ÉPILOGUE
Tous ces faits qui, pris isolément, semblent incertains, tirent leur force de leur nombre et de leur concordance.
Les phénomènes de l'hypnose, transmission de pensée, transfert des sens, etc., supposent la désagrégation et l'inhibition des centres cérébraux, du lobe droit surtout, d'où l'automatisme et l'activité à gauche. Il semble qu'il en soit de même, avec plus de régularité encore, des phénomènes médianimiques. L'existence du double, d'une atmosphère fluidique entourant notre corps physique et parfois s'y substituant, explique nombre de phénomènes hypnotiques : vision à distance, transfert des sens, et surtout certains phénomènes médianimiques : vision dans la léthargie, dans l'obscurité, mouvements de corps à distance du médium
et sous son influence, et aussi sa bilocation. Ici le grand rôle du médium, aidé par les énergies des assistants qui se sentent affaiblis après les séances, est prouvé par une série d'expériences scientifiques précises et aussi par l'expérience millénaire des nations anciennes, des sauvages actuels et des foules ignorantes.
Mais il y a des phénomènes que ces influences des vivants ne suffisent pas à expliquer. Ainsi la prémonition; l'avis de mort ou de maladie, donné à distance et à plusieurs personnes à la fois, au moment même où le fait se passe ; les matérialisations de plusieurs êtres agissant simultanément en plusieurs directions; la force ou l'intelligence extraordinaires manifestées par des personnes faibles ou incultes, par des enfants de quelques mois par exemple; les phénomènes de lévitation, incombustibilité, apparition ou disparition à travers les corps opaques, et autres, qui supposent un espace à quatre dimensions.
C'est que, à l'influence du médium, il se mêle une autre influence, admise de tout temps, celle des défunts, lesquels se manifesteraient, soit en cas de médiumnité, soit en cas de léthargie et agonie, états de désagrégation nerveuse, tantôt par des bruits, des mouvements d'objets et des voix, tantôt par des apparitions de mains, têtes et, plus rarement, de corps entiers. Ces êtres manifestent provisoirement, au contact et aux dépens du
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médium, presque toutes les fonctious des êtres vivants, bien qu'ils n'aient qu'un corps fluidique. L'étroit rapport de ces êtres avec les défunts est prouvé par divers signes d'identité, comme noms, circonstances et détails confirmés par la suite, et impression sur plaques photographiques couvertes, laquelle indique leur nature radioactive et montre qu'il n'y a pas suggestion. Ajoutons leur action, bien personnelle et indépendante du médium, sur les personnes et sur les instruments de précision.
Les faits concernant l'activité des esprits sont désormais si nombreux qu'il nous est possible d'en essayer une reconstruction synthétique.
Les esprits se manifestent sous formes de lumières, ou bien de membres et de figures, rarement de personnes complètes. Ces apparitions semblent, comme Stasie, formées de globules lumineux, d'autant plus condensés que la matérialisation est plus complète, et elles se forment aux dépens du corps du médium, dont elles absorbent les parties essentielles.
Grookes et Richet ont en effet constaté, chez les fantômes observés, la température du corps vivant, les battements du cœur et des artères, la respiration normale et même l'émission d'acide carbonique. Si l'on frappe le fantôme, c'est le médium qui
ressent la douleur à ia partie correspondante du corps, comme si c'était lui, et non l'apparition, qui était frappé.
La formation des fantômes est précédée d'une nuée lumineuse, qui apparaît sur le sol, ou sur la tête et le ventre du médium, nuée qui se condense de plus en plus et finit par prendre une forme humaine. Elle s'écarte parfois du médium ou du cabinet noir, pour marcher devant l'assistance, gesticuler, plus rarement parler, pendant que I. < médium est en pleine léthargie.
« J'ai l'impression, à peine entrée dans le cabinet médianimique, — dit Mlle d'Espérance, — d'être couverte de toiles d'araignées (impression ressentie par tous les médiums et même par les contrôleurs); puis je sens que l'air se remplit de substance, et une sorte de masse blanche et vaporeuse se forme à la hauteur de mon ventre. Elle s'agite en tous sens, quelques minutes et parfois une demi-heure, puis brusquement s'arrête et se transforme en un être humain. »
Les fantômes sont vêtus d'un tissu blanc très fin, parfois double, triple et même quadruple, qu'ils disent emprunter aux vêtements du médium. Ce tissu médianimique est nécessaire, commt Katie King l'a dit à Grookes. pour contenir leur organisme fluidique et l'empêcher de se dissoudre à la lumière. Maints fantômes conservent, dans leur façon de s'habiller, la mode de leur temps et
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de leur pays, ce qui nous donne une nouvelle preuve de leur identité. Lorsqu'ils ont peine à se former, à se « solidifier, » dirais-je, ils ont recours aux forces réunies du médium et des assistants, ainsi qu'aux objets environnants, surtout au rideau du cabinet, dont ils enveloppent leurs mains, bras et tête, avant de les montrer, ce qui fait qu'on les devine par leur relief et leur contact plus qu'on ne les voit.
Nous avons vu les résultats intéressants obtenus en étudiant les poids comparés du médium et des fantômes. Ils prouvent que les esprits se matérialisent aux dépens du médium, dont ils prennent le poids et même le volume, et, au dire de Stasie, aux dépens aussi des personnes non médiums avec lesquelles ils peuvent entrer en rapport.
Le colonel Olcott et Aksakoff, expérimentant avec le médium M11* Compton, ont noté la disparition de ce médium à l'apparition du fantôme de la jeune K. A mesure que celle-ci se formait, le poids de MUe Compton diminuait; à mesure que le fantôme se déniai érialisait, elle reprenait graduellement son poids primitif.
M"e d'Espérance voyait disparaître ses jambes à l'apparition de Yolande. Toutefois elle sentait encore de la douleur en frappant à leur place, ce qui indique la persistance de membres invisibles. Cette disparition des extrémités inférieures du médium pendant la matérialisation des fantômes a
été nettement vérifiée par Aksakofî et autres témoins sur les médiums précédents. Bozzano et Vezzano l'ont également constatée chez Eusapia.
Dans les maisons hantées à la suite de morts violentes anciennes, les esprits peuvent, semblet-il, provoquer surtout des bruits et des mouvements, moins souvent des effets psychiques, et plus rarement encore des matérialisations. Ces dernières reproduisent les formes, souvent tronquées, des défunts. Etles ont lieu sans médiums voisins, mais sous l'influence de médiums lointains. Il semble que dans ce cas les esprits se choisissent eux-mêmes des médiums inconscients, ce qui explique que les phénomènes de ce genre de maisons hantées puissent se répéter des siècles sans médiums connus. Il semble que l'agonie et la léthargie provoquent des phénomènes analogues, d'ailleurs plus souvent remarqués, comme si elles produisaient une médiumnité momentanée.
Les formes humaines que prennent les esprits en se matérialisant ne répondent pas à celles de leur vie spirituelle. Ce ne sont que des formes provisoires, prises pour se faire connaître de nous, par suite très variables, et ordinairement semblables à celles qu'avaient les défunts de leur vivant. Les esprits peuvent emprunter la physionomie, la voix, lesgestes du médium ; prendre plusieurs aspects en une même séance •» en garder un. bien déterminé et en rapport
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avec leur caractère, pendant des mois, commu Walter, et même des années, comme Katie King.
Les esprits peuvent transmettre au médium leur faculté de transformation. Allan Kardec parle d'une jeune fille de quinze ans, médium pouvant prendre figure, stature, volume et poids de plusieurs défunts, surtout de son frère. Le médium Mme Crookes vit un soir son propre visage changé, couvert d'une épaisse barbe noire, et son gendre y reconnut son père mort. Elle prit ensuite la figure d'une vieille aux cheveux blancs, gardant sa conscience pendant ces transformations, mais sentant dans tout le corps des secousses électriques.
Les esprits sont attirés vers leurs anciennes demeures ou vers leurs tombes, et le fait de visiter ces dernières favorise leur apparition.
Dans les cimetières ou dans les lieux où il y avait eu des morts violentes, Stainton Moses a vu un grand nombre de fantômes s'agitant sous l'influence de sa médiumnité. C'est ce qui explique (ce que la chimie n'a pu faire) la fréquence dans les cimetières des feux follets, dont le retour à heure fixe et dans une direction toujours la même semble exprimer une véritable volonté.
Les fantômes se dissolvent à la lumière vive, telle la cire à la chaleur, comme on l'a vu à deux expériences avec Katie King. C'est pourquoi ils ne «e manifestent presque jamais de jour.
En présence d'un médium et sous l'influence de
la colère ou de la vanité offensée, ils peuvent développer au dynamomètre une force de 80 à 90 kil. et parfois de 100 à 110.
Ils manifestent, souvent à grande distance des médiums et avec des médiums très faibles, une force capable d'ouvrir des portes et des fenêtres très lourdes, dans les châteaux hantés, de lancer des pluies de grosses pierres, même de bas en haut, etc. Mais leurs révélations mêmes montrent que ces forces baissent rapidement.
Leur vitesse de translation est très grande. Les deux Pansini de Bari ont fait 45 kilomètres en 15 minutes.
Les fantômes peuvent impressionner, comme nous l'avons vu, les plaques photographiques. L'un d'eux a laissé l'empreinte de quatre doigts sur une plaque enveloppée de trois feuilles de papier noir.
Tout ceci et d'autres phénomènes mentionnés plus haut, décharge de l'électroscope, globes lumineux vus aux séances et photographiés, et le fait que les fantômes couvrent leurs corps fluidiques de tissus spéciaux, nous a conduit à l'hypothèse que leur constitution moléculaire doit être analogue à celle des corps radiants.
Ils parlent rarement et sous forme laconique et tronquée ; ils sont souvent, semble-t-il, forcés de s'interrompre, ajournant la suite à une autre fois ; le plus souvent ils s'expriment par signes et gestes.
Fréquemment leurs communications prennent
HYPNOTISME ET aPISITla^B
une forme symbolique, rappelant les oracles antiques. Par exemple, Mlle Walt, médium peintre. se sent un jour contrainte, pendant une trance, de dessiner trois petits anges au milieu de plantes de l'Inde. Ce même jour mouraient dans ce pays trois enfants d'un ami.
Entre autres exemples de prémonitions recueillis par Bozzano, une mère voit tomber les ailes d'un oiseau volant dans une plaine déserte; peu après, elle perd son enfant. Une autre personne voit un cercueil dans la maison d'un parent, et celui-ci ne tarde pas à mourir.
Chaque esprit a ses formes propres de raps et de signes, imitant le télégraphe Morse et lui permettant d'approuver ou contredire les assistants, ou de reproduire les coups des contrôleurs. Les raps s'entendent même en pleine lumière, parfois à deux et trois mètres du médium, déterminant chez lui et les assistants une certaine fatigue. On en entend jusque dans les salles de restaurants, les maisons, les musées, devant les portraits des grands hommes, sur les lits, étoffes, livres, au bout du crayon du médium écrivain, etc. L'intensité des raps est indépendante de leur distance au médium et, tandis qu'elle est en rapport avec les mouvements du médium ou des assistants, elle n'a aucune relation avec la force de ces mouvements.
Il semble en général que les esprits aient un vif désir de se faire connaître aux vivants. Les insuccès
ESQUISSE D'UNE BIOLOGIE bE.f ESPRITS 281
les excitent à de nouvelles tentatives, tandis que le succès fait cesser parfois leurs communications.
Pour ces dernières ils ont chacun leurs moyens, en rapport avec leurs habitudes. Par exemple ils peuvent contraindre par la force le vivant à leur servir de médium. Nous avons cîté le cas du Dr Dexter obligé à se convertir au spiritisme et à se prêter aux séances, par les persécutions féroces des esprits.
Les membres de la famille Fox, obsédés par les raps, accusés de fraude, excommuniés par l'Église, essaient d'échapper aux esprits en changeant de maison et de ville. Mais les coups se renouvellent et les esprits déclarent qu'ils ne cesseront qu'après acte de foi en leur existence.
Un certain Spin s'était communiqué plusieurs fois aux séances de Moses, afin d'être reconnu. Dès qu'il fut établi qu'il était le frère d'une certaine S. P..., morte depuis treize ans, il cessa de se manifester.
Malgré leur vif désir d'entrer en rapport avec nous, pour montrer leur pouvoir, ou avoir des nouvelles des amis et des faits d'ici-bas, qu'ils paraissent ignorer dans l'au delà, les esprits n'aiment guère découvrir leurs noms. Ils en donnent presque toujours de faux, en communication typtologique, ou prennent des pseudonymes, parfois étranges, comme Impérator et Rector aux séances du médium Moses, Finoit et Pelb.am
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à celles de Mme Piper. Toutefois quelques-uns ont fini par se nommer dans l'intimité.
Contrairement à S. Moses, il semble que l'esprit du défunt récent ait peine à se manifester. Pelham a parlé à Mme Piper de l'état d'étourdissement et de trouble qui suit la mort, chose naturelle, vu le changement complet des conditions d'existence.
Pelham a dicté à propos du moment de sa mort : « Tout s'obscurcissait pour moi, puis la conscience revint, mais crépusculaire, comme au premier moment du réveil. Dès que je compris que je n'étais pas mort tout à fait, je m'en réjouis. »
Altkin Morton, qui se suicida de désespoir, dit que, une fois mort, il ne reconnut personne et ne se souvint des .siens que bien plus tard.
Il semble que, dans les cas de mort soudaine, surtout jeune, les défunts refassent les gestes et actes habituels de leur vivant. Ainsi, après le récent naufrage d'un bâtiment de guerre, l'esprit d'un homme de l'équipage déclara dans une séance, à Londres, que les fantômes des marins naufragés répétaient au fond de l'eau les manœuvres qu'ils faisaient vivants à la surface. Cette assertion fantastique est confirmée par les légendes populaires et par les phénomènes des châteaux hantés.
Un domestique, noyé près de la villa de son maître, m'a communiqué que son fantôme allait
toutes les nuits nettoyer la vaisselle et s'acquitta des autres occupations d'avant sa mort.
D'après Stainton Moses, les âmes conservent dans l'au delà leurs appétits et désirs, même mauvais, et cherchent à les satisfaire. Les méchants morts poussent au mal les vivants, malgré les efforts des âmes bonnes qui s'y opposent. C'est pourquoi maintes personnes, surtout médiums, sont victimes des esprits, qui les persécutent de toutes façons, leur jettent de l'eau, brûlent vêtements -et meubles. C'est ainsi que, à Pétersbourg, Phels recevait souvent des piuies de pierres sur sa voiture. Comme il notait chaque jour ces persécutions sur un carnet, les esprits le lui abîmèrent. Ses papiers renfermés dans une boîte brûlèrent spontanément au dedans de celle-ci.
Les esprits conservent la mentalité et le caractère qu'ils avaient de leur vivant. Ainsi le fantôme de Vincent, dont nous avons parlé plus haut, se montra violent et luxurieux, malgré le caractère doux et honnête du médium, insultant les assistants, blasphémant, et tel il avait été de son vivant.
Les communications des fous sont incohérentes et folles, comme l'a remarqué Hodgson.
Faihofer m'a parlé d'esprits contrariant les séances, offensés de ce qu'on consulte un autre esprit à leur place. Si l'on ne prend pas au sérieux la communication d'un esprit, il s'irrite,
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ces^e tout rapport, répond par des épigrammcs ou joue divers tours.
Les fantômes d'enfants ont le geste et le langage enfantins. Mais, si la mort est ancienne, ils parlent et agissent comme des hommes, preuve que l'inconscient du médium ou des assistants n'a pas de part à ces communications.
Il résulte de communications faites à M11' d'Espérance que les esprits ignorent le présent, puisqu'ils désirent et demandent des nouvelles de leurs proches, tandis qu'ils connaissent et prévoient l'avenir.
Il semble qu'ils n'aient pas les notions de la durée et de l'étendue, ou bien qu'elles prennent chez eux une autre modalité. On le comprend pour l'étendue, les distances n'existant guère pour les esprits, qui franchissent des centaines de kilomètres en quelques minutes. Pour la durée, nous avons vu qu'ils ne connaissent que l'avenir. C'est pourquoi leurs communications confondent l'avenir avec le présent. Par exemple, Finoit dit à Lodge que son fils a mal au doigt, et ce mal se déclare quelques jours après. Pelham annonce que telle personne lointaine fait telle chose, et il se trouve qu'elle la fit le lendemain.
D'autre part, il semble que les esprits n'oublient pas les objets qui leur ont appartenu de leur vivant. Ces objets les attirent d'autant plus qu'ils les ont possédés plus longtemps, qu'ils leur ont été
plus chers, et surtout parce qu'ils leur servent de points de repère, dans la grande confusion de leur mémoire, en favorisant les associations d'idées. Mme Piper, dans son jargon spirite, les nomme influences. Ils jouent le rôle des objets (cheveux, lettres, etc.) que l'on met aux mains des somnambules pour leur faciliter le souvenir du passé et la prédiction de l'avenir du consultant.
D'après les esprits Finoit et Impérator, ces influences donnent beaucoup de renseignements aux esprits qui se communiquent, fixent leurs idées, les empêchent de s'écarter du sujet et d'être incohérents.
L'intelligence des esprits, même de ceux qui en eurent une grande de leur vivant, est fragmentaire et incohérente, parce qu'ils doivent se servir du cerveau des vivants. Ceux qui étaient morts depuis longtemps paraissaient à Moses comme étourdis en revoyant les scènes de la terre.
« Dans la trance, tout comme dans le rêve — dit l'esprit Pelham — le corps éthéré du médium sort de son corps physique et laisse vide le cerveau, dont nous pouvons alors nous emparer. Votre conversation nous arrive comme par un téléphone lointain. Dans l'atmosphère pesante de votre monde, la force nous manque souvent, surtout à la fin des séances. »
L'esprit de Robert Hyslop dit à son fils vivant :
« Je m'interromps, je dois partir, les forces me manquent, je ne sais plus ce que je fais ».
Pelham dit avec insistance : « Pour avoir de nous des communications claires, il ne faut pas nous étourdir de questions. Pour se manifester à vous, les esprits se mettent dans une ambiance qui les incommode. Ils sont dans un état de demidélire comme s'ils avaient reçu un grand coup sur la tête. Il faut les calmer, les encourager, les rassurer, après quoi leurs idées s'éclaircissent tout d'un coup. »
« Pour nous mettre en communication avec vous, — dit Hyslop, — il nous faut pénétrer dans votre sphère. C'est pourquoi nous commettons des erreurs et sommes incohérents. Je suis aussi intelligent que dans ma vie terrestre ; mais la difficulté de m'entretenir avec vous est très grande, car il me faut rentrer dans un corps où je me trouve comme en rêve. C'est pourquoi il faut me pardonner mes erreurs et mes lacunes. »
Au dire de Pelham, les morts récents, même les plus intelligents, font des communications incohérentes et inexactes, à cause de la grande secousse de la désincarnation et de l'arrivée dans une ambiance nouvelle, où ils ne comprennent rien tout d'abord. Leur inaptitude à se servir de l'organisme du médium est grande au début, mais peu à peu ils en prennent l'habitude.
C'est que toute la lumière vient du médium aux
esprits. « Quand MQe Piper est en trance, — dit l'esprit Finoit, — je m'empare d'elle. Le médium est pour nous comme un phare; vous autres, non médiums, vous êtes pour nous obscurs, comme si vous n'existiez pas ; lorsque nous vous voyons, c'est comme au milieu de chambres obscures, éclairées par de petites fenêtres, qui sont les médiums.»
Aksakoff demandait à un esprit : « Puisque tu prétends avoir un organe visuel, comment se fait-il que tu ne puisses voir sans le médium ? » L'esprit lui fit cette réponse très sensée : « J'y vois, mais nos sensations sont, qualitativement et quantitativement, différentes des vôtres; autre chose est de voir une chose pour moi, autre chose de la voir de façon à vous la faire comprendre. Il me faut pour cela la voir comme tu la vois, et c'est pourquoi j'ai besoin du médium. »
S'il est difficile de s'exprimer par le moyen d'un interprète, il l'est encore plus de faire comprendre par son intermédiaire les couleurs à un aveugle. Le consultant et l'esprit sont comme deux prisonniers, l'un aveugle et l'autre sourd, voulant communiquer à travers une porte. De là l'obscurité et l'incohérence de bien des communications spirites. « Si je me trompe souvent, — dit Pelham, — c'est que je me sers d'un organisme qui n'est pas à ma mesure. » Bien des génies ont fait des communications indignes d'eux, tout comme lorsque nous
croyons avoir en rêve des idées sublimes, que nous trouvons absurdes au réveil.
C'est que les esprits, même élevés, se fatiguent vite en se communiquant. Gomme l'a remarqué Hyslop, tels qui se montrent très lucides au début des communications, finissent par s'embrouiller et s'arrêtent, par impuissance à lier leurs idées. De là la nécessité des esprits-guides, âmes évoluées qui dirigent les communications.
Bon nombre d'esprits sont sincères, mais bien d'autres trompent à dessein. Beaucoup d'esprits ne peuvent s'orienter que dans un cercle intime de personnes connues. Le médium Moses, lorsqu'il changeait de cercle spirite, n'obtenait que des communications illusoires et fragmentaires. Il en fut informé typtologiquement et, dès qu'il se restreignit à un petit groupe d'intimes, il ne cessa d'obtenir des communications importantes.
Les esprits, lorsqu'ils dictent aux médiums écrivains, reprennent rarement leur écriture, sans doute à cause de l'action prédominante de l'hémisphère cérébral droit du médium. Les mots obtenus sont souvent à l'envers : latipô pour hôpital. On trouve en somme dans les communications beaucoup d'erreurs involontaires ou non de la part des esprits ; de là la défiance qu'elles inspirent à bien des personnes.
Aux séances du médium Mme Piper, en présence de Hyslop et de Hodgson, lorsque se manifestait
l'esprit Rector, on obtenait parfois des noms anglais inexacts. L'esprit Carruthers par exemple se faisait appeler Charles, Clarke, Clarake, etc.
Hyslop a fait une statistique des communications obtenues dans quinze séances avec Mmt Piper. 152 sont véridiques, 16 fausses, 37 douteuses. Sur les 927 faits de détail cités, 717 sont exacts, 43 faux, 167 incertains.
Nombre de communications conservent le style et le caractère que l'esprit avait de son vivant. Impérator se montre toujours solennel et fier; Finoit, vaniteux et léger ; Pelham, vif, intelligent, noblement ambitieux ; Robert Hyslop parle toujours de ne pas se faire de mauvais sang, comme de son vivant.
D'ailleurs, si bien des communications avec l'Audelà ont été jusqu'ici fragmentaires et incertaines, c'est que les moyens employés étaient grossiers et insuffisants. Mais ils se sont peu à peu perfectionnés. Aux coups sur les murs, inventés par les Fox, pour interroger les esprits, ont succédé les lettres de l'alphabet, puis, sur le conseil même des esprits, la table plus commode que le mur; à la table on a attaché un crayon auquel on a adapté une planchette, enfin on a pris le crayon à la main. Les derniers progrès sont l'usage des méthodes graphiques et des instruments de précision, tambour de Marey, etc., pour l'étude psychologique et physiologique exacte des esprits, et surtout l'emploi
de la cross-correspondence pour la preuve de leur identité.
Le rôle du médium est essentiel, car il possède un organisme complet que n'a pas l'esprit, lequel ne peut agir sans lui. Dans la trance, comme dans certains accès hystériques, la paralysie des centres nerveux ordinairement actifs réveille l'activité d'autres centres inactifs dans les conditions ordinaires. Ce réveil des centres ordinairement inconscients donne au médium des facultés extraordinaires, qu'il n'a que dans la trance et que n'a pas le commun des hommes. On peut s'expliquer par là qu'il puisse se souvenir de faits oubliés (cryptomnésie), lire dans la pensée des assistants, comprendre et parler des langues étrangères ignorées (xénoglossie).
Mais cette action de l'inconscient n'explique pas que le médium puisse manifester ce qu'il a toujours ignoré, développer une force décuple de sa force ordinaire, prédire l'avenir, écrire un roman sans avoir fait d'études, sculpter et peindre sans éducation artistique et sans l'aide d'artistes, communiquer des faits ignorés, écrire avec le caractère et le style de défunts inconnus des personnes présentes. On ne peut se rendre compte de tous ces faits qu'en admettant que, à la force du médium, vient s'en associer une autre qui, bien que momentanée, possède les facultés, absentes chez les vivants, de lire l'avenir, s'improviser artiste, etc.
Après tout ce que je viens de dire, je crains que le lecteur ne m'interrompe par la fameuse exclamation du cardinal d'Esté: « Ne vous êtes-vous pas laissé tromper par la plus vulgaire des fraudeuses ? »
En effet, la première impression éprouvée en présence des phénomènes spirites est qu'il y a fraude, explication d'autant mieux accueillie qu'elle dispense de tout effort de pensée et d'observation.
Ajoutons que le phénomène spirite plus que tout autre se prête à la fraude et paraît suspect. Les faits les plus importants ayant lieu dans l'obscurité, aucun observateur digne de ce nom ne peut accepter des faits se prêtant aussi mal au contrôle: les médiums, involontairement ou non, sont enclins à la fraude, comme tous les hystériques ; lorsqu'ils sentent le fluide leur manquer, ils veulent y suppléer par des artifices, avec le minimum d'efforts ; parfois aussi, suggestionnables comme
292 ETPNOTISME ET SPIRITISME
ils le sont, ils obéissent à la suggestion secrète d'un assistant, comme me l'a avoué Eusapia.
Nous ne]parlons pas des faux médiums, fraudeurs professionnels, qui pullulent partout où Ton est curieux de spiritisme. Des ouvrages entiers, surtout américains, étudient l'arsenal des moyens defraude : barbes postiches, masques, vêtements de mousseline fine, corps phosphorescents, sièges creux où le médium prend les masques, sièges à ressorts pour simuler la lévitation.
Nous avons vu qu'Eusapia ne fait pas exception à cette règle générale. Elle use de nombreux trucs en trance ou éveillée. Elle dégage par exemple une main du contrôle pour remuer les objets voisins ou toucher des personnes ; elle soulève lentement les pieds de la table avec le genou ; feignant de s'arranger les cheveux, elle en arrache un pour abaisser un pèse-lettre. Faihofer l'a vue cueillir des fleurs pour simuler des apports en profitant de l'obscurité. Des prestidigitateurs lui auraient appris divers tours, par exemple le moyen de simuler des figures humaines par le mouvement des deux mains entourées d'un foulard. Pourtant sa plus grande souffrance est d'être accusée de fraude, souvent à tort d'ailleurs .11 est avéré que des membres fluidiques se superposent à ses membres naturels, en accomplissent les fonctions et ont été pris injustement pour eux. On prend pour des fraudes des manifestations qui semblent y faire croire. Tels sont le*
appendices fluidiques, mains, bras ou pieds, sortant du corps du médium ou de sa robe, et qui dans l'obscurité peuvent être pris pour ses membres naturels. Tel est aussi le fait, récemment découvert par Ochorowicz, du fil médianimique, qui se forme et se dématérialise sous l'influence du médium, et qui jusqu'ici a été pris pour un fil véritable servant à frauder.
Les mouvements médianimiques n'ayant lieu ordinairement que dans l'obscurité, tout près du médium, ou en contact avec sa robe, on a pu croire à des artifices. Mais c'est à tort, car tous ces fait? viennent de ce que l'élément fluidique se renforce dans l'obscurité et sous les voiles médianimiques, tels que les robes du médium ou les rideaux du cabinet, d'où partent si souvent les matérialisations.
Il est vrai que lorsqu'on se sert d'instruments de précision, pour mieux se rendre compte des phénomènes, ces derniers semblent se dérober. Dans des conditions identiques on n'a pas toujours des phénomènes identiques. Ainsi quelques rares médiums peuvent agira la lumière, tandis que la plupart ne le peuvent pas. Ajoutons que le plus grand nombre d'entre eux sont d'une vulgarité qui contraste étrangement avec les manifestations surnaturelles, dont ils semblent donner la preuve, bien que ces manifestations soient parfois d'une vulgarité mêlée d'obscénité.
Il est facile de répondre à ces objections, qui ne
sont pas sans force. Puisque personne ne songe V nier la photographie, bien que l'obscurité soit nécessaire au développement des plaques, les phénomènes médianimiques peuvent de même être empêchés par la lumière. D'ailleurs, et c'est un autre exemple de la contradiction qui caractérise tout cet ordre de faits, il existe des médiums, comme Home et Slade, qui ont pu opérer en plein jour. C'est également en plein jour que les fakirs de l'Inde obtiennent leurs phénomènes si surprenants qu'on hésite à les exposer. Eusapia même, bien qu'elle y répugne, a donné lieu en plein jour à des phénomènes intéressants : action à distance sur dynamomètre et balance, lévitation d'une grosse armoire.
Ces actions sur la balance et le dynamomètre prouvent que l'on peut appliquer avec avantage, à ces phénomènes si réfractaires aux méthodes scientifiques, les instruments de précision. Les médiums y répugnent, il est vrai, et s'y opposent de toutes façons. Mais ils ont bien le droit d'être misonéistes comme tout le genre humain.
Richet a remarqué que les phénomènes sont souvent contrariés ou interrompus par le changement de table ou par l'introduction d'une nou velle personne dans la chaîne.
Pour ce qui est de la fraude, on a pris toutes les précautions nécessaires. On a lié les pieds et les mains d'Eusapia; on l'a entourée d'un réseau de fils
électriques faisant retentir une sonnette au moindre de ses mouvements. La Société des Sciences Psychiques de Milan a enfermé nu dans un sac de laine le médium Politi. MUe d'Espérance a été mise dans un filet, ce qui n'a en rien empêché l'apparition du fantôme Yolande. Miss Cook a été enveloppée d'un réseau électrique, de façon qu'elle ne pût agir sur un fantôme artificiel sans qu'on en fut averti. Et pourtant on a pu la photographier en même temps que le fantôme Katie King, lequel parla, écrivit, toucha les maL-s de plusieurs personnes, le médium restant en catalepsie.
Bien des expériences spirites ont le sérieux et l'importance de celles des sciences exactes, d'autant qu'on a pu les contrôler avec la photographie. On a pu médire des photographies spirites, dont bon nombre sont sujettes à caution. Mais on ne peut douter des photographies exécutées devant une commission de savants sérieux, comme Zollner, Finzi, Aksakoff, Volpi, Falcomer, Carreras, etc.
On en peut dire autant de la typtologie. La plupart des médiums typtologiques sont désintéressés et non professionnels. Même ces phénomènes, pourtant les plus simples des phénomènes spirites, ne pourraient être imités sans études et sans exercices difficiles à dissimuler.
Il en est de même des médiums écrivains. Écrire tout en parlant avec un tiers, en changeant d'écriture et de style chaque fois que change
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l'esprit qui se communique, n'est guère imitable; et pourtant les médiums écrivains de ce genre se comptent par centaines. L'imposture est à plus forte raison impossible lorsque le médium écrit une communication de la main droite, une autre de la gauche, et en énonce à haute voix une troisième. La fraude est tout à fait invraisemblable lorsqu'il s'agit de médiums écrivains enfants au berceau.
Les prestidigitateurs n'ont réussi à imiter les phénomènes spirites qu'à la condition qu'on n'exigeât pas d'eux les précautions prises avec les médiums. C'est que le prestidigitateur ne fait que le jeu qu'il a préparé. Il est inutile de lui en demander un autre. Au contraire les phénomènes que donnent les médiums sont souvent ceux que l'on demande, bien qu'ils ne le soient pas toujours, l'intelligence occulte qui les produit ayant aussi sa volonté propre.
La commission de la Société Dialectique de Londres a fait surveiller les expériences des médiums par. deux prestidigitateurs renommés. L'opinion que les phénomènes spirites sont imitables est très répandue; mais ce n'est pas l'opinion des prestidigitateurs. Jacob, du théâtre Robert Houdin, et Bellachini, prestidigitateur de la cour de Berlin, . ont avoué au médium Slade qu'ils se sentaient incapables d'obtenir avec leur art les mêmes phénomènes que lui. Bosco, autre fameux prestidigi-
tateur, riait fort à l'idée qu'on pût attribuer à son art les phénomènes de Home.
C'est la prévention que les phénomènes spirites sont faux qui a fait croire à de prétendues disqualifications des .médiums. Il y a des illusions produites par l'incrédulité tout comme par la crédulité. Les incrédules sont dans un état d'attention expectante qui leur fait voir ce qui n'est pas : s'ils ne le voient pas, ils le devinent ; ils comprennent tout, ils expliquent tout. Ils ont une telle peur d'être trompés qu'ils se trompent euxmêmes: pour éviter l'invraisemblable, ils inventent l'impossible.
Il en est des procès faits aux médiums, comme de leurs disqualifications. Le procès fait à Slade le fut dans l'intérêt de la science, et la condamnation était fondée sur des motifs tirés du cours connu de la nature : « Le cours connu de la nature exclut la possibilité des phénomènes spirites; ce qui est impossible ne peut être que simulé, et les médiums sont des imposteurs ». La conséquence est que les spirites, croyant à la possibilité de l'impossible, sont des imbéciles. Aussi ne les a-t-on jamais cités comme experts, bien qu'ils fussent les seuls compétents ; cités comme témoins, on les écoutait sans les croire. Jugement en somme fondé sur un préjugé.
Pour ce qui est des imitations faites par de faux médiums ou par des prestidigitateurs, on peut
répondre que les perruques ne prouvent pas la non existence des cheveux, les dentiers celle des vraies dents, les fausses monnaies celle des bonnes. Ayant vu moi-même des faits réels, il est inutile que Tyndall vienne me dire qu'il y en a beaucoup de faux. Je sais qu'on fabrique du faux café avec la chicorée, les glands, les figues sèches. Mais, ayant bu du vrai café, je suis à ce sujet affligé d'une crédulité inguérissable. Il en est de même des fantômes.
Télépathie. — Pour éviter l'intervention des défunts, on a cherché d'autres explications. On a dit, par exemple, que le médium tire du cerveau des assistants la réponse aux questions, et même les images des fantômes, qu'il projette ensuite au dehors. Mais cette projection est bien invraisemblable et ne peut expliquer les pulsations, la chaleur, le poids et autres caractères d'êtres vivants constatés chez les fantômes. Je puis bien admettre que des assistants connaissant une langue étrangère ignorée du médium puissent lui transmettre mentalement la connaissance momentanée de cette langue, ainsi que d'autres connaissances, scientifiques et artistiques, manifestées par les médiums.. Il peut en être de tout ceci comme des croyances, puisque le médium se montre athée dans un groupe athée, religieux dans une assistance religieuse. Mais je ne comprends pas qu'il puisse tirer
des assistants ce que ceux-ci ignorent, comme dans le cas, de Mme Piper parlant en langue hawaïe ignorée de toutes les personnes présentes.
Je comprends la télépathie dans le cas de S. Moses, obtenant l'apparition d'un ami, après avoir fixé la pensée sur lui avant de s'endormir, ou dans le cas de M. D., qui apparut à deux femmes après avoir désiré fortement se montrer à elles.
Mais, comme le remarque James Hyslop, la succession de plusieurs esprits, aux personnalités bien distinctes, se communiquant au médium, ne peut s'expliquer par la télépathie. Cette dernière est exclue par les erreurs mêmes des communications, erreurs qui s'expliquent bien mieux par la difficulté qu'ont les esprits à s'exprimer dans une ambiance qui leur est étrangère. Et comment les esprits perdraient-ils si souvent les notions de durée et d'étendue et la mémoire des noms, que les vivants conservent si bien? Preuve que la communication n'est pas une transmission télépathique de ces derniers.
La télépathie ne peut non plus révéler les faits futurs ou arrivés à un mort. Mme Meunier voit deux fois en rêve son frère décapité, la tête déposée sur son corps. Il avait été en effet tué par des rebelles chinois. Il est évident qu'il n'avait pu transmettre télépathiquement ce qui devait lui arriver après sa mort.
Le révérend V.. tandis qu'il écrit à un ami pour le féliciter à l'occasion de son anniversaire, s'entend dire : « tu écris à un mort, » ce qui était exact, avertissement qui ne pouvait venir que d'un autre être.
Un pasteur de Nouvelle-Zélande était invité à une partie de pêche avec des amis, qui devaient venir le prendre au matin. Une voix intérieure lui dit de ne pas y aller et de s'enfermer si on vient le chercher. Avertissement véridique puisque ia barque ut engloutie. Il n'a pu venir des amis inconscients du danger; il a donc été donné par des esprits connaissant l'avenir.
La télépathie est une arme à double tranchant. Si les fantômes des vivants rendent inutiles ceux des morts, ils les rendent également possibles. Si un vivant peut apparaître et agir là où n'est pa& son corps, cela doit être aussi possible lorsque Î3 corps n'existe plus; si le fantôme du corps peut îî. séparer du corps, il doit aussi lui survivre.
Autre argument contre l'objection tirée de ia télépathie. Lorsque le fantôme vu et photographié ne ressemble pas au médium, il ne peut être une apparition du médium. Lorsque l'on voit se manifester simultanément plusieurs fantômes différents du médium, ils ne peuvent être une apparition de son double.
Morselli, en présence des fantômes du fils de Vassallo et de la fille de Porro, suppose qu'Eusapia
a pu se renseigner à l'avance sur leurs caractères moraux et physiques, ou les lire dans l'inconscient des assistants et obéir au désir secret de ces derrrers. Mais comment miss Edmonds et Eusapia ont-eîîes pu faire apparaître des fantômes amis de De^oartes venues de loin le jour même ? Comment Ei-.'a-na a-t-elle pu faire voir à Bozzano sa femme H?3rt*ï, qui l'avait tant fait souffrir de son vivant, et qu'il re tenait certes pas à revoir? Et pourquoi lai aurait -elle parlé en génois, dialecte inconnu d'Eusafa?
Morselii objecte qu'il n'a pas complètement reconnu sa mère dans le fantôme apparu comme telle, à certains détails inexacts de langage, geste etc. Mais pourquoi Eusapia n'aurait-elle pas lu dans l'inconscient de Morselii les caractères exacts, et pourquoi lui aurait-elle désobéi, puisqu'il répugnait à l'évocation de sa mère ? il ne remarque pas. lui si compétent en la matière, que les esprits parlent souvent nègre, hésitent et se trompent, les premières fois qu'ils se manifestent, parce qu'ils ne savent pas encore se servir des organes du médium ; il ne voit pas non plus que la ressemblance des fantômes est souvent incomplète, parce qu'ils doivent partiellement emprunter les formes, gestes etc., du médium. L'hypothèse de la télépathie, applicable à certains cas, devrait l'être à tous les autres; si 'elle n'est pas vraie de tous, il faut admettre que les fantômes sont quelque chose
plus que l'extériorisation de la pensée du médium ou des assistants.
Inconscient. — L'hypothèse qui prétend expliquer les phénomènes dits spirites par l'inconscient du médium n'est pas venue de l'observation que ces phénomènes exigent un médium. Elle est bien plus ancienne. D'après Plutarque, l'oracle de Trophonius disait à Timarque que le démon de Socrate n'était autre que son âme rationnelle (inconscient). Cette explication, ressuscitée à notre époque comme une nouveauté par Hartmann et d'autres philosophes, est pour la première fois nettement exposée par le néoplatonicien Porphyre. Après avoir observé que le prophète (médium) se trouve dans un état pathologique, parfois artificiellement provoqué par des vapeurs toxiques, des boissons alcooliques, etc., Porphyre ajoute : « Donc la cause qui produit l'extase pourrait bien être une affection mentale ou une folie pathologique produites par une surexcitation psychique analogue à celle des veillées prolongées ou des excitants pharmaceutiques. Quant au démon dont on nous parle, je soupçonne qu'il nest autre qu'une partie de l'âme humaine. »
D'ailleurs maints phénomènes spirites trouvent vraiment leur explication dans cet état singulier du cerveau où, pendant que se paralysent certains centres, d'autres, ordinairement inconscients, se
réveillent et manifestent une puissance merveilleuse. Telle est par exemple l'inspiration du génie, qui, sous tant de rapports, ressemble à l'accès épileptique. Lorsque cet accès se produit dans le cerveau d'un vulgaire convulsionnaire, il en résulte divagations, crimes, ou simplement spasmes moteurs; lorsqu'il a lieu chez un esprit puissant, on a une œuvre géniale.
« Souvent, écrit Beaconsfield^, je sens qu'il n'y a qu'un pas entre l'intense concentration mentale et la folie. J'ai peine à écrire ce que j'éprouve à ce moment où mes sensations sont étrangement aiguës et intenses; tout me semble animé, ma conscience s'évanouit et je ne suis plus sûr que j'existe. »
On trouve des confessions analogues chez saint Paul, Nietzsche et Dostoïewski. « Quelque chose s'ouvre tout d'un coup devant moi, dit ce dernier ; c'est comme si une lumière intérieure extraordinaire illuminait mon âme pendant quelques secondes. Il y a ainsi de courts instants où l'on perçoit soudain la présence de l'harmonie éternelle. »
Et Berlioz : « Le vide se fait autour de mon sein palpitant, et il me semble que mon cœur, aspiré par une force irrésistible, va se dissoudre et s'épancher au dehors. »
Et le grand Beethoven : « L'inspiration est pour moi un état mystérieux, où le monde entier me semble former une vaste harmonie, lorsque pen-
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sées et sentiments résonnent en moi, lorsque toutes les forces de la nature deviennent des instruments pour moi, lorsque je frissonne tout entier et que mes cheveux se dressent sur ma tète ».
Ces cas prouvent que le maximum de fécondité géniale coïncide avec le minimum de conscience. Et c'est ce qui explique que des créations géniales soient possibles dans les rêves des grands hommes. On sait que Gœthe a résolu en rêve d'importants problèmes scientifiques et trouvé de très beaux vers. De même La Fontaine (la Fable des plaisirs), Goleridge et Voltaire. Bernard Palissy a eu en rêve l'inspiration d'une de ses plus belles céramiques. Les Confessions de Daudet et le livre de Maury nous montrent des cas semblables ; de même Nodier et Condiilac. Kru^er, Corda et Maignan ont résolu en rêve des problèmes mathématiques. Stevenson dans Chapter on drams affirme qu'il a composé en songe ses nouvelles les plus originales. Tartini a eu en rêve l'une de ses plus puissantes inspirations musicales, la fameuse Sonate du diable. Jean Dupré a de même conçu en dormant son beau groupe de la Pitié.
Ce grand rôle du rêve chez le génie s'explique, comme nous l'avons vu, par celui de l'inconscient; et la prédominance de ce dernier explique précisément les distractions et amnésies, si fréquentes chez le génie, et analogues à celles des épilepliques.
Mais inconscient n'est pas synonyme d'inexistant. L'état d'inconscience peut réveiller et réunir en une synthèse féconde des idées et des faits plus ou moins oubliés, mais il ne peut susciter ce que l'on n'a jamais su.
Admettons, avec Flournoy, que MM0 Smith, lorsqu'elle prétend parler la langue de la planète Mars, est simplement suggestionnée par de vieux souvenirs d'elle-même ou des personnes présentes ; admettons aussi que l'exaltation de la France spirite organise chez elle et développe les iotions qu'elle a sur l'Inde ou sur Marie-Antoinette, tout comme l'excitation de l'inspiration géniale fait surgir des idées assoupies et fragmentaires et donne lieu à une découverte. Mais il est impossible d'admettre que les vers sanscrits, dictés par Mme Smith, s'expliquent par l'inconscient et la cryptomnésie, insuffisants dans ce cas, étant donné qu'elle n'avait jamais vu qu'un instant la couverture d'une grammaire sanscrite. Il est également inadmissible qu'elle ait pu reproduire exactement la signature ancienne (1839) du maire et du curé d'un village, par le fait seul qu'elle avait été se promener dans une vallée voisine.
Lorsqu'un médium en trance parle chinois ou polynésien devant des personnes ignorant ces langues, on ne peut avoir recours à l'inconscient, lequel ne peut élaborer que des connaissances
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acquises, qui dans ce cas n'existent chez aucun des assistants.
De même pour la cryptomnésie. Lorsque je me trouve par exemple vers 2.000 mètres d'altitude, je me souviens de vers italiens, latins, grece oubliés depuis longtemps ; mais je sais les avoir lus autrefois. Dans les rêves qui suivent l'intoxication intestinale, je me rappelle bien des mauvais moments de ma vie passée, avec leurs particularités précises oubliées ; mais je sais que ce sont des souvenirs de faits réellement arrivés. Ainsi dans le rêve l'inconscient rappelle et reconnaît ce que la conscience ne sait plus.