‹ Hypnotisme, suggestion, psychotheŕapie (volume 3)Chapitre 19 sur 271 · APPLICATION A LA PÉDAGOGIQUE · texte numérisé non relu

APPLICATION A LA PÉDAGOGIQUE

nos jeunes gens sont soumis à une éducation uniforme; on veut les couler dans le même moule; on veut les faire passer par la même filière pour aboutir à des carrières différentes. Combien d'intelligences bien douées à certains points de vue, enrayées ou avortées par cette discipline inintelligente qui ne se préoccupe pas des incompatibilités intellectuelles! Tel cerveau remarquablement doué pour les mathématiques, par exemple, reste éternellement rebelle à l’étude des langues ou aux conceptions artistiques, et vice versa! Si le baccalauréat ès lettres ou ès sciences était la seule porte d'entrée des carrières artis-

tiques, comme elle l’est pour les carrières libérales, du

médecin, du jurisconsulte, de l'ingénieur, que d'artistes seraient étouffés dans leur germe! Vouloir introduire de force dans tous les cerveaux, toutes les branches de l’intelligence humaine, c’est vouloir forcer chaque sol à mürir

tous les germes du règne végétal. Faire produire à chaque

cerveau ce qu'il est capable de produire, féconder et développer les aptitudes congénitales de chacun, adapter léducation de chacun à sa suggestibilité spéciale, tel est le rôle de la pédagogie éclairée à la lumière de la psychologie!

Nous avons défini la suggestion; elle est faite; limpression est devenue idée, l’idée est acceptée par le cerveau. C’est un phénomène centriprète. Alors succède un phénomène centrifuge consécutif à la suggestion. C’est ce phénomène important qui domine toute notre activité et sur lequel repose la psycho-thérapeutique que nous voulons étudier ici : Toute 1dée suggérée et acceptée tend à se faire acte, c’est-à-dire sensation, image, mouvement. C’est une loi psychologique qui découle de lPobservation. Toute cellule cérébrale actionnée par une idée actionne les fibres nerveuses qui doivent réaliser cette idée.

22 HYPNOTISME, SUGGESTION, PSYCHOTIH ÉRAPIE

Voici desexemples qui démontrent cette loi fondamentale, qu'on pourrait appeler loi de l’idéo-dynamisme.

1° L'idée devient sensation :

L'idée qu’on à des poux ou des puces produit une démanseaison réelle; l’idée est extériorisée sous forme de sensation, quelquefois aussi distincte que si une cause matérielle la produisait; le sujet se gratte : « Je ne puis, dit Herbert Spencer, penser que je vois frotter une ardoise avec une éponge, sans éprouver le même frémissement que me produirait le fait lui-même. »

Mallebranche, cité par Charpignon (Etude sur la médecine animique et vitaliste), rapporte qu'un savant voyant faire une saignée au pied de sa maîtresse, ressentit subitement à la même partie une douleur qui persista plusieurs jours. Marmisse de Bordeaux (Gazette des hôpitaux, 1861), et Lauzanus (J.-B. Demangeon. De limagination, 1829), citent chacun un fait semblable. Il s’agit dans ce dernier cas d’un jeune homme qui, voyant un malade atteint de pleurésie être saigné, fut deux heures après l'opération pris d’une vive douleur au bras, au point correspondant à la piqüre, et en souffrit près de deux jours.

Gratiolet (De la physionomie, 1863)rapporte qu’un étudiant en droit, assistant pour la première fois de sa vie à une opération chirurgicale qui consistait à enlever une petite tumeur de l’oreille, ressentit lui-même à ce moment dans l’oreille une douleur si vive qu’il y porta la main et se mit à CTier.

Voilà des impressions, transmises par la vue au cerveau, devenues idées, et l’idée extériorisée comme sensation. Que de sensations illusoires et erronées d’origine psychique! Si le cerveau rectifie souvent nos impressions sensorielles, il peut aussi parfois créer des sensations imaginaires. Quand j'étais externe chez M. Sedillot, ce maître éminent fut appelé à examiner un malade qui ne pouvait avaler aucun aliment solide; il sentait à la partie supérieure de l’œso-

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