‹ Hypnotisme, suggestion, psychothérapie (volume 2)Chapitre 42 sur 160 · RÉVEIL DES SOUVENIRS HYPNOTIQUES · texte numérisé non relu

RÉVEIL DES SOUVENIRS HYPNOTIQUES

chercher à les interpréter : le domaine de la psychologie est trop obscur pour que nous comprenions tous les mystères qu'il récèle. C'est déjà quelque chose de les constater L'amnésie du sommeil provoqué n'est d'ailleurs jamais absolue; les souvenirs sont latents ; ils ne sont pas éteints. J'ai établi ce fait que lorsqu'on dit à un sujet en somnambulisme et habitué à avoir l'amnésie au réveil : « Quand vous vous réveillerez, vous vous souviendrez de tout ce qui s'est passé, » le sujet réveillé se souvient de tout. Il en est qui peuvent spontanément se faire cette suggestion. Une dame fort intelligente, que je mettais en sommeil profond, ne se rappelait habituellement rien au réveil; j'avais avec elle, pendant qu'elle dormait, de longues conversations, absolument comme avec une personne éveillée. Rien ne restait dans sa mémoire. Un jour, étant réveillée, elle me dit : « Je me rappelle que je dois vous dire telle et telle chose. Au moment où nous en avons parlé pendant le sommeil, je me suis dit : il faut que je me rappelle ceci quand je serai éveillée. » Et ce souvenir seul, qu'elle s'était suggéré, était conservé.

J'ai établi cet autre fait, inconnu avant moi. Quand les souvenirs de l'état somnambulique paraissent complètement effacés et que le sujet ne peut les retrouver spontanément, il suffit de lui dire : « Vous allez vous rappeler tout ce qui s"est passé. » Si le sujet ne trouve pas tout de suite, je mets la main sur son front et je dis : « Vous allez vous souvenir. » Au bout d'un certain temps le sujet, s'étant concentré en lui-même, se rappelle tout et raconte avec une précision parfaite tout, absolument tout ce qui s'est passé. Preuve que la conscience n'était pas abolie, que le somnambule n'agit jamais comme un automate inconscient, qu'il voit, qu'il entend, qu'il sait ce qu'il fait; il est dominé par des images, par des idées et impressions suggérées, par une crédulité exaltée, par une tendance à l'obéissance non réfrénée ou moins réfrénée par l'initiative engourdie.

Ce n'est pas une inconscience; c'est un autre état de conscience.

J'ai démontré aussi cette chose singulière : que les souvenirs des liallucinatioas négatives peuvent être réveillés comme les autres. Voilà Henriette que vous avez vue tout à l'heure en état d'hallucination négative. A son réveil, elle ne mevoyaitpas, elle neme sentaitpas, elle ne m'entendaitpas. Pendant que je la piquais avec une épingle, pendant que je lui chatouillais l'intérieur des narines avec une plume, pendant que je lui cornais dans l'oreille : « Vous êtes une mauvaise fille; vous avez eu il y a quelque temps un enfant; vous l'avez tué, etc. », elle continuait tranquillement à converser avec vous, insensible à tout ce qui émanait de moi. Elle est convaincue que je n'étais pas là. Je lui dis : * Henriette, vous allez vous rappeler tout ce que je vous ai dit et fait pendant que je n'y étais pas. » Elle répond : t Mais vous n'étiez pas là. » J'insiste; je mets la main sur son front; je dis : « Vous allez vous souvenir tout de même, j Elle se concentre un instant; les souvenirs reuaissent; elle dit : «; Tiens, j'ai rêvé! Ce n'est ï>as possible. Vous m'avez piquée, vous m'avez chatouillé le nez. — Et puis : — Ce n'est pas vrai ce que vous m'avez dit ! Je n'ai pas eu d'enfant. »

Donc, elle avait vu et entendu, alors qu'elle avait cru ne pas voir, ne pas entendre; c'était une illusion négative.

Je vous ai montré que l'amaurose suggérée est un phénomène de même nature; c'est une cécité psychique. Le sujet voit ; mais l'esprit neutralise ; l'œil physique voit, l'œil mental ne voit pas. Je le démontre ainsi : je suggère une cécité complète de l'œil gauche. Le sujet ne voit pas de cet œil; j'approche une épingle de la cornée, il ne sourcille pas. Si alors je place un prisme devant l'œil droit et devant ce prisme un objet quelconque, un crayon par exemple, le sujet voit deux crayons très nettement, les deux images également distinctes et correspondant très

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