OBSERVATION DE SCIATIQUE
11 s'agit d'une sciatique, ou d'une névralgie dans le domaine du sciatique, caractérisée par le trajet de la douleur et l'engourdissement sans que cette douleur cependant présente les points douloureux précis, comme ils sont décrits. Sur cette sciatique se grelïent d'ailleurs des symptômes de neurasthénie locale ; la douleur au-dessous du coccyx, dans toute la région iliaque, et surtout l'anesthésie exactement limitée à la moitié de la face interne de la jambe, sont des symptômes qui ne correspondent à aucune distribution nerveuse. Le malade est d'ailleurs impressionnable : la suggestion a instantatément enlevé l'analgésie et réduit la maladie à quelques sensations douloureuses légères.
Observation LXXX. — Sciatique datant de un mois. — Guérison par suggestion en sept jours.
G... Louis, journalier, âgé de trente ans entre.à l'hôpital le 10 novembre 1889 pour une sciatique. II y a un mois sans cause connue, il a ressenti des douleurs dans le mollet et le pied et marchait plus difficilement. Ces douleurs étaient continues, lancinantes, avec exacerbation. Quelques jours après, ces douleurs se propagèrent jusqu'au rein. A la pression la douleur était réveillée à l'émergence du sciatique, au creux pophté, au mollet, à la malléole interne. Les douleurs ont augmenté tous les jours. — Pas de maladie antérieure.
Etat actuel. — Constitution bonne, tempérament mixte. Toutes les fonctions sont normales. Le malade n'a pu dormir la nuit à cause des douleurs.
Illes accuse à la région lombaire, et depuis le genou jusqu'au pied, à la partie postérieure de la jambe. On les constate à la pression, mais sans locahsation précise.
Suggestion en sommeil profond répétée tous les jours.
12 novembre. — Le malade va mieux, mais se plaint encore de ses douleurs. — Immédiatement après la suggestion, il ne ressent plus rien et marche bien. Les douleurs reviennent dans la soirée, mais moins intenses. — La nuit il dort bien.
13. — Après suggestion, disparition complète des douleurs. — Elles reviennent un peu dans la journée, mais moins intenses. — Guérison complète le 18 novembre. — Le malade quitte l'hôpital.
430 HYPNOTISME, SUGGESTION, PSYCriOTIlÊRAPIE
Observation LXXXI. - Sciatique droite datant de trois semaines Amélioration rapide et guérison graduelle par la suggestion.
Auguste G..., âgé de quarante et un ans, cordonnier entre à l hôpital le 3 jum 1890 pour une sciatique. L'afTeclion acommencé il y a trois semaines subitement par une douleur dans le mollet • 0 était un élancement violent-qui a failli le renverser. Depuis ilres' sentit toutes les vingt minutes environ deux à trois secousses douloareuses, mais supportables. Le lendemain à midi, il fut repris de douleurs plus fortes continues, et dut se faire porter chez lui par ses camarades. Il resta alité, se levait quelquefois, mais pour marcher il dut s'appuyer avec les deu.x mains.
Etant couché, il éprouvait une douleur permanente qu'il montre vers le milieu de la jambe, au niveau du bord postérieur du péroné, douleur s'irradiant jusqu'en avant de la malléole e.xterne comme si on lui broyait dit-il, les os du pied. Celaient des douleurs fulgurantes ne durant qu'un instant, revenant environ six fois par heure. Il ne pouvait dormir la nuit à cause de ces élancements qui le réveillaient au moment où il commençait à s'assoupir. Quand il marche, il sent des picotements remontant, dit-il, le long du nerf; il indique un trajet correspondant au bord postéro-externe delà cuisse jusqu'à l'échancrure sciatique. En se baissant, il se trouve soulagé. De plus, sensation de fourmillements, crampes, engourdissements dans le pied ; il était obligé pourlcs dissiper, de prendre les orteils et de leur imprimer des mouvements.
Le malade n'a suivi aucun traitement. Gomme antécédents, pas de maladies antérieures, quelques excès alcooliques qui ont laissé un tremblement assez marqué.
Elut actuel. — Constitution bonne. Tempérament mixte. Le malade marche le corps un peu incliné en avant, la jambe droite un peu en dehors et raide, faisant peu de mouvements dans le genou et le cou de pied. Il accuse la douleur dans la région indiquée de a jambe, et un point douloureux à l'échancrure sciatique. — Les autres fonctions sont normales. — Suggestion le 4 juin, sommeil profond. Au réveil il boite moins, fléchit moins difficilement le genou et le cou de pied, n'accuse plus de douleur, mais seulement une sensation de raideur dans le jarret,
5. — Le malade a bien dormi d'un trait, de neuf heures du soir à deux heures du matin, ce qu'il n'avait pas fait depuis trois semaines; il a été réveillé par les cris d'un enfant. A trois heures, après son réveil, il eut quelques élancements plus faibles, il n'en avait pas eu dans la journée d'hier, et n'en a pas eu ce matin: ac-
OnSEnVATION DE SCIATIQUE
luellemenl il ne sent rien. Chez lui, il ne restait jamais une demiheure sans en sentir. A la pression on détermine encore la sensibilité au niveau du péroné et an niveau du gaslro-cnémien ; pas de sensibilité sur le trajet du sciatique. — Suggestion.
Au réveil il marche très bien, n'accusant qu'un peu de raideur à la jambe.
6. — A lu suite de la suggestion, le malade n'a rien senti pendant toute la jo\irnée d'hier ; il n'y a plus de sensibilité douloureuse dans le mollet.
Vers 9 heures du soir, il a eu quelques élancements douloureux sur le dos du pied jusqu'à 10 heures; puis il s'est endormi jusqu'à 1 heure, s'est réveillé et n'a pu se rendormir à cause de petites douleurs. — Suggestion tous les jours.
7. — Journée bonne. Le soir, quelques élancements douloureux dans le mollet jusque vers 8 heures. S'est endormi (d'après la suggestion du matin) jusqu'à 4 heures. Actuellement ne sent plus rien, quand il est au repos. — Suggestion, .le fais marcher le malade pendant son sommeil. Au réveil, il marche bien, mais malgré la suggestion faite, il accuse encore une sensation d'élancemenis douloureux vers le mollet et la malléole pendant la marche. Je l'endors une seconde fois, j'applique la main sur les régions douloureuses, j'affirme énergiquement qu'il peut marcher sans aucune douleur. Au réveil, il n'a plus d'élancements et se trouve très bien.
Les jours suivants, le malade va bien, dort la nuit, n'accuse que quelques sensations douloureuses passagères le soir, soit vers le mollet, soit vers la malléole ou vers la fesse ; ce ne sont plus des élancements; il marche bien dans la journée sans douleur. Quelquefois un peu de fatigue. Je lui prescris une potion suggestive (cinq gouttes d'alcoolature d'aconit avec eau de mélisse) dont il devra prendre deux cuillerées la nuit au cas où une douleur l'empêcherait de dormir. Le 16 juin, à 11 heures du soir, ayant une douleur dans la malléole, il prend deux cuillerées et s'endort jusqu'à 2 heures du matin. Il prend encore deux cuillerées et se rendort jusqu'à 4 heures. Le 17, à 4 heures du soir, il sent une douleur au cou de pied droit et au péroné qui dure jusqu'à 7 heures du soir et cède à une friction suggestive. A 9 heures il prend deux cuillerées de la potion, dort jusqu'à M heures et se rendort après avoir pris deux nouvelles cuillerées.
Le 21, n'ayant plus eu de douleurs depuis deux jours, marchant bien et n'accusant plus actuellement de raideur dans la jambe droite, il demande sa sortie.
432 llYPiNOTISME, SUGGESTION, rSYCIIOTHERAPIE
La nature lancinante et fulgurante des douleurs, les fourmillements, les crampes, l'engourdissement concomitants accusent très bien une névralgie dans le domaine du sciatique, bien que la douleur n'eût pas le trajet défmi, ni les points caractéristiques signalés dans les livres. Ce fait est relevé dans presque toutes nos observations de sciatique.
La suggestion a enlevé rapidement les exacerbatious douloureuses intenses; mais les sensations douloureuses plus légères ont persisté encore une quinzaine de jours ou plus, comme dans plusieurs de nos observations.
Observation LXXXII. — Douleurs vives rhumatismales dans les reins et le membre inférieur gauche datant de un mois. — Giiérison par suggestion hypnotique en dix-huit jours .
V... (Joseph), âgé de quarante-neuf ans, journalier, entre à l'hôpital le 15 janvier 1889. Vers le lo janvier, il fut pris d'une douleur dans les reins qui se propagea graduellement dans la cuisse et la jambe gauche. A partir du 23 janvier, il fut obhgé de garder le lit, et depuis, n'a plus pu marcher.
Les douleurs étaient fortes, continues; depuis une semaine, il ne dort plus sans morphine. Elles sont surtout vives le long de la face externe de la cuisse, vers la face interne et sur la crête du tibia et dans les reins. Elles sont continues; sur le tibia, c'est une sensation de coups de marteau qui se répètent toutes les quatre à cinq minutes. Dans la cuisse, la douleur est sourde, continue, s'irradiant le long du membre comme si de l'eau s'y infiltrait, avec excerbations durant environ une minute et revenant cinq ou six fois par heure, d'autrefois, avec des intermittences de une heure. Dans les reins, ce sont des coups de lancettes descendant quelquefois le long de la face externe jusqu'au genou. Il n'y a pas de sensation de fourmillements ui d'engourdissement.
Le malade, assez bien constitué, couche dans une chambre dont le mur est humide, la jambe gauche tournée contre ce mur. Il a été traité sans résultat par les frictions laudanisées et l'antipyrine.
Le 15 février, hj^pnotisation et suggestion en sommeil profond. A son réveil, le malade a pu marcher, mettre le pied sur le sol, mais en boitant et se plaignant encore de douleur. 11 a eu des douleurs toute la nuit.
rSEUDO-SCIATIQUE RHUMATISMALE
Le 16, le malade marche beaucoup mieux. On constate de la sensibilité vers l'échancrure sciatique ; aucune douleur sur le trajet du sciatique ni au creux poplitc. Sensibilité dans la région du iascia lata. Pas de douleurs articulaires. Sensibilité sur le tibia.
— Suggestion. Au réveil, le malade marche sans douleur, en ne boitant que fort peu.
17. — Dans la journée, il n'a presque pas eu de douleurs. A dormi le soir de 8 à M heures. A partir de ce moment, le sommeil a été interrompu par des douleurs très fortes à la cuisse, surtout vers le muscle droit antérieur. Actuellement la douleur existe encore à l'échancrure sciatique.
18. — Hier, après suggestion, il a passé une bonne journée; a pu marcher. A eu le soir, à partir de 7 heures, de fortes douleurs jusqu'à 6 heures du matin. A dormi cependant par intervalles. — Suggestion.
19. — A eu, malgré la suggestion, des douleurs par intervalles dans la journée et dans la nuit. Sommeil fréquemment interrompu.
— Suggestion.
20. — Journée bonne. La nuit fortes douleurs par intervalles, surtout de minuit à 2 heures et demie. — Suggestion.
21 . — Journée bonne, nuit passable ; crise assez forte de minuit à 2 heures. — Suggestion.
22. — Idem. La crise de 11 heures à 2 heures de la nuit a été moins forte.