‹ Hypnotisme, suggestion, psychothérapie (volume 2)Chapitre 71 sur 160 · SUGGESTION CHEZ LES MORPHINOMANES · texte numérisé non relu

SUGGESTION CHEZ LES MORPHINOMANES

saire pour se laisser traiter jusqu'au bout, ou si leur entourage seconde bien le médecin, on arrive à les guérir, sinon par l'hypnose seule qui peut ne pas réussir, du moins par une suggestion morale prolongée associée à un internement avec surveillance sévère. Je ne les sèvre pas brusquement, mais rapidement en 8 à 15 jours, je diminue graduellement le nombre et la quantité de liquide injecté ; à leur insu, si c'est possible, en ajoutant de l'eau à la solution ; je les encourage, je suggère soit à l'état d'hypnose, plus ou moins profonde, si elle peut être obtenue, soit à l'état de veille, la disparition du malaise. Quand on sait influencer et capter son malade, on réussit souvent par la simple parole, au besoin aidée de quelques pratiques, telles que pulvérisation d'éther, quelquefois hydrothérapie, à stimuler le système nerveux et à calmer l'angoisse. J'ai vu de ces malades agités, poussant des cris féroces, se jetant de côté et d'autres, disant souffrir martyr, croyant mourir, ou voulant se suicider si on ne leur rendait pas la seringue. Souvent les médecins prennent peur eux-mêmes et leur confient de nouveau la morphine. J'ai pu, dans des cas de ce genre, par ma présence, par mon autorité, par la suggestion douce et calmante faite avec occlusion des yeux, restaurer un calme parfait, sans injection; et en persévérant avec patience, en ne ménageant ni mon temps, ni ma peine, venir à bout de cette terrible morphinomanie. C'est dans un établissement spécial où les malades peuvent être incessamment surveillés, isolés de parents ou de serviteurs complaisants qui n'ont pas d'autorité sur eux, sous l'influence suggestive permanente du médecin et d'un personnel intelligent et expérimenté, que les guérisons peuvent toujours se faire en quelques semaines. Abandonnés à eux-mêmes, dans leur famille, les vrais morphinomanes invétérés ne guérissent pas. La tentation est plus forte que leur volonté, la simple suggestion faite par le médecin une ou deux fois par jour ne suffit pas. Il faut, je le répète, une

autorité ferme qui domine les malades et un entraînement suggestif incessant.

Les habitudes alcooliques sont, en général, plus faciles à réprimer, car les alcoolisés sont plus aisément hypnotisables -et suggestibles. A quelques-uns, on suggère rapidement le •dégoût pour le vin et l'eau-de-vie ; d'autres n'acceptent pas ■ce dégoût, mais obéissent à la suggestion de ne plus en boire. Il faut cependant une surveillance prolongée et des sug- :gestions répétées pour prévenir les rechutes chez ceux qui n'ont pas une volonté assez forte pour lutter contre leur penchant. Mon ami, le professeur Forel de Zurich, a fondé 4ine société de tempérance dont les adeptes s'engagent à ne plus boire que de l'eau; il est arrivé par la suggestion 'hypnotique à guérir des buveurs émérites et invétérés qui •depuis des années sont restés fidèles à leur engagement.

Un mot sur la psychothérapie appliquée aux maladies organiques. On ne peut guérir que ce qui ^est curable ; on peut soulager et souvent améliorer ce qui n'est pas curable. Les hémiplégies rigides avec sclérose secondaire liées à une destruction de la capsule blanche interne ou des circonvolutions fronto-pariétales échappent à la suggestion ■qui ne peut restaurer ce qui est détruit. Mais quand la lésion n'affecte pas directement les régions susdites, quand le prolongement intra-cérébral du faisceau pyramidal n'est affecté que dynamiquement par une lésion du voisinage, et que l'inertie motrice survit au choc, la suggestion peut intervenir efficacement et restaurer la motilité. Des hémianesthésies datant de plusieurs années ont pu ainsi être ■enlevées par la suggestion simple ou liée à l'application d'un aimant, ainsi qu'on le verra dans nos observations ; il est probable que dans ces cas le faisceau sensitif de la •capsule n'était pas entièrement détruit. Nous avons enlevé ainsi de l'hémichorée, de l'hémiathétose et même de la •contracture datant de plusieurs mois, quand ces symptômes n'étaient pas directement sous la dépendance de la

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lésion. Dans ce dernier cas, au contraire, s'il y a par exemple sclérose pyramidale descendante, la suggestion ne peut rien ; elle peut tout au plus diminuer la contracture, momentanément ou dans une certaine mesure, mais son action- est très limitée. J'ai actuellement [en traitement une jeune fille de vingt-deux ans qui depuis l'âge de seize ans a une hémiplégie incomplète gauche avec quelques symptômes hystériques ; elle a eu quelques crises, de l'anesthésie, une douleur abdominale ; quelquefois sa main est complètement fermée en [contracture et ne peut s'ouvrir ; ceci arrive surtout à la suite des émotions. Après quelques jours, elle ;se rouvre spontanément, mais reste toujours incomplètement ouverte ; l'extension [complète des doigts est impossible. Les nombreux médecins qui ont vu la malade se sont [laissés tromper par les manifestations hystériques au point de tout attribuer à l'hystérie. Or, j'ai constaté que son hémiplégie est en réalité 'organique : il y a exagération des réflexes tendineux du genou et du piedi; il y a cette raideur caractéristique du membre supérieur toujours en demi-flexion et [oflrant une résistance tant à la flexion qu'à l'extension ; il y a [la contracture hémiplégique du côté gauche de la face "primitivement paralysée, qu'on n'observe jamais dans la paralysie hystérique. La suggestion hypnotique a restauré la sensibilité, a enlevé jla douleur abdominale, a supprimé les crises d'hystérie, elle résout la contracture intercurrente qui ferme la main complètement comme cela arrive parfois à la suite d'une contrariété ; elle supprime tout ce qui est dynamique, mais elle laisse subsister l'attitude hémiplégique du membre, son augmentation de tonicité musculaire et l'exagération des réflexes tendineux ; elle rétablit la maladie dans les limites que lui assigne la lésion cérébrale. La suggestion devient ainsi une méthode de diagnostic.

Les vertiges, la titubation, la céphalalgie liés aux affections intra-craniennes, la maladie de Ménière peuvent,

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suivant le siège de l'afïection, êtres supprimés radicalement ou bien seulement atténués. J'ai eu longtemps dans mon service un homme affecté d'otite moyenne et interne avec vertige auditif, titubation, céphalalgie occipitale et symptômes hypocondriaques, réalisant le type classique de la maladie de Ménière. Il était hypnotisable en sommeil profond : la suggestion en une à trois séances enlevait tous ces symptômes, ne laissant subsister, en les atténuant, que les bruits subjectifs dans les oreilles, et alors cet homme restait soulagé et pouvait travailler à l'hôpital ; cela durait une quinzaine de jours ; les symptômes reparaissaient alors et étaient de nouveau supprimés par la suggestion. La maladie n'était pas guérie ; mais pendant un an que cet homme est resté à l'hôpital, nous lui avons fait une existence convenable, en l'allranchissaut de ses tortures. N'est-ce rien ?

Des résultats analogues s'obtiennent dans les affections de la moelle. Il y a des myélites curables qui peuvent être amendées par la suggestion rapidement ; vous avez vu à la clinique un enfant qui, à la suite d'une pneumonie datant de quinze jours, était devenu paraplégique avec exagération des réflexes tendineux. Il pouvait remuer les jambes dans son lit, mais ne pouvait se tenir debout seul, ni avancer les membres quand on le soutenait. Après une seule séance de suggestion, il pouvait un peu se tenir debout et faire quelques pas, étant légèrement soutenu. En quatre jours, il était presque guéri. Sans doute le malade eut guéri spontanément ; je ne sais s'il eut guéri aussi promptement.

La plupart des myélites malheureusement sont incurables ; quand la lésion est trop avancée ou a envahi une trop grande étendue, la suggestion n'y peut rien. Quand elle est moins avancée, la suggestion produit parfois des résultats remarquables ; nous avons fait marcher à peu près convenablement des ataxiques qui ne pouvaient plus se tenir debout. Nous avons enlevé des douleurs fulgu-

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