CONTRE-SUGGESTIONS
assertions le parti que le médecin peut tirer de cette médication.
On guérit souvent, on ne guérit pas tout; on soulage souvent, on ne soulage pas toujours. Les cas les plus simples, ceux qui paraissent le mieux devoir obéir à la thérapeutique suggestive, résistent parfois. Cela tient à la maladie dont quelques éléments nous échappent; cela tient à l’individualité psychique qui, elle aussi, à des secrets qu’elle nous dérobe.
À côté de la suggestion du médecin, il y a la suggestion du malade qui raisonne, qui n’accepte pas, qui est dominé par ses impressions auto-suggestives conscientes fou inconscientes ; le médecin est là une demi-heure au plus par jour pour suggérer; l’imagination du sujet reste toute la journée seule pour suggérer à son tour et défaire parfois ce que le médecin a fait. Il faut, chez quelques-uns, un entrainement suggestif, un milieu suggestif qu’on ne trouve pas toujours.
L'œuvre du médecin peut être contrariée par un entourage peu intelligent, par des contre-suggestions venant d’autres personnes. Avec du temps, de la patience, de la sagacité et la connaissance du terrain, qui ne s’acquiert que par l’expérience, on réussit souvent, à travers des tàtonnements, dans les cas les plus difficiles, malgré les éléments contraires. La suggestion est une science et un art qui exige une grande expérience, un long apprentissage; et c’est faute d’avoir voulu persévérer pour acquérir cette expérience que beaucoup demédecins échouent.
La suggestion trouve encore dans beaucoup de milieux médicaux et autres une hostilité considérable. On à commencé par nier les faits; on ne les nie plus, mais on dit qu'ils n’ont pas d'utilité pratique; on ajoute même que c'est dangereux. On prononce les mots d’hystérie, de suppression du libre arbitre, de dérangement des facultés in-
tellectuelles; on terrorise les familles, on désuggestionne les malades.
Quand je ne suis pas sûr de mon terrain, quand je crains les influences contre-suggestives, et que je crois cependant que la suggestion peut être utile, je la fais sans hypnotisme, je la cache dans une pratique inoffensive, dans l'électricité, dans le massage, dans une friction, dans un médicament.
L’électricité surtout, quand elle n’a pas été employée déjà dans la maladie en cause, convient merveilleusement ; j'ai enlevé des douleurs, des névralgies, des spasmes, de l’aphonie nerveuse, de l’impotence fonctionnelle par lélectrisation suggestive en affirmant au malade que cela va le guérir, et en concentrant, pendant l’application de l’appareil, son attention sur les effets curateurs qu’il éprouve, en lui expliquant le mécanisme de la guérison, de façon à fixer l’idée de sa guérison dans son esprit et à faire ainsi, par voie détournée, de la psychothérapie suggestive.
C'est dans le champ des névroses que la psychothérapie trouve surtout son application. Nous allons relater d’abord quelques faits de névroses d’origine traumatique. L’attention a été appelée depuis quelques années sur ce chapitre par les travaux de notre éminent maître Charcot. Si j'en crois mon expérience personnelle, les névroses consécutives aux traumatismes divers ne constituent pas une espèce distincte, une hystérie spéciale. Parmi elles, il n’en est aucune qui, Comme évolution, comme modalité, comme appareil symptomatique, ne puisse être engendrée par une autre cause. La diathèse nerveuse héréditaire ou acquise, les émotions morales, l’arthritisme, le saturnisme, l’alcoolisme, les maladies organiques, la fièvre typhoïde, V'influenza, le rhumatisme articulaire, les lésions organiques des centres nerveux, les névralgies, les maladies du tube digestif, de l’utérus, la chlorose, etc., peuvent déterminer des troubles nerveux dynamiques au même titre que le traumatisme. On trouvera dans nos observations des cas de névroses consécutives à ces causes diverses, qui ne diffèrent en rien, ou plutôt, qui sont aussi variables comme allures que les névroses d’origine traumatique.
Au traumatisme, d’ailleurs, peuvent s’associer divers facteurs pour engendrer la névrose, les facteurs sont:
238 JIYPNOTISME, SUGGESTION, PSYCHOTHÉRAPIE
1° La lésion elle-même qui peut retentir par voie nerveuse, directe ou réflexe, sur divers organes et fonctions ;
2° La douleur, qui, très aiguë ou très tenace, peut, soit en parésiant directement la fonction locale, soit en agissant sur le sensorium, créer des perturbations dynamiques plus intenses que la lésion elle-même ne le comporte;
3° Le choc psychique émotif, frayeur, colère, etc., qui, par lui seul, agissant sur un organisme prédisposé, fait naître des manifestations diverses;
4° La diathèse nerveuse ou l’impressionnabilité préexistante. Le plus souvent, le traumatisme, associé aux éléments que nous venons d'indiquer, met en éveil cette diathèse, latente ou déjà révélée ear des troubles antérieurs.
Le traumatisme agit comme toutes les causes occasionnelles qui font éclore sur un terrain favorable des manifestations diverses, locales ou générales, en rapport avec la modalité particulière à chaque système nerveux. C’est ce qui ressortira, je pense, de la lecture des observations.
La névrose peut-être caractérisée par unesimple douleur. Une lésion peu importante détermine une douleur excessive qu’elle ne justifie pas ; ou bien une douleur qui sans être excessive, survit à la lésion, retenue pour ainsi dire par le système nerveux qui ne peut plus s’en débarrasser. A cette douleur peuvent s'associer des troubles fonctionnels locaux de l’organe auquel est rapporté la douleur (Obs. 5 et 7) ; ou bien des symptômes de neurasthénie générale qui viennent tôt ou tard se grefler sur elle, ainsi qu’on le verra dans les observations suivantes.
Dans les quatre premières, la névrose douloureuse, de date relativement récente, a pu être enlevée rapidement par suggestion.
Dans la cinquième, datant de deux ans, elle n’a pu en dix jours de traitement, qu'être améliorée très notablement.
Dans les trois autres, datant de 20 à 25 ans, la suggestion n’a eu qu’une efficacité incomplète ou passagère. Prolongée