‹ Hypnotisme, suggestion, psychothérapie (volume 2)Chapitre 121 sur 160 · APPAREIL A EXTENSION CONTRE SCIATIQUE · texte numérisé non relu

APPAREIL A EXTENSION CONTRE SCIATIQUE

Mais, au bout de quinze jours de traitement, l'amélioration ne fait plus de progrès. La suggestion ne peut plus lutter contre les impressions dues à la marche et à la toux, qui régénèrent la douleur. Celle-ci reparaissant sans cesse, la suggestion est usée ; le malade n'a plus confiance.

Quoi qu'on lui dise, il sait, il sent que la douleur est inhérente à la marche; l'idée de cette douleur, la peur qu'elle existe sont plus fortes que l'idée contraire qu'on ne peut plus imposer au malade, Cela s'observe souvent ; dans ce cas il ne faut plus insister sur unmoyeninefficace. Il faut renforcer la suggestion et la déguiser par une pratique matérielle. C'est dans ce but que j'ai essayé l'électrisation d'abord, puis la traction continue. Celle-ci a-t-elle agi par simple suggestion ou par immobilisation et extension des membres. Je ne voudrais pas résoudre la question; mais je crois que la suggestion a au moins une grande part dans son action ; j'ai laissé l'appareil se relâcher, de façon à n'établir qu'une traction très modérée et presque fictive. Le malade était plein de confiance dans cet appareil dont je lui vantais la vertu curative, car il devait, disais-je, allonger les nerfs et les muscles rétractés. Je l'ai constamment entretenu dans cette idée.

Après avoir enlevé l'appareil, j'ai recommandé de rester encore couché quelque jours, de se lever avec prudence, d'essayer ses forces, pour ne pas éveiller les sensations douloureuses; j'affirmai que tout était guéri, mais qu'il fallait aller graduellement et éviter toute fatigue. En procédant ainsi avec prudence, je suis arrivé à un résultat définitif. Chez une jeune fille atteinte de pseudo-coxalgie nerveuse opiniâtre datant de près de deux ans, j'avais essayé aussi la suggestion simple sans résultat définitif : très impressionnable et très peureuse, la jeune fille ne pouvait marcher sans régénérer la douleur par la peur. Mon collègue Weiss la vit avec moi et conseilla un appareil à extension qui devait aussi, selon lui, agir plutôt sugges-

422 HYl'iNOTlSME, SUGGESTION, rSYCllOTllÉlUPIE

tivement que mécaniquement. En procédant avec lenteur et évitant de réveiller par des exercices trop violents ou prématurés la sensibilité du membre, on arriva aussi, eu quelques semaines, à une guérison définitive.

Observation LXXV. — Sciatique gauche datant de quatre mois. — Guérisoji en six jours par suggestion hypnotique.

Geco, Nicolas, cinquante-neuf ans, journalier, entre à l'hôpital le 8 mars 1890, pour une sciatique. La maladie commença en novembre dernier par une douleur à la malléole externe gauche; celte douleur s'est étendue graduellement le long de la face postérieure de la jambe et de la cuisse jusqu'à la fesse. Le malade ■continue à travailler; le soir, dit-il, le cou-de-pied et la jambe sont enflés. S'il reste debout pendant une demi-heure, le pied enflerait. 11 a travaillé jusqu'à avant-hier. — Depuis le début, sensation de froid dans le membre. Quand il est au repos, il sent peu de douleurs et peu de fourmillements; quand il s'assied, c'est un engourdissement. Quand il est debout, il accuse des fourmillements dans la partie externe du pied; les douleurs s'exagèrent, elles sont lancinantes, et s'irradient de la fesse aux pieds, depuis le milieu de janvier. Depuis le même temps, il aurait quelquefois, pas plus d'une fois par jour, la sensation d'un coup de lancette dans le pouce et la moitié inférieure de l'avant-bras; un seul coup, survenant pendant qu'il travaillait. Le malade a toujours pu marcher.

Etat actuel. — Constitution sanguine. Tempérament mixte. Pas d'antécédents nerveux. Apyrexie. Urines 700. Densité 1,028. Les deux pieds sont froids et présentent quelques traînées bleuâtres. Les douleurs s'irradient jusqu'à la crête iliaque : sensibilité très •douloureuse à la pression de la fosse iliaque externe. Aucune douleur à l'émergence du sciatique. La douleur est surtout vive sur le sacrum, à la face externe de la cuisse, dans le creux poplité; pas •de douleur derrière la tête du péroné. Douleurs le long du bord interne du tibia, à la malléole externe; pas de douleurs.au dos du pied. Le malade marche bien; mais aussitôt qu'il s'assied, les fourmillements commencent. Le malade attribue sa maladie au fait •d'avoir travaillé dans l'eau pour le chemin de fer. Il n'accuse pas ■d'antécédents alcooliques; il a eu seulement des douleurs dans les reins ; il dit être un fort mangeur. Les urines sont assez chargées ■et je soupçonne de la diathèse unque. L'examen des organes ne jmontre rien d'anormal.

OUSEllVATION DE SCIATIQUE

10 mars. — Suggestion (sommeil profond): j'applique en outre un peu de collodion sur la jambe pour renforcer la suggestion

, par une pratique matérielle.

Le 11, il dit que les sensations de fourmillements ont beaucoup diminué. — Suggestion.

12. — Les fourmillements ont disparu complètement, le malade accuse une sensation de froid dans le membre, et à la pression on constate de la sensibilité le long du sciatique poplité externe.— Suggestion tous les jours.

14. — Les fourmillements ont complètement disparu. Les douleurs qui existaient encore un peu à la pression et spontanées sont beaucoup moins vives ce matin. La pression n'en détermine plus. 11 a bien dormi la nuit.

15. — 11 accuse encore une sensation douloureuse quand il marche, et une sensation de froid à la partie inférieure de la jambe.

Page 1