OBSERVATIONS DE SUGGESTION PAR MÉT.VLLOTHÊRAPIE ET MAGNÉTOTHÉRAPIE
Les observations qui précèdent montrent déjà des faits de suggestion médicamenteuse, électrique, instrumentale, etc. J'ajoute ici quatre observations de ce genre. Les trois derjiières ont été publiées par moi dans la Bévue médicale de l'Est, en 1881 et 1882, à une époque où je ne connaissais pas la suggestion et où j'attribuais aux aimants une action ■que je crois aujourd'hui purement suggestive.
•Observation C. — Troubles hystériques datant de deux ans. — Céphalalgie^ douleur abdominale, boule épigastrique, laryngismc. — Anesihésie. — Guêrison de la céphalalgie par une seule suggestion, de Cancsthésie par la métallothéi-apie suggestive.
Eugénie D..., âgée de trente ans, journalière, entre à l'hôpital le 19 mars 1889.
Mariée, mère d'un garçon depuis trois ans, ayant fait une fausse •couche il y a deux ans, elle est malade depuis sa première grossesse : pendant celle-ci, anorexie, vomissements continus; la «ouche a été bonne ; depuis elle est restée faible et a conservé une
MÉTALLOTIIÉRAPIE SUGGESTIVE
sensation de clou avec gontlemeal dans la gorge. La seconde grossesse fut moins mauvaise ; cependant elle vomit encore. Après la fausse couche elle a perdu beaucoup de sang pendant deux jours.
Depuis, faiblesse, céphalalgie. — Appétit conservé; digestion assez bonne, mais coliques pendant une heure après chaque repas. Après sa fausse couche, elle eut trois crises de nerfs qui ne se sont pas renouvelées. Les règles ne sont pas revenues. Pas de leucorrhée. Depuis sa première couche, elle a des ganglions volumineux au cou.
20 mars. — Face pâle, jaune, terreuse, un peu bouffie ; muqueuses décolorées. Apyrexie. Angine granuleuse légère. Ganglions hypertrophiés, comme un œuf, au-dessous des deux oreilles et des maxillaires inférieurs.
Respiration nette. Etat du cœur normal. Volume du foie et de la rate normal. On constate une sensibililé douloureuse dans la fosse iliaque droite ; quand elle a des coliques, elle accuse une sensation de boule qui remonte à l'épigastre, et de là au cou, avec strangulation. Elle digère bien ; n'a pas de diarrhée. Le nombre des globules blancs n'est pas augmenté.
On constate de l'analgésie générale; de l'anesthésie tactile, avec absence du sens musculaire dans les deux membres supérieurs. Au bras gauche, la sensibilité tactile reparait au-dessus de la tête de l'humérus. Sur le thorax, la sensibilité tactile est obtuse en avant ; la sensibilité à la température existe. Au dos, sensibilité obtuse; une pression légère n'est pas perçue; il faut appuyer la main pour qu'elle soit sentie ; la piqûre d'épingle n'est par perçue; à la face sensibililé obtuse; sensibilité à la douleur nulle. Idem sur l'abdomen. Anesthésie tactile sur les jambes; aux cuisses la sensibihté apparaît à une pression un peu forte.
A la plante des pieds, l'attouchement avec la main n'est pas perçue; la piqûre d'épingle ou un fort chatouillement sont perçus, mais sans douleur. Sens musculaire aboli aux jambes.
Première suggestion : Sommeil profond, le jour de son entrée. Depuis cette séance, la céphalalgie qui durait depuis trois ans et demi disparait complètement ainsi que la colique et la sensation laryngée.
Le 20 mars, j'applique une pièce de 5 francs sur le dos de la main droite sans faire de suggestion préalable et je la laisse pendant une demi-heure. La sensibilité ne reparaît pas. Alors je mets la pièce de b francs sur le dos de la main gauche, en annonçant ■à haute voix que la sensibilité allait reparaître en trois minutes
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sur la main et Tavant-bras. Au bout de trois minutes, en effet, la sensibilité tactile et à. la douleur était restaurée jusqu'au coude, le reste du corps conservant son anesthésie. Cela fait, j'endors la malade en sommeil profond et je restaure presque instantanément la sensibililé sur tout le corps.
La sensibilité se maintient. La céphalalgie a définitivement disparu. L'état général est considérablement amélioré par la suggestion continuée jusqu'au 2o mars, si bien que la malade demande sa sortie.
Ea résumé, une jeune femme a des troubles hystériques consécutifs à une fausse couche, depuis deux ans ; la céphalalgie datait de trois ans et demi; une sensibilité douloureuse de la fosse iliaque droite, une sensation de boule épigastrique, et de strangulation, de l'analgésie géjiérale, avec anesthésie complète des membres supérieurs coml)lètent la névrose. La première suggestion supprime définitivement la céphalalgie et le laryngisme. La métallothérapie, agissant uniquement par suggestion, a restauré la sensibilité.
Observation CL — Hémiplégie avec hémi-anesthêsic sensitivo-sensorielle depuis quatre ans. — Guérison graduelle en quelques jours par les aimants.
Marie-Françoise B..., chiffonnière, âgée de cinquante-cinq ans, entre au service au commencement de décembre 1880. Habituellement bien portante, elle a été frappée, il y a quatre ans, d'une attaque d'apoplexie. Un jour qu'elle étendait les bras pour suspendre du linge, elle ressentit des fourmillements dans le membre supérieur droit, partant du doigt et remontant vers l'épaule, et un grand sentiment de faiblesse dans ce membre qui resta parésié; en même temps, étourdissement, vertige, titubation; elle put toutefois continuer son travail. Trois semaines plus tard, montant un escalier, une hotte sur le dos, elle eut un vertige qui, au bout de quelques secondes, fut suivi de perte de connaissance. Transportée à l'hôpital de Metz, elle y serait resté pendant six mois sans avoir sa conscience, avec selles et urines involontaires ; de plus, aphasie: durant plusieurs mois, elle aurait conservé une certaine difficulté à trouver et à articuler les mots. Au bout de
MAGNETOTIIÉRAI'IE
huit mois, elle sortit de l'hôpital de Melz, traînant la jambe. La sensibilité du côté droit est restée abolie depuis cotte époque; le
pied droit marchait comme sur de l'étoupe; la malade sentait des fourmillements à sa plante.
Elle affirme aussi que la vue, l'odorat, le goût, l'ouïe sont abolis de ce côté depuis ce moment.
Elle put reprendre l'état de chiffonnière, tant bien que mal, ayant de temps en temps, tous les ans pendant un mois, dit-elle,
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quelques symptômes cérébraux, céphalalgie, verliges, obnubilallon intellectuelle.
Il y a quinze jours, elle aurait eu quelques frissons légers se répétant tous les jours, sans perte de connaissance; mais elle marcherait moins bien depuis cette époque.
Etat actuel. — Le 8 décembre, on constate : constitution moyenne, apyrexie, pouls régulier, normal. Traits de la face un peu déviés, à gauche; pointe de la langue un peu déviée à droite. La force musculaire est notablement amoindrie dans le membre supérieur droit; la malade fléchit et étend la main avec hésitation, parvient à porter sa main à la bouche pour manger, mais ne peut la mettre sur la tête. Le pied droit est un peu atrophié ; sauf quelques mouvements d'extension et de flexion du gros orteil, les mouvements des autres orteils sont abohs. Ceux de la jambe sur la cuisse se font bien, mais lentement et par glissement, le pied restant appuyé contre le lit. Ceux de la cuisse se font bien. Pas de contracture ni de réflexe tendineux. Hémi-aneslhêsie complète de toute la moitié droite du corps; sens tactile, sensibilité à la température, à la douleur et sens musculaire sont abolis; d'où un certain état cataleptiforme des membres droits quand on les soulève; les yeux de la malade étant fermés, la malade ne sait pas si la main ou la jambe sont au lit ou en l'air.
Aneslésie des sens spéciaux. — La vision, examinée par notre collègue, M. Charpentier, le 12 décembre, donne les résultats sui-
vantsiŒil droit : acuité visuelle, ; les doigts sont comptes à
20 centimètres ; la malade ne peut lire de ce côté ; champ visuel rétréci mesurant 10 centimètres en dedans, 18 centimètres en dehors. Œil gauche: acuité visuelle, j^; la malade peut lire de cet œil et distingue les lettres à 30 centimètres. Le champ visuel rétréci aussi de ce côté, mais à un moindre degré, offre de plus une hémiopie nasale partielle ; il mesure du côté externe 30 centimètres. (Voirie périmètre.) En résumé, ambbjopie croisée du côté de l'hémiplégie hémiopie nasale partielle du côté de la lésion. — Ouïe complètement abolie à droite ; à gauche tic tac d'une montre perçu à 20 centimètres. — Olfaction abolie à droite, intacte à gauche. — Sensibilité tactile et gustative abolies sur la moitié droite de la langue.
Tel était l'état de cette malade quand, le 9 décembre, au soir, je fis appliquer deux longs barreaux aimantés, l'un sur la jambe, l'autre sur la cuisse, le .pôle négatif en bas {['•°séa7ice d'aimant). Le lendemain, après Ib heures, aucune modification n'était appa-
MAGNÉTOTIIÉRAPIE
renie, la sensibilité restait abolie. Le malade accusait des mouvements involontaires du membre pendant la nuit.
Le 10 décembre, deuxième séance : aimant contre la cuisse et la jambe, pendant quinze heures, la nuit, de 6 heures du soir à 9 heures du matin. On constate le 11 que la sensibilité est revenue sur le pied jusqu'cà deux centimètres au-dessus de la malléole, sensibilité tactile, à la douleur, à la température, et sens musculaire ; la malade sait où est son pied (au lit ou en l'air), mais ne sait où est sa jambe ni où sont les autres membres encore anesthésiés; elle accuse aussi depuis l'application de l'aimant des fourmillements dans le talon et dans tout le pied. Enfin, elle remue les orteils, les fléchit et les étend, ce qu'elle ne pouvait faire auparavant; elle fléchit aussi mieux son genou.
Le 11 décembre, troisième séance : même application de 6 heures du soir à 9 heures du malin. — A 6 heures et demie, sensibilité jusqu'à lo centimètres et demi au-dessus des malléoles. Le lendemain, sensibilité et sens musculaire revenus jusqu'à trois travers de doigts au-dessus du tord supérieur de la rotule dans toute la circonférence du membre, plus parfaite à mesure qu'on se rapproche des orteils. Mouvements des orteils, du pied, du genou plus faciles. Fourmillements douloureux toute la journée, dans le pied.
De plus retour de la sensibilité dans la main et l'avant-bras jusqu'à deux travers de doigts au-dessus du poignet, force musculaire accrue et précision des mouvements plus parfaite dans ces parties qui n'ont pas été en contact avec l'aimant. Les autres régions restent anesthésiées. Mensuration à l'esthésiomètre: deux points perçues sur la cuisse gauche à quatre centimètres, nulle à droite. — Sur jambe, au-dessus de la malléole gauche, 1 centimètre; droite 4 centimètres. — Dos du pied gauche. 6 millimètres; droit 2 centimètres et quart. — Plante du pied, moitié postérieure gauche, 7 millimètres ; droite 2 centimètres. — Orteil gauche 6 millimètres; droit 1 centimètre et demi. — Main gauche : dos, 1 centimètre et demi; droite 6 centimètres. Paume gauche, 1 centimètre ; droite 1 centimètre trois quarts.
La sensibilité, bien que moindre encore à droite, est donc plus parfaite aux extrémités.
Le 12 décembre, quatrième séance : une barre aimantée est appliquée sur la cuisse, l'autre sur le côté droit de la face, le pôle positif à la tempe. Je pôle négatif contre la poitrine, touchant le troisième espace intercostal. Le lendemain, sensibilité revenue à la cuisse depuis le genou jusqu'à trois centimètres au-dessous de l'arcade crurale, mais peu intense et encore accompagnée d'analgésie
vers la racine du membre. - A l'avant-bras, sensibilité jiicqu'à ^0 centimètres au-dessus du poignet; sensibilité au niveau de la partie supérieure du trapèze, dans une hauteur de trois centimètres environ, dans la moitié postéro-latérale du cou, et dans la région deltoïdienne jusqu'à 4 centimètres au-dessous delà clavicule: sen- ■sibililé obtuse à la tempe droite. Anesthésie des sens et des autres régions persistante.
Le 13 décembre, cinquième séance : aimant appliqué pendant la journée sur la face. Le soir, sensibilité revenue sur la joue et la partie antérieure du thorax jusqu'au mamelon. La malade ressent des bruissements crorcille, entend le bruit du îerel accuse dans l'œil droit des sensations comme si elle ^pleurait et que l œil remuât. Le lendemain 14décembre, l'aimant étant resié vingt-quatre heures en place, sensibilité à la face, parfaite dans tout le côté, sauf sur la ligne médiane et à deux centimètres en dehors, où elle est obtuse : sensibilité au crâne, au thorax, jusqu'à Taine. à la face antérieure du bras jusqu'à 9 centimètres au-dessous de l'acro- •mion.
Persistance de l'aneslhésie à la parlie du crâne qui est en ar- Tière de de l'apophyse masloide, à la face postérieure du bras, de l'avant-bras jusqu'à 9 centimètres au-dessus du poignet, au dos et à la face postérieure du tronc. Force et précision des mouvements "augmentés, la malade ouvre seule sa tabatière, ce qu'elle ne faisait pas depuis longtemps. Audition revenue à droite : tic tac de la 'montre perçu à 10 centimètres à droite, à V6 centimètres à gauche. Vision améliorée : dit voir plus nettement les carreaux de la chambre. Sensibilité tactile et olfactive à droite. — La muqueuse linguale yeste anesthésièe et ne perçoit pas le goût de la coloquinte.
Le 14 décembre, sixième séance : une barre appliquée contre la face, l'autre entre le bras et l'aisselle. Le lendemain, sensibilité dans tout le bras, la face, le crâne, la nuque, les membres inférieurs, obtuse sur l'abdomen, nulleà la face postérieure du tronc. L'oreille droite perçoit le tic tac à 14 centimètres, comme la gauche: un petit bruit sec du marteau sur le plessimètre perçu à 40 centimètres hier est perçu à 2 mètres aujourd'hui. — L'œil voit mieux, compte les doigts à une distance de 3 mètres, lit très bien des lettres de 2 centimètres de hauteur. Le champ visuel a augmenté, il est de lo à 20 centimètres; l'hémiopie gauche a disparu. Olfaction persistante; anesthésie du goût.
Le Ib décembre, septième séance : aimant sur côté droit de la face et l'abdomen. Le lendemain 16 décembre, la sensibilité a reparu sur le côté droit de l'abdomen, à la face postérieure du tronc, de
MAGNiÎTOTnÉILVPIE
la rlernière côte jusqu'à la région rénale : «^tuse a la nuque pr^^^^^ que nulle au dos jusqu'au bord postérieure de 1 aisse l e. L ore. o perçoit le tic tac à 32 centimcres à gauche, 3b a droite. Lœ.llit à 22 centimètres de distance des lettres de b millimètres de hauteur. Suppression des aimants.
Malgré cette suppression, la sensibilité continue à se perfectionner et à se répandre snrle tronc.
Le 17, sensibilité revenue au dos ; toutes les parties du corps sont sensibles. L'ouïe s'est encore améliorée ; tic tac de la montre perçu à 46 centimètres. Acuité visuelle mesurée par M. Charpentier i- adroite, - à gauche. Lit à 44 centimètres de distance. Péri-
mètre: 2;; à 30 centimètres à droite. A gauche, Phémiopie a disparu : 20 à 2b centimètres en dedans, 30 centimètres en dehors. — Olfaction parfaite ; la malade prise de nouveau avec la narine droite, ce qu'elle ne faisait plus depuis plus de quatre ans. La muqueuse linguale seule reste insensible aux impressions tactiles et gustatives dans sa moitié droite.
La malade se plaint seulement de picotements et fourmillements douloureux remontant des orteils vers la racine du membre : ces mêmes fourmillements existent sur le crâne et à la face du côté droit.
Le résultat obtenu se maintient et s'est maintenu jusqu'à ce jour depuis deux mois; le champ visuel, mesuré le 29 décembre, est resté aussi étendu, ainsi que l'acuité» visuelle; la maladelit à l-^.SO, l'acuité visuelle est le quart de la normale. L'olfaction et l'audition se sont maintenues.
Nous avons attendu plusieurs jours avant d'agir sur la langue pour rétablir la sensibilité guslalive qui seule restait absente. Elle n'est pas revenue spontanément. En vain, le 22 décembre, nous avons appliqué sur la muqueuse linguale de l'écorce de quinquina qu'elle a conservée pendant une journée (hydrothérapie) pour faire appel au goût; l'anesthésie sensitive et sensorielle resta absolue.
Enfin, le 29 décembre, 12 jours après la restauration des autres sens; olfactif, visuel et auditif, nous avons confié à la malade un petit aimant en fer à cheval, l'invitant à le mettre sur la langue : ce qu'elle fit sans paraître beaucoup s'en soucier. Au bout de quelques heures, la fonction était rétablie. Le goût de la coloquinte est perçu aussi bien à droite qu'à gauche, et ce résultat aussi s'est maintenu.
i7i HYPNOTISME, SUGGESTION, PSYCHOTHÉRAPIE
Eii résumé, une hémianesUiésie sensitivo-sensorielle liée à une hémiplégie de cause organique datant de quatre ans a été guérie totalement par les aimants. La nature organique de l'affection semble incontestable. Est-ce un foyer hémorrhagique ? Est-ce un foyer de ramollissement embolique ? La multiplicité des attaques (deux ou trois) les symptômes précurseurs, fourmillements, vertiges, etc., sont en faveur d'embolies. Il y a lieu de penser que plusieurs projections emboliques ont eu lieu dans le domaine de l'artère sylvienne gauche ; l'une, pénétrant dans une ou quelques branches corticales, a déterminé un foyer intéressant directement ou par voisinage le pied de la troisième circonvolution frontale ou le lobule de l'insula, de là l'aphasie passagère (si aphasie réelle il y a eu, comme la malade l'afTirme) ; en tout cas, les troubles intellectuels proloagés semblent accuser une ramollissement assez étendu de l'écorce. Une autre de ces embolies aurait pénétré dans une des artères lenticulo-optiques déterminant un ramollissement (lu tiers postérieur de la capsule blanche, de cette région que Charcot appelle un carrefour sensitif, par où passeraient les faisceaux de la sensibilité générale et ceux qui vont aux organes des sens du côté opposé du corps ; région dont la lésion détermine l'hémi-anesthésie sensitivosensorielle. Je n'insiste pas davantage sur le diagnostic qui n'est pas susceptible d'une démonstration rigoureuse ; la seule chose certaine et incontestable, je [le répète, c'est que l'hémi-anesthésie était liée à une lésion [organique du cerveau et que l'aimant l'a guérie.
Peut-on expliquer cette guérison ? J'accepte volontiers la théorie de M. Debove. Les impressions sensitives dans le cerveau suivent habituellement un trajet déterminé par le tiers postérieur de la capsule blanche interne. Mais on psut admettre que les fibres sensitives de l'encéphale présentent comme celles de la moelle, bien qu'à un moindre degré, une conductibilité indifférente. Ne sait-on pas que dans la
MAGNÉTOTIIÉRAPIE
moelle, pourvu que la substance grise ne soit pas complètement détruite ou une région et qu'un pont subsiste entre le segment inférieur et le segment supérieur, les impressions passent par ce pont, et la sensibilité persiste au-dessous. « La transmission des impressions, dit Vulpiau, ne pouvant plus se faire par la route habituelle, se poursuit par des voies de traverse, jusqu'à ce que, par l'intermédiaire de ces voies, elles puissent gagner leur chemin ordinaire à une distance plus ou moins grande des points ou elles ont dû le quitter. On peut, par analogie, ajoute Debove, admettre que dans l'encéphale les impressions suivent d'habitude certaines voies : lorsque ces voies sont interrompues par le fait d'une lésion, les impressions peuvent prendre des voies collatérales, des chemins de traverse, mais il faut les ouvrir : une excitation produite par l'aimant est suffisante pour frayer aux impressions venues de la périphérie une route qui ne leur est pas habituelle. » J'ajoute : l'aimant est esthésiogène parce qu'il augmente la tension de l'influx nerveux sensitif. L'anesthésie existe parce que les mouvements moléculaires, vibratoires ou autres, transmis de la périphérie des nerfs dans leur direction centripète, arrivés à une certaine région des centres nerveux, par exemple dans la capsule blanche interne, trouvent leur route interrompue par la lésion. L'aimant appliqué à la périphérie augmente la force, l'activité de ces mouvements, si bien qu'ils finissent par se frayer un passage à travers des voies nerveuses non altérées jusqu'au siège de leur perception.
Je reviens maintenant aux faits particulièrement observés chez notre malade et je souligne les suivants :
l" L'application de l'aimant a dû être prolongée et répétée ; une première séance de quinze heures est restée inefficace ; quatre séances de quinze heures ont été nécessaires pour ramener la sensibilité dans le membre inférieur seulement ; 2" La sensibilité est revenue dans la main et le poignet.
i76 HYPNOTISME, SUGGESTION, PSYCriOTllfiRAPIE
alors q;îe lV.imau[ était appliqué su^- le nibnibre inférieur • mais elle ne s'est éteodne plus loin à l'avant-bras et au bras que par l'application directe ;
3° La sensibilité a commencé à reparaître vers l'extrémité du membre, contrairement à ce qu'ont observé Proust et Ballet ;
4° L'aimant appliqué sur la face n'a ramené la sensibilité tactile et sensorielle qu'après la seconde séance ;
L'application des aimants étant suspendue après sept séances prolongées (de 13 à 24 heures chacune), la sensibilité a continué les jours suivants à s'étendre sur le tronc et à se perfectionner sur le corps et dans les sens spéciaux;
6° La force musculaire a augmenté ainsi que la précision et l'étendue des mouvements à la suite du retour delà sensibilité ;
7' La sensibilité tactile et gustative du côté droit de la langue a résisté à l'application de l'aimant sur la face; un petit aimant mis en contact avec la langue l'a restaurée;
8° Des fourmillements dans les membres, des picotements douloureux se sont manifestés pendant l'application de l'aimant et ont persisté plusieurs semaines à la suite ; •des bourdonnements d'oreille, une sensation particulière dans l'œil ont été ressentis passagèrement, l'aimant étant sur la face
Observation CH. — Affection cérébelleuse depuis prés de 'neuf ans. — Titubation vertigineuse, pendant la marche, avec obnubilation par mouvements de la téte sur te rachis.— Hémianesthôsie sentivo- sensorielle gauche depuis deux ans. — Disparition de ces symptômes par les aimants. (Recueillie par M. Ganzinotty, interne du service.)
X..., serrurier, âgé Je quarante-neuf ans, est un homme grand, fort, athlétique. Il entre au service le 18 janvier 1881 aprèsy avoir
* Je laisse ces commentaires tels que je les avais ajoutés à celle observation et aux deux suivantes en 1881, avant que je ne connusse la suggestion. L'action que j'attribuais à une vertu inhérenle aux ai- ■ mants, je la considère aujourd'hui comme purement suggestive.
"MAGiNÉTOTUÉUÂl'lE
déjà été, il y a plusieurs années. Son alTection remonte au mes de mai 1872 et débuta sans cause connue par des éblouissements et des vertiges revenant par intervalles et rendant la marche chancelante. .
Le 5 septembre, ayant du malaise, de l'inappétence, il se mit au lit; le lendemain on ne le vit pas descendre de sa chambre, et on le trouva couché sans connaissance dans son lit. Transporte a 1 hôpital Saint-Charles, il y resta douze à quinze jours prive de sens et de paroles, selles et urines involontaires. Puis l'intelligence revint ; il n'avait pas d'hémiplégie, mais un sentiment de faiblesse dans les jambes, des verliges fréquents, de la titubation pendant la marche et de la céphalalgie occipitale qu'il définit ainsi : il sentait comme trois coups violents frappés au niveau de la région occipitale gauche, déterminant une douleur très vive et passagère; après un calme d'une demi-heure, la douleur réapparaissait avec les mêmes caractères : pas d'autres symptômes. 11 quilla l'hôpital le 1" novembre, rentra chez lui, tomba plus de six fois en route, après avoir senti des vertiges et des éblouissements.
Après une amélioration de quelques mois, troublée néanmoins par les verliges, les éblouissements, la titubation, la céphalalgie occipitale, le malade se sentit mal à son aise et se coucha le i^'- mars 1873, il ne perdit pas connaissance, mais dut garder le lit à cause des vertiges; dans la journée, vomissements bilieux abondants. Ramené à l'hôpital Saint-Charles au service de M. Parisot, il y resta jusqu'au mois d'octobre 1873. L'intelligence était intacte, la mémoire nette ; aucune paralysie. Il se plaignait surtout de céphalalgie occipitale et de vertiges. La première n'avait plus le caractère intermittent aigu ; c'était une douleur moins vive, mais s'irradiant de la région occipitale gauche à la région frontale correspondante; les vomissements continuèrent longtemps. Quand l'état du malade se fut améhoré, il put se lever, mais la démarche était titubante, la tête inclinée sur le tronc, le corps courbé en arc: il était invinciblement porté vers le côté gauche, et présentait souvent un mouvement de manège, tournant une fois, et quelque fois deux et même trois fois sur lui même avec sensation d'éblouissements et de vertige. A cette époque, il perdit aussi la vision du côté gauche. 11 avait été soumis déjà à un traitement hydrargyrique ; il prit de l'iodure de potassium ; un selon fut appliqué sur la nuque et il le conserva pendant plusieurs mois.
U rentra chez lui, au mois d'octobre 1873, et depuis est resté sujet aux vertiges et à la céphalalgie occipitale ; il n'eut plus de vomissements, mais la démarche resta chancelante; il était tou-
m HYPNOTISME, SUGGESTION, PSYCIIOTHlÎRAriE
jours porté à marcher comme un homme ivre, du côté gauche le corps courbé en avant, la tête raide. Ces troubles variaient d'intensité, mais ne l'ont jamais quitté complètement; jamais depuis 1873 il n'a pu descendre un escaher sans se tenir à la rampe • son attitude ressemblait de plus à celle des sujets atteints d'arthrite cervicale :1a tête raide sur les épaules : il évitait de la fléchir, de l'étendre ou delà tourner, car le moindre de ces mouvements déterminait un sentiment de vertige, d'obnubilation de la vue, suivi de chute immédiate ; aussi ses camarades d'atelier l'appelaient l'homme d'une inêce, parce qu'il se retournait tout d'une pièce, ne pouvant tourner la tête indépendamment du tronc. Enfin il 'y a plus de deux ans, le malade a constaté que la peau du membre inférieur gauche était insensible ; il la pressait avec la pince sans la sentir. Ajoutons que la santé générale ne s'est nullement détériorée, depuis neuf ans que durent ces troubles fonctionnels. Comme antécédents, le malade n'accuse qu'une blennorrhagie ancienne, aucun accident vénérien, aucun excès alcoolique. Depuis le début de l'alTeclion, le malade n'a plus d'érection. Rentré à l'hôpital le 18 janvier 1881, il est soumis de nouveau à un examen clinique. Il présente:
1° De la céphalalgie occipitale, qui a plusieurs fois changé de caractère et se traduirait actuellement par la sensation de coups de marteau allant de la région occipitale à la région frontale, plus ou moins douloureux, le réveillant souvent pendant la nuit, coups de marteau se continuant pendant environ une minute et se répétant cinq ou six fois, ou plus dans les vingt-quatre heures. Une céphalalgie continue persiste souvent dans l'intervalle ;
2" Des vertiges à l'occasion des mouvements; il tient la tête raide, immobile avec ses mains, quand il s'assied ou se retourne ; levé, il chancelle, sa marche est titubante, comme celle d'un homme ivre; il est entraîné légèrement à droite ou à gauche, sans ataxie, ni propulsion, ni rétropulsion;
3° Une héraianeslhésie incomplète du côté gauche. Au membre inférieur, analgésie et sensibilité tactile très obtuse; la plante du pied sent la résistance du sol, mais moins nettement qu'à droite; il faut écarter les pointes du compas de 26 centimètres à la cuisse, de 32 à la jambe pour lui faire percevoir deux sensations distinctes. La sensibilité thermique y est obtuse; le sens musculaire (notion de la position du membre) y est perdu. Le membre inférieur droit a conservé sa sensibilité; deux sensations perçues à la cuisse il 6,7; au mollet à 12,5; à la face interne de la jambe à 5,5.
Sur l'abdomen, analgésie, sensibilité tactile obtuse à gauche; à
MAGNÉTOTUÉRAPIE
droite, deux sensations à 6 centimètres; sur le thorax a gauche, la sensibilité existe, mais diminuée ; deux sensations a 8,b a gauchie , à -i 5 à droite; sur le dos, sensibilité obtuse, analgésie a gauclie. Sur le membre supérieur, sensibilité conservée dans tous ses moaes, mais diminuée, sauf à la main, où elle est presque égale des deux côtes; deux sensations au bras droit à 7,5, gauche à 14; avantbras droit à 5.5, gauche à 11. Paume de la main droite a l, gauche 1,5; dos de la main droite et gauche à 2,5 ; pulpe des doigts, droite et gauche, à 0,4. Enfin à la face, sensibiUlè conservée égale des deux côtés.
Sensibilité spéciale: gustation et sensibilité tactile abolies a gauche, goût de la coloquinte non perçu. Odorat aboli a gauche (odeur de vinaigre non perçue) sensibilité tactile de la piluiLaire très amoindrie.' Le malade entend très bien sans qu'on élève la voix ; mais le tic tac de la montre n'est perçu des deux côtés qu'à deux à trois centimètres de distance. La vision du côté gauche est diminuée ; l'œil distingue les couleurs, lit à une petite dislance de grandes lettres : à l'ophtalmoscope, on constate une opacité ^au centre du cristallin; acuité visuelle mesurée par M. Charpentier ; œil droit normal.
4° Diminution de la' force musculaire à gauche. Cette force, mesurée au dynamomètre, est pour la main droite 45, pour la main gauche, 23.
Le malade ne peut pas lléchir la jambe gauche sur la cuisse au delà de l'angle droit; la flexion et l'extension des orteils, celles du pied sur la jambe se font avec une certaine résistance que le malade compare à celle du caoutchouc. Des poids étant suspendus par une corde passée autour du cou-de-pied de X..., assis au bord du ht, les jambes pendantes, le pied droit soulève 7 kilogrammes jusqu'à la position horizontale de la jambe; le pied gauche soulève 6 kilogrammes à la moitié de la hauteur précédente et 7 kilogrammes à peine à quelques centimètres du sol, et les laisse tomber presque immédiatement.
Le 25 janvier, à 10 heures du malin, application de la barre aimantée contre le côté gauche de la face, le pôle négatif en haut. Vers 2 heures, le malade a, pendant vingt minutes, une sensation qu'il ne peut définir à la région occipitale gauche.
Le 26, après vingt-quatre heures d'application de l'aimant, le malade est tout étonné, quand on l'enlève, de pouvoir tourner la iûle à droite et à gauche, la fléchir, l'étendre, sans ressentir de vertige, nid'obnubilation de la vue, ce qu'il ne pouvait pas faire depuis 1873.
llYl'iNOTlSME, SUGGESTION, PSYCHOTHÉRAPIE
Il marche droit et sans vertige; mais l'anesthésie plantaire gauche et la faiblesse du membre persistent ; il sent la plante peu assurée sur le sol, comme sur du caoutchouc, dit-il ; l'anesthésie sensorielle persiste au même degré, ainsi querhcmianesthésie sensitive. L'œil gauche compte le nombre des doigts à 75 centimètres de distance. — Deuxième séance : application de l'aimant sur la jambe et la cuisse gauche à 10 heures du matin. A 3 heures, la sensibilité revenait par places, un peu partout, pas plus au pôle négatif qu'ailleurs.
Le 27, aimant resté vingt-quatre heures en place. Sensibilité et sens musculaire restaurés dans le membre ; deux sensations distinctes à 6 centimètres à la face antérieure de la jambe gauche comme à droite ; à 7,o à la cuisse gauche, 6,7o à droite; les mouvements des orteils sont plus faciles. Pas de changement au membre supérieur. Application de l'aimant sur le bras et l'avantbras. Dans la nuit, douleur occipitale vive qui l'empêche de dormir.
Le 28, la douleur occipitale a cédé à une injection de morphine; la sensibilité tactile, mesurée à l'esthésiomètre, le 29, est presque égale des deux côtés. Gauche : face dorsale de l'avant-bras, 6,5 ; droite 5 centimètres : gauche : paume de la main, 5 miUimètres; droite, 5 millimètres: gauche: plante du pied (transversalement), 4,2; droite, 3,5; l'ace antérieure de la jambe gauche, 12 centimètres; droite, 10. Le malade, qui ne pouvait pas fléchir la jambe au delà de l'angle droit, la fléchit complètement; la flexion et l'extension des orteils sont plus faciles. — Quatrième séance : application de l'aimant en fer à cheval sur le côté gauche de la face, le pôle négatif vers l'oeil, le positif vers l'oreille pendant vingt-quatre heures.
Le 30, le malade compte le nombre des doigts à 23 centimètres au lieu de 76 ; le goiit est revenu à gauche ; la coloquinte est perçue, moins bien qu'à droite ; l'odorat est revenu aussi. II peut tourner la tète plus facilement. — Cinquième séance : application de l'aimant à la même région de 6 heures du soir à 9 heures du matin.
31. — Douleur sourde du synciput à la région frontale droitedepuis 2 heures du matin. L'œil gauche compte les doigts à l'",30. Force dynamométrique; main droite, 44; main gauche, 33. La sensibilité restaurée se maintient. Le malade a pu descendre l'escalier hier sans se tenir à la rampe, ce qu'il ne pouvait faire depuis 1873.
Les jours suivants, la force musculaire continue à augmenter;, le 4 février, le dynamomètre de Mathieu donne 45 à droite, 41 à
MAGNÉTOTIIÉRAPIE
gauche (un nouveau dynamomètre de Colin donne 56 et 42, le
8 février, b9 et 46). L'acuité visuelle augmente aussi; mesurée le
9 février, elle est de au lieu àe ; le malade distingue une clef à 76 centimètres ; le 26 janvier, il ne la distinguait qu'à 28 centimètres.
La force musculaire du membre inférieur gauche est accrue ; le 22 février, il soulève 7 kilogrammes avec le pied gauche jusqu'à la position horizontale de la jambe et la maintient pendant vingt secondes; avec le pied droit il soulève le même poids et le maintient pendant vingt-quatre secondes. L'ouïe reste telle qu'elle était. Les auli'cs sens se maintiennent ; les mouvements des doigts et du cou-de-pied présentent encore un certain degré de raideur due peut-être à la démarche particulière que le malade a dû garder pendant huit ans, marchant avec précaution d'une pièce, ne sentant que peu le sol, évitant de fléchir et d'étendre les articulations du pied; ces mouvements deviennent de jour en jour plus souples, grâce à l'électrisalion induite faite tous les jours avec les électrodes humides.
Une douleur plus vive que celle existant d'habitude avait succédé à l'application de l'aimant dans la région occipitale; céphalalgie gravative s'irradiant à la région frontale droite, continue et ne cédant que passagèrement à la morphine. L'aimant en fer à cheval, même de très fort calibre, appliqué pendant plusieurs jours, du 1"^'' au 4 février, loco dolmti, reste ineflicace contre cette douleur. Le 26 février, application d'un courant continu, pôle positif, à la protubérance occipitale, négatif à la région frontale, à M heures du matin; dans la nuit, la céphalalgie frontale a disparu et la douleur se localise à la protubérance.
Une nouvelle application du courant (huit éléments), pôle positif au synciput, négatif à la nuque, est suivie, au bout de quatre heures, de la cessation complète de la douleur; elle reparaît encore légère le 11 février, mais cède de nouveau au courant continu et n'a plus reparu depuis. Ajoutons enfin que les érections, supprimées depuis plusieurs années, ont reparu depuis l'application des aimants. Quand le malade se réveille le matin dans son lit, le pénis est en érection, ce qu'il n'était plus depuis 18';3. 11 dit n'avoir pas eu de relations sexuelles depuis plusieurs années ; les désirs génésiques éteints n'ont d'ailleurs pas reparu.
En résumé, chez un homme de quarante-neuf ans, symptômes d'affection cérébelleuse datant de neuf ans,
482 HYPNOTISME, SUGGhiSTiON, I-SYCHOTllIÎUAI'lE
attaque apoplectiforme, céphalalgie occipitale, titubation, vertige au moindre mouvemement de la tête sur le rachis: hémianesthésie depuis deux ans, sensitivo- sensorielle. Un aimant sur la lace dissipe d'abord le vertige; puis restaure la sensibilité sensitivo-sensorielle. Restauration graduelle de la sensibilité sur le tronc et les membres gauches par les aimants et augmentation de la force musculaire.
N'est-ce pas une chose étrange, et presque merveilleuse, de voir une affection aussi grave, des symptômes aussi complexes, de la titubation et un vertige datant de plus de sept ans, qui avaient résisté aux traitements les plus énergiques, céder en quelques heures à l'application d'un morceau de fer aimanté?
A quelle lésion avions-nous affaire? Dans l'état actuel de nos connaissances physiologiques, il est impossible de formuler un diagnostic précis, et les observations de ce genre sont propres à rendre modestes les physiologistes et à montrer que les progrès sérieux réalisés ces dernières années dans l'étude des centres nerveux sont peu de chose relativement à ce que nous ignorons encore. En attendant de nouveaux faits une lumière plus complète, nous pouvons admettre l'existence très probable d'une affection cérébelleuse. La céphalalgie occipitale, les vomissements du début, la titubation, le vertige, sont en effet les symptômes notés dans les lésions du cervelet. Reste l'hémianesthésie gauche sensitivo-sensorielle avec la faiblesse musculaire ou parésie, et une certaine rigidité des deux membres; ces symptômes de date plus récente ne peuvent plus s'expliquer par une lésion cérébelleuse; celle-ci laisse, en effet, la sensibilité intacte. La propagation de la lésion à la protubérance ou à un pédoucule cérébral ne suffit pas non plus à l'interprétation de ces faits; car l'hémianesthésie par lésion mésocéphalique ou du pédoncule ne paraît pas intéresser le domaine du nerf olfactif, qui l'est dans notre cas.
SYMPTOMES CÉRÉBELLEUX
Faut-il admettre, outre le foyer cérébelleux ancien, urt' second foyer plus récent qui intéresserait particulièrement le tiers supérieur de la capsule blanche interne?
Telle est, ce nous semble, la seule opinion conciliabl& avec les idées doctrinales généralement admises.
Signalons maintenant quelques faits intéressants relatifsà l'influence thérapeutique.
Le premier effet de l'aimant fut de dissiper le vertige. Après vingt-quatre heures d'application de l'aimant, le malade tourne la tête et la meut dans tous les sens, sans vertige ni obnubilation de la vue, ce qu'il ne pouvait faire depuis sept ans.
Comment expliquer ce phénomène? Savons-nous seulement ce qu'est le vertige? Sensation spéciale qui se traduit par une illusion sur notre position dans l'espace, vis-à-vis des objets qui nous environnent, elle parait susceptibled'être réalisée par une perlurbation fonctionnelle du cervelet.
Dans notre observation, elle semble se rattacher, eneffet, à une affection cérébelleuse. Admettons cette origine- Comment l'aimant intervient-il? A la rigueur, on peut* concevoir un mode d'action analogue à celui par lequel' nous avons cherché à interpréter l'influence curative de l'aimant sur le tremblement, la trépidation réflexe et lacontracture'. Le cerveau corrigerait par son initiative personnelle les impressions erronées que lui transmet lecervelet; il rectifierait à l'aide des impressions qui lui aboutissent par les sens spéciaux, musculaire et tactile, les aberrations de la fonction cérébelleuse. Ainsi est-il admissible qu'en restaurant le sens visuel, auditif, tactile,, musculaire, etc., et permettant au sensorium une appréciation fondée des faits, l'aimant lui permette d'intervenir contre le mécanisme cérébelleux qui tend à produire la
• Voir De la sur/geslion et de ses applications à la thérapeutique, 3» édition, pages 329 et suivantes. ^
48i HYPNOTISME, SUGGESTION, PSYCHOTHÉRAPIE
tituba tien et le vertige, comme nous l'avons vu intervenir contre le mécanisme spinal qui fait de la chorée et de la contracture.
Cette idée théorique, qui peut s'adapter à certains faits, comme celui de la prochaine observation, n'est pas applicable à celle-ci; car, d'une part, le vertige chez ce malade existait plusieurs années avant que l'hémianesthésie ne fût constatée; d'autre part, le vertige avait disparu sous l'influence de l'aimant, alors que l'hémianesthésie sensitivosensorielle existait encore tout entière.
Le problème reste donc obscur. Ce n'est pas par sa vertu esthésiogène que l'aimant a dissipé le vertige. Peut-on concevoir une interprétation autre? D'après les expérimentateurs, les lésions peu profondes des parties latérales du cervelet, celles mêmes de toute l'épaisseur de l'organe, mais portant sur la ligne médiane, ne donneraient lieu à aucun mouvement de rotation du corps, à aucune incoordination des mouvements.
Mais, dit Vulpian, lorsque la lésion porte sur les parties latérales et qu'elle est quelque peu profonde, ces phénomènes se produisent aussitôt. La déviation des yeux, le hystagmus, la rotation de l'animal dans un sens ou dans un autre s'observent à un degré d'autant plus marqué que la lésion s'approche davantage des racines des pédoncules cérébelleux.
Les expériences de Leven et Ollivier, de Nothnagel et autres semblent confirmer cette opinion. On peut donc se demander si le cervelet concourt par lui-même à la coordination des mouvements, si ses altérations propres sont susceptibles de produire des désordres dans la motilité, et lé vertige qui les accompagne, ou s'il n'agit que par l'intermédiaire des fibres profondes, des pédoncules cérébelleux qui établiraient des connexions entre lui et les autres (;entres nerveux, spinaux et encéphaliques, quel que soit d'ailleurs le mécanisme qui produit ces phénomènes.
OBSERVATION DE MAGNÉTOTIIÉRAriE 485
S'il en était ainsi, on concevrait à la rigueur que l'aimant agisse en rétablissant les voies de communication interrompues dont l'intégrité assure l'équilibre des mouvements. De même qu'il restaure la sensibilité détruite par les lésions de la capsule blanche interne, en frayant à l'inllux nerveux sensitif centripète de nouvelles voies de passage, de môme il restaure l'équilibre des mouvements et*" dissipe le vertige lié à ce désordre, en frayant de nouvelles voies de communication à travers les fibres pédonculaires de l'isthme qui vont du cervelet aux centres moteurs. L'impression produite à la périphérie des nerfs seusitifs par l'aimant serait conduite par les faisceaux cérébelleux directs qui mettent en relation ces nerfs et la substance grise de la moelle avec le cervelet. Je livre cette hypothèse pour ce qu'elle vaut, sans insister davantage pour ne pas m'égarer dans un champ aussi mal défriché encore.
Après ces considérations sur le vertige, je mentionne rapidement les autres elïets thérapeutiques de l'aimant. -
2° Appliqué successivement sur la face et les membres, il a ramené peu à peu la sensibilité sensorielle, tactile et musculaire, et cette sensibilité est devenue presque égale des deux côtés, continuant à se perfectionner les jours suivants, l'aimantation étant suspendue.
3° La force musculaire, mesurée au dynamomètre dans la main et à l'aide de poids soulevés par les pieds, a considérablement augmenté (presque doublé) par l'application de l'aimant; les mouvements sont devenus en même temps plus rapides et plus précis. Les mouvements de flexion et d'extension du cou-de-pied, des orteils et du genou, très limités, ont repris leur souplesse normale.
4° La 'guérison s'est maintenue jusqu'à ce jour (fin mars).
Un mot encore sur notre malade. Ce qui précède était écrit quand nous l'avons revu le 20 septembre. Son état
486 IIYP.XOTISME, SUGGESÏIUW, PSYCUOTIIÉRAPIE
^'est modifié et nécessite quelques considérations complémentaires. ^
Sorti de notre service le 2 mars, il marchait bien et sans .hésitation, avec une canne, ne ressentant qu'une certaine raideur dans les articulations du cou-de-pied et des orteils; au bout de quinze à vingt minutes, la fatigue l'obligeait à •s asseoir. Le vertige disparu n'est pas revenu. X. tourne la tête et la remue en tous sens sans plus éprouver aucune ^sensation anormale; il n'a plus de douleurs occipitalesseulement, il éprouve encore une ou deux fois par semaine le sentiment d'un léger coup de marteau allant de la partie gauche de l'occiput d'avant en arrière à la région frontale, .un seul coup durant une fraction de seconde, non douloureux, tandis qu'autrefois, avant l'aimantation, ce coup 'était plus douloureux, le réveillait pendant la nuit, durait iplus longtemps, une minute environ, et se répétait cinq ■ou six fois au moins dans les vingt-quatre heures.
La sensibilité restaurée persiste; seulement il existe un •certain degré d'engourdissement aux talons, plus marqué •au gauche, et qui aurait augmenté depuis la sortie du malade, engourdissement sans fourmillements ni anesîthésie.
D'autres troubles sont survenus depuis environ quatre .Tiîois :
1° Une douleur qui commence à l'ischion gauche, s'étend -vers le grand trochanter et de là descend à la face anté- Tieure de la cuisse, se limite plus bas à la crête antérieure 'du tibia et se propage vers le premier et le quatrième orteils; douleur obtuse, comme une sensation d'excoriation iîégère, marquée surtout vers l'ischion et la crête du tibia, n'augmentant pas par la marche.
2° Une douleur contusive moins forte, continue, dans :les deux avant-bras, des coudes aux poignets, plus mar- ■quée à gauche; cette douleur a diminué depuis le 22 août, iipar le traitement (iodure de potassium, bains sulfureux).
MAGNÉTOTIIÉRAPIE
3» Une douleur au milieu des vertèbres lombaires et de la région lombaire gauche, peu intense, continue, spontanée et à la pression, sans exacerba tion pendant le décubitus, mais devenant quelquefois très forte quand le malade se dresse sur son séant.
4° Quelquefois, les deux derniers doigts gauches et les trois derniers à droite deviennent insensibles et comme morts; il les mord sans les sentir. Ce phénomène se présente surtout dans la nuit, quatre ou cinq fois; plus rarement le jour, une fois seulement, ou pas du tout; il dure trois à quatre minutes et disparaît habituellement quand le malade met les mains entre les cuisses, sans doute par la chaleur. Ce symptôme, d'ailleurs, que nous n'avions pas noté, existe depuis plus d'un an et n'avait pas disparu à la suite de l'application des aimants. La sensibilité tactile et à la douleur est conservée en dehors de ces crises.
5° Quand le malade entre au lit, il est pris régulièrement pendant quinze ou vingt minutes, depuis environ quatre mois, de secousses dans un pied qui fléchit et s'étend alternativement ou bien subit un mouvement d'adduction et d'abduction ; ou bien c'est dans le genou un mouvement de flexion et d'extension alternative. Ces phénomènes nouveaux se manifestent tantôt à droite, tantôt à gauche, mais jamais dans les deux côtés en même temps ; les secousses se succèdent quelquefois à des intervalles de quelques minutes, se suivent rapidement au nombre de dix ou vingt. Nous ne constatons pas d'exagération des réflexes tendineux.
6'^ Ceci est le phénomène nouveau le plus saillant; il s'est manifesté depuis quatre mois et va en progressant, au dire du malade. Il a une démarche d'ataxique très accentuée, lançant ses deux jambes; la droite est mieux soulevée que la gauche. Il se tient debout, sans canne, les yeux ouverts ; mais ceux-ci fermés, il vacille au bout de sept secondes. Sur un seul pied, les yeux fermés, il ne peut se
m HYPNOTISME, SUGGESTION. PSïCIIOTlIÉRAPIE
leuir debout et vacille immédiatement. Cependant il sent la résistance du sol, distingue le plancher du tapis; il n'a aucun vertige; ce n'est plus comme autrefois, la démarche titubante d'un homme ivre, ce sont les mouvements mal coordonnés avec projection des pieds, de l'ataxique. De plus, il ressent quelquefois pendant la marche, une lois environ par quart d'heure, comme un coup dansles genoux qui fléchissent, et il tomberait s'il ne s'appuyait. Dans son lit, il exécute tous les mouvements ; la force musculaire semble conservée; la force dynamométrique, mesurée au dynamomètre de Mathieu, est de 4o pour la main droite et de 33 pour la main gauche. L'érection du pénis a toujours lieu le 'matin, sans excitation insolite. J'ajoute que le malade n'a pas et n'a jamais eu de douleurs fulgurantes caractérisées.
Tel est l'état actuel. Ainsi, les symptômes qui avaient cédé à l'aimant n'ont pas reparu. D'autres se sont manifestés qui obscurcissent le diagnostic. L'ataxie locomotrice des membres inférieurs existe très prononcée, sans vertige, sans titubation. Est-ce encore de l'ataxie cérébelleuse? Estce de l'ataxie spinale?
La première, d'après' ce qui est généralement admis, serait une titubation vertigineuse, pendant [la station et la marche, rappelant celle de l'ivresse ; c'est.' cette démarche que notre malade a présentée pendant nombre d'années avant la magnétothérapie, et qui, accompagnée des autres symptômes notés, ne parait pas laisser de doute sur un foyer intéressant le cervelet.
Aujourd'hui, l'ataxie n'offre plus ce caractère, mais rappelle celui de la maladie de Duchenne. Conclurons-nous à une localisation nouvelle dans les cordons postérieurs de la moelle? Dirons-nous qu'il s'agit d'une affection complexe, telle que sclérose cérébro-spinale, se traduisant par des foyers multiples et successifs, dans le cervelet, la capsule blanche interne droite, les cordons spinaux
MAGNÉTOTIIÉlUriE '^^^
postérieurs? Les manifestations de date récente accusées par notre malade, les sensations douloureuses dans le membre inférieur gauche et la région lombaire, les secousses convulsives des jambes quand il se met au lit, se rapportent- elles à cette nouvelle détermination spinale ? L'autopsie donne trop souvent des démentis à nos déductions diagnostiques sur le champ des centres nerveux, pour que nous osions émettre une assertion.
J'ai noté que le malade n'a jamais eu de douleurs fulgurantes propremeut dites, symptômes si fréquents du début de l'ataxie spinale ; jamais de diplopie, ni de troubles réflexes des mouvements pupillaires.
J'ajouterai, d'autre part que l'ataxie cérébelleuse ne semble pas se borner toujours à une simple titubation vertigineuse. Dans plusieurs observations d'affections du cervelet, on lit des faits comme celui-ci, par exemple : « Les membres inférieurs exécutent des mouvements désordonnés, la patiente levait les pieds ou trop tôt ou trop tard, frappait le sol tantôt du talon, tantôt de la pointe, projetait irrégulièrement ses jambes. > {Tumeur du cervelet, par Curschmann, Berl. klin. Wochenschr., i87T et Revue de Hayem.) Chez un homme qui vient de mourir au service de mon collègue Spillmann, avec une tumeur du quatrième ventricule, sans lésion médullaire, on constatait une paraplégie incomplète, mais très accentuée des membres inférieurs, avec des mouvements incoordonnés pendant les efforts de la marche. Cette incoordination était surtout manifeste au membre supérieur gauche moins paralysé; le malade, par exemple, appelé à porter son doigt sur le bout du nez, ne parvenait pas à diriger ce mouvement avec précision sur le point indiqué, mais tombait à côté. L'ataxie cérébelleuse peut donc quelquefois simuler l'ataxie spinale.
En conséquence, je crois que le diagnostic précis n'est pas possible chez notre malade, dans l'état actuel de nos
490 HYPNOTISME, SUfiGKSTION, rSYCIIOTIIKRAPIE
connaissances. L'affection cérébelleuse semble très vraisemblable, mais elle ne paraît pas s'adapter à l'interprétation de tous les phénonènes successivement observés
Cette nouvelle phase clinique n'altère pas d'ailleurs les conclusions que nous avons déduites de l'influence thérapeutique des aimants. Elle montre seulement, confirmant ce que nous avons dit au sujet de la seconde observation que lamagnétolhérapie n'a qu'uue influence purement dynamique et fonctionnelle, qu'elle n'arrête pas l'évolution organique de la maladie, mais rétablit certaines fonctions troublées parla lésion, souvent incapables de se restaurer spontanément, bien que leur intégrité soit conciliable encore avec la nature de la lésicn.
Observation CIII. - Attaque d\ipoplexic. - Hémiplégie incomplète ; hémmne^thésie complèle scmitivo-scnsondle persistant après quatre mois. ~ Guenson pur l'application d aimants pendant dix jours.
H..., âgé de (rente-huit ans, entre à l'hôpilal le 12 mai 1881 atteint d'hémiplégie incomplète avec hémiancslhésie du côté gauche, datant du 16 janvier.
Fort, hien constitué, d'une bonne santé habituelle, n'accusant m syphilis, m rhumatisme antérieur, mais quelques accès de fièvre intermittente contractés en Afrique en 1868 et quelques abus d'absinthe, il resta bien portant jusque vers le 12 janvier. A cette époque il aurait eu, pendant quatre jours, de légères hématémèses, avec reflux d'une partie du sang par le nez (peut-être étaient-ce des épislaxis?) vomissements faciles sans nausées, sans troubles digestifs, dit-il. Il travaillait alors dans un laminoir de Liège, exposé à une chaleur très vive. Le 16 janvier, il ressentit du malaise, de la céphalalgie avec vertige et des picotements douloureux dans toute la moitié gauche du corps; en même temps, il aurait éprouvé une sensation de froid; le champ visuel correspondant à Vœi] gauche était trouble, il aurait vu double les objets et les personnes. La marche était normale, la force musculaire conservée; du côté de la face, rien n'était modifié.
Pour dissiper ce malaise, il se promena dans un jardin public de Liège, quand il perdit tout à coup connaissance et tomba sur place.
OBSERVATION DE MAGNÉTOTOÉRAPIE 491
Transporté à l'hôpital de Liège, il ne reprit connaissance qu'au bout de dix jours. Il était frappé d'hémiplégie complète avec hemianeslhcsie sensitivo-sensoriclle gauche.
Au bout de quarante jours, le malade put parler convenablement et marcher, mais l'hémianeslhésie persistait. Il quitta l'hôpital de Liège le 26 février et fit un séjour de quarante jours à l'hôpital de Reims, où on lui électrisa les membres paralysés.
Sorti de ce dernier hôpital il y a quelques jours, il voulut reprendre son travail ; mais il restait sujet depuis son attaque à des vertiges fréquents : tout tourne autour de lui. Depuis deux jours, ces vertiges ont augmenté ; la céphalalgie s'y est jointe ; la marche est incoordonnée, il tombe à chaque instant, dit-il, du côte paralysé ; les enfants le suivaient dans la rue comme un homme ivre.
Etat actuel (le 17 mai 1881). — Traits de la face déviés à droite : paralysie du nerf facial supérieur et inférieur gauche ; peau frontale gauche Hsse sans ride ; l'œil se ferme incomplètement et pleure ; tous les mouvements de l'œil sont conservés; l'orbiculaire palpébral seul est parésié. Narine gauche abaissée ; la droite tirée en haut et en dehors, de même que la commissure labiale droite; langue déviée à gauche, le malade la sort assez facilement; en soufflant, il ne contracte que la moitié droite de Torifice buccal.
Sens spéciaux: acuité visuelle diminuée pour l'œil gauche; — pour l'œil droit. Le champ visuel de l'œil gauche, pour les différents diamètres, mesure en haut (verticalement) 13° ; en dehors et ■en haut, il mesure 16° ; en dehors, 20°; en bas et en dehors, 16° ; en bas, 17; en dedans et en bas, 26°; en dedans, 18°; en dedans «et en haut, 16°.
Le champ visuel droit, pour les mêmes diamètres, successivement en allant de haut en bas pour le côté externe et revenant de bas en haut pourle côté interne, mesure 40°, 48°, 73°, 75°, 7o°, 50°, 32°, 36°.
L'œil droit reconnaît toutes les couleurs; l'œil gauche reconnaît le rouge ; le bleu et le vert paraissent noir.
L'oreille gauche ne perçoit pas le tic tac de la montre appliquée contre elle ; l'oreille droite la perçoit à 9°,3 le 13 mai, à 13«,5 le lo mai.
L'odorat est aboli à gauche , conservé, mais diminué à droite. Le goût est aboli sur la moitié gauche de la langue qui ne per-
492 HYPNOTISME, SUGGESTION, PSYCIIOTIIÉRAPIÉ
çoil pas laraertumc de la coloquinte ; la moitié droite la per-
La sensibilité (dans tous ses modes) est abolie à la face du côté gauche jusqu a 5 centimètres de la ligne médiane. De môme sur le cuir chevelu et la muqueuse bucco-pbaryngée
Membres supérieurs : sensibilité abolie à gauche jusqu'au tiers supeneurou elle reparaît ob(use ainsi qu'à l'épaule. Pas de paralysie : le malade exécute tous les mouvemenls, mais lève son avantbras lentement, avec un léger tremblement, et en suivant le mouvement des yeux. Ceux-ci fermés, il soulève un peu son avantbras, puis le laisse tomber brusquement à un moment donné II n a aucune notion de la position du membre qu'on déplace à son msu. II ne peut ni ouvrir ni fermer les mains sans le concours des yeux. Le dynamomètre serré de la main gauche donne, avec la vue 12, sans la vue 4; avec la main droite 76°. < .
: Membres inférieurs. - A la plante du pied gauche, sensibilité tactile très obtuse ; sensation vague de deux pointes de compas distantes de 12 centimètres. Analgésie complète. A la jambe et au tiers inférieur de la cuisse jusqu'à 9 centimètres du bord supérieur de la rotule, anesthésie complète; au-dessus, sur la cuisse, sensibihlé tactile et à la température très obtuse, analgésie incomplète, retard de perception. Deux sensations sont vaguement perçues sur la face antérieure de la cuisse gauche avec un écarlement de 65 millimètres des deux branches du compas, à droite avec 30 millimètres.
11 ne peut que faiblement, lentement, avec un léger tremblement, fléchir la jambe sur la cuisse, et celle-ci sur le bassin, avec un déploiement de force considérable ; il n'exécute que des mouvements très limités des orteils. Les réflexes ne sont pas exagérés. Le malade étant assis sur son lit, la jambe gauche soulève 2 kilogrammes suspendusaupiedàpeineà 10 centimètres, 1 kilogramme Bst soulevé jusqu'à la moitié de l'horizontale; 500 grammes le sont lentement jusqu'à l'horizontale ; il n'a aucune notion de la différence des poids.
Au tronc, anesthésie du côté gauche en avant et en arrière complète; sauf sensibihté obtuse dans la fosse sus-épineuse et la moitié supérieure de la fosse sous-épineuse.
Le malade marche en fauchant de la jambe gauche et laissant retomber la partie antérieure du pied. Le 14 mai il est levé de H heures à 2 heures et demie : un vertige l'oblige de se recoucher.
Troubles trophiques : taies de la cornue : phlyclène comme une pièce de 50 centimes au-dessus de la malléole externe gauche,
OBSERVATION DE MAGNÉTOTHÉHAPIE
un autre d'un diamètre double au-dessous et en avant de la malléole interne.
Le lo mai, à 10 heures et demie du malin.'premiere application d'un aimant en fer à cheval qui soulève 250 grammes de fer. a la joue gauche, entre l'œil et l'oreille. A une heure de l'apres-midi, jusqu'au lendemain à la visile, le malade ressent des fourmillements au lieu de l'application et autour jusqu'à la partie latérale de la nuque: il a aussi des bourdonnements doreille et delà lourdeur de tète, le côté gauche de la face se couvre de sueur ; il ne dort que 2 heures.
Le ii mai, à la visite, on constate :
La sensibilité générale est revenue : 1° au-dessus et en dehors de la bosse frontale gauche sur l'étendue d'une pièce de 3 francs; 2° à l'angle externe de l'œil, sur l'étendue d'une pièce de 30 centimes; 3° par places à la nuque et sur la partie antérieure de l'épaule. Vision : il distingue les objets et les montre du doigt à cinq mètres, peut lire à plus de 30 centimètres, couramment, reconnaît le bleu et le vert.
L'audition e.x^iste jusqu'à 6 mètres, mais le tic tac de la montre n'est pas perçu à cause des bruissements d'oreille. Les muqueuses restent anesthcsiées.
Deuxième application de l'aimant à cinq heures du soir, ibidem. De plus, application d'un autre aimant à la face palmaire du poi-
gnet et de la main.
Le !7 mai. — N'accuse plus d'autres sensations subjectives que le bruissement d'oreille. La sensibilité est revenue, outre les régions de hier, sur la région frontale externe et la paupière supérieure vers la commissure externe ; légère sensibilité de la conjonctive, du lobule de l'oreille. Larmoiement moindre; le réflexe du clignement se produit. Tic tac de la montre perçu à deux cenlimèlres.
A la main, la sensibilité n'est revenue qu'à la paume sur une hauteur de deux centimètres au niveau de la racine des troisième et quatrième doigts, et au-dessus du poignet à la partie antérieure de l'avant-bras sur une hauteur de quatre centimètres. L'aneslhésie persiste ailleurs. Le dynamomètre donne 76 à droite, 16 à gauche.
Troisième application de l'aimant à 10 heures du matin sur la main, à 5 heures du soir sur la face. Dans la matinée, sensation de pulsations dans la main et de secousses dans le coude se répétant toutes les trois minutes. A la face, fourmillements jusqu'à 5 heures du matin; le malade craint une congestion cérébiaie et «nlève l'aimant pendant une heure.
494 HYPNOTISME, SUGGESTION, PSYCIIOTIIKMAPIK
Le J8 mai, on conslale. ù la face, sensibilité ne dépassant pas n dehors une l.gne verticale passant par la commissure externe de 1 œd. sensd^due de la région temporo-pariétale, et dans une petite zone en avant de loreide; par places seulement, sur la joue se^nsibler inférieure ; celle-ci et la conj'onctive 'sont
Lit à quarante-cinq centimètres de distance. Même état des autres sens.
A la main, sensibilité des deux dernières phalanges. A l'avantbras, la sensibilité remonte à la face antérieure à douze centimetrès au-dessus du poignet. Celte sensibilité restaurée est partout faible et avec analgésie.
Je ne poursuivrai pas cette observation jour par jour; elle est relatée dans la Revue médicale de l'Est (1882). L'application des aimants est contmuée ainsi jusque vers la fin de mai. Le 21 on commence à l'appliquer à la jambe. La sensibilité se restaure progressivement.
Le 27 mai, après la dixième application de l'aimant, on note • sensibilité partout. Le malade a marché hier toute l'après-midi sans vertige. La déviation des traits à la face est moindre; mais le front ne se plisse pas à gauche ; il y a toujours un certain degré de larmoiement. Le malade se sent plus fort du bras et de° la jambe. Il repousse du pied avec force ce qu'il ne pouvait pas faire au début. Il arrive à soulever la jambe lentement sans effort et à, la fléchir. Les jours suivants, il reste levé, marche toujours en fauchant, n'a presque plus de vertige; l'hémiplégie faciale persisté à un certain degré. Il porte bien, mais avec une certaine lenteur, la main gauche sur la tête. Le 31, le dynamomètre donné 46 à 48 pour la main gauche. Le pied soulève 7 kilogrammes jusqu'à rhorizontale,mais ne les soutient que pendant une seconde, ce poids lui semble cinq fois plus lourd à ce cou-de-pied qu'au droit. Il soulève 5 kilogrammes et les maintient pendant sept secondes.
L'œil coule moins ; le front ne se plisse pas encore à gauche; cependant les muscles sourcilier.s masséter, élévateur de l'aile du nez se contractent. La sensibilité générale et les sensibilités spé^ ciales sont parfaites.
L'examen du champ visuel fait le 8 juin montre que, à gauche, ce champ visuel a considérablement augmenté, plus que triplé; le champ visuel droit s'est aussi élargi dans sa demi-circonférence bupcricurc.
Voici les chiffres pour l'œil gauche : en dehorg 77 au lieu de 20.
OBSEUYATION DE MAGNÉTOTIIÉRAPIE
Eq dehors et en bas, 80 au lieu de 16. Eu bas, 6b au lieu de 17. En bas et en dedans, 53 au lieu de 26. En dedans, u3 au lieu de 18. En dedans et en haut GO au lieu de 16. En haut 48 au lieu de 15. En haut et en dehors, 60 au lieu de 16.
Voici les réflexions dont nous faisions suivre cette observation en 488"2 :
En résumé, attaque d'apoplexie précédée de prodromes et laissant après elle une hémiplégie incomplète avec héniianesthésiesensitivo-sensorielle gauche complète persistant encore après quatre mois. Il a fallu appliquer les aimants pendant dix jours sur les diverses régions du corpspour restaurer la sensibilité partout. Il s'agit évidemment dans ce cas, d'une lésion organique de l'hémisphère gauche ; les prodromes qui ont précédé l'attaque semblent indiquer un ramollissement par oblitération vasculaire. Ce ramollissement intéresserait, outre le tiers postérieur de la capsule blanche interne, la partie inféro-interne du noyau lenticulaire ou les tractus blancs de ce segment décrit sous le nom de globus pallidus, si les données indiquées par M. Hallopeau relatives au trajet intra-cérébral du faisceau supérieur du nerf facial viennent à se confirmer.
Insistons sur quelques détails de cette observation.
L'aimantation a ramené la sensibilité lentement et progressivement au fur et à mesure du contact de l'aimant avec les diverses parties du corps. La sensibilité, d'abord obtuse, a continué à se perfectionner avec l'aimantation. De plus ce n'est pas parcontinuité de tissu que le tronc arecouvré sa sensibilité. Le 21 mai, par exemple, la cuisse ne présentait que des traces de sensibilité vers sa partie inférieure et externe, et le bras seulement à sa face antérieure et interne alors que tout le tronc était redevenu sensible, sans application directe de l'aimant. A mesure que la sensibilité reparaissait du côté paralysé, elle a paru se perfectionner aussi sur le côté sain. L'examen au périmètre
a montré aussi que avec l'augmentation considérable du champ visuel gauche a coïncidé une certaine augmentation du champ visuel droit.
Avec la restauration de la sensibilité a marché de pair une augmentation de la force musculaire constatée par le dynamomètre au membre supérieur et le poids soulevé au membre inférieur. L'aimant (je dirai aujourd'hui la suggestion) a-t-il une efficacité directe contre la paralysie motrice? Est-il susceptible de restaurer la force musculaire comme il restaure la sensibilité?
L'action incontestable que l'aimant a provoquée dans ce cas, comme dans les autres, augmentant la force et la précision des mouvements, peut être subordonnée à la vertu esthésiogène.
< L'abolition complète de la sensibilité dans un membre, dit Vulpian, trouble à un haut degré les mouvements de ce membre. Les mouvements deviennent incertains, irréguliers et paraissent perdre une partie de leur énergie. Des expériences instituées d'abord par Van Deen, répétées depuis par Longet, par Cl. Bernard, par Brown-Sequard, que j'ai faites aussi, montrent bien toute l'influence qu'exerce la sensibilité des membres sur leurs mouvements.»
Le contraire a été soutenu, [il est vrai, par M. Tripier, qui conclut de ses expériences que la diminution du sens du tact, ne détermine, chez le chien, aucun trouble dans les mouvements. Mais les expériences de M. Tripier ne sont rien moins que démonstratives. Dans les deux qu'il -rapporte, il ne détermine, par des sections de nerfs sensitifs, qu'une diminution et non une abolition de la sensibilité ; de plus, il ne peut mesurer d'une façon rigoureuse la force musculaire des membres aneslhésiés chez les animaux. Chez notre malade, d'ailleurs, l'augmentation de la force musculaire a marché de pair avec le retour de la sensibilité tactile et musculaire. L'aimant n'a rendu aux
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muscles que ce que l'anestliésie leur avait enlevé. La paralysie, liée directement à la lésion des fibres motrices intracérébrales, est restée réiractaire au traitement. L'hémiplégie faciale a persisté à un certain degré; le front, du côté gauche, ne s'est pas plissé ; la jambe gauche a toujours fauché en marchant. L'aimant a restauré dynamiquement, non organiquement.
On voit, par ces anciennes observations, que comme tous les médecins, nous faisions, avant de la connaître, de la suggestion thérapeutique, sous le nom de magnétcthérapie.