Va bien, n'a plus eu mal. — Suggestion
26. — N'a pas eu mal dans la journée, a dormi jusqu'à quatre heures du malin : la céphalalgie a commencé à ce moment et persiste : coups de marteau dans les tempes.
La douleur enlevée par suggestion est revenue au bout de cinq minutes: a peu dormi la nuit. — Suggestion : de plus je prescris une potion suggestive (20 gouttes d'alcoolature d'aconit, dans une potion), à prendre le soir deux cuillerées en cas de douleur; je lui affirme qu'une demi-heure après elle dormira sans douleur.
28. — La douleur qui avait été enlevée par suggestion Je malin, à onze heures, a reparu au bout d'une demi-heure et a duré jusqu'à une heure.— A pris le soir deux cuillerées de la potion et s'est endormie jusqu'à trois heures et demie. Au réveil n'avait pas mal. S'est rendormie à cinq heures du matin jusqu'à six heures et demie.— N'a aucun mal actuellement — Suggestion.
i"" mars.— A été bien toute la journée. Vers six heures du soir, en toussant, elle a senli un commencement de douleur; elle a pris deux cuillerées de la potion et a dormi toute la nuit. Dit avoir senti quelques douleurs dans le poignet hier, après avoir tiré de la laine pendant quelques minutes.— Suggestion.
A partir de ce jour, la douleur de tête est définitivement guérie. La malade reste encore au service jusqu'au 30 mars. Je ne l'endors plus qu'à de rares intervalles. Elle ne se plaint plus de rien et part définitivement guérie le 30 mars. J'ai appris plus tard que l'enfant, rentrée dans son milieu, a été reprise de sa neurasthénie. J'ai conseillé à la mère de la renvoyer et de la laisser trois mois à l'hôpital pour déraciner complètement ces phénomènes d'autosuggestion.
En résumé après seize jours de traitement, une neurasthénie infantile, maux de tête continus, rachialgie, cauchemars, a été guérie et est restée guérie tant que la malade est restée sous notre influence. Il faut souvent pour prévenir les rechutes d'uue affection aussi invétérée, un traitement suggestif prolongé ; la séparation d'avec la fa-
mille, le changement de milieu, l'influence continue d'une suggestion intelligente et d'un milieu suggestif sont parfois nécessaires pour modifier la modalité psychique et réprimer la tendance incarnée par une longue habitude à l'autosuggestion.
Observation XLYl. — iYen'osis/ne. — Epigastralgie. — Concentration triste depuis trois mois et demi.— Vomissemeiits. Amélioration immédiate et rjuérison en douze jours par suggestion hypnotique.
Charles S..., âgé de onze ans, m'est amené le 8 mars. C'est un enfant d'une santé déhcate, lymphatique, sans maladie antérieure; le père et la mère sont nerveux; un petit frère a une coxalgie suppurée.
Il est malade depuis trois mois et demi : l'affection a commencé par de l'inappétence avec répulsion pour les aliments; bientôt il vomit tout, même le bouillon, aussitôt après l'ingestion : les vomissements devinrent de plus en plus fréquents; il ne gardait même plus le lait glacé. Chaque vomissement amenait une céphalalgie qui durait dix minutes. Quelquefois, mais pas habituellement, de la diarrhée. Depuis ce moment, il cessa d'aller à l'école, et on remarqua chez lui des mouvements nerveux dans les membres et à la face.
L'enfant devint triste, faible sur ses jambes, tombant souvent.
Depuis trois semaines, il vomit un peu moins et a moins de répulsion pour les aliments, mais il se plaint de douleurs plus vives au creux épigastrique, douleur lancinante commençant à cinq heures du matin et durant jusqu'au soir.
Je l'hypnotise le 8 mars et lui suggère de ne pas vomir, de n'avoir plus de douleur, d'avoir de l'appétit, de la gaîté, etc. — IL est en sommeil profond avec amnésie au réveil.
Il revient le 10 mars. Depuis la suggestion, il n'a vomi qu'unefois ; il a été plus calme, n'a plus de douleur. — Deuxième suggestion.
1 1 mars. — N'a plus eu de douleur du tout, ni de vomissements. On n'a plus constaté de vomissements nerveux. Il a dormi toute la nuit. La gaîté est revenue : il a mangé plus que de coutume. — Troisième suggestion.
12. — L'enfant a eu un peu mal dans la journée d'hier; le soir il allait très bien; a bien dormi. — Quatrième suggestion.
OBSEllVATIOxN DE NEURASTlIÉiNIE
14.— Continue à aller très bien. Continuation des suggestions tous les jours.
Le 19.— L'enfant retourne à lecole; il a eu un peu mal au creux épigastrique en écrivant.
Le 21. — Je l'hypnotise de nouveau, jusqu'au 25.
L'enl'ant continue à aller bien; il peut écrire sans plus ressentir aucune douleur épigastrique. L'appétit s'améliore tous les jours.
La guérison se complète et se maintient.
Observation XLVIL — Constriction douloureuse vive à la région épigaslrique gauclœ, avec oppression et vertiges, depuis près de six seinai7ies. — Guérison en trois jours pur suggestion hypnotique.
E. B..., fondeur à l'usine de Laneuveville, âgé de trente-quatre ans, entre à l'hôpital le 19 mai 1890, pour une douleur au-dessous du rebord costal gauche.
Le malade dit avoir toussé depuis le mois de novembre jusqu'en avril; il expectorait abondamment; il vomissait quelquefois après avoir mangé, par suite de la toux. Actuellement il ne tousse presque plus. Le 10 avril, il fut pris lout d'un coup d'une douleur vive qu'il localise en un point situé à trois travers de doigt à gauche de la ligne blanche, au milieu de l'épigastre ; cette douleur, venue sans cause, peut-être à la suite d'une quinte de toux, l'obligea de quitter son travail qu'il put cependant reprendre le lendemain. Mais cette sensation douloureuse a persisté depuis le 10 avril; elle existe au repos; et quand il marche, elle s'étend transversalement à travers l'épigastre, déterminant une sorte de constriction avec sensation d'oppression, de vertige, et d'obnubilation visuelle.
Comme antécédents, le malade signale seulement une fièvre cérébrale à l'âge de huit ans. Il est marié, père de cinq enfants qu'il nourrit : bon ouvrier, il ne fait pas d'excès alcooliques. Il est venu de Laneuveville comme pensionnaire payant à l'hôpital pour être guéri de cette constriction douloureuse qui ne le quitte pas depuis six semaines.
Depuis le b mai, il a disconlinùé son travail.
FAat actuel. — Constitution bonne; tempérament mixte. Apyrcxie. Le thorax est bien conformé ; la sonorité est normale, la respiration nette, quelques sibilances légères Irachéo-broncLiques; les fonctions digeslives normales; l'appétit faible. La pression ne détermine qu'une douleur légère à la région indiquée. En somme, sensations douloureuses névropathiques sans lésion.
Il est, dit-il, impressionnable, il s'emballe facilement, mais redevient aussi vile calme.
J'essaie dès son entrée, de l'hypnotiser; il tombe en quelques secondes en sommeil profond; je suggère la disparition de la douleur. Au réveil, il n'accuse plus aucune sensation ; il n'a souvenir de rien ; il ne se rappelle même pas que je l'ai endormi.
20. — La douleur enlevée par suggestion hier malin est revenue dans l'après-midi. 11 a bien dormi la nuit. Le point douloureux existe encore ce matin, peu intense. Nouvelle suggestion : disparition complète de la douleur.
21. — Le malade a encore eu une légère sensibilité dans la journée. A partir de 6 heures du soir, plus rien. La constriction, le vertige, l'obnubilation ont totalement disparu. Il se déclare complètement guéri; depuis le 10 avril, début de sa maladie, il n'a jamais été aussi bien. Je lui fais une dernière suggestion en sommeil profond et il demande à rentrer chez lui et à reprendre son travail.
Observation XLVIII. — Douleur épigastrique et hypocondriaque droite depuis trois semaines enlevée en quelques jours par suggestion.
Th. Joseph, âgé de soixante ans, entre à l'hôpital le 22 juillet 1890, pour une douleur nerveuse abdominale. Depuis trois semaines, sans cause connue, il accuse cette douleur dans la région hypocondriaque droite; elle est continue, contusive, et l'a obligé de quitter son travail. Le malade a eu les mêmes douleurs il y a deux ans, pendant deux mois. L'année dernière il les a eues pendant deux mois et aurait été soumis à des lavages d'estomac. Depuis trois semaines, il n'a pas d'appétit. Auparavant il mangeait bien; la digestion est bonne; les selles sont régulières. N'a pas eu de maladies antérieures, si ce n'est quelques excès de fièvre intermittente en Afrique d'où il est revenu eu 1883 après y avoir séjourné sept ans. D'ailleurs, jamais d'ictère, pas de cachexie. Quelques douleurs diffuses qualifiées de rhumatisme.
Constitution bonne, bien conservée. Tempérament mixte. Les fonctions diverses sont normales. A l'examen du ventre on ne constate rien d'anormal ; l'estomac n'est pas dilaté ; le foie ne dépasse pas le rebord costal. La région épigastrique et hypocondriaque sont sensibles à la pression. Par affirmation suggestive on détermine un point particulièrement douloureux au-dessous du rebord costal sur la ligne mamillaire; on détermine aussi un point rachidien. — Le malade est mis en sommeil profond le
DOULEUR ÉPIGASTRIQUE
23 juillet. Au réveil, après suggestion, il dit spontanément qu'il va mieux. A la pression la région sus-ombilicale est moins sensible.
24. — A eu hier sa douleur vers le creux égigastrique pendant trois heures. Ce matin celle région est sensible ; la région hypocondriaque ne l'est plus. Digestion bonne. A dormi cette nuit, comme il ne l'avait pas fait depuis six nuits; cependant s'est réveillé encore cinq ou six fois. Pression douloureuse sur une ligne allant de l'appendice xiphoïde à lombilic. Suggestion.
23. — La douleur de l'hypocondre ne revient plus. La douleur épigastrique enlevée hier matin est revenue le soir. On trouve aussi le point rachidien suggéré. — Suggestion. Application de collodion pour prolonger l'efTet de la suggestion et empêcher la douleur de revenir.
26. — Le collodion lui a, dit-il, fait du bien. La douleur n'est plus que très faible.
Les deux jours suivants, il continue à aller bien. J'évite de lui parler de sa douleur pour ne pas appeler son attention, c'est-àdire son auto-suggestion sur elle.
Le 28, il se déclare guéri et demande sa sortie.
Observation XLIX. — Gastrite et gastralgie nerveuse. — Guérison rapide par suggestion.
Edmond Th..., âgé de quarante-deux ans, marchand d'habits, entre à l'hôpital le il juillet 1890, pour des symptômes de nervosisme lié à une dilatation d'estomac. Il y a deux ans, le 15 mai, la maladie a débuté brusquement par une indigestion. Après avoir mangé du ragoût de veau avec de la salade de laitue, il fut pris de douleur d'estomac, avec vomissements ; toute la nuit agitalion, douleur de tête, crampes d'estomac ; les vomissements ne continuèrent pas la nuit. Mais le lendemain et pendant trentedeux jours de suite, il vomit un liquide verdàtre, dit-il, ne mangea plus et eut des douleurs atroces dans la région épigastrique. Pendant ce temps, on lui mit des vésicatoires sur cette région, on ht des frictions stibiées, on le mit à la diète. A l'hôpital de Lunéville, on lui fit à la fin des lavages d'estomac; il continua à vomir quelques jours; puis le vomissements se calmèrent; la douleur persistait. On songea alors à un rétrécissement œsophagien ; on lui passa des sondes avec boules d'ivoire; cette opération fut faite une dizaine de fois et déterminait chaque fois des douleurs intolérables qui obligeaient le médecin à retirer la sonde.
HYPNOTISME, SUGGESTION, l'SYCHOTIIÉRAPIIi;
Après trente-deux jours de traitement il alla mieux, se remit à travailler. Il vint habiter Nancy en avril 1889. Le 2 mai, après avoir diné, il vomit une seule fois et resta de nouveau malade pendant trente jours. C'étaient des douleurs épigaslriques, qu'il compare à des picotements, à des lancées, se répétant sept à huit fois par jour, durant un quart d'heure chaque fois, sans vomissements. M. le D'- Schuhl reprit les lavages d'estomac. Après une dizaine de lavages, il alla de nouveau mieux.
Le 4 juin, il entra au service de M. le D'' Spillmann et y resta jusqu'au 14 juillet; on lui lava l'estomac deux l'ois et on lui lit prendre du charbon.
Depuis il fut repris, à diverses reprises. En novembre, pendant dix jours; en décembre huit jours.
Actuellement il est pris depuis le 2 mai de douleurs d'estomac, avec régurgitations glaireuses, tous les jours. Il ne prend que des aliments liquides; il va difficilement à la selle. Depuis trois ans, pendant la défécation, quand les selles sont dures, il ressent des douleurs dans les genoux.
Comme antécédents, il accuse une syphilis en 1869; en 1870, il aurait eu un nouveau chancre et a perdu ses cheveux. — Il n'accuse pas d'habitudes alcooliques. Faut-il le croire? Il n'a pas de tremblement.
Constitution assez bonne; tempérament nerveux. L'examen des organes et des fonctions ne démontre rien d'anormal. On constate seulement que l'estomac est un peu dilaté et clapote jusqu'à deux travers de doigt au-dessus de l'ombilic. — Aucun symptôme tabétique. — La pression épigastrique n'est pas particulièrement douloureuse ; mais on crée facilement par affirmation suggestive une zone douloureuse xiphoïdienne.
Aucun traitement n'est fait avant le 14 juillet. Le malade est mis au régime ordinaire; les aliments passent.
Le 14 juillet : suggestion hypnotique. Sommeil profond avec amnésie au réveil.
15. — Malgré la suggestion d'hier matin, a eu des douleurs vives dans toute la région abdominale, surtout à gauche de l'ombilic. Ces douleurs ont duré toute la journée, ne disparaissant que par instants. Pendant la nuit n'a dormi qu'une heure après son repos. N'a pas vomi, mais a eu des régurgitations glaireuses. La pression épigastrique ne réveille pas de douleur. — Suggestion.
16. A été bien hier toute la journée. N'a plus eu de douleurs ni de régurgitations glaireuses. Depuis ce matin quatre heures, a
eu des coliques; il n'a pas eu de selles depuis trois jours. Lavement froid. — Suggestion.
17. — Selle sans douleur à la suite de lavement. — Journée et nuit bonnes. Ce matin selle sans lavement. Pendant la défécation, il accuse une douleur allant des genoux jusqu'au tiers moyen des deux jambes. — A régurgité un peu d'eau ce matin. — Suggestion.
18. — Va bien. N'a plus eu douleurs dans les jambes en allant à la selle. N'accuse plus de douleurs abdominales. Mange de tout et digère sans difficullé. — Suggestion.
Le 19, le malade va bien, demande une permission; il rentre le soir, ivre, et on est obligé de le renvoyer.
Voici un malade qui à la suite d'une simple indigestion, a eu pendant trente-deux jours des douleurs atroces dans la région épigastrique, avec vomissements, et maux de tête. Depuis les mêmes symptômes se sont reproduits grand nombre de lois. Tous les médecins qui l'ont vu, ont porté l'attention sur la dilatation d'estomac; vésicatoires, frictions stibiées, régime, catbétérisme de l'œsophage dans l'hypothèse d'un rétrécissement du conduit, ont été mis en œuvre.
Le malade souffrait depuis deux mois et demi quand il est entré à notre service. En trois jours la douleur épigastrique a été enlevée par suggestion; et le malade a pu manger de tout, et digérer sans difficulté et sans douleur, grâce à cette simple psychothérapeutique.
Je ne voudrais pas affirmer qu'il n'a pas eu de rechute, mais l'action momentanée si rapide du traitement montre que la guérison peut s'obtenir par la suggestion et que la persistance des symptômes était subordonnée à l'élément nerveux, négligé par les médecins. Un malade qui sans lésion organique profonde de l'estomac, à la suite d'une indigestion, conserve pendant trente-deux jours, malgré la diète, des douleurs épigastriques lancinantes aussi intenses, aussi tenaces, doit être soupçonné de nervosisme. C'est l'impressionnabilité nerveuse du sujet qui
relieiit la douleur, quand la cause géuéralrice a disparu, qui la régénère sous l'influence de causes minimes, qui greffe sur un catarrhe accidentel de l'estomac des symptômes neurasthéniques surajoutés; les douleurs dans les jambes produites par l'acte de la défécation, la zone douloureuse xiphoïdienne créée par suggestion, l'influence rapide du traitement confirmèrent cette opinion.
Observation L. — Neurasthénie abdominale depuis un an. — Guérison rapide par suggestion,
Louise V..., journalière, âgée de trente-cinq ans, entre à l'hôpital le 21 juin 1890, pour des symptômes de neurasthénie abdominale.
Mariée, séparée de son mari, mère de dix enfants, dont cinq vivent, elle a eu sa dernière grossesse il y a cinq mois ; elle a nourri son enfant jusqu'à son entrée au service. Depuis un an, la malade se sentait faible, avait des douleurs qu'elle montre dans le dos et vers l'épigastre, douleurs revenant tous les jours durant parfois une heure, lancinantes, l'empêchant souvent de se coucher et de dormir; de plus, elle avait peu d'appétit; les selles étaient normales. Elle a travaillé jusque il y a cinq mois. Il y a vingt-six jours, elle a eu de forts frissons qui, commençant dans la soirée, ont duré jusqu'au lendemain matin. A ce moment, elle eut un point douloureux au reboi'd axillaire droit qui persiste encore, sans toux ni expectoration. De plus, douleurs dans le ventre du côté droit, au i-epos et quand elle veut marcher: douleurs intenses avec élancements vers Tombilic.
Il y a quatre jours, elle a été prise de diarrhée aqueuse avec coliques; elle a fait du sang hier et avant-hier; elle évalue la quantité à un verre. Hier elle aurait rendu du pus (?) par les selles. Pas de ténesme. Depuis hier, quatre selles, dont une de ce matin conservée et demi moulée, sans pus ni sang. Il y a un an, aurait aussi perdu du sang dans les selles ; elle a des hémorrhoïdes procidenles. Au moment du frisson, elle aurait eu de la constipation, n'allant à la selle que tous les trois jours, jusqu'il y a quatra jours.
Etut actuel (3 juillet). — Constitution un peu débilitée. Tempérament lymphatique Croûtes d'herpes labialis. Faciès déprimé, langue un peu chargée, pouls petit, régulier, égal, 84. Apyrexie. Ventre bien conformé. Depuis trois jours, elle accuse des renvois.