ESSENCE D'ABSINTHE. MUGUET
la tête lourde à gauche, dit le sujet, je suis comme -quelqu'un qui s'est abruti. » La physionomie est hébétée; le sujet parle lentement comme s'il était en état d'ivresse; ne peut se maintenir assis et glisse sur le fauteuil; les pupilles sont très dilatées.
Côté droit. — «Je vais un peu mieux; la lourdeur de ma tête va descendre; j'ai envie de vomir; j'ai bu quelques liqueurs auxquelles je ne suis pas habituée ; j'ai la figure très chaude ; je me sens bien malade ; je suis très abattue, et j'ai besoin d'entrer à l'hôpital. »
On enlève le tube et les phénomènes d'accablement disparaissent insensiblement.
Muguet
— Quelques fleurs —
L'action perturbatrice des odeurs sur le système nerveux se révèle encore dans ce cas d'une façon très saisissante ; le sujet étant en léthargie, je lui ai présenté sous les narines deux fleurs de mu-
guet; la réaction ne se fit pas attendre : immédiatement le sujet se lève dans un état de vive surexcitation, les yeux ouverts, la figure animée, il se met à aller et venir et frappe les objets environnants ; il parle sans aucune idée suivie, bientôt il est envahi par des hallucinations terrifiantes et dit qu'il voit des loups; et on assiste ainsi à l'explosion d'un véritable accès d'excitation maniaque. Cetre excitation se calme par la soustraction du bouquet; mais là où l'expérience devient encore plus curieuse et démontre l'extrême impressionnabilité du sujet, c'est que les fleurs de muguet ayant été jetées dehors, les traces persistantes de l'odeur ont empêché pendant un certain temps le sujet de revenir au calme ; il a fallu que je le fasse passer dans une chambre éloignée pour le soustraire à l'influence de ces odeurs et le faire tomber en période de léthargie de retour.