‹ Hypnotisme, suggestion, psychothérapie (volume 2)Chapitre 11 sur 160 · IDÉE DEVENUE SENSATION · texte numérisé non relu

IDÉE DEVENUE SENSATION

nhaoe derrière le cartilage tiiyroïde, un oljslacle au niveau ducmel le bol alimentaire était retenu, puis régurgite. Lu introduisant le doigt aussi proloudé nient que possible a travers le pharynx, M. Sedillot sentit une tumeur qu'il décrivit comme un polype fibreux saillant dans le calibre de l'œsophage. Deux chirurgiens distingués pratiquèrent le toucher après lui et constatèrent, sans hésitation, l'existence de la tumeur, telle que le maître l'avait décrite. L'œsophao-otomie fut pratiquée; aucune altération n'existait à ce niveau. Plus tard, l'autopsie montra qu'il s'agissait d'un rétrécissement squirrheux ducardia. Cet exemple est peut-être mal choisi. Les chirurgiens ont-ils réellement senti la tumeur? Ou ont-ils abondé dans le sens du maître, plus confiants dans sa parole que dans leurs propres sensations ? Je l'ignore.

Voici un autre exemple d'illusion sensorielle d'origine psychique rapportée par le professeur Emile Yung, de Genève ' dans ces termes : « Dans notre laboratoire de microscopie, je fais dessiner aux élèves des tests-objets, des diatomées, par exemple. Vous trouverez là dedans, leur dis-je en leur remettant une préparation, des diatomées f usiformes. Soyez attentifs à tel ou tel détail de structure ; vous devez voir telle ou telle conformation — je la précise — et vous dessinerez exactement ce que vous verrez. Au début, les élèves voient et représentent ordinairement tout cequejeleur ai ainsi verbalement annoncé, détails qui, d'ailleurs, existent réellement et sout plus ou moins facilement perceptibles. Mais, après quelques exercices de ce genre, il en est peu qui ne représentent au crayon la forme et les détails de structure d'un test-objet, purement imaginaire que je leur décris avec toute l'autorité que peut avoir un professeur sur ses élèves. Je mets entre leurs mains une préparation microscopique, bitumée, étiquetée, semblable

' Hypnotisme et spii'itismë. Conférences faites à Genève, 1890.

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en tous points aux précédentes, mais qui eu diffère eu ce qu'elle ne renlerme rien du tout. Cela ne les empêche pas de voir et de dessiner l'objet imaginaire dont je leur ai affirmé l'existence. Je possède ainsi une collection d'une trentaine de dessins, représentant des objets microscopiques, (une diatomée rectangulaire ornée de striations obliques sur la plupart) qui n'ont jamais existé ailleurs que dans l'imagination des auteurs de ces dessins. »

L'auto-suggestion, comme nous l'avons dit, n'est souvent qu'une idée transformée en sensation. Nous avons actuellement au service deux faits intéressants de ce genre : vous avez vu cet enfant entré pour une fièvre muqueuse abortive qui présentait à la région ombilicale dans une étendue correspondant à une pièce de S francs une bypéresthésie intense. On ne pouvait toucher cette région sans que l'eufantpoussât des cris atroces. Cette douleur existait depuis un an et avait résisté à toutes les médications employées. Elle était consécutive à une légère excoriation de l'ombilic survenue sans cause connue, et qui n'était pas encore complètement sèche; une petite croûte de quelques millimètres la recouvrait. En quelques secondes j'ai mis l'enfant en sommeil profond et je lui ai suggéré la disparition de la douleur; c'est-à-dire que j'ai enlevé de son esprit l'idée qui créait cette sensation douloureuse. Au réveil, j'ai montré à l'enfant qu'il n'avait plus mal et depuis il nous montre chaque matin, d'un air de triomphe, qu'il peut palper et frapper la région ombilicale sans douleur aucune.

Au lit voisin vous avez vu une jeune fille affectée d'une fièvre typhoïde en voie de décroissance qui accusait une vive douleur dans la région inférieure de l'abdomen. Cette douleur était consécutive au vomissement d'un lombric, expulsé depuis trois jours. Nous avons enlevé cette douleur par suggestion hypnotique; mais la jeune fille continua à manifester une sensation de corps étranger qu'elle s'imagi-

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uait être un. lombric remontant de l'ombilic jusque vers le milieu du sternum. La suggestion n'ayant pu après deux jours triompher de cette sensation, nous avons administré de la santonine en disant à la malade que c'était un contrevers qui tuerait le lombric. La santonine ne flt pas expulser de vers, mais déracina l'idée qui créait la sensation; et celle-ci disparut.

Nous avons dit plus haut : « Quand une idée s'est trouvéeassociée à une sensation quelconque, la même sensation se reproduisant fortuitement peut réveiller la même idée.

« Réciproquement, si une idée qui se présente actuellement à l'esprit s'y est déjà présentée antérieurement en même temps que l'impression d'une sensation particulière, le retour de cette idée îait éprouver de nouveau la même sensation, à moins que cette dernière n'ait pas été assez forte pour rester solidement attachée à l'idée en question. »

A l'appui de cette loi formulée par Hack-Tuke, cet auteurrapporte le fait suivant :

« Gratiolet raconte que lorsqu'il était enfant, sa vue s'était affaiblie et qu'il avait été obligé déporter des lunettes. La pression que ces lunettes exerçaient sur son nez lui fut si insupportable qu'il dut cesser d'en faire usage. Vingt ans plus tard, il ne pouvait voir une personne porter des lunettes sans éprouver immédiatement la sensation désagréable qui lui avait été si pénible dans sa jeunesse. »

Voici un fait du même genre rapporté par Bennett d'Edimbourg : « Une femme est soupçonnée d'avoir empoisonné son nouveau-né. Au moment où on exhuma le cercueil, l'officier ministériel présent se mit à dire qu'il sentait déjà l'odeur de la putréfaction et qu'il allait se trouver mal. Il s'en alla donc; on ouvrit le cercueil : il était vide. >

La vue du cercueil avait suggéré l'idée du cadavre, et l'idée associée dans l'esprit au souvenir d'une odeur de putréfaction avait réveillé cette sensation.

2° L'idée devient image ou sensation visuelle.

C'est une véritable hallucmation d'origine psychique. « Je connais des personnes, dit sainte Thérèse, dont l'esprit est si faible qu'elles s'imaginent voir tout ce qu'elles pensent et cet état est dangereux. »

Voici deux exemples empruntés à Hack-Tuke :

Une dame allait un jour de Penryn à Falmouth. Comme à ce moment elle avait ou venait d'avoir l'esprit plein de l'idée des fontaines où l'on boit, elle crut voir sur la route une fontaine récemment érigée et y distingua même cette inscription : i // amj man thirst. let him corne into me and drink. » Quelque temps après, elle parla de ce fait aux filles de celui qu'elle supposait avoir érigé la fontaine. Celles-ci furent très surprises de son récit et lui affirmèrent qu'elle avait fait erreur. Cette dame retourna au même endroit et constata qu'il n'y avait aucune fontaine. Il y avait seulement.quelques pierres éparses, sur lesquelles sans doute les suggestions d'une imagination préoccupée lui avaient fait élever le monument.

Le second fait est arrivé au D'" Wigan qui se trouvait en soirée à Paris peu de temps après un événement qui avait fortement ému l'opinion publique, l'exécution du maréchal Ney. A l'arrivée d'un invité, M. Maréchal aîné, l'huissier annonça Maréchal Ney. Le D"" Wigan dit qu'un frisson électrique parcourut l'assistance, et que pendant un instant, il eut lui-même devant les yeux l'image du prince aussi parfaite que s'il l'eût été en réalité.

Le fait que nous avons emprunté à M. Yung constitue un exemple de ce genre.

3° L'idée devient sensation viscérale. Cette sensation ellemême peut déterminer des actes organiques.

Le D"" Durand (de Gros) rapporte que dans un hôpital on avait administré à un certain nombre de malades de l'eau sucrée. On simula une grande inquiétude, on prétendit qu'on s'était trompé par inadvertance, et qu'on avait donné

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