‹ Hypnotisme, suggestion, psychothérapie (volume 2)Chapitre 5 sur 160 · SORCELLERIE · texte numérisé non relu

SORCELLERIE

la suggestion liypuotique peut les provoquer artificiellemeutrsoit comme rêves réellement vécus, soit comme souvenirs illusoires rétroactifs laissant dans l'esprit des sugo-estiounés l'impression d'une vérité absolue. Les ensorcelés racontaient comme si c'était arrivé ; les sorciers eux-mêmes taisaient des aveux comme ce paysan de Vaud qui fit la déclaration suivante : « Je suis coupable, tout disposé à taire l'aveu de ma scélératesse : puissent les hommes m'accorder leur pardon à présent que je vais quitter la vie. J'ai pris l'engagement de fléchir le genou devant le maître de l'enfer, j'ai bu du suc extrait de la chair d'enfant, suc que les adorateurs de Satan conservent précieusement dans des outres ; ce breuvage procure un savoir qui n'appartient qu'aux initiés ^ » En présence des aveux sans cesse répétés et que n'arrachait pas seulement la torture, comment douter de ce qui paraissait l'évidence même. Les meilleurs esprits croyaient aux démons et aux sorciers, et cette croyance n'a été déracinée ni dans le xvn%ni môme pendant le xvm'' siècle. Malgré le livre immortel de Jean Wyer qui, le premier, chercha à démasquer la vérité et à établir que la possession n'est autre chose que l'hystérie ou l'aliénation mentale, malgré les écrits de Montaigne et de Pierre Charron qui montrent que tout est folie et imagination, l'idée séculaire était trop enracinée. Luther, Fernel, Ambroise Paré croyaient au diable. « Au xvni'= siècle encore. Bâillon, Félix Plater, C. Lepois, Sennert, Sylvius, etc., après de magnifiques travaux sur les affections nerveuses et mentales, n'ont pas complètement secoué le joug des • démons, de la possession, des possédés. Dans ce siècle, la démonopathie a à son passif les Bénédictines possédées de Madrid, la folie des Ursulines de Londres, les femmes séculières de Chinon, la mort sur le bûcher de quatre-vingt-cinq sorciers et sorcières à Elfdaleen en Suède, le procès de

'Nicier. De maie fico maie ficor uni, t. I, p. 485.

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plus de cinq cents villageois de la Normandie, une épidémie d'hystérie parmi les jeunes filles et garçons qui peuplaient l'hospice des orplielins de Hoorn, la choréomancie de l'Allemagne, le Tareutisme de la Fouille, les Jumpers ou Sauteurs, cinquante dévotes atteintes de démonomanie dans les environs de Lyon, etc., sans compter une foule de cas individuels où généralement la vie a été arrachée par le bourreau ^ j Eq17oO, le jésuite Gérard faillit être brûlé vif par ai-rêt du parlement de Provence pour avoir ensorcelé la belle La Cadière. Une religieuse de famille noble fut brûlée à Wurtzbourg, convaincue de sorcellerie.

Aujourd'hui, les bûchei^s sont éteints; le diable n'a plus pour adeptes que les enfants et les ignorants. Les possédés sont rares; on ne les exorcise plus ouvertement. Les sorciers n'existent plus que dans les asiles d'aliénés ; on ne les brûle plus. La suggestion malfaisante du diable et de l'enfer ne prend plus guère sur l'humanité plus éclairée ; Dieu seul reste et les inHuences célestes qui continuent leurs suggestions bienfaisantes.

Au xvi° siècle, le réformateur Paracelse, qui ouvrit à la thérapeutique une voie nouvelle, rejetait quelquefois la sorcellerie, mais continua à croire aux sciences occultes. Il étudia l'action réelle de beaucoup de médicaments, mais admit pour d'autres des propriétés occultes, des arcanes ; il avait foi aux signatures cabalistiques. Tout dérive, dans l'homme et le monde, de la divinité; le principe conservateur des êtres sublunaires dérive des astres ; l'homme est doué d'un double magnétisme : l'aimantation des personnes saisies attire l'aimantation dépravée des malades. On venait de découvrir les propriétés de l'aimant sur lequel le physicien anglais Gilbert avait écrit un traité scientifique -.

*A. Chéreau. Article Sorcellerie, in Diction, encyclopédique des sciences médicales.

- De magneie. Sedin, 1628.

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Ou crut recounaitre dans cette substance le principe ou llnide qui, venant des astres, met en communication les «lilTérents corps célestes entre eux et avec les êtres subluiiaires. Dans les êtres animés, Paracelse crut constater une vertu secrète, une qualité attractive semblable à celle de l'aimant. C'est le magnétisme animal ; c'est l'origine de la médecine magnétique.

Les talismans, que Paracelse contribua à mettre en iionneur, étaient des boîtes conservatrices des inlluences célestes. Il donne une recette pour les faire ; il donne la (M)mposition de deux onguents sympathiques qui guérissent les plaies, à 20 milles de distance. Il sufQt d'imbiber avec le premier un morceau de bois trempé dans le sang du malade; avec le second d'en couvrir le fer qui a fait la blessure, pour que la guérison ait lieu par sympathie.

Au commencement du xyu" siècle, se constitua une secte d'enthousiastes fanatiques, qui propagèrent en l'amplifiant la doctrine théosophique de Paracelse. C'étaient les Rose- Croix' qui exerçaient publiquement la médecine. La croix mystique teinte de son sang rosé, qui est le mot d'ordre des adeptes, suffit à donner la sagesse et la science. Les Rose- Croix guérissent toutes les maladies par la foi et l'imagination. Un véritable Rose-Croix, dit Figuier, n'a qu'à regarder le malade le plus grave pour qu'à l'instant il soit guéri. Ils avaient une poudre de sympathie et un emplâtre céleste qui guérissait instantanément les plaies, les ulcères, les hémorrhagies et nombre d'autres maladies. Rodolphe Goclenius, professeur de médecine à Marburg, écrivit en 1608 un traité sur la cure magnétique des plaies dans lequel il cherche à expliquer parles lois magnétiques de la nature l'efficacité considérée par lui comme incontestable de cet emplâtre. Un jésuite, le père Roberti, publia un traité pour le réfuter;

' l{é for mat ion générale du rnonde entier par la « Fama fraternilalis des liose-Croix ». Ratisbonne, 1014.

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une polémique violente s'engagea. « Si les cures s'opèrent, (lit le jésuite, par les talismans, les mumies et l'onguent des armes de Goclenius, elles ne peuvent être que l'œuvre du démon. » Tous les Rose-Croix, avec Paracelse, n'étaient que des sorciers; le calviuiste Goclenius et Calvin lui-même étaient fils de l'esprit malin'.

L'illustre Van Helmont intervint dans le débat de son livre : « De magnetica vulnerum naturali et légitima curatione contra Joan. Roberti, 1621 . » Il affirma que les pbénouiènes ne sont pas dus au diable, mais au magnétisme, c'està-dire à une vertu secrète des corps qu'on appelle ainsi à cause de son analogie avec les propriétés de l'aimant. L'onguent magnétique agit en tirant à soi la qualité hétérogène qui est dans les plaies et les préserve ainsi d'inflammation et d'ulcération.

Comme preuve en laveur de la cure magnétique des plaies, un autre adepte de la doctrine de Paracelse, Hélimontius, citait la guérison par transplantation. C'était une croyance alors répandue que les maladies pouvaient se transplanter : par exemple, en mettant du sang d'un hydropique dans une coquille d'œuf, qu'on tient chaude et qu'on lait manger avec de la viande à un chien affamé; celui-ci prend la maladie et l'homme en est débarrassé.

Oh peut iaire passer la maladie dans un arbre : il suffît d'enlever l'écorce pour creuser un trou, de mettre dans ce trou l'urine ouïes cheveux du malade fiévreux ou hydropique, et, cela lait, de remettre l'écorce. Ainsi la maladie est transplantée dans l'arbre. Tel est le procédé indiqué dans le livre intitulé la « Philosophie de Moïse », de Robert Fludd, le plus célèbre des Rose-Croix du xvii" siècle, et qui mit au service de la médecine magnétique toutes les rêveries théosophiques de son imagination. Il existe deux magnétismes : le spirituel et le corporel et les effets de ce

'Roberli. Metamorpliosis magneticse CalvinoGoclenianœ. Donac, 1619.

MAXWELL, GUEATIUKE l'ï

double magaétisme existent non seulement enti-e les animaux mais entre ceux-ci et les végétaux et môme les minéraux Les priôi-es seules guérissent les maladies. Le philosophe écossais indique les formules auxquelles il faut recourir en certains cas et môme la région du ciel vers laquelle il faut se tourner pour ôtre exaucé.

L'Écossais Guillaume Maxwell' , adepte de Fludd, soutient avec énergie le magnétisme animal qui est la médecine universelle. Un grand principe vital se communique des astres aux corps par la chaleur et la lumière. Cet esprit universel émanant du soleil est la source de l'esprit vital particulier à toutes choses; c'est lui qui l'entretient et le ré°-énère. Toute maladie provient de l'épuisement de l'esprU vital. Celui qui sait agir sur l'esprit vital particulier à chaque individu peut guérir à quelque distance, que ce soit en appelant à son aide l'esprit universel; cet esprit est.

dans la lumière.

Les cures sympathiques sont dues à la communication des esprits qui adhèrent à tout ce qui se dégage du corps animal. Aussi Maxwell transformait-il les déjections en autant d'aimants qui avaient la vertu de guérir toutes les-

maladies. ■ ^

Un simple soldat irlandais, étranger à toute cette théosophie transcendante, avait appris en 1662 par une secrète révélation qu'il avait le don de guérir. Valentin Greatrake était un précurseur du zouave Jacob. ^ Cet homme honnôt e et de bonne foi guérissait par le simple attouchement les écrouelles, plaies, ulcères, les convulsions, l'hydropisie et beaucoup d'autres maladies. « Par l'application de sa main, dit un témoin, l'évôque Georges Rust, il faisait fuir la douleur et la chassait aux extrémités. L'effet était quelquefois très rapide et j'ai vu quelques personnes guéries comme par enchantement. Ces guérisons ne m'induisaient pas à

'Maxwell. Du medicinamarjnelica. Francfort, 1670.

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croire qu'il y eût quelque chose de surnaturel. 11 parait qu'il s'échappait de son corps une influence balsamique et salutaire. Plusieurs maladies ne cédaient qu'à d'attouchements réitérés; quelques-unes mômes résistaient à ses soins'. »

Les guérisons miraculeuses continuèrent en France. Vers le milieu du xvn'^ siècle, la sainte épine de la couronne du Christ faisait des cures célèbres dans l'abbaye de Port- Royal. On se rappelle les miracles et les convulsions du cimetière de Saint-Médard, au tombeau du janséniste Paris, de 1727 à 173^2.

En Allemagne, une puissance curative mystérieuse fut dévolue pendant quelques années, vers 1774, au prêtre souabe Jean-Joseph Gassner-. Il pratiquait l'art de l'exorcisme dans toutes les maladies auxquelles, après certaines épreuves probatoires, il reconnaissait une origine démoniaque. Cette épreuve consistait dans un formule de conjuration accompagnée d'un signe de croix. Si Satan ainsi provoqué dans trois essais consécutifs ne réveillait pas les crises de la maladie, Gassner concluait que celle-ci était naturelle et l'abandonnait aux hommes de l'art. Gassner opérait une étole rouge au cou, avec une chaîne d'argent portant une croix, et une ceinture noire autour du corps. Voici, par exemple, quelques détails d'une scène d'exorcisme accompli sur une jeune hystérique, devant vingt personnes notables. J'emprunte ce récit à l'histoire du merveilleux de Figuier. Je ne connais rien de plus instructif au point de vue de la suggestion.

« Gassner commença par exhorter Emilie à mettre sa confiance en Dieu et Jésus-Christ dont la puissance bien

* Tlioresby. Transactions philosophiques, ViOQ, y o\. Ul, l^- H, 12. Voir Figuier. Histoire du merveilleux. Magnétisme animal.

' Semler. Recueils de lettres et de mémoires sur les conjurations de esprits de Gassjier et de Schroepfer. Halle, 1775. — liibliolh. générale de l'Allemagne, t. XXVll, p. 618.

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