, joint au fait qu'elle impressionne les plaques photographiques enveloppées de papier noir, confirme la radioactivité des médiums en trance. A rapprocher aussi des nébulosités blanchâtres et lumineuses, que

l'on remarque au-dessus de la table et sur la tête du médium pendant les séances, les rayons cathodiques ayant la propriété de provoquer la formation de vapeurs, en passant dans une couche d'air saturé d'humidité.

Ces Caractères morbides ne sont pas propres à Susapia et peuvent être constatés chez presque tous les médiums.

Le célèbre médium Mme Smith avait grand'mère, mère et frère sujets à des phénomènes hypnotiques et médianimiques. Elle-même eut des hallucinations dès l'enfance, plus tard des accès de somnambulisme et, dans la trance, la complète ânesthésie d'une main, ainsi que de l'allochirie, de sorte que, piquée à la main droite, elle sentait la douleur à la main gauche, et voyait à gauche des objets placés à droite.

Chez Mme Piper, la trance commence par des convulsions suivies de stupeur et de râle. Elle devint médium par la peur d'un coup de foudre et de deux opérations de tumeurs.

Home disait produire ses phénomènes les plus merveilleux dans l'état léthargique, ce qui l'empêchait de s'en souvenir bien. Il a eu un grand retard de développement, ne marchait pas encore à six ans

et, après un match avec Mme Lyon, a souffert de congestion cérébrale, de paralysie et d'amnésie. « En léthargie, dit-il, les esprits s'emparent de moi, changent mes expressions et mes gestes, et même mon corps peut s'allonger de huit pouces». Il n'avait pas d'influence sur les phénomènes et ne réussissait pas toujours à produire ceux qu'il désirait.

« Lorsque je tombe en trance, dit MllB d'Espérance, j'éprouve un sentiment de vide, je perds le sens de l'espace; je ne puis dire, par exemple, où je meus le doigt, comme si je le mouvais dans l'eau ». Ce même médium, au moment des matérialisations, laissait échapper de son abdomen une vapeur lumineuse, dont la transformation en un être vivant était très rapide. « Quant apparaît le fantôme, j'ai peine à rassembler mes idées et mes forces, je suis comme en rêve et ne puis bouger. Quand Yolande se remue, elle me fatigue plus que si je me remuais moi-même ; si elle touche quelque chose, mes muscles se contractent; si elle met la main dans la paraffine fondue, je me sens brûlée; si une épine lui entre dans le doigt, j'ai mal au doigt. Au moment de demi-trance, quand les fantômes ne sont pas encore formés, ma sensibilité est supérieure à la normale, j'entends des bruits d'ordinaire inaperçus et je devine les pensées des assistants. Touchant les mains de Yolande, je crois sentir les miennes et ne m'aperçois de mon erreur qu'en voyant quatre mains; quand j'étends les mains pour

la toucher, je ne sens rien ; quand elle se pose sur mes pieds, je ne sens pas son poids ; un seul jour j t l'ai senti tout entier ».

Politi qui, en dehors de la trance, ne présente aucune anomalie, lorsqu'il est en trance a convulsions, anesthésie, hallucinations enrayantes et délire de la persécution.

Tout ceci a lieu chez les hystériques, de même que les tabès et la paralysie générale surtout chez les syphilitiques, sans être dus pourtant à la syphilis. On peut donc conclure que dans les phénomènes de la trance domine l'automatisme, que la trance médianimique est un équivalent de l'hystérie, comme l'inspiration géniale l'est pour moi de l'accès épileptique sur un fonds de névrose, comme les phénomènes étranges de l'hypnose et du rêve viennent de la désagrégation et de la paralysie des facultés normales, avec prédominance de l'inconscient et de l'automatisme.

Ainsi les divers symptômes hystériques trouvés chez les médiums, loin d'infirmer leurs facultés médianimiques, les expliquent au contraire, tout comme la névrose explique les miracles du génie et du somnambulisme lucide. Nous sommes d'autant plus portés à croire que la plupart des phénomènes spirites dérivent de l'état névropathique du médium que ces phénomènes ressemblent à ceux de l'hypnose, si analogue à la névrose, et qu'ils se produisent toujours dans le voisinage du médium,

surtout à sa gauche. Les mains et les bras fantomatiques sortent généralement de son corps et de ses habits, et les fantômes eux-mêmes apparaissent d'ordinaire au-dessus de sa tête ou du contrôleur voisin. Plus les phénomènes sont importants et rares, dans les cas de matérialisations par exemple, plus s'augmente la trance du médium. Les mouvements d'objets, même éloignés de lui, coïncident avec des mouvements synchroniques de sa part, mouvements notés graphiquement par Bottazzi et d'Arsonval. Le poids du médium diminue pendant la trance et surtout pendant les matérialisations ; il redevient normal dès que les phénomènes cessent.

On s'explique ainsi que le corps du fantôme se forme aux dépens de celui du médium, ce qui est confirmé par la ressemblance plus ou moins grande des premiers fantômes avec celui-ci.

Qu'on ajoute le fait, découvert par de Rochas, de l'extériorisation de la sensibilité et de la motricité des médiums à quelque distance de leur corps. Il suffit d'admettre l'extériorisation de l'activité psychique et de prolonger plus loin l'extériorisation de la motricité, pour expliquer une bonne partie des phénomènes spirites, ainsi que les fantômes sortant du ventre et du corps du médium et lui empruntant gestes et ressemblance.

Le médium a d'ailleurs des caractères distinctifs, en outre du regard étrange des épileptiques, remarqué dans la trance. D'après Maxwell, il présente

des taches zoomorphiques à l'iris et, lorsqu'il n'est pas gaucher, il le devient en trance. Pour l'intelligence, il peut varier de i'ultra-médiocrité de Politi à l'esprit supérieur de M11- d'Espérance et de Mosès. En trance d'ailleurs, le médium, même le plus stupide, peut manifester une intelligence extraordinaire. Wallace cite un commis ignorant et fruste qui entrancé discutait sur la fatalité et la prescience, tandis qu'à l'état normal il pouvait à peine ' parler de choses ordinaires. Nous en voyons d'autres comprendre plusieurs langues étrangères.

Pour ce qui est de la moralité, beaucoup se montrent séducteurs et lascifs, tandis que d'autres, comme Mme Smith et Stanton Mosès, touchent à la sainteté. Les facultés de certains sont augmentées par l'ivresse et les fortes émotions joyeuses. Les médiums ont d'ailleurs besoin d'obscurité, excitations, cris, bruits de voix, chants, pour manifester leurs facultés. Sauf Mlle d'Espérance et Home, ils oublient d'ordinaire ce qu'ils font en trance, tout comme les épileptiques.

La transmission de pensée est fréquente et évidente, quoi qu'on dise, surtout chez Eusapia. Pensant fortement à revoir ma mère, la table consent par ses coups à mon désir inexprimé et l'apparition a lieu. Becker désire mentalement qu'on lui enlève sa cravate, ce qui est fait aussitôt. Le docteur Suroda demande par la pensée que John verse l'eau d'une bouteille dans un verre et le lui apporte,

et le souhait s'accomplit immédiatement. Une bourse, cousue aux vêtements de la comtesse d'A., et un bijou caché sur elle sont portés sur Eusapia, à la prière mentale de la comtesse.

Comme nous le verrons, les médiums en trance ont des énergies musculaires et intellectuelles qu'ils n'ont pas à l'état ordinaire, qui ne peuvent s'expliquer que rarement par la transmission télépathique de la pensée des assistants, et qui semblent exiger l'aide des défunts.

Les médiums entrancés peuvent transmettre à d'autres leurs pouvoirs les plus étranges. Eusapia transfère à d'autres personnes sa sensibilité et sa force plus grandes à gauche. Home faisait de même pour sa lévitation et son incombustibilité. Il pouvait en effet toucher sans se brûler un charbon ardent et le faire toucher impunément à d'autres.

De nombreux médiums ne manifestent leur activité que dans un seul sens. Le cas le plus fréquent et le moins curieux est celui des médiums typtologiques, qui communiquent au moyen des coups frappés par une table ou par les lettres d'un alphabet désignées par une tige tenue à la main. Nombreux aussi sont les médiums moteurs qui font mouvoir tables, chaises, etc.

D'autres (cas récent découvert par Ochorowicz) attirent avec les doigts les objets et les maintiennent suspendus en l'air, comme l'aimant le fait du fer.

Citons les médiums guérisseurs, d'ordinaire ignorants en médecine et obtenant des cures remarquables. J'ai vu un sujet femme améliorer pour quelques mois, par des massages appropriés, un malade arrivé au dernier degré du tabès.

D'autres, sans avoir appris le dessin, se mettent un beau jour à peindre. Le matelot allemand Machner peignait fleurs et paysages. Une paysanne allemande, n'ayant jamais touché pinceau ni crayon, dessine et colore des fleurs fantastiques et élégantes. Certains font en peu de temps dans l'obscurité des tableaux à l'huile qui demanderaient des jours entiers. Sardou et Hugo d'Alesi, procédant automatiquement et sans sujet déterminé, réussissent des portraits. Desmoulin, déjà artiste il est vrai, pouvait en trance spirite, la figure enveloppée d'un voile, faire en une demi-heure des tableaux qui auraient demandé beaucoup de temps. Réveillé, il était incapable d'achever ces ouvrages, malgré son talent. Hugo d'Alesi, sans être peintre, fait les portraits de morts inconnus. Le garde-champêtre Destips, estropié de la main droite au point de ne pouvoir écrire, réussit, en dessinant des traits au hasard dans la trance, des fleurs et ornements très beaux. Eusapia entrancée est sculpteur habile, comme nous l'avons vu.

11 y a les médiums photographes, dont la présence suffit à faire apparaître sur les plaques les portraits de vivants éloignés ou de morts. Les

médiums parleurs s'expriment sous l'inspiration des esprits. D'autres sentent les sources et les mines souterraines. Citons aussi les médiums à écriture automatique; les médiums à apports, qui dématérialisent divers objets et les font arriver du dehors à travers murs, portes et fenêtres closes ; ceux qui évoquent les fantômes; ceux qui produisent des lumières plus ou moins nettes, ou photophores; les glottologues, parlant des langues inconnues; les médiums à prémonitions, qui prophétisent; ceux à écriture intuitive, qui entendent la dictée d'une voix intérieure ; ceux doués de clairaudience, qui entendent les esprits leur parler à l'oreille. D'autres sont musiciens en trance, sans avoir appris la musique; d'autres, comme Home, manient des charbons ardents sans se brûler. Les médiums à incarnations prennent soudain l'aspect, la voix, etc. de plusieurs défunts. J'ai vu moi-même Randone, à Rome, prendre successivement les manières et le ton d'un idiot, d'un prédicateur, d'un paralytique général.

D'autres volent, disparaissant tout d'un coup d*un lieu pour reparaître au loin, comme les frères Pansino, étudiés par Lapponi, qui en dix minutes firent le chemin de Trani à Ruvo. Zaccarini, de Bologne, n'est capable que de lévitation. Eusapia et Home réunissent au contraire plusieurs médiumnités : matérialisation, écriture directe, lévitation. Le plus grand nombre n'est capable que d'effets

physiques ou moteurs ; quelques-uns seulement d'effets spirituels. C'est ce que j'ai remarqué pour Eusapia qui a commencé par' les effets moteurs pour ne réussir qu'en dernier lieu à faire apparaître des fantômes. Ses séances actuelles commencent d'ailleurs par les phénomènes de motricité, et les fantômes n'y apparaissent qu'en dernier lieu, au maximum de sa trance.

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