DOULEURS NERVEUSES AUX PIEDS
Observation LVIII. — Elancements douloureux à la plante du pied datant de deux mois. — Giiérison par suggestion hypnotique.
R. T..., âgé de soixante-six ans, menuisier entre à l'hôpital le 24 mars 1850 pour des douleurs à la plante des pieds qui existent depuis la fin de février et survenues sans cause. Quand il est au repos, ce sont des simples picotements, quand il marche sur le pavé, surtout sur des cailloux, ce sont des douleurs lancinantes comme s'il marchait sur des épines, les pieds enfleraient pendant son travail qu'il a été obligé de suspendre.
Depuis quelques jours, il a de plus de la diarrhée sans coliques. Gomme maladies antérieures, il accuse une lièvre typhoïde à l'âge de vingt-cinq ans, une fluxion de poitrine fl a y six mois pour laquelle il fut soigné pendant un mois, des douleurs rhumatismales non articulaires à vingt-huit ans à son retour d'Afrique. Il est d'aiïleurs habituellement iDien portant, n'a pasfait d'excèsalcooliques et parait un brave ouvrier.
État actuel. —Constitution bonne, tempérament mixte. Apyrexie, pouls 68, régulier, assez dur, artères athéromateuses ; le pouls radial exige 430 grammes au sphygmomètre de Bloch, pour être déprimé. Le malade est un peu essoufflé depuis longtemps, quand il monte un escalier. Il n'a pas de battements de cœur. Le thorax est bien conformé, la respiration un peu abdominale, 14 par minute, la sonorité normale, la respiration nette, vésiculaire. partout sauf au sommet droit postérieur, où l'expiration est renforcée, avec retentissement de la voix ; pas de toux, ni d'expectoration.
Le cœur a son volume normal. Le choc de la pointe est assez faible. A l'ausculation souffle doux présystolique et systolique à la pointe. Il n'y a pas d'œdème des pieds, la plante est sensible à la pression. Aucune stase veineuse.
Diagnoslic. — Lésion mitrale ne gênant pas le fonctionnement de la valvule, diarrhée intercurrente. Quel est la cause de la douleur plantaire ? Y a-t-il quelque artérite? La température et la coloration des pieds sont normales.
Le 24, le malade a six selles diarrhéiques. Le régime et une potion avec extrait thébaïque et extrait de ratanhia guérissent la diarrhée en trois jours. Les urines redeviennent claires et abondantes le malade ne conserve plus que la douleur des pieds en marchant.
Après une suggestion hypnotique faite le 31 mars, le malade a momentanément moins de picotements. Il quitte l'hôpital.
HYPNOTISME, SUGGESTION, rSYCIIOTlIÉRAPIE
Il rentre le 30 avril, n'ayant pu reprendre son travail.
Quand il se lient debout, ou qu'il marche un peu, ce sont toujours les mêmes douleurs, comme s'il marchait sur des épines. Au repos il ressent peu de chose, une sensation de douleur obtuse dans les gros orteils quand il remue les pieds. Je constate une sensibilité très vive au toucher à la plante des pieds ; la face dorsale n'est pas sensible, sauf au niveau des orteils qui le sont partout à la pression. Les autres fonctions vont bien, le souffle cardiaque persiste toujours, mais le cœur ionclionne bien, et il n'y a pas d'oppression notable.
Suggestion hypnotique le 30 avril, le malade entre en sommeil profond avec amnésie au réveil.
Le l^"^ mai. — Dans la journée, le malade a senti un peu de mieux ; ce matin à la pression, la plante du pied est encore douloureuse. — Après une nouvelle suggestion, cette sensibilité douloureuse n'existe plus.
2. — Les douleurs ont été moindres, le malade a marché dans la salle l'après-midi; le soir, il était fatigué. La pression réveille encore de la sensibilité plautaire. — Suggestion tous les jours.
3. — N'a pas eu de douleurs dans la matinée hier. Mais, vers deux heures, la douleur a reparu. Actuellement la sensibihté à la pression existe, moins douloureuse.
b. — N'a pas eu de douleurs en marchant hier dans la salle.
7. — L'amélioration continue. La sensation d'épine en marchant dans la salle ou sur l'asphalte a disparu.
8. — Ce matin, il a essayé de marcher sur le pavé et a senti les épines.
9. — A encore eu, malgré la suggestion, une douleur plantaire en marchant; ce matin, pas de douleur à la pression.