‹ Hypnotisme, suggestion, psychothérapie (volume 2)Chapitre 14 sur 160 · SENSATION NEUTRALISÉE · texte numérisé non relu

SENSATION NEUTRALISÉE

suivant cité dans mou livre sur la suggestion : « Un scélérat appliqué à la torture nous surprit par sa constance qui était au-dessus de nature; car, après la première serre de la gêne, il parut dormir aussi tranquillement que s'il Pût été dans un bon lit; et quand on eut continué la serre deux ou trois fois, il demeura immobile comme une statue lie marbre, ce qui me fit soupçonner qu'il était muni de quelque enchantement. Pour en être éclairci, on le fit dépouiller nu comme la main ; et après une exacte recherche on ne trouva autre chose sur lui qu'un petit papier fourré dans l'oreille gauche, où était la figure des trois rois, avec ces paroles sur le revers : «■ Belle étoile, qui as délivré les mages de la persécution d'Hérode, délivre-moi de tout tourment. »

3° L'idée neutralise une sensation viscérale. Parmi les faits de cet ordre, signalons ce qu'on appelle l'aiguillette nouée. Voici un curieux exemple de ce fait que Gharpignon raconte d'après Nicolas Veneste : « Pierre Burtel, dit-il, tonnelier de mon père, me dit un jour quelque chose de désavantageux. Pour m'en venger, 'je lui dis que je lui nouerais l'aiguillette quand il se marierait, ce qui devait avoir lieu très prochainement. Cet homme crut ce que je lui disais, et mes feintes menaces firent une si forte impression sur son esprit déjà préoccupé de charmes et de sorcellerie, qu'après s'être marié, il demeura près d'un mois sans pouvoir coucher avec sa femme. Je me repentis alors d'avoir raillé un homme si faible et je fis tout ce que l'on peut faire pour le persuader que cela n'était pas. Mais plus je protestais au mari que ce que j'avais dit n'était que bagatelle, plus il m'abhorrait et croyait que j'étais l'auteur de toutes ses infortunes. Le curé de Notre-Dame employa toute sa prudence à ménager cette affaire et il en vint à bout ])lutôt que moi, sans que le mari fût obligé de pisser par l'anneau de son épouse. »

Les médecins sont souvent consultés pour des impuis-

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sances génitales de ce genre, qui n'ont, pour cause que l'idée. On trouvera dans nos observations deux exemples. Un monsieur me consulta récemment pour une chose assez bizarre. Marié depuis plusieurs années, il n'a jamais pu avoir d'érection en présence de sa femme qu'il aime et dont il désire avoir des enfants. Cependant il n'est pas impuissant, puisque, me dit-il, il a pu accomplir l'acte trois fois dans une nuit avec une maîtresse qu'il s'est décidé à prendre, espérant qu'elle lui rendrait sa puissance maritale. Il n'en fut rien. J'ai essayé de le guérir par suggestion; je ne sais si j'y ai réussi, ne l'ayant traité que pendant deux jours; il habite un pays lointain et ne m'a pas donné de ses nouvelles.

Il est certain que chez cet homme, l'idée seule faisait inhibition à l'acte; il est probable que le premier essai du jeune marié fut paralysé par l'émotion, ce qui n'est pas rare; son système nerveux impressionnable évoquant à chaque essai nouveau la même impression émotive reconstituait la même paralysie psychique; et toute sa volonté ne pouvait rien contre l'idée paralysante.

Comme exemple de sensation organique neutralisée par l'idée, je citerai encore les expériences de jeûne prolongé, à la mode depuis quelques années. Des jeûneurs fanatiques sont restés trente jours ou plus sans manger.

J'ai expliqué ce fait de la façon suivante : A l'état normal l'homme qui meurt après plusieurs jours de jeûne, meurt de faim; il ne meurt pas d'inanition, mais de la névrose faim : véritable maladie nerveuse qui se termine par de la stupeur et du collapsus. L'inanition, sans faim, ne tue •qu'au bout d'un temps assez long; les mélancoliques restent vingt à soixante jours sans manger et sans péricliter; les fiévreux, les hystériques, les personnes affectées d'anorexie supportent pendant des semaines l'absence totale ou presque totale d'alimentation.

Les jeûneurs volontaires rentrent dans cette catégorie;

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