‹ Hypnotisme et spiritismeChapitre 58 sur 66 · MAISONS HANTÉES PSEUDO-MÉDIANIMIQUE · texte numérisé non relu

MAISONS HANTÉES PSEUDO-MÉDIANIMIQUE

Dans d'autres cas, l'influence d'un médium est moins certaine. Par exemple à Turin, via Bava n° 6, on entend des bruits singuliers. On cherche et l'on trouve que les bouteilles de la cave sont projetées de leurs casiers sur le sol, où elles se brisent. D'autres fois, elles descendent lentement, toujours d'elles-mêmes, se mettent à rouler et( viennent s'entasser contre la porte close, qu'elles obstruent. Dans une chambre du haut, différents

meubles ou objets se déplacent ou se brisent. Un curieux met sur un lit son chapeau, lequel disparaît soudain et est retrouvé dans les cabinets de la cour. Les gens s'affolent, la police s'en mêle et l'on appelle même un prêtre. Mais la sarabande continue de plus belle, et les bouteilles viennent se briser aux pieds de l'exorciseur. Il en est de même en ma présence. J'inspecte à fond les locaux et ne trouve rien de suspect. Restaient les locataires : un petit domestique de treize ans, normal en apparence; un autre plus âgé, sûrement normal; le patron, Fumero, vieux brave qui menaçait les esprits de son fusil, portait sur la figure ses habitudes d'intempérance; la patronne, petite femme de cinquante ans, sujette à des hallucinations depuis son enfance, avait subi l'opération de Fhystérectomie. Je la fais partir à Noie, son pays, et les phénomènes n'en continuent pas moins. Le jeune domestique congédié, tout cesse.

On serait porté à croire à une influence de sa part. Pourtant, il n'était pas hystérique et il ne provoqua rien de semblable chez ses autres patrons. Il faut donc admettre que la femme hystérique pouvait agir à distance sur sa maison.

Autre cas de maison hantée à distance, cité dans Story ofmy life, de Hare. En 1S91, Mme Butter, résidant en Irlande avec son mari, rêve qu'elle habite une belle maison très commode. Ce rêve l'impressionne et se répète plusieurs nuits d*-

suite, où elle visite la maison en esprit. Toute la famille se moque d'elle et de sa maison de rôve.

En 1892, les Butter quittent l'Irlande pour s'établir en Angleterre. Entendant parler d'une maison à vendre dans le comté de Hampshire, ils vont la visiter. Mm8 Butter reconnaît aussitôt la maison de ses rêves. Comme les deux époux s'étonnaient de la modicité du prix, on leur répondit que la maison avait été visitée par un fantôme, mais que Mme Butter ne devait pas s'en effrayer, puisqu'elle-mème était ce fantôme. Elle aurait donc agi inconsciemment avec son double, lequel peut ainsi se transporter du lieu où est la personne médium endormie au lieu auquel elle pensé avec force dans son rêve.

Tummolo, dans Luce et Ombra, mai 1909, cite le cas analogue d'une nommée Garnevali, hystérique. Dès qu'elle entrait en catalepsie, les portes s'ouvraient et les chaises dansaient autour d'elle. Transportée à 1.500 mètres de là, les mêmes phénomènes se répétaient dans le premier lieu, dès qu'elle entrait en crise.

L'influence d'un médium peut donc se manifester à distance sans diminuer d'intensité.

g 3 . - MAISONS HANTEES TRAGIQUES.

Dans les cas de maisons hantées, que j'appelle tragiques, il ne semble pas y avoir d'influence de

médiums, ou il faudrait admettre qu'elle peut durer des siècles. Légende et chronique attribuent les bruit& et les fantômes constatés à des crimes plus ou moins anciens commis en ces lieux. Ceci est en rapport avec la plus grande énergie admise chez les esprits qui ont eu une mort violente, avec leur tendance à venir là où ils sont morts ou enterrés, et à persévérer dans leurs anciennes habitudes (esprit des marins d'un navire submergé continuant les manœuvres au fond de l'eau). C'est pourquoi les phénomènes de ce genre de maisons hantées sont liés à des demeures, sites, etc., déterminés.

L'exemple le plus ancien est celui de Pausanias, général des Lacédémoniens à Platées, condamné à mourir de faim dans le temple de Minerve, et dont l'esprit s'y manifesta longtemps par des cris et des bruits effrayants. On ne put les faire cesser qu'en faisant venir de Thessalie un célèbre psychagogue, ou prêtre évocateur des ombres.

On conte la même chose de Persée qui effraya longtemps les habitants de Cheminis, en se rendant visible dans le temple.

Le philosophe Athénodore achète une maison à Athènes. La première nuit, lisant et écrivant comme il faisait d'ordinaire, il entend soudain comme un bruit de chaînes traînées sur le plancher. 11 lève les yeux et voit un vieillard, l'air triste, chargé de fers, qui s'approche, lui fait signe

236 HYPNO'IISÏIE ET SPIRITISME

de le suivre et l'emmène en un point de la cour où il disparaît. Le philosophe conte la chose aux juges, on fait des fouilles et l'on trouve un squelette enchaîné. On lui donne une sépulture honorable et tous les phénomènes cessent.

On lit chez Pitre : « Les âmes des assassinés, des suicidés, hantent les lieux de leur mort, secouant des chaînes et hurlant. Les âmes des voleurs, et même celles de leurs fils ayant joui du bien mal acquis, visitent chaque nuit les maisons de leurs victimes et n'ont pas de repos tant que le mal fait n'est pas réparé. Il en est de même des âmes des prêtres qui ont fraudé la messe. D'autres esprits habitent les vieilles maisons, y sifflent, heurtent les murs, allument les feux, tirent les sonnettes, etc. Près de Piana des Grecs, il y a un abîme rempli des esprits de ceux qu'on y a précipités autrefois. Le cap Feto est hanté par les esprits dont les corps y ont été écrasés sous les roches. Dans l'église de Saint-Jean de Modica, on voit souvent le fantôme d'une lavandière, morte soudain après avoir tué une autre femme. »

A Tremblay en Bretagne existe un vieux château, inhabité à cause des bruits infernaux provoqués par les victimes de meurtres anciens.

Plus étranges encore sout les phénomènes constatés en France au temps des persécutions contre les Camisards. On lit chez l'abbé Pluquet « On \

entendait des voix chantant dans les airs des psaumes protestants, près des temples ruinés. On en signala en Béarn, dans les Cévennes, à Fassy. Des ministres fugitifs furent escortés par cette musique du ciel. »

Huit jours après la Saint-Barthélémy, Paris fut épouvanté par des gémissements et des cris de douleur et de rage, entendus dans les airs, comme il est dit au livre de Juvénal des Ursins.

On a longtemps parlé en Angleterre du château royal de Wodstock. Après l'exécution de Charles Ier, Cromwell y envoya des commissaires qui furent effrayés quinze nuits de suite par des bruits assourdissants. On jetait des pierres dans leurs chambres; les lits étaient soulevés de terre ; tables et chaises volaient en l'air, sans qu'on pût découvrir personne. On compte en Angleterre plus de cent cinquante vieilles demeures hantées, presque toutes abandonnées par leurs habitants.

A la tour de Londres, en 1860, de la cellule où sont gardés les joyaux de la couronne et où l'on enferma autrefois Anne Boleyn, on vit sortir un ours fantôme, qui fit mourir de peur la sentinelle.

En 1906, un certain M. V... va s'établir à R...,

en Ecosse. Il remarque dès le début, que les

ouvriers occupés à réparer sa maison refusent de

s'y attarder le soir. Une nuit, sa femme est réveillée

par un bruit de râles ; elle voit une autre fois une

ombre en pleine lumière, puis mari et femme

238 HYPNOTISME ET SPIK1TISMB

" entendent des bruits de pas et de sanglots à toute heure du jour et de la nuit. Les domestiques effrayés veulent partir ; le chat même de la maison, épouvanté, refuse de s'écarter de ses maîtres. Les précédents locataires avaient eu des manifestations semblables, attribuées à une ancienne habitante de ces lieux, tuée autrefois par son mari.

Par la suite Mme V..., entend la conversation de deux voix mystérieuses ; enfin elle finit par voir le fantôme même de la femme assassinée, habillée de gris.

C'est là un exemple de la gradation ordinaire des phénomènes des maisons hantées : d'abord mouvements et bruits, puis sanglots et voix, ombres vagues et enfin fantôme complet. Qui a des facultés médianimiques perçoit le tout plus tôt et plus fort. Les animaux même s'en effrayent.

Miss Gladstone va visiter la famille Maxwell à Glenlee. Au moment de s'endormir, il lui semble voir le mur d'en face se couvrir d'une sorte de brouillard, lequel prend graduellement une forme et devient une figure grise de femme regardant la pendule. Mme Stamford a la même vision quelque temps après et, malgré la chaleur du feu allumé, elle éprouve une sensation de froid intense. La famille Maxwell finit par quitter Glenlee. Or la maison avait été autrefois habitée par une femme qui avait empoisonné son mari pour s'unir à un jeune officier. Abandonnée par celui-ci, elle avait

fini ses jours dans la tristesse, passant son temps à errer dans les pièces et les corridors, que son ombre hantait toujours. L'apparition avait, dit-on, cessé quelque temps, après une messe qu'avait fait dire un locataire catholique.

Dans ce cas, le fantôme semble en rapport avec la maison et les tristes événements qui s'y sont passés, bien plus qu'avec la présence de médiums. Les visiteurs provoquent les apparitions par leur présence en ces lieux, et surtout en y dormant, bien plus que par les facultés médianimiques qu'ils pourraient avoir, et que d'ailleurs ils ne manifestent pas en d'autres lieux.

Cette influence d'une maison déterminée, autrefois habitée par le défunt, et à laquelle est lié presque indissolublement l'esprit, se montre dans bien d'autres cas, qu'il serait trop longd'énumérer.

Grauss cite le cas d'une maison hantée par un esprit toujours présent aux séances du médium Mmï Piano» Comme cette dernière devait déménager, elle demanda typtologiquement à l'esprit de la suivre dans sa nouvelle demeure. Il répondit que c'était possible à condition de sceller dans le mur de celle-ci une pierre du mur de la maison quittée.

Cette adhérence à une maison donnée, et même à ses fragments, nous explique que tant d'esprits se manifestent dans les ruines inhabitées, et aussi, comme le remarque Stainton Moses, dans les lieux où l'on a enterré des morts en grand nombre.

240 / nîPNOTISME ET SPIRITISME

g 4. - MAISONS HANTÉES PROPHÉTIQUES

Une autre espèce de maisons hantées est celle que nous nommerons prophétiques, à cause d'une apparition qui s'y produit à longs intervalles, toujours pour annoncer la mort d'un habitant. Ainsi la Dame Blanche du Palais royal de Berlin, dont la vue, dit-on, présage toujours la mort d'un membre delà famille des Hohenzollern, ou quelque grand événement la Dame d'Isoen ; la Dame Brune du comté de Norfolk; la Dame Grise de Windsor, etc. La fée Mélusine apparaissait trois jours avant la mort de chaque Lusignan, dans leur château du Poitou. Une Dame Blanche est apparue la veille du supplice de Marie- Antoinette. Le plus fameux de ces fantômes est celui de Berthe de Rosenberg, qui vécut au quinzième siècle, et qui t hante depuis cette époque les demeures des familles de Rosenberg et Hohenzollern et de leur parenté.

On croit en Irlande que certaines familles ont le privilège de posséder une Banschie, fée domestique, qui se montre versant des larmes lorsqu'un membre de la famille doit mourir.

Paris possède l'Homme Bouge des Tuileries, dont la tradition remonte aux origines de l'édifice. Catherine de Médicis l'a vu souvent, dit-on; il s'est montré avant la mort de Henri IV; il a annoncé à Louis XIV les tumultes de la Fronde;

on l'a vu un matin dans le lit de Louis XVI ; son apparition a fait mourir de peur une sentinelle veillant les restes de Marat ; il est apparu à Napoléon à la veille de chaque grand événement, depuis la campagne d'Egypte jusqu'à celle de Russie ; sous la Restauration, il s'est fait voir à la mort du duc de Berry et à celle de Louis XVIII. Telle était la terreur que cet être mystérieux inspirait, récemment encore, que l'impératrice Eugénie défendait de le nommer, même par moquerie.

Notons la curieuse analogie des apparitions cidessus avec îes fantômes qui se présentèrent à Socrate, Brutus, Drusus, l'empereur Tacite, Julien l'Apostat, pour leur annoncer leur mort prochaine.

Une dame, qui avait loué en 1880 un vieux château d'Ecosse, se réveille une nuit et aperçoit le fantôme d'un homme sans tête, vêtu à la mode du temps de Cromwell. Peu de jours après, l'un des habitants du château mourait. Or, d'après la légende du pays, chaque apparition de cet homme annonçait une mort imminente.

Le fantôme était un proscrit du parti des Cavaliers, qui, ayant demandé l'hospitalité au châtelain, avait été livré par lui au parti adverse et décapité.

Autre cas cité dans Bistory of my life de Hare. Le célèbre Brewster, sa fille et une gouvernante

étaient les hôtes de la famille Stirling, à Kilpenrass, en Ecosse. Ils sont tous effrayés dès la première nuit par des bruits étranges et des lamentations. Miss Brewster aperçoit, au sommet de l'escalier, le fantôme d'une femme de haute taille appuyé à la rampe. Elle en parle à Mm9 Stirling, qui s'afflige à cause du mauvais présage, l'apparition annonçant la mort dans l'année de quelqu'un de la maison. En effet, le major Svedducburee et sa femme, qui couchaient dans la chambre la plus voisine du lieu de l'apparition, périrent tous deux à la fin de l'année, dans la grande insurrection des Indes de 1857.

Ces apparitions s'expliquent peut-être par la force médianimique que posséderaient nombre de personnes sur le point de mourir, force qui leur permettrait d'annoncer à distance leur fin prochaine, par des voix, des bruits et l'apparition de leur double. Le moribond serait dans ce cas une sorte de médium momentané, capable de réveiller les énergies des morts en certaines demeures, auxquelles ces morts sont liés magnétiquement par d'anciennes habitudes.

Page 1