‹ Hypnotisme, suggestion, psychotheŕapie (volume 3)Chapitre 67 sur 271 · HALLUCINATIONS POST-HYPNOTIQUES · texte numérisé non relu

HALLUCINATIONS POST-HYPNOTIQUES

par la présence de tant de monde. Je le fais asseoir sur une chaise et je continue ma conférence. L’hallucination n’a pas lieu. Au bout de cinq minutes, j'essaie de l’évoquer. Je lui dis : « Qu'est-ce que vous regardez donc là? » — « Ah! dit-il! c’est un sergent de mon régiment. Je l’ai bien connu. Il dit que je lui ai volé sa montre. Je ne lui ai rien volé. » Il se lève, donne des coups de poing dans le vide et tout d’un coup tombe à terre comme assommé. Il faut que je l’aide à se relever : il ne voit plus le sergent qui est parti.

Voilà deux exemples d’hallucinations actives suggérées à longue échéance, réalisées chez l’une spontanément; chez l’autre il a fallu donner l’impulsion à l'imagination qui couvait pour ainsi dire l’acte hallucinatoire, mais qui ne l'aurait pas laissé éclore sans cette impulsion.

L'hallucination suggérée peut être négative. Tandis que l’hallucination positive crée une image sensorielle fictive,

la négative supprime une image sensorielle réelle; le sujet

ne voit pas une personne, ne l’entend pas, ne la sent pas; ce sont des hallucinations négatives, visuelles, auditives, tactiles. Voici Henriette endormie. Je lui dis: « A votre réveil vous ne me verrez pas, vous ne m’entendrez pas, car je serai parti. » Au bout de dix minutes, je la réveille et je l’interroge : elle ne me répond pas : je la pince, je la pique, je lui introduis une épingle dans le nez, j'applique la pointe d’un couteau devant la cornée; je. soulève ses jupes et sa chemise, elle ne sourcille pas, continuant sans affectation à converser avec les autres personnes. Je lui dis des injures. Elle continue à causer tranquillement; je n'existe plus pour elle.

Cette hallucination négative n'existe que chez un assez petit nombre de bons somnabules.

Comme M. Forel l’a très bien observé, toute halluciuation positive s'accompagne d’hallucination négative et réciproquement; car le sujet auquel je faisvoir par exemple

dans une chambre une grande place pleine de soldats effacera les objets réels existant dans la chambre, c’est-àdire les perceptions sensorielles réelles pour y substituer des images nouvelles fictives. De même le sujet devant lequel je me rends invisible, ne verra pas le vide à la place où je me trouve, mais il y verra une chose positive que son imagination lui suggérera, chaise table, mur; il créera une perception sensorielle positive remplaçant celle qui est neutralisée.

J’ai appelé hallucinations rétroactives des images souvenirs créés de toutes pièces dans le cerveau d’un sujet, ne correspondant à aucune réalité. M. Forel propose le mot de souvenirs illusoires rétroactifs; ce motcomprend les illusions en même temps que les hallucinations. Ces images souvenirs fictifs peuvent être suggérés à beaucoup de sujet, soit dans l’état de sommeil ou quasi sommeil hypnotique, soit dans l’état de veille. J'ai rapporté de nombreuses observations de ce phénomène dans mon livre sur la suggestion ; nous l’avons signalé les premiers, M. Liégeois et moi. J’ai montré qu’on peut faire croire à certains sujets très suggestibles qu’ils ont vu tels événements, qu'ils ont été acteurs ou spectateurs de tel drame; et la scène souvenir suggéré à l’état de veille ou de sommeil, se présente dans leur esprit, comme si elle avait réellement existé. J’ai montré comment un pareil souvenir peut donner lieu à un faux témoignage de bonne foi, et comment les juges d'instruction sont exposés à fabriquer à leur insu de faux témoins, faisant ainsi de la suggestion sans le savoir.

Voici l'expérience à laquelle vous avez assisté hier. Je trouve un malade endormi; c’est un suggestible, atteint de myélite Chronique, qui a été souvent hypnotisé, hallucinable avec amnésie au réveil. Je le prends dans son sommeil naturel et je lui dis : «Je sais bien pourquoi vous dormez maintenant! Vous n’avez pas dormi cette nuit. Votre voisin du numéro 6 ne vous a pas laissé dormir; il

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