‹ Hypnotisme, suggestion, psychotheŕapie (volume 3)Chapitre 146 sur 271 · RUES · texte numérisé non relu

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nient qu’il accuse, depuis son enfance, ce sont de petites selles diarrhéiques venant régulièrement après chaque repas et de plus dans la journée de fréquentes petites selles sans coliques; il ne se rappelle pas avoir eu de selles moulées. Il n’a jamais eu d’accidents nerveux, mais J'ai traité une de $es sœurs et une nièce pour des troubles hystériques. M. V... paraissait énergique, dur pour lui-même, et n’accusait aucun trouble, bien qu'ayant les attributs du tempérament lymphatico-nerveux.

Etant à Lille pour affaires, le 12 juillet 1888, 1l contracte une typhlite avec douleur vive iléo-cœæcale, fièvre intense, constipation; cette typhlite fut combattue par lespurgatifs et l'application de deux vésicatoires. Il resta alité pendant dix-sept jours, puis resta encore douze jours à achever sa convalescence à Lille, n'ayant de selles qu'avec des purgatifs. Rentré à Lunéville, il vit se confirmer sa guérison, il n’accusait plus aucune douleur, mais toujours de la constipation, et de plus rendait les aliments aussitôt après les repas. — Tout d’un coup, quinze jours après, survint vers la région abdominale inférieure droite une douleur atroce, comme une crampe, comparable en intensité à une colique hépatique ou néphrétique des plus violentes; cette douleur dura de une heure à une heure et demie et se dissipa à la suite de cataplasmes et de lavements laudanisés. Après cet accès, V... resta alité, avec de l’anorexie, — sans aucune douleur, ni spontanée, ni à la pression. Trois jours plus tard survint un accès pareil au premier.

Puis les accès se répétèrent presque tous les jours, à heures variables, durant une demi-heure à une heure, — rarement la nuit; il aurait été réveillé trois ou quatre fois seulement dans son somneil par la douleur. — En même temps, outre ces accès de coliques, constipation opiniâtre : il n’allait à la selle que par lavement et ne rendait que de petites chiques ou des rubans tout minces et plats, dit-il, avant cependant la longueur d’un doigt.

Les médecins de Lunéville, qui le virent, pensèrent naturellement qu'il s'agissait d’un obstacle intestinal consécutif au processus de la typhlite, par bride citatricielle, péritonite chronique, épaississement inflammatoire du cœcum, etc. — Appelé à voir le malade en octobre 1888, je ne pus que me ranger à l'avis de mes confrères. En dehcrs des crises, on ne constatait rien de bien net à la palpation profonde de la région iléo-cœcale, qui n'était pas douloureuse; parfois on croyait sentir une rénitence, mais peu distincte. Pendant les crises douloureuses, on constatait une contracture avec gonflement de la paroi abdominale du côté droit et des anses intestinales sous-jacentes. On continua à essayer les ré-

vulsifs, vésicatoires, et les purgatifs divers, huile de ricins, séné, eau hongroise, pilules, etc., contre la constipation opiniâtre. Rien n’y fit.

En novembre, les douleurs devenaient intolérables au malade : il dut avoir recours aux injections de morphine, et commenca par la dose de un centigramme qu'il dut augmenter progressivement pour arriver en mars 1889 à la dose de dix centigrammes par jour. Depuis cette époque, il dut régulièrement chaque jour, aussitôt l’accès développé, injecter cette dose en une fois ; une dose inférieure ne suffit pas à enlever la douleur. Il lui est même arrivé une fois de s’injecter 46 centigrammes d’un coup.

Je le vis une seconde fois à la fin de janvier 1889. A cette époque déjà, frappé de l'intensité des douleurs, qui étaient hors de proportion avec une simple constipation due à un rétrécissement, apprenant que le malade avait eu, il y avait quelques jours, une petite selle moulée du calibre du petit doigt, connaissant d’ailleurs les antécédents nerveux de la famille, ne trouvant à la palpation profonde, en dehors des accès, aucune douleur, aucune rénitence bien nette, j’exprimai à mes confrères l’idée que l'élément nerveux pourrait être pour quelque chose dans ces accès si douloureux ; qu'une névrose spasmodique douloureuse greffée sur une lésion légère pourrait expliquer cet appareil symptomatique, et je prononcai le mot de suggestion; — je dis que si rien ne réussissait, le malade pourrait venir essayer ce traitement à Nancy, et qu’en cas d'échec, cela n’aggraverait en rien son état. Je rappelai à mes confrères un cas de névrose douloureuse précordiale, datant de quatre ans, ayant défié toutes les médications, chez la femme d’un confrère, que j'avais récemment guérie par suggestion. — Nous instituâmes un traitement par la belladone conjointement avec des purgatifs et des injections de morphine dont le malade ne peut plus se passer.

Les choses restèrent dans le même état. Vers la fin de février, cependant, le malade resta huit à dix jours sans douleur, et l’espoir renaissait dans la famille. Mais les accès reparurent plus douloureux et la dose de dix centigrammes de morphine par jour devint nécessaire. La santé générale périclitait. Le malade maigrit et s’anémia. Rien n’arrêtait les accès; l’idée d’une lésion organique grave s’imposait. Il était question de consulter un de nos collègues en chirurgie sur l’opportunité d’une laparotomie. Avant de se décider pour cette extrémité, le malade alla consulter le professeur Naunyn (de Strasbourg), qui, après l'avoir chloroformé et examiné, pensa comme tous les médecins à un rétrécissement,

et institua un fraitement par les lavements forcés. Le malade passa quinze jours à la maison de la Toussaint, à Strasbourg, et recut pendant ce temps dix injections d’eau froide de un litre et demi par le rectum. Le traitement resta sans résultat ; les lavements déterminaient souvent des crises; et à leur suite, celles-ci devinrent plus nombreuses et plus fréquentes : une à deux tous les jours, durant trois quarts d'heure à une heure et demie.

Mme V... consulta alors le professeur Kæberlé, qui avait déja vu le malade en novembre 1888. Notre collègue et ancien maitre ne constata aucune lésion à l'examen du ventre et pensa qu'il s’agissait d'une simple contracture musculaire, d’une névrose spasmodique greffée sur une typhlite. Il conseilla de continuer.la belladone et les injections de morphine.

D'après ce diagnostic, confirment l’idée que j'avais exprimée antérieurement, la famille du malade pensant que la suggestion hypnotique pourrait être tentée, le malade vint me revoir le 20 juillet dernier.

Après l'avoir examiné de nouveau et après avoir constaté que le ventre était souple et nullement douloureux à la pression profonde, en dehors des accès, j'essayai l’hypnotisation, et en moins d’une minute M. V... était en sommeil presque complet {catalepsie, mouvements automatiques, analgésie) avec souvenir conservé au réveil. Je suggérai la disparition des accès de douleur et de contracture. Au réveil, j'engageai le malade à venir passer plusieurs jours à Nancy, pour se soumettre au traitement suggestif.

Malgré la suggestion, M. V... eut un accès le lendemain 21, et revint le 22 juillet s'installer à Nancy. Ce jour, je fis deux séances; le malade arriva depuis la troisième en sommeil profond avec amnésie au réveil. Les crises depuis quelques jours venaient surtout vers huit heures du matin. Le 23 juillet à huit heures, je me rendis chez le malade, je le trouvai la main appuyée sur la région illaque droite, la face commencant à se gripper ; l'accès commencait ; Je constatai que toute la paroi abdominale surtout à droite était contracturée. Je provoque immédiatement l'hypnose et Je dis au malade : « Dans une minute vous ne sentirez plus rien et le ventre sera relâché complètement. » J'affirme la chose avec assurance parfaite. Et une minute après, la douleur avait disparu, la contrasture avait cédéet j'enfonçais mon poing dans la profondeur, sans aucune douleur.

Je fis une nouvelle suggestion à deux heures. — Le 24, à huit heures du matin, je me trouvais chez le malade. Il attendait sa crise; elle n’était pas encore déclarée, mais les phénomènes pré-

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curseurs étaient là. La main se portait vers la région malade. Je l'hypnotise immédiatement et je lui dis : « La crise, elle ne viendra pas; vous n'aurez rien. — J’enfonce mon poing dans le ventre qui est mou et insensible. Et demain matin, vous aurez beau attendre la crise, elle ne viendra pas. » En effet, rien ne se manifesta. La crise ne vint pas, et le lendemain, le malade n’en eut pas le moindre symptôme précurseur. M. V..…. resta encore à Nancy jusqu’au 31, jour où je dus le renvoyer, car je partis en vacances. Il n'eut plus de crise. — Le sevrage de la morphine, qu'il avait dù continuer jusqu’au 22 juillet, donna lieu à quelques symptômes : lassitude, vertige, malaise, selles diarrhéiques, insomnie; ces symptômes disparurent progressivement par la suggestion en quatre en cinq Jours.

Avant son départ, j'appris à Mme V... à hypnotiser elle-même son mari, je l'engageai à continuer à le faire deux fois par jour.

Mais trois ou quatre Jours après le retour à Lunéville, les accès revinrent irrégulièrement. D'abord Mme V... ou le docteur X... arrivaient à les arrêter net par suggestion. Mais souvent M. V... se trouvait à son bureau à un kilomètre de distance de son logement, quand l'accès commencait : on allait chercher Mme V..., elle arrivait trop tard ; l’accès était dans tout sun plein ; le malade souffrait comme un damné, se crispait et restait rebelle à la suggestion. La morphine redevint nécessaire à la dose de huit à dix centigrammes par jour.— Cela continua ainsi, malgré les suggestions faites en dehors des accès, deux fois par jour.

M. V.. revint à Nancy, à mon retour de vacances, le 18 septembre. Il essaya d’abord de se traiter en restant à Lunéville, el venant deux fois par semaine à Nancy, mais les séances des 18, 22,25 et 30 septembre restèrent infructueuses. Bien que le malade fut en hypnose profonde, chaque fois, la suggestion était impuissante à prévenir le retour des crises qui se répétaient chaque jour. Je décidai le malade à faire un nouveau séjour à Nancy, plus prolongé. Il revint le 20 octobre. Je luifis deux suggestions vigoureuses par jour : l’une à huit heures du matin, l'autre à deux heures. Les crises venaient à peu près à heure fixe, à quatre de l’après-midi, depuis quelque temps ; elles semblaient s'être régularisées depuis la suggestion.

Les deux premiers jours, l’accès revint le soir, malgré la suggestion, mais moins douloureux et moins long. — Le troisième jour au dire du malade la douleur n’était presque plus rien. — Les jours suivants, le malade dit que la crise n’était pas venue et parutenchanté. Je le crus débarrassé par la suggestion ; mais j’ap-

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pris le 9 octobre par sa femme qu'il se faisait une injection de morphine tous les soirs vers trois heures au moment où la crise commençait. Il m'avait trompé.

Je l’admonestai vivement; je supprimai la morphine et je le priai de m'attendre chez lui tous les soirs; à quatre heures, je devais venir arrêter la crise au moment où elle tendait à se montrer. — À quatre heures moins dix minutes, je fus chez lui. Il ne ressentait absolument rien. « Vous voyez, lui dis-je, la crise ne peut pas venir quand je suis là. » Mais aussitôt que quatre heures allaient sonner, la figure du malade commençait à se contracter. Alors je lui dis : « Croyez-vous que je vais vous endormir pour empêcher la crise ? Ce n'est pas nécessaire. Tenez je mets la main sur votre ventre. Dans deux minutes je l’enfoncerai jusqu’à la colonne vertébrale et vous ne sentirez rien. » Le malade parut douter; la crise était imminente. Je laissai la main sur la région douloureuse, en riant, et au bout de une à deux minutes : « Tiens, c’est vrai, dit-il, il n’y a plus rien. » Et l'accès ne vint pas. Ma main seule avait conjuré en une minute une crise que 10 centigrammes de morphine seulement arrivaient à calmer.

Je savais, en effet, que M. V.. était suggestible à l’état de veille : catalepsie, contracture, paralysie, analgésie complète, tout pouvait être réalisé chez lui, comme chez la plupart des bons somnambules, sans sommeil provoqué préalable. Le lendemain l'accès ne chercha pas à venir. Je fis rester le malade ici jusqu'au 28 octobre, et à partir du 9 aucune crise ne s’est plus manifestée ; M. V... n'a plus eu recours à la morphine.

Chose singulière, avant et depuis la maladie, M. V... avait toujours des selles diarrhéiques après chaque repas et daus le courant de la journée : il ne se rappelle presquepas avoir eu de selles moulées. Le 18 octobre je lui suggère d’avoir une selle moulée régulière tous les jours vers dix heures du matin, et je répète la sugcestion tous les jours. La suggestion réussit, les selles deviennent moulées et ont lieu régulièrement entre neuf et dix heures du matin ; dans les premiers jours, il y en a deux dans la matinée. Puis après quatre ou cinq jours de cette suggestion, il n’y à plus qu'une seule selle moulée du calibre d’un doigt, entre neuf et dix heures du matin.

M. V... va d’ailleurs très bien, l'appétit est bon, la digestion parfaite, le sommeil de la nuit excellent.

Il retourne chez lui le 28. 1l est possible qu’une impression quelconque, effort, indigestion, etc... ramène de nouveau une crise et que la suggestion de la douleur soit plus forte que le souvenir de

la contre-suggestion thérapeutique. Mais il est certain que la maladie guérira et restera guérie, à condition que, en cas de rechute, la suggestion puisse être faite au moment même où la douleur voudra éclater.

Cette observation a été publiée dans la lettre de M. Cosserat (sur l’hystéro-traumatisme, Nancy, 1890).

Voici la suite : quelques jours après son retour à Lunéville, le malade fut atteint d’une nouvelle crise qui ne put être conjurée tout de suite et qui nécessita une nouvelle injection de morphine. Il eut ainsi, en trois semaines, trois ou quatre crises. Il se disposait à revenir à Nancy pour recommencer le traitement suggestif, lorsqu'il contracta une pneumonie qui l’enleva en huit jours.

Cette observation, des plus intéressantes, se place à côté de celles de névrose traumatique. C’est un traumatisme pathologique, une typhlite qui a laissé à sa suite des accès de contracture excessivement douloureuse des muscles abdominaux et du cæcum, accès simulant un étranglement intestinal. Toutes les médications échouèrent contre ces crises singulières. La question de laparotomie avait été posée. 8 à 10 centigrammes de morphine en injection souscutanée étaient nécessaires pour combattre chaque crise.

C'était une simple névrose ; le malade était d’un tempérament nerveux; je connais deux de ses sœurs : l’une est morte d'accidents d’origine hystérique et a une fille hystérique, affectée souvent d’œsophagisme ; l’autre sœur est très impressionnable et névropathe.

La typhlite avait appelé la diathèse nerveuse préexistante sur le cœcum et la paroi abdominale sus-jacente. C’étaient des crises viscérales nerveuses.

La suggestion hypnotique, et plus tard la suggestion à l’état de veille arrêtaient instantanément la crise que 8 à 10 centigrammes de morphine conjuraient à peine. Mais la suggestion n’agissait pas, ou pas suffisamment, sur l'échéance éloignée de ces crises. J’eus beau suggérer que les crises ne reviendraient pas. Aussitôt qu’une impression quelconque réveillait la douleur et le spasme de la région

iléo-cæcale, l’auto-suggestion déterminée par ces sensations était trop intense pour que le malade, obéissant à la suggestion faite antérieurement püt faire inhibition. Il fallait être là pour arrêter la crise déjà déclarée ou s’annonçant imminente. Alors, invariablement, l’application seule de ma main l’empêchait de venir ou la coupait instantanément. Il est absolument certain que si j'avais pu dresser une personne, ne le quittant jamais, à faire la suggestion comme je la faisais, le malade eût fini par guérir. Toutes les crises eussent été arrêtées, et, peu à peu, le système nerveux discipliné eût désappris cette modalité fonctionnelle, C’est là une des difficultés de la thérapeutique suggestive. Tous les malades n’obéissent pas à la suggestion à échéance; la maladie, elle-même, constitue une suggestion qui peut dominer celle faite antérieurement. Dans ce cas, il faut une action psychique suggestive au moment même des accidents qu’on veut enrayer ; quelquefois on peut la confier à une pratique médicamenteuse, en laquelle le malade a confiance. Cela ne réussit pas toujours. Il faut, dans ces cas, que le malade soit dans une clinique spéciale, entouré de personnes exercées qui sachent manier la suggestion, et la faire chaque fois qu’elle est nécessaire. Malheureusement, les malades ne se soumettent pas volontiers à cette surveillance continue, quand les manifestations douloureuses ou autres sont intermittentes. Aussitôt l’accès passé ils réclament leur liberté et oublient leur maladie, plus soucieux de leurs intérêts que de leur santé. Ils se soumettent bien à une opération ou à un appareil qui les laisse couchés plusieurs semaines dans l’immobilité ; mais ils ne comprennent pas aussi bien qu’un traitement suggestif continu de plusieurs semaines ou de plusieurs mois puisse être nécessaire pour déraciner une affection invétérée.

L'observation suivante peut aussi se ranger à côté des

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