SUGGESTION DANS LES NÉVROSES
de plusieurs années chez l’un, de plusieurs mois chez l'autre, et qui avaient résisté à de nombreuses médications à obtenir en quelques semaines un succès complet et définitif.
Les troubles sympathiques douloureux, malaises, viscéralgies, vomissements, etc., liés aux affections utérines ou stomacales sont souvent promptement soulagés, quelquefois guéris, par la suggestion; toutefoisil y a des rechutes ; mais la suggestion répétée, prolongée avec patience et persévérance pendant des semaines et des mois, peut réussir à déraciner ces troubles. J’ai obtenu des guérisons ou des soulagements notables dans des cas où il était question de pratiquer l’ovariotomie pour remédier à des souffrances réellement insupportables.
Les tremblements nerveux, saturnins, mercuriels, alcooliques peuvent s’amender ou guérir par un nombre variable de suggestions. Il n’en est pas de même de la paralysie agitante. Bien que l’anatomie pathologique soit encore muette sur le siège et la nature de cette maladie, il s'agit là certainement d’une affection organique à évolution fatale, incurable. Elle n'offre aucune prise à la suggestion, alors même qu’elle est à son début, qu’elle est fruste et n’a pas encore créé la trémulence caractéristique. J’ai soigné il y a quelques années une dame que je croyais d’abord affectée d’une simple neurasthénie due à des chagrins prolongés ; son facies était déprimé, atone, ses mouvements lents; son Corps un peu Courbé, sa démarche comme ankylosée; elle n'écrivait que par tous petits caractères: les nuits étaient agitées par un besoin incessant de remuer, de changer de place, de se lever, avec sensation de chaleur, et trémulence passagère par accès. La suggestion resta impuissante, comme tous les autres traitements antérieurs et postérieurs ; il s'agissait d’une forme fruste de maladie de Parkinson, diagnostic qui fut d’ailleurs confirmé pas nos collècues de Paris.
228 HYPNOTISME, SUGGESTION, PSYCIIOTHÉRAPIE
Outre les névroses nettement spécifiées dans le cadre nosologique, il existe une foule de manifestations nerveuses, névroses mal définies, contre lesquelles la suggestion est souvent efficace : hypéresthésie cutanée, anesthésies partielles, viscéralgies, migraines, etc. L’alcoolisme, l’arthritisme, la diathèse urique, le saturnisme, à côté des lésions organiques qu’ils déterminent, créent aussi de simples névroses qui peuvent céder à la suggestion. J'ai guéri des douleurs musculaires et nerveuses dues à lal- | coolisme ou au saturnisme; j’ai vu une paralysie des extenseurs de la main d’origine saturnine avec anesthésie M disparaître en quelques séances par suggestion; certainement il n’y avait pas dans ce cas de névrite confirmée, pas de dégénérescence nerveuse. Car dans ces cas, qui sont les plus fréquents, la suggestion reste lettre morte.
La morphinomanie qu’on peut ranger dans les névroses « artificielles est quelquefois facile, quelquefois difficile à « influencer par suggestion. J’ai réussi rapidement dans #4 ou 5 cas, où les sujets ne dépassaient pas la dose de 3 à 4se-« ringues par jour; dans ce cas, les malades, étant hypnotisables, purent être sevrés très rapidement, en quelques jours. À deux d’entre eux, je pus suggérer un véritable dégoût de la morphine, si bien qu’ils supportèrent l’un des accès violents d’asthme, l’autre des douleurs névralgiques, « sans aucune tentation de recourir à l’injection. A d’autres on n'arrive pas à suggérer le dégoût, mais on les déhabitues de la morphine; il faut avoir la précaution de ne pas leur laisser la seringue et de les faire surveiller rigoureusement pour leur enlever la tentation de recommencer, souvent plus forte que la suggestion. D’autres morphinomanes qui se font 5, 6, 12 injections ou plus par jour, sont très diffi-M cilement suggestibles ; le malaise par suppression de mor-« phine est intolérable; ils deviennent fous de douleur, d’an- È goisse, de sensations diverses. Ce sont de vrais aliénés ques l’on ne peut influencer facilement. S'ils ont l’énergie néces-«
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